Jennifer Larmore

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Nerone
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Jennifer Larmore

Message par Nerone » 03 oct. 2004, 14:22

Y a-t-il encore de vrais contralti ? Peut-être, mais Jennifer Larmore n'en est pas un...

Alors que Vivica Genaux (actuellement à l'affiche de L'Italienne à Alger au Palais Garnier) semble vouloir marcher sur ses platebandes, la mezzo américaine est loin d'avoir dit son dernier mot !

Dans une forme éblouissante, elle aura même électrisé ce matin le public du Châtelet - retraités et autres rescapés de la Nuit Blanche. Il y aurait pourtant beaucoup à dire - redire même - sur la technique et le style de la pimpante Jennifer. Pour un aigu spectaculaire, que d'appuis fictifs dans le médium et le grave, complètement étouffé, pour un abattage plus que certain, que de vulgarités, oeillades complices, mains sur les hanches...

Mais il y a un moment où ces réserves de pisse-froid tombent devant le panache, le mauvais goût assumé, la maîtrise technique, le plaisir même de donner du plaisir ! Alcina de l'Orlando Furioso (tournée oblige), en ouverture de programme et en bis débridé, fait valoir le mot plus que la ligne, trop chaotique, dans le sublime "Amorose ai' rai del sole", pour lequel on reviendra à Valentini-Terrani dans la version Scimone. Mais Rossini est vrai feu d'artifice : virtuosité, étendue, diction - malgré l'accent : les personnages, plus que familiers, prennent corps, vie en un instant - il n'y a guère que Joyce DiDonato qui puisse aujourd'hui leur conférer une telle consistance, malgré quelques raideurs, parfois.

Et l'orchestre lui emboite le pas. Un Ensemble Matheus dont on aime la couleur claire, légère, la réactivité aussi, car il en faut face à l'agitation permanente, mais rarement vaine, de Jean-Christophe Spinosi. Ses Vivaldi ne sont plus à dire, plus d'une fois miraculeux, et son Rossini, pour lequel il ose la verve, les angles, tout ce dont la routine le prive, pourrait devenir une référence, bien plus que celui d'un Pido se débattant avec Köln, en attendant Jacobs dans Tancredi.

Des dimanches matins comme cela, on en voudrait tous les jours !

Elena
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Message par Elena » 03 oct. 2004, 15:01

j'y étais !

Je suis tout à fait d'accord avec vous sur l'interprètation de Jennifer. Oui, c'est vrai des effets un peu facile, mais je me dis que le dimanche matin on est un peu plus cool ! C'est vrai quand on a entendu une Valentini-Terrani ou une Horne la comparaison est dure.

Mais autrement, ambiance sympathique d'ailleurs, avec un chef d'orchestre monté sur ressorts ! :P

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Gioachino
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Message par Gioachino » 03 oct. 2004, 17:40

j'aurais aimé être là... D'autant plus que les oeillades et les poses pseudo-sensuelles m'amusent et me plaisent presque toujours quand elles ne sont pas déplacées.

Je fait toutefois mes réserves sur Jennifer Larmoor que je connaît principalement par l'intégrale d' "Elisabetta" de Rossini chez Opera Rara. Je trouve qu'elle a vraiment une prononciation désagréable et je préfère les voix plus rondes. Toutefois je dois reconnaître qu'avec le grand nombre de partitions qu'elle aborde, elle s'en sort plutôt bien! Et elle sait vocaliser

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Xavier
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Re: Jennifer Larmore

Message par Xavier » 03 oct. 2004, 22:41

Nerone a écrit :Ses Vivaldi ne sont plus à dire, plus d'une fois miraculeux, et son Rossini, pour lequel il ose la verve, les angles [...]
Dans quelques années (décénies ?) quand on fera l'exégèse du style néronien, ces formules-là seront aussi caractéristique qu'un "sublime, forcément sublime" pour d'autres.

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tuano
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Message par tuano » 04 oct. 2004, 09:39

Concert effectivement triomphal pour cette ouverture de saison des concerts du dimanche matin. J'ai été étonné qu'il y ait si peu d'ODBiens dans la salle, alors que Rossini est le compositeur favori du forum. Même Gioachino était absent (avec ce pseudo pareil !) alors qu'il assiste à 200 concerts et représentations par an.
Où étiez-vous tous ? En train de vous préparer à la générale de la Grande Duchesse ?

Le programme était décevant par rapport à ce qui avait été annoncé. Exit Semiramide et Cenerentola, en faveur de Vivaldi. Pourquoi Jennifer Larmore a-t-elle préféré chanter des extraits d'oeuvres qu'elle avait déjà pu présenter en intégralité à Paris ? Cette cantatrice, qui a beaucoup plus chanté en France qu'aux États-Unis,a eu les honneurs de toutes les premières rossiniennes au Palais Garnier depuis plus de 10 ans : le Barbier de Séville, la Cenerentola, l'Italienne à Alger... J'aurais aimé l'entendre dans des oeuvres plus rares dans la capitale, comme Tancredi et Semiramide. Dommage... surtout que de l'Italienne à Alger et d'Orlando Furioso, elle ne retient dans son programme jamais l'air le plus excitant (Pensa alla patria et le dernier air d'Alcina). De l'oeuvre de Vivaldi, elle aurait pu aussi tenter l'un des airs du rôle-titre, dans lequel elle était initialement prévu.

Le début du concert se déroule sans encombre, même si je ne peux pas dire que la partition de Vivaldi me passionne. La chanteuse a les yeux rivés sur sa partition et offre un chant convenable, sans plus.

Ce n'est qu'à partir de Cruda sorte qu'elle s'anime, qu'elle poitrine ses graves, qu'elle ose de fabuleux aigus non écrits et que le personnage s'impose et hypnotise l'auditoire. Voulait-elle affirmer sa suprématie dans ce rôle par rapport à Vivica Genaux actuellement à l'affiche ? Si c'était le cas, c'était parfaitement réussi !
La voix est somptueuse, la présence électrisante. Tout est porté par une projection et un volume soudainement insolents. Dans Rossini, Jennifer Larmore offre des aigus splendides qui remplissent la salle. Celui qu'elle interpole à la fin de Per lui che adoro est hallucinant ! Ses variations sont nombreuses, impressionnantes et la plupart du temps, choisis avec goût.

En bis : le dernier air d'Alcina et la fin de l'air de Rosina (qu'elle avait chanté intégralement en fin de programme).

J'ai discuté avec Nerone à la fin du concert. Nous ne sommes pas d'accord sur la technique supposée artificielle de la chanteuse. Je n'ai jamais compris pourquoi on accusait des mezzo d'émettre des graves artificiels. Agnes Baltsa utiliserait cette fausse voix depuis plus de 30 ans. Alors comment fait-elle pour tenir le coup ? Je crois que si une technique est mauvaise, elle entraîne vite une perte de la voix.
Je remercie à Jennifer Larmore d'avoir de la personalité, de rendre sa voix sonore sur toute la tessiture, d'avoir un timbre tellement enthousiasmant. Je préfère mille fois cela à la placidité et la neutralité vocale de tant d'autres mezzos actuels !

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Message par JdeB » 04 oct. 2004, 09:48

tuano a écrit :Cette cantatrice, qui a beaucoup plus chanté en France qu'aux États-Unis,a eu les honneurs de toutes les premières rossiniennes au Palais Garnier depuis plus de 10 ans : le Barbier de Séville, la Cenerentola, l'Italienne à Alger...
1986, Nice, La Clemenza di Tito de Mozart (Annio et Sesto en alternance avec Anne Sophie Van Otter)

1987, Strasbourg, Barbiere de Sevilla de Rossini (Rosina)

Janvier 1988, Nice, Le Comte Ory (Isolier)
Blake, Drivala, Larmore, Duesing, Reinhart
Renzetti

20, 22, 25, 27, 29 juin , 1, 8 et 12 juillet 1988, Paris, Théâtre des Champs-Élysées, La Gazza ladra de Rossini (Pippo)
I. Fischer / M. Hampe; M. Trempont, J. Taillon, R. Gambill, C. Gasdia / L. Vaduva, H. Perraguin

Décembre 1988, Lyon, opéra, Barbiere de Sevilla de Rossini (Rosina)
Ion Marin / Jérôme Savary ; J. Larmore / Cecilia Bartoli, L. Dale / E. Palacio, A. Agache / F. Le Roux, G. Bacquier

17 juillet 1989, Vaison-la-romaine, I Capuleti
Larmore, Aliberti, Canonici, Roni, Gracin

2 août 1989, Montpellier, La Straniera
Aliberti, Short, Larmore, Bello, dir. B. Campanella

27 mai 1990, Paris, Châtelet, La Clemenza di Tito,
J. E. Gardiner, A. Rolfe-johnson, S.Mac Nair, C. Margiono, C. Robbin

17 Juillet 1990, Montpellier, Montezuma (Graun)
Larmore, Bayo, Viala, Vernet, Godlewska, Napoli, Schmidt, dir. Latham Koning

21 juillet 1990, Montpellier, Canzioni di ricordi de Martucci

28 avril 1992, Garnier, Giulio Cesare (rôle-titre) vc
R. Jacobs / J. Larmore, B. Schilck, B. Fink, L. Hunt, D. Lee Ragin, D. Visse

Juin 1992, Paris, Garnier, Il Barbiere di Siviglia,
Dario Fo
G. Quillico, L. Quillico, J. L. Viala

12 juin 1995, Paris, Bastille, I Capuleti, (version de concert)
L. Claycomb, J. Wells, G. Kunde, P. Spagnoli

30 juillet 1992, Aix-en-Provence, Stabat Mater et Messa di Gloria de Rossini
Mackerras / Bayo, Larmore, Lazzaretti, Kavrakos

Avril, mai 1996, Paris, Garnier, Cenerentola,
Benini / Savary
Larmore, Fischer, Larcher, Blake, Corbelli, Chausson, Spagnoli -

14 juin 1997, Paris, Théâtre des Champs-Élysées, récital avec Antoine Palloc, (Haendel, Purcell, Rossini, Mozart, Fauré, Nin, Obradors, Gustavino, Gounod, Copland, ?)

24 février 1998, Paris, Cité de la Musique, Giulio Cesare, (rôle-titre)
R. Jacobs / Larmore, Bayo, Vermillon, Fink, Pushee, Oro, Lalouette

Avril 1998, Paris, Garnier, L?Italiana in Algeri
B. Campanella / A. Serban
Larmore, Alaimo, Ford, Corbelli, Fischer, Trullu, Smith

Juillet 2000, Antibes, concert

05, 08, 11, 14, 16, 19, 22 juin 2001, Paris, Bastille ; La Damnation de Faust
S. Ozawa / R. Lepage
G. Sabbatini, J. Van Dam

24 mai-10 juin 2004, Paris, Bastille ; La Damnation de Faust
M. Elder / R. Lepage
P. Groves, S. Ramey

Je n'ai pas assisté à ce concert car j'ai lu dans le mensuel de Frances-Musique qu'il était retransmis en direct. Hélas, nous avons eu à la place un récital de Kozena (Londres, 16 février 2004).
Espérons que ce n'est que partie remise.
Jérôme, fan de JL

tuano
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Message par tuano » 04 oct. 2004, 10:07

Merci pour cette chronologie...

Le 28 avril 1992, c'était à Beaune ?

Est-ce que Julia Varady était prévue en Vitellia en 1990 ou bien était-ce Charlotte Margiono dès le départ ?

C'est vrai que le concert d'hier était annoncé par France Musiques. Il y avait des micros sur scène.

Au fait, pourquoi "Hélas" ? Le concert Kozena n'était pas top ?

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Message par JdeB » 04 oct. 2004, 10:28

Je ne sais pas. Je me suis contenté de l'enregistrer.
Hélas parce que si j'avion su...

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Message par JdeB » 04 oct. 2004, 10:32

tuano a écrit :Merci pour cette chronologie...

Le 28 avril 1992, c'était à Beaune ?

Est-ce que Julia Varady était prévue en Vitellia en 1990 ou bien était-ce Charlotte Margiono dès le départ ?

C'est vrai que le concert d'hier était annoncé par France Musiques. Il y avait des micros sur scène.

Au fait, pourquoi "Hélas" ? Le concert Kozena n'était pas top ?
GCesare en 1992 c'était à Garnier.

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Message par violetta » 04 oct. 2004, 10:44

J'étais là et personnellement je n'ai aucune des réserves qui ont été formulées plus haut : cela fait bien longtemps que je n'ai pas pris autant de plaisir à un récital parisien, et j'ai ressenti bien plus d'émotions et de satisfactions musicales qu'avec la grande C. Bartoli. Ayant une petite pratique du chant, je suis personnellement très étonnée d'entendre formuler des critiques sur la technique vocale de J. Larmore ... cela me laisse songeuse. J'ai trouvé ses Vivaldi très beaux et fort bien accompagnés par un ensemble M en apesanteur, vivant et survolté. Quant à Rossini, on touchait à l'extase, j'ai trouvé que son interprétation des rôles n'était pas du tout de "mauvais goût" (il ne s'agissait pas de chanter en bikini sur la scène de Garnier ... :wink: ) ; au contraire c'était fort agréable de la voir interpréter les rôles par quelques gestes et regards. Si l'on veut absolument que les chanteurs restent de marbre pendant les récitals, on peut rester chez soi et écouter les disques non ?
Voici une artiste d'une grande présence et qui a un magnifique contrôle vocal. Il faut apprécier aussi la générosité du geste vocal pour un concert du dimanche matin ...
Elle m'avais déjà bp plu dans son Giulio Cesare et dans la Damnation de Faust (un "D'amour l'ardente flamme" d'anthologie), je suis désormais personnellement convaincue que c'est l'une des plus grandes chanteuses actuelles ...
Allez-y tous si vous avez l'occasion de l'entendre chanter.

Verrouillé