Giordano - Andrea Chenier - Oren/Del Monaco - ONP 12/2009

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Calaf
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Message par Calaf » 17 déc. 2009, 15:52

J'ai assisté à cette même représentation du 15.
Musicalement, les solistes s'en sortent bien, mais la direction d'Oren multiplie les approximations et les décalages. La gavotte de la fin du premier acte, censée être un moment dramatique, avec les voix des affamés qui la recouvrent progressivement, était d'un ennui mortel. De même, les nombreux décalages avec les choeurs étaient plutôt gênants...
Mais le gros problème de cette production vient de la mise en scène, ou plutôt de l'absence total de mise en scène. Il n'y a que de somptueux décors, mais aucune direction d'acteur, ni aucune tension dramatique. Les personnages sont plantés au milieu de la scène, chantent la main sur le choeur, face au public, et c'est tout. On dirait presque un pastiche. Nous ne sommes même plus dans le débat entre mise en scène traditionnelle et mise en scène moderniste : nous demandons simplement un minimum de mise en scène, parce que les décors ne suffisent pas. Deux exemples précis :
- Au deuxième acte, la scène est remplie par la foule, si mal disposée que, du deuxième balcon, il faut bien longtemps avant de repérer où se trouve le chanteur dont on entend la voix. Du même coup, on ne sait plus qui chante, on ne reconnaît pas les personnages, et tout laisse une impression de grande confusion.
- Au dernier acte, les protagonistes commettent l'exploit de mourir d'amour sans s'être jamais embrassés. Quand le livret dit "Embrasse-moi", on attend un peu plus qu'une tape amicale sur l'épaule. On se sourit, on se prend dans les bras l'un de l'autre, mais il n'y a jamais aucune passion.
Cette mise en scène était une simple illustration, et a gâché, pour beaucoup, ma soirée.

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Rameau
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Message par Rameau » 17 déc. 2009, 16:22

Ce qui revient au même du point de vue centralisation...
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Message par paco » 17 déc. 2009, 20:04

merci cavaradossi, ta réflexion sur l'oeuvre et ses interprètes est très intéressante, même si je ne suis pas forcément d'accord avec ce que tu en conclues. Principaux points de désaccord :

- je trouve Bastille inadapté à 90% des opéras et ballets, cependant je trouve que Chénier est une des rares oeuvres qui ne passe pas trop mal dans cet immense gouffre aseptisé

- je ne suis pas d'accord sur le fait que seules les mises en scène doivent s'adapter aux évolutions sociétales, alors que les voix devraient prolonger une tradition interprétative. Si on pousse ce raisonnement jusqu'au bout, alors il faudrait toujours déclamer les comédies de Molière avec la même emphase que sous Louis XIV...
Pour moi, l'interprétation musicale doit elle aussi évoluer au gré des époques, et ds Chenier je préfère de très loin une voix lyrique comme Alvarez aux vociférations de Tamagno (rappelons du reste que même Domingo était considéré comme un contresens dans Chenier par les tenants de la "tradition")

Ceci étant j'ai trouvé ton post passionnant :D

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Message par Rameau » 19 déc. 2009, 13:23

Bon, j'y étais hier soir, pas grand-chose à ajouter sur la production, effectivement laide (le décor du I! la grille de la fin!) et vide, et par moments comique :

-Chénier, bouge pas, y a une fille qui va venir.
-Ah? Bon, j'attends.

Et là, il sort de scène, pour revenir juste au moment où sa douce arrive (un besoin pressant?).
Le duel est aussi assez croquignolet : c'est rarement très réussi à l'opéra, mais là...
Du coup, ça m'a passé l'envie de me moquer des talents d'acteur de Marcelo Alvarez, parce que le pauvre, je ne l'ai vu que dans le Bal masqué de Deflo et dans ça, il a pour le moins des circonstances atténuantes...
L'œuvre n'a pas réussi à susciter en moi le moindre intérêt, ni dramatique, ni musical: orchestralement, c'est du remplissage, vocalement c'est assez monotone et ni brillant, ni émouvant.
Oren n'aide pas la production à décoller, malgré un orchestre en belle forme: il dirige "en gros", sans se préoccuper de nuancer à l'intérieur d'une phrase: ce qui doit être forte est forte, ce qui doit être piano est piano, et il n'y a guère d'entre-deux.
Vocalement, si je compare avec ce qui a été écrit ici, je suppose que les protagonistes sont un peu fatigués : Alvarez chante fort bien, certes, mais un cran en-dessous de son Renato, du moins jusqu'au 3e acte où il se lâche vraiment. Murzaev, lui, n'était vraiment pas en voix, on n'était pas loin du naufrage. Mlle Carosi était inaudible dans le premier acte (et à côté de son personnage), nettement mieux dès le suivant (mais je m'étais replacé tout près de la scène, la salle était loin d'être pleine) : un peu trop de vibrato, un fort manque d'incarnation, mais vocalement, pour le reste, c'est impeccable (ô combien mieux qu'une Mula !).
Seconds rôles corrects, certains pas mal, d'autres un peu limités (la Madelon ne m'a pas enthousiasmé...).
Applaudissements extrêmement brefs après les deux premiers actes, il est vrai que les actes eux-mêmes... Je suis parti à la dernière note de musique, et j'ai été surpris de voir que les gens qui ont fait ça (sans parler de ceux qui sont partis au 2e entracte) étaient très très nombreux: je m'attendais à sortir dans des espaces publics très vides, ce n'était pas du tout le cas!
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Message par dge » 19 déc. 2009, 14:13

Rameau a écrit :Bon, j'y étais hier soir, pas grand-chose à ajouter sur la production, effectivement laide (le décor du I! la grille de la fin!) et vide, et par moments comique :

-Chénier, bouge pas, y a une fille qui va venir.
-Ah? Bon, j'attends.

Et là, il sort de scène, pour revenir juste au moment où sa douce arrive (un besoin pressant?).
Le duel est aussi assez croquignolet : c'est rarement très réussi à l'opéra, mais là...
Du coup, ça m'a passé l'envie de me moquer des talents d'acteur de Marcelo Alvarez, parce que le pauvre, je ne l'ai vu que dans le Bal masqué de Deflo et dans ça, il a pour le moins des circonstances atténuantes...
L'œuvre n'a pas réussi à susciter en moi le moindre intérêt, ni dramatique, ni musical: orchestralement, c'est du remplissage, vocalement c'est assez monotone et ni brillant, ni émouvant.
Oren n'aide pas la production à décoller, malgré un orchestre en belle forme: il dirige "en gros", sans se préoccuper de nuancer à l'intérieur d'une phrase: ce qui doit être forte est forte, ce qui doit être piano est piano, et il n'y a guère d'entre-deux.
Vocalement, si je compare avec ce qui a été écrit ici, je suppose que les protagonistes sont un peu fatigués : Alvarez chante fort bien, certes, mais un cran en-dessous de son Renato, du moins jusqu'au 3e acte où il se lâche vraiment. Murzaev, lui, n'était vraiment pas en voix, on n'était pas loin du naufrage. Mlle Carosi était inaudible dans le premier acte (et à côté de son personnage), nettement mieux dès le suivant (mais je m'étais replacé tout près de la scène, la salle était loin d'être pleine) : un peu trop de vibrato, un fort manque d'incarnation, mais vocalement, pour le reste, c'est impeccable (ô combien mieux qu'une Mula !).
Seconds rôles corrects, certains pas mal, d'autres un peu limités (la Madelon ne m'a pas enthousiasmé...).
Applaudissements extrêmement brefs après les deux premiers actes, il est vrai que les actes eux-mêmes... Je suis parti à la dernière note de musique, et j'ai été surpris de voir que les gens qui ont fait ça (sans parler de ceux qui sont partis au 2e entracte) étaient très très nombreux: je m'attendais à sortir dans des espaces publics très vides, ce n'était pas du tout le cas!
Alvarez dans Renato!! Tiens tiens Cà c'est un scoop!
Aussi énorme que mettre 2m à Fleming :lol: :lol: :lol:

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Message par Rameau » 20 déc. 2009, 00:36

Le pire est que j'ai revu cet opéra depuis à Berlin avec Beczala, qui faisait... euh... Oscar ? Amelia ? Ulrica ? :lol:
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Message par Ariadne » 20 déc. 2009, 01:55

Mais pourquoi Rameau continue-t-il à aller à l'opéra alors que cela le rend si malheureux!

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Message par Rameau » 20 déc. 2009, 11:22

Et pourquoi tous les autres qui ont écrit ici des avis négatifs à très négatifs vont-ils encore à l'opéra ?
Et d'où tirez-vous cette idée que j'ai été malheureux à cette soirée ?
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Message par Rameau » 20 déc. 2009, 11:26

Calaf a écrit :- Au deuxième acte, la scène est remplie par la foule, si mal disposée que, du deuxième balcon, il faut bien longtemps avant de repérer où se trouve le chanteur dont on entend la voix. Du même coup, on ne sait plus qui chante, on ne reconnaît pas les personnages, et tout laisse une impression de grande confusion.
Ah oui, c'est vrai, j'ai eu le même problème, et pas que dans l'acte II ! C'est une question absolument basique de savoir-faire...
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