Les Salons de Saint-Marceaux et de Polignac (Orsay) mai 2011

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JdeB
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Les Salons de Saint-Marceaux et de Polignac (Orsay) mai 2011

Message par JdeB » 29 mai 2011, 12:56

Le salon de Marguerite de Saint-Marceaux

Jennifer Smith, soprano
Yann Beuron, ténor
Graham Johnson, piano
Nicolas Vaude, comédien
Orsay, le 19 mai 2011


Charles Gounod
Le soir

Emmanuel Chabrier
Tes yeux bleus

Edouard Lalo
Puisqu'ici bas tout âme

Gabriel Fauré
Sérénade toscane
Après un rêve
Souvenirs de Bayreuth (ext.)

Claude Debussy
La Damoiselle élue (ext.)

Reynaldo Hahn
La Barcheta, extrait

Gabriel Fauré
Une Sainte en son auréole

Emmanuel Chabrier
Briseïs

Claude Debussy
De rêve, extrait de Proses lyriques
Mandoline

Maurice Ravel
D'Anne jouant l'espinette

Ernest Chausson
Le temps des lilas

Gabriel Fauré
Berceuse (piano à quatre mains)
Pleurs d'or

Pierre de Bréville
Hymne à Vénus

Maurice Ravel
Le martin-pêcheur

Giacomo Puccini
Manon Lescaut,

Gabriel Fauré
Prison
Crépuscule extrait de La chanson d'Eve
Danseuse extrait de Mirages

Maurice Ravel
Recueillement

Le salon de Winnaretta, princesse de Polignac

Stéphanie d'Oustrac, mezzo-soprano
Jean-Paul Fouchécourt, ténor
Graham Johnson, piano
Nicolas Vaude, comédien
Orsay, le 26 mai 2011


Emmanuel Chabrier
Prélude au deuxième acte extrait de Gwendoline

Gabriel Fauré
Clair de lune

Henri Duparc
Chanson triste

Gabriel Fauré
Nell,
Cinq mélodies de Venise

Claude Debussy
Chansons de Bilitis (Flûte de pan, La Chevelure)
Fêtes galantes, ‘Le Faune, Les ingénus, colloque sentimental

Edmond de Polignac
La danse du serpent (ext.)

Maurice Ravel
Cinq mélodies populaires grecques : Le réveil de la mariée, Quel gallant, Tout gai

Francis Poulenc
Poèmes de Ronsard : Attributs

Manuel de Falla
Siete canciones populares españolas : Jota, Nana

Maxime Jacob
Cartes postales : Sète, Lourdes, Marseille le soir, Marseille le matin, Aix

Jean Francaix
Le Diable boîteux, extrait

Francis Poulenc
Trois poèmes de Louise de Vilmorin : au-delà, Aux officiers de la garde blanche

Benjamin Britten
Les illuminations


L’écoute de la musique dans la bonne société parisienne de la III ième République ne revêt pas partout la même fonction : loisir privé pour les uns, elle est pour d’autres l’ornement de réunions mondaines et un signe extérieur de richesse lorsqu’on y engage à grands frais les célébrités en vogue. A côté d’intermèdes musicaux offerts comme des coupes des champagne et des « innombrables Five o’clock où se rencontrent les belles écouteuses » (C. Debussy), il existe des salons où l’on peut découvrir en avant première certaines oeuvres et qui jouent le double rôle de laboratoire expérimental et de tremplin vers les grandes salles et l’Institut. L’auditorium du Musée d’Orsay a eu l’heureuse idée de ressusciter, l’espace d’un soir, les riches heures des salons de Pauline Viardot, de Marguerite de Saint-Marceaux et de la princesse Winnaretta de Polignac. J’ai pu assister aux deux derniers concerts.
Marguerite de Saint-Marceaux (1850-1930), qui tient salon de 1875 à 1927, chaque vendredi de la saison d’hiver au 100 Boulevard Malesherbes, a sans doute servi de modèle partiel à la Madame Verdurin de Proust. Toutefois la présence dans son salon de l’auteur de la Recherche n’est jamais mentionnée dans son journal édité par Myriam Chimènes chez Fayard en 2007. Mais l’on sait que Reynaldo Hahn, un intime du grand écrivain, était l’un de ses fidèles. « Meg », comme l’appelait ses amis, partage les préjugés de sa classe sociale (antisémitisme compris), multiplie les jugements moraux sur ses protégés dont elle tente de régenter le vie professionnelle et privée (elle adore jouer les entremetteuses), protégés qu’elle n’hésite pas à frapper d’ostracisme s’ils passent les bornes. Elle manifeste aussi un sens très sûr de l’avant-garde musicale. D’emblée elle voit en Pelléas « un chef d’œuvre absolu » et saisit l’importance des Ballets russes.
Elle aurait du épouser Saint-Saëns mais le veto de ses parents l’en dissuade. Après un premier mariage avec le peintre Eugène Baugnies qui la laisse veuve à quarante ans, elle se remarie avec le sculpteur René de Paul de Saint-Marceaux qui adopte ses trois fils. Elle rêve de l’Institut pour son mari et ménage Massenet, qu’elle n’apprécie guère, dans ce seul but.
C’est Fauré, le pilier de son salon, qui lui présente à l’orée du XX iècme siècle, ses meilleurs élèves : F. Schmitt, G. Enesco, R. Ducasse et Ravel dont le nom apparaît des janvier 1898 parmi les invites de Marguerite. Le 17 avril 1898, il lui offre la primeur de sa mélodie d'Anne jouant de l'espinette. Meg note alors dans son Journal « Il est un artiste original mais abuse de la recherche ». Deux ans plus tard, elle ajoute à son propos à la date du 9 mars 1900: « Je chante à Ravel d'Anne me jetant de la neige et d'Anne jouant de l'épinette. Est-il content d'entendre ses oeuvres ? On ne peut le savoir - Quel type étrange. Du talent et tant de méchanceté. » Il lui dédia aussi la seconde mélodie de Shéhérazade : la Flûte enchantée.
Parmi les autres habitués de son salon, on relève les noms de Gounod, Chabrier, Debussy, Chausson, Messager…Seul compositeur oublié au programme du concert d’Orsay, Pierre de Bréville (1861-1949). Faisons sa connaissance sous la plume d’un autre habitué du 100 Boulevard Malesherbes, Willy, le mari de Colette: « Dimanche dernier, deux seulement avaient survécu, les deux redoutés anabaptistes, Pierre de Bréville et Maurice Bagès (prière de ne pas composer Barrés). Je les vois encore, dominant de leur haute taille attristée le gâtisme environnant, tels les deux philosophes du déplorable Thomas Couture. De Bréville, l'auteur de Sainte Rose de Lima l'ennemi de feu Bizet, l'amer censeur de Berlioz, le gentleman accompli que la peur d'être vulgaire (en musique, s'entend) pousse parfois à étrangler les idées aussitôt qu'elles paraissent; d'ailleurs musicien raffiné, chercheur d'harmonies rares et précieuses, élève de César Franck (naturellement) » (Lettres de l’ouvreuse)
Meg reçoit aussi régulièrement le prince et la princesse de Polignac qui découvrent chez elle, notamment, Isadora Duncan.
La différence majeure entre les deux salonnières tient à leur fortune respective. Celle de la princesse, héritière Singer, est considérable ce qui lui permet une intense activité de mécénat éclairé alors que Meg’, en partie ruinée par la guerre de 14-18, ne peut se le permettre. Je ne reviendrai pas sur la biographie, la formation de musiciens et les commandes fastueuses du couple Polignac puisque je leur avais consacré un dossier en 2008.

Signalons seulement que le musée vient tout juste d’acquérir un superbe tableau de James Tissot, Le cercle de la rue Royale (1868) qui représente le prince entouré de onze autres membres de ce club très sélect.
On notera que la dernière mélodie du concert d’hier soir est tirée des Illuminations. Ce cycle n’a pas été financé par la princesse qui a néanmoins rencontré Britten lorsqu’elle s’est retirée à Londres à la toute fin de sa vie. Un projet commun ne vit pas le jour mais Britten assista aux funérailles de Winnie où son compagnon, Peter Pears, chanta.


Chacune de ces deux belles soirées alternaient voix parlée et voix chantée. Le comédien Nicolas Vaude, touchant d’étourderie et de fausse désinvolture, a beaucoup contribué à les rendre encore plus vivantes et à nous renseigner sur la vie de nos deux illustres salonnières. Les chanteurs prirent eux aussi leur part dans la lecture d’extraits de lettres et de journaux, en maquillant parfois leur voix avec drôlerie.
Yann Beuron et Stéphanie d’Oustrac nous offrirent une véritable leçon de chant, de style et de raffinement dans l’intelligence des textes. La mezzo chanta Poulenc dans son arbre généalogique et envoûta dans les deux extraits espagnols. (De Falla). Elle a encore gagné en netteté de diction et en présence ! Princier de bout en bout, Yann Beuron sut traduite en expert toutes les subtilités poétiques des mélodies au programme. Un cran en dessous, JP Fouchécourt sacrifia parfois le texte au son et n’évita pas l’écueil d’une certaine uniformité avant que son art de conteur et son sens comique ne triomphent en seconde partie. Jennifer Smith, après un début laborieux, fit montre de belles couleurs et de beaux phrasés osant même un extrait de la Manon de Puccini !
Graham Johnson, maître d’œuvre de ce cycle, se montra, comme à l’accoutumée un complice idéal, surtout dans les œuvres du XX ième siècle et joua un extrait de la Danse du Serpent dans lequel le prince de Polignac illustra et Salammbô de Flaubert et son fameux système octotonique qui influencera, notamment, Debussy…

Espérons une nouveau cycle autour d’autres mécènes : la comtesse Greffuhle, modèle de la duchesse de Guermante, Madeleine Lemaire, Martine de Béhague, Geneviève Sienkiewicz, Étienne de Beaumont, initiateur du tout Paris au jazz, Leonard Tauber, propriétaire de l’hôtel Majestic, féru d’avant-gardisme, …

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Message par paco » 29 mai 2011, 14:13

ah zut, encore un concert du Musée d'Orsay dont j'ignorais l'existence. En plus ce que tu décris est sacrément alléchant !!

C'est incroyable que malgré le fait que j'aie acheté déjà deux fois des places pour des concerts dans ce lieu, je ne sois toujours pas sur leur mailing list pour les annonces de concerts... :(

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Message par anne75 » 29 mai 2011, 14:50

Je suis abonnée à Orsay ce qui ne m'a pas empêché de louper le salon de Viardot ! Mais j'étais pour le second et tu as parfaitement rendu l'atmosphère du récital, en plus j'aime beaucoup Vaude qui semblait bien complice avec les chanteurs.
J'ai en effet préféré Beuron pour son engagement scénique.
Une intéressante façon de dépeindre les salons 19ème et qui donne envie de lire les mémoires de ces dames.
J'ai raté le dernier salon (cause rhume !) et en prime je ne t'ai pas vu à l'auditorium !!!! :oops:

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Message par JdeB » 30 mai 2011, 07:23

paco a écrit :ah zut, encore un concert du Musée d'Orsay dont j'ignorais l'existence. En plus ce que tu décris est sacrément alléchant !!

C'est incroyable que malgré le fait que j'aie acheté déjà deux fois des places pour des concerts dans ce lieu, je ne sois toujours pas sur leur mailing list pour les annonces de concerts... :(
De fait la salle était loin d'être pleine pour le deuxième concert...
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