Thomas - Hamlet - Campellone/Habermeyer-St-Etienne - 03/2010

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Thomas - Hamlet - Campellone/Habermeyer-St-Etienne - 03/2010

Message par dge » 09 mars 2010, 13:18

HAMLET / Ambroise THOMAS / OPERA de SAINT-ETIENNE

Direction musicale : Laurent Campellone
Mise en scène : Bernard Habermeyer
Assistant à la mise en scène : Perrine Cutzach
Décors : Eric Chevalier
Costumes : Dominique Burte
Eclairages : Gérard Poli

Chef des Chœurs et assistant chef d’orchestre : Laurent Touche
Chœurs Lyriques et Orchestre Symphonique de Saint-Etienne.

Ophélie : Amira Selim
Gertrud : Doris Lamprecht
Hamlet : Jean-Sébastien Bou
Claudius : Nicolas Cavalier
Laërte : Christophe Berry
Le Spectre : Christophe Fel
Marcellus : Eric Chorier
Polonius : Jean-Vincent Blot
Horatio : Jean-Pascal Introvigne
Deux fossoyeurs : Frédérik Prévault
Sébastien Beaullaigne



Représentation du 5 mars 2010


L’Opéra de Saint Etienne reprend en ce mois de mars 2010 la Production d’Hamlet crée à Metz en novembre 2009 dans le cadre de la biennale Ambroise Thomas.
Compositeur adulé en son temps, auteur prolixe d’opéras et d’opéras comiques dont beaucoup rencontrèrent le succès mais sans se maintenir au répertoire, Ambroise Thomas connaîtra un triomphe durable en 1866 avec Mignon. Hamlet représenté pour la première fois à la salle Le Peletier le 9 mars 1868 sera aussi un succès bien que moins considérable que celui de Mignon. Cette célébrité lui vaudra beaucoup d’honneurs et de titres dont celui de Directeur du Conservatoire.
Le rôle principal était écrit initialement pour un ténor, mais la difficulté de trouver un interprète à la hauteur amena Thomas à le transposer pour un baryton. C’est le célèbre Jean-Baptiste Faure qui créa le rôle. L’œuvre fut jouée un peu partout dans le monde dans les années 1870 / 1890 tout en se maintenant au répertoire de l’Opéra de Paris jusque au début du 20eme siècle ( près de 400 représentations) avant de tomber dans un oubli dont elle ne sortait qu’épisodiquement à l’initiative de quelques scènes de province ou quand, à partir des années 1980 des barytons comme S.Milnes, T.Hampson ou S.Keelyside voudront s’y illustrer.

Le livret de Barbier et Carré prend quelques libertés avec l’original shakespearien et il peut dérouter le spectateur d’aujourd’hui plus au fait de ce chef d’œuvre : Polonius n’est plus qu’un personnage secondaire, on sait rapidement que le roi a été assassiné par Claudius avec la complicité de la mère d’Hamlet , Gertrud (laquelle chez Shakespeare est innocente de ce meurtre), les ambiguïtés métaphysiques d’Hamlet sont largement estompées, sans parler du happy end final qui voit Hamlet ne plus mourir mais devenir le nouveau roi du Danemark. Il n’en reste pas moins que les librettistes ont écrit un livret d’une grande efficacité dramatique, ce qui est bien l’essentiel.

Musicalement l’œuvre associe les influences de l’opéra comique et du grand opéra Français, et celles de Wagner ou du Don Carlos de Verdi (que Thomas admirait) très perceptibles à l’orchestre qui se pare des couleurs nécessaires pour caractériser les différentes ambiances et être un véritable partenaire du drame. A côté de passages convenus et de moindre inspiration, Hamlet renferme de très belles pages, avec en particulier un magnifique acte 4 écrit pour Ophélie.

L’œuvre est donnée ici sans le ballet du 4eme acte.
Le metteur en scène Bernard Habermeyer fait se dérouler l’action dans un décor unique constitué de deux demi-murs, avec en fond le tombeau du roi assassiné ( très belle idée de représenter ses funérailles pendant l’ouverture ) - comme pour rappeler en permanence à chacun qui le meurtre, qui la vengeance - et côté jardin un bouquet de roseaux dans lequel disparaîtra Ophélie ( ce bouquet et la robe qu’elle porte à ce moment semblent une citation du tableau Ophélie du peintre Anglais J.E.Millais). La direction d’acteurs est le plus souvent efficace et permet à chaque protagoniste de s’investir complètement offrant souvent de beaux moments de théâtre.

La distribution réunie est de qualité et d’une très grande homogénéité.

En premier lieu Jean-Sébastien Bou est un magnifique Hamlet. Il n’éprouve pas de difficultés avec l’écriture du rôle qui sollicite souvent la partie aigue de la tessiture, sa ligne de chant est toujours maîtrisée et il fait preuve d’une très grande intelligence musicale. Scéniquement sa composition restitue bien au rôle une partie des interrogations que les librettistes ont retiré au héros shakespearien.

Amira Selim est Ophélie, rôle terrible et « meurtrier » particulièrement dans la scène de la folie. Sans pouvoir se mesurer à quelques illustres devancières elle n’en n’est pas moins une Ophélie juvénile et émouvante. Après un premier acte qui la voit en un peu en retrait, elle retrouve tous ses moyens à partir du deuxième acte. Au quatrième acte les pyrotechnies vocales l’amènent parfois à l’extrême limite de ses possibilités et on aimerait un peu plus de couleur. Elle n’en donne pas moins un beau « Pâle et blonde » d’autant qu’elle doit essuyer au milieu de son air un orage qui la trempe complètement en faisant sur le plancher de scène un bruit bien gênant quand on veut nuancer son chant. Une fausse bonne idée !

Nicolas Cavalier est un Claudius plein de noblesse :la voix est ample, se projetant facilement, le timbre est beau et il confère à son personnage toute l’infamie requise. On peut regretter parfois pour la Gertrud de Doris Lamprecht un manque de soutien dans le registre grave mais le timbre est très beau, l’aigu facile et l’engagement total. C’est un rôle difficile, parfois à la limite du cri (on pense parfois à Ortrud) et elle en donne une interprétation convaincante. Au cours de ses trois courtes apparitions, Christophe Fel confère au spectre du roi défunt toute l’autorité nécessaire. Christophe Berry est un séduisant Laërte.
Les autres rôles dits secondaires sont eux aussi très bien tenus.

Les chœurs se hissent à ce même niveau de qualité. Laurent Campellone dirige l’ensemble avec une attention constante aux chanteurs et restitue à l’œuvre toutes les subtilités et les richesses de l’écriture orchestrale. Après quelques petites approximations au tout début de la représentation (c’était la première) l’orchestre symphonique de Saint-Etienne retrouve ses qualités et ne contribue pas peu au succès public de cette soirée.

Il faut féliciter Metz et Saint-Etienne d’avoir osé se lancer dans cette aventure et permettre ainsi qu’une telle oeuvre soit épargnée de tomber dans un oubli qu’elle ne mérite pas. Mais elle requiert des moyens importants et une véritable volonté artistique. Espérons que les représentations de Mignon à Opéra Comique en avril contribueront de la même façon à la réévaluation de ces deux ouvrages d’Ambroise Thomas et par là même à entretenir la mémoire collective de ce qui fait aussi partie de notre patrimoine musical.

Gérard Ferrand

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