Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

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enrico75
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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par enrico75 » 06 juil. 2019, 22:45

Hiero von Stierkopf a écrit :
06 juil. 2019, 22:18
Je suis ressorti de cette soirée franchement déçu par cette production.
Une mise en scène que j'ai trouvée totalement hors de propos.
Petersen qui essaie de chanter Salomé sans y parvenir mais qui s'en sort en délivrant une performance scénique remarquable.
Heureusement il reste la musique, l'orchestre et Petrenko.

Globalement, peu d'impact au niveau vocal en salle, y compris pour Koch.
Bien aimé Michaela Schuster et le page de Rachael Wilson de l'Opernstudio. Ca résume assez bien ma soirée.
J'ai posté avant de lire ta réaction, comme quoi faut se méfier de la vidéo car les voix passaient merveilleusement bien :wink:

titoschipa
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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par titoschipa » 07 juil. 2019, 06:03

Même si comparaison n’est pas raison, heureux de lire enfin quelques lignes sur Petersen par rapport à Grigorian... mais quid de Petrenko/bayerische orchester par rapport à Welser Möst/Wiener Philarmoniker ?

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par Piero1809 » 07 juil. 2019, 07:20

titoschipa a écrit :
07 juil. 2019, 06:03
Même si comparaison n’est pas raison, heureux de lire enfin quelques lignes sur Petersen par rapport à Grigorian... mais quid de Petrenko/bayerische orchester par rapport à Welser Möst/Wiener Philarmoniker ?
Pour moi la référence absolue c'est Montserrat Caballé et Erich Leinsdorf à la tête du London Symphonic Orchestra. Cette équipe rend justice à l'opéra le plus sublime mais aussi le plus violent de Richard Strauss. Quand on a dit ça, on n'avance pas beaucoup car il faut admettre que chaque année, on assiste à des productions très remarquables (Elena Juntunen à l'ONR et la mes de Py, Grigorian à Vienne, Petersen à Munich) par leur investissement scénique. Je remarque aussi que le rôle titre est souvent confié à des artistes très jeunes ce qui colle bien avec le livret mais dont la voix manque parfois un peu de la corpulence nécessaire.

La partition orchestrale étant d'une richesse inouïe, le chef ne peut pas tout contrôler (le solo de contrebasson au début de la scène du banquet était bien faiblard hier soir par contre le célesta, instrument magique, était parfaitement audible. Qui a entendu l'harmonium dans la scène finale?). J'ai remarqué hier soir que le chef faisait attention de ne pas couvrir les chanteurs avec son énorme orchestre. Il avait loisir de se déchainer dans les deux vastes interludes orchestraux. Très difficile de comparer les orchestres dans une retransmission aussi bonne soit-elle. C'est dans de pareils moments que le spectacle live est irremplaçable.

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par enrico75 » 07 juil. 2019, 08:48

titoschipa a écrit :
07 juil. 2019, 06:03
Même si comparaison n’est pas raison, heureux de lire enfin quelques lignes sur Petersen par rapport à Grigorian... mais quid de Petrenko/bayerische orchester par rapport à Welser Möst/Wiener Philarmoniker ?
Difficile de comparer entre le live dans la petite salle du manège à Salzbourg avec le Philharmoniker de W.Most et la vidéotransmission munichoise de Petrenko.,la compression sonore obligatoire à toute transmission gomme la pluparts de grands contrastes et empéche de comparer les deux "Climax" çités par Piero1809.
Mais en terme de précision,de tension sonore,de rythme,de motilité,de souplesse et de respect des chanteurs ,Petrenko m'a paru supérieur:mais on s'est beaucoup affronté voir heurté :2guns: sur ce sujet de comparaison live vidéo! je n'insiste donc pas
ce qui m'a aussi frappé,hier ,c'est l'excellence de tous les protagonistes qui sont tous totalement investis dans la mise en scène( que l'on aime ou que l'on déteste)
Outre M. Petersen ,l'Hérode de W.A.Sperrhacke était bien supérieur à mon avis à JDaszak,L'Hérodias de M.Schuster bien plus investie ,le Narabooth de P.Breslick aussi bon que J. Prégardien et mème W.Koch semble avoir retrouvé sa voix ce qui augure bien pour les maitres.

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par NiklausVogel » 08 juil. 2019, 11:20

Mouais... la piscine, on l'a déjà vue à Dresde dans la mise en scène de Peter Mussbach (Mussbach aurait-il déjà pensé à la Schwimmagogue ?). La cène à Amsterdam dans celle de Peter Konwitschny. Il n'est pas question de plagiat (voir le débat sur la mise en scène de Lady Macbeth de Mzensk), les cènes et les piscines ne se ressemblent pas. Après tout, que Warlikowski emprunte ici ou là ne me dérange pas. La littérature parle beaucoup de littérature, le cinéma parle beaucoup de cinéma, et certains pensent que la peinture ne parle que de peinture. Pourquoi la mise en scène ne parlerait-elle pas de mise en scène ?

Maintenant, j'ai regardé le livestream en léger différé, je n'ai pas lu le programme, et j'ai attendu la fin pour découvrir l'excellent compte-rendu de Luc Roger qui donne quelques unes des clés de la mise en scène. Et je dois reconnaitre que je suis un peu agacé. Je veux bien tout ce qu'on veut, La Bohème dans l'espace, Cosi dans un fast-food, Rigoletto dans du carton, mais on doit pouvoir comprendre. Ou au moins comprendre qu'il n'y a rien à comprendre. Et dans ce cas, si j'ai cru comprendre, je me rends compte en lisant Luc Roger que je me suis bien trompé. D'abord, je n'ai absolument pas compris qu'il s'agissait des nazis et de la Shoah. Ghetto ? J'ai vu la yeshivah, mais Salomé se déroule chez les juifs (même si la famille d'Hérode le Grand n'était pas à l'origine une famille juive, ils étaient convertis), et tout cela m'a paru normal. Et à supposer qu'on se retrouve dans un ghetto, il y a eu des ghettos avant les ghettos nazis. Cette yeshivah me parait plutôt bien entretenue et bourgeoise, et je n'ai perçu aucune allusion à l'enfer du ghetto auquel seul la mort permettrait d'échapper. Je n'ai pas non plus vu d'autodérision dans la pantomime initiale, ni même de caricature nazie. Que les nazis aient fantasmés et caricaturés les types physiques des juifs n'est pas douteux, mais moi, j'ai vu des gens avec des têtes normales dans des costumes juifs assez traditionnels. Un prêtre androgyne s'y fait arracher sa croix. Quel rapport avec la Shoah ? Comme j'avais déjà en tête la piscine de Mussbach, et que le spectateur lambda n'est pas supposé connaitre l'histoire de la piscine de Posen, je n'ai pas percuté en me disant : "bon sang, mais c'est bien sûr, c'est une histoire de nazis". Le suicide collectif final est à cet égard inintelligible. Il s'agit peut-être de la Shoah mais comme la référence cinématographique à ce moment, c'est plutôt les Damnés de Visconti, et que ceux qui se suicident dans les Damnés, ce sont des nazis, pas des juifs, on n'y comprend plus grand-chose. Bon, la boite avec le numéro, d'accord... mais c'est la tête du Baptiste qui s'y trouve, et symboliquement, le Baptiste, précurseur du christanisme, n'est pas un juif très emblématique culturellement. Bien sûr, les recherches modernes ont su replacer la naissance du christianisme dans son contexte juif, mais il ne m'a pas semblé que c'était le sujet traité par Warlikowski. Bref, si Warlikowski a voulu faire une mise en scène sur la destruction des juifs d'Europe par les nazis, il s'est foutu de notre gueule. De toute manière, on ne voit pas bien quel rapport cela pourrait avoir avec Salomé.

Le comble, c'est que j'ai vu tout autre chose dans cette mise en scène. J'y ai vu une interprétation marcioniste de Salomé, marcionisme (je renvoie à Wikipedia pour Marcion et le marcionisme) que l'on retrouve chez René Girard et qui ne m'étonnerait pas de la part d'un polonais disciple de Lupa.

Dans cette lecture, le monde juif, c'est le monde de la mort. On commence par Mahler, les Kindertotenlieder, et si cette mort des enfants appelle la lamentation d'un chrétien (Mahler était converti), les juifs lui arrachent sa croix. Ce monde de la mort, il est d'ailleurs partout dans le texte de la pièce de Wilde. Le désir malsain de Narraboth aboutit à la mort. Hérode lui-même est terrifié par l'idée que les morts puissent ressusciter. Quant aux juifs, ils n'ont pas un Dieu d'amour mais une sorte de divinité mystérieuse et plutôt menaçante dont les apparitions aux prophètes donnent lieu aux controverses que l'on sait. Le sujet de cette mise en scène, que Warlikowski le veuille ou non, c'est le fait que le Dieu chrétien est un Dieu d'amour qui va se substituer au Dieu de mort des juifs. L'amour est d'ailleurs présent, de manière latente, tout au long du déroulement de l'action, à travers l'image du page qui caresse le corps de Narraboth et pleure sa mort. Mais celle qui va faire basculer la situation, c'est Salomé. Pour y arriver, il faut aller jusqu'au bout de la mort (le Christ aura lui aussi cette idée lumineuse un peu plus tard). Evidemment, on commence par le désir. Mais le but de la démarche c'est de vaincre la mort par l'amour. Pour cela, il faut la mort de Jochanaan (au prix de la Shoah, sans doute, puisque qu'il y a la fameuse boite) et sa résurrection par le baiser. Avant, il faut accomplir les noces avec la mort, danser avec elle comme Jacob combat avec l'ange. Quand tout est accompli, quand l'amour a vaincu la mort, quand Salomé en robe rouge a démontré que le secret de l'amour était plus fort que le secret de la mort (c'est pas moi qui le dit, c'est elle), la mort meurt, et Jochanaan ressuscite. Narraboth aussi ressuscite. Christ va ressusciter. Et le monde juif va disparaitre. Les juifs doivent disparaitre, comme Kundry, avec leur Dieu de mort. Et ils se suicident, comme les nazis dans les Damnés. Le monde de l'amour n'est pas pour eux. Rien que ça, me direz-vous... Désolé d'être provocateur mais c'est ce qu'on nous a montré.

Warlikowski a-t'il fait une mise en scène antisémite (ou antijudaïque, au moins) ? Je pense qu'il n'est absolument pas nécessaire d'aller jusque là. Après tout il s'agit de mettre en scène Salomé, et pas le Kaiser von Atlantis, et il ne saurait être question de reprocher à Warlikowski ce qui se trouve dans le texte de Wilde lui-même. Mais qu'on ne vienne pas nous raconter qu'il a fait une mise en scène sur la Shoah et les nazis. Il a fait une mise en scène chrétienne...

Quoiqu'on pense de cette mise en scène, qu'il s'agisse d'une mise en scène sur la Shoah hors de propos et inintelligible, ou qu'il s'agisse d'une mise en scène (volontaire ou involontaire) sur la substitution du Dieu chrétien au Dieu des juifs, il faut reconnaitre l'admirable direction d'acteurs. Chaque geste, chaque mimique fait sens (qu'ils fassent sens au sein du sens ou au sein du non sens). Je ne m'étendrai pas sur les chanteurs, les conditions d'écoute étant évidemment sans rapport avec ce que l'on peut entendre en salle. J'ai toutefois de grands doutes sur les capacités de projection de la voix de Marlis Petersen. Comme ça, sur écran,avec les micros, c'est pas mal, jusqu'au bout, d'autant que c'est magnifiquement joué, mais le medium et les graves ne semblent pas être à la hauteur de ce qu'exige une véritable incarnation vocale de Salomé sur scène.

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par micaela » 08 juil. 2019, 11:38

Pour les Kindertotenlieder, le texte (qui n'est pas de Mahler) exprime la souffrance d'un père endeuillé après la mort de ses enfants. Tristement prémonitoire pour Mahler, qui perdra ses deux filles quelque temps après.
Pour le reste, je ne sais pas, je n'ai pas vu la mise en scène.
Salomé dans une yeshiva, l'idée me semble déjà bizarre et peu explicable.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par Il prezzo » 08 juil. 2019, 11:42

Passionnant ces interprétations comparées. Je n'ai pas vu la production, mais la 2ème exégèse me convainc et convient mieux...
Merci à vous deux qui faites la richesse de ce forum irremplaçable 😊

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par NiklausVogel » 08 juil. 2019, 11:46

micaela a écrit :
08 juil. 2019, 11:38
Pour les Kindertotenlieder, le texte (qui n'est pas de Mahler) exprime la souffrance d'un père endeuillé après la mort de ses enfants. Tristement prémonitoire pour Mahler, qui perdra ses deux filles quelque temps après.
Pour le reste, je ne sais pas, je n'ai pas vu la mise en scène.
Salomé dans une yeshiva, l'idée me semble déjà bizarre et peu explicable.
Mahler n'a perdu qu'une fille. Anna Mahler n'est morte qu'en 1988.

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par Snobinart » 08 juil. 2019, 11:47

Il prezzo a écrit :
08 juil. 2019, 11:42
Passionnant ces interprétations comparées. Je n'ai pas vu la production, mais la 2ème exégèse me convainc et convient mieux...
Merci à vous deux qui faites la richesse de ce forum irremplaçable 😊
Elle es particulièrement pertinente mais pas du tout dans ce que Warli dit lui-même dans le programme ou dans les clés que le BSO lui-même a twitté pendant le live (très drôle de gif de chats qui se léchouillent puis se cartonnent pour expliquer les revers d'humeur de Salomé quand elle tente de séduire Jochanaan).

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Re: Strauss - Salomé - Petrenko/Warlikowski - Munich - 06/2019

Message par micaela » 08 juil. 2019, 12:17

Pour répondre à Niklaus : les ghettos d'avant les ghettos nazis étaient des endroits où les Juifs étaient confinés, et tenus à l'écart du reste de la population, et n'étaient pas forcément des endroits misérables. Et là il peut s'agir d'un quartier juif où les "goys" ne s'aventurent pas, sauf les autorités . La mise en scène ne renverrait-elle pas tout autant aux pogroms qu'aux persécutions nazies ?
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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