Turandot Puccini Monte-Carlo novembre 2009

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mc06
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Turandot Puccini Monte-Carlo novembre 2009

Message par mc06 » 24 nov. 2009, 00:03

TURANDOT

Opéra en trois actes

Musique de Giacomo Puccini
Dernier duo et final composés par Franco Alfano

Livret de : Giuseppe Adami et Renato Simoni
D'après la fable éponyme de Carlo Gozzi

Créé le 25 avril 1926 au Teatro alla Scala , Milan

Production Palau de les Arts Reina Sofia


Direction musicale : Jacques Lacombe
Mise en scène : Chen Kaige
Décors :Liu Qing
Costumes : Chen Tong Xun
Lumières Albert Faura

Turandot : Sylvie Valayre
Calaf : Fabio Armiliato
Liu : Daniela Dessi
Timur Ramaz Chikviladze
Altoum : Guy Gabelle
Ping : Giorgio Caoduro
Pong :Norbert Emst
Pang :Florian Laconi
Un mandarino :Gianfranco Montresor

Choeurs de l'Opéra de Monte-Carlo et de l'Opéra National de Montpellier
Choeur d'enfants de l'Académie de Musique Rainier III

Orchestre Philarharmonique de Monte-Carlo


Grimaldi Forum Salle des Princes -Matinée du 23 novembre 2009

_____________________________________________

La saison monégasque s'est ouverte avec Turandot dans la production spectaculaire signée Chen Kaige ,créée au Palais des Arts de la Reine Sofia de Valence et retransmis sur Arte , ponctuant les festivités de la Fête Nationale .

Le chef-d'oeuvre de Puccini , après trente ans d'absence , fait donc un retour remarqué en Principauté , le succès s'expliquant en grande partie par le spectacle enchanteur de Chen Kaige , qui trouve dans la Salle des Princes un cadre parfaitement adapté .

Chen Kaige et son équipe invite le spectacteur à parcourir une Chine impériale et légendaire , avec comme décor principal un imposant Palais , rouge et or, avec son escalier monumental en fond de scène ;il s'agit donc d' une lecture au premier degré de la partition, qui malgré l'oppulence des costumes , notamment ceux des ministres ou des amants lors du final, ne sombre pas dans le clinquant ....Un spectacle envoûtant et esthétique ,qui pâtit toutefois d'une direction d'acteur très limitée , donnant l'impression de feuilleter un splendide livre d'images .

L'exécution musicale est globalement convaincante malgré quelques faiblesses du côté de la distribution féminine .
Ainsi dans le rôle-titre , la française Sylvie Valayre a certes relevé le défi sans toutefois marquer l'auditoire . En effet, sa voix a souvent été poussée dans ses limites extrêmes et l'interprétation s'est révélée trop scolaire avec une diction peu intelligible .
Daniela Dessi en Liu est apparue dans un état vocal bien préoccupant avec une voix , affubée d'un vibrato permanent , dénuée de toute musicalité et aux aigus prudents .Un bilan bien décevant pour une artiste pourtant à l'aise dans le répertoire puccinien .
Ces déconvenues sont toutefois compensées par l'interpétation sans failles et inspirée de Fabio Armiliato en Calaf . En grande forme , le ténor a déployé un chant généreux et ardent avec un Nessun dorma réussi , le tableau des épreuves le montrant plus tendu. A son actif , ce phrasé typiquement italien et une belle endurance dans le registre aigu .Une amplement saluée par le public .
Ravaz Chikviladze a campé un Timur sobre et émouvant tandis que le trio des ministres s'es avéré efficace avec la présence de Florian Laconi , sous-distribué en Pong.

La réussite de ce spectacle repose également sur l'excellence des Choeurs associés des Opéras de Monte-Carlo et de Montpellier , impressionnants de précision et de naturel , faisant bien de la Folla , un personnage à part entière de l'opéra .

Enfin , le québecois Jacques Lacombe à la tête d'un philharmonique sans défaut, s'est imposé comme l'homme de la situation , trouvant le bon équilibre entre fosse et plateau.

Calaf24
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Message par Calaf24 » 30 nov. 2009, 09:36

Giacomo PUCCINI (1858-1924)

Turandot
Drame lyrique en trois actes et cinq tableaux
Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni
d'après la fable théatrale homonyme de Carlo Gozzi
Création postume Scala de Milan 1826


Mise en scène:Chen Kaige réalisée par Allex Aguilera
Décors:Liu Qing
Costumes: Chen Tong Xun
Lumières:Albert Faura

Production du Palau de les Arts Reina Sofia, Valence

Turandot Sylvie Valayre
Calaf Fabio Armiliato
Liu Daniela Dessi
Timour Ramaz Chikviladze
Altoum Guy Gabelle
Ping Giorgio Caoduro
Pang Norbert Ernst
Pong Florian Laconi
Un mandarin Gianfranco Montresor

Orchestre Philarmonique de Monte-Carlo
Direction Jacques Lacombe
Choeurs de l'Opéra de Monte-Carlo et de l'Opéra National de Montpellier
Chorale de l'Académie de Musique Fondation Rainier lll
Direction Stefano Visconti

Monte-Carlo, Forum Grimaldi, 22 novembre 2009



Après trente ans d'absence de Turandot sur le Rocher, autant dire que le spectacle programmé dans le cadre de la Fête Nationale Monégasque faisait figure d'évènement.

Trois réprésentations dont deux soirées de gala,affichant complet depuis des semaines,ont été programmées au Grimaldi Forum,salle très agréable d'une capacité de 1800 places, idéale pour l'ouvrage, à l'acoustique et au confort parfait.

La diffusion sur Arte en 2008 de la mise en scène du cinéaste chinois Chen Kaige,créée au Palau de les Arts Reine Sofia de Valence, avait déjà permis d'en admirer le classicisme de bon aloi bénéficiant de très beaux décors et de costumes traditionnels (pas moins de six tenues pour Turandot !) mis en valeur par les lumières raffinées d'Albert Faura. Si le traitement des évolutions du choeur apparaît quelque peu conventionnel, les protagonistes sont mis en valeur par des images frappantes dont on retiendra la vision de Ping Pang et Pong sur leurs balançoires ou la fuite éperdue de Turandot après le duo avec Calaf.

Sans éviter quelques décalages ou imprécisions chez certains pupitres, Jacques Lacombe, propose une direction colorée, sans cesse attentive aux voix et à l'équilibre entre fosse et plateau. Quant aux choeurs, si souvent sollicités dans cette partition, leur puissance vocale n'est jamais mise en défaut

Parmi une distribution de très haut niveau, on distinguera le pétulant trio de Ministres formé par Giorgio Caoduro,Norbert Ernst et Florian Laconi, ainsi que le Timour à la grande noblesse de timbre de Ramaz Chikviladze. On sera plus réservé sur l'adéquation du rôle de Liu aux moyens actuels de Daniela Dessi, d'une vocalité trop dramatique pour restituer la fragilité d'un personnage que des aigus trop prudents et un costume peu seyant achèvent de desservir. Plus de satisfaction en revanche avec un Fabio Armilato au port racé et aux aigus vaillants, qui se signale par une interprétation particulièrement sensible de « Nessun dorma » . Il forme un couple très crédible avec la Turandot de Sylvie Valayre. La soprano française qui a deja triomphé dans ce role à Budapest ,Dresde,Berlin et Washington capte l'attention dès son entrée en scène . Avec l'atout d'une élégance qui transcende son aplomb scénique, Sylvie Valayre est bien l'être inaccessible et torturé voulu par Puccini grâce à un jeu inspiré de la dramaturgie chinoise. Sa maîtrise vocale lui permet d'affronter cranement la redoutable scène des énigmes tandis que la fulgurance de ses aigus alterne avec de superbes messa di voce lors de l'affrontement avec Calaf. Avec une telle assurance dans un rôle aussi périlleux que Turandot, la chanteuse française nous montre encore une fois qu'elle est une artiste d'exception.



Au finale, une représentation électrisante dont la somptuosité rend justice à l'ultime opus de Puccini.

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ugo_notte
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Message par ugo_notte » 16 déc. 2009, 12:08

Turandot
Opéra de Monte Carlo (MONTE-CARLO)
de Giacomo Puccini
Mise en scène de Chen Kaige réalisée par Allex Aguilera
Avec Jacques Lacombe (direction musicale), Sylvie Valayre, Guy Gabelle, Ramaz Chikviladze, Fabio Armiliato, Daniela Dessi, Giorgio Caoduro, Norbert Ernst, Florian Laconie, Gianfranco Montresor

Turandot ouvre de manière grandiose la saison monégasque.

Ecrin idéal, le Forum Grimaldi se devait d’accueillir au moins une fois l’ultime chef-d’œuvre de Puccini qui a ouvert ainsi de manière grandiose la saison lyrique de la Principauté, tel un cadeau luxueux offert à l’occasion de la Fête nationale. Œuvre complexe, au caractère monumental et implacable, dominée par l’écrasante personnalité du rôle-titre (qui apparaît à la deux-cent cinquantième page de la partition !), Turandot, dont la silhouette muette puis menaçante plane d’un bout à l’autre de l’ouvrage, ne supporte pas l’approximation ou la médiocrité. Il faut pour ce volcanique péplum jouer franco la carte de la superproduction, voire du grand guignol. A l’heure où les metteurs en scène transposent, réactualisent, modernisent, trahissent à tout va, le spectacle signé à l’origine par Chen Kaige pour le Palau des Arts Reina Sofia à Valence est une réussite. Avec, en plus, cette maîtrise constante de l’art de donner à voir et entendre, ce qui contribue largement à la crédibilité psychologique et théâtrale des situations de ce conte cruel, hémoglobinesque même, qui se feuillette alors comme un somptueux et coloré conte de fées exotique, nous installant en première classe d’un fabuleux, fantasmagorique voyage dans une Chine hors du temps.

Les costumes authentiques (Chen Ton Xun) et décors (Liu Qing), les éclairages poétiques, surnaturels d’Albert Faura portent eux aussi aux rêves. Nous sommes bel et bien dans un somptueux et irréel manga, survitaminé par la musique la plus inventive du vériste en chef Puccini.

On ne sort pas indemne, comme groggy, de la représentation, tant ce que se passe sur le ring est d’une fluidité, d’une progression dramatique constante, captivante de bout en bout, avec cette régie des foules digne des meilleurs shows made in Broadway. Même les pages ultimes qui ne sont pas de la main de Puccini, l’on sent avec regret comme une carence structurelle entre texte et orchestration, n’ont jamais paru aussi limpides.

Avec ses effectifs orchestraux et choraux impressionnants, conférant à l’ouvrage une grande puissance émotionnelle, nous n’en démordons pas : il faut à Turandot de grandes voix dont seule l’ampleur permettra de chanter naturellement, sans ces efforts entraînant une perte de la qualité du chant et de l’organe.

De son timbre de bronze, Ramaz Chikviladze, campe un imposant et digne Timur. Des trois ministres, honorables comme il sied à des mandarins, tour à tour drapés de brocards ou de gazes crémeuses, le Ping de Giorgio Caoduro et le Pang de Norbert Ernst font de leur mieux pour ne pas écraser Florian Laconi (Pong).

Spécialiste du rôle un peu partout sur la planète, Sylvie Valayre, s’arrange avec une intelligence diabolique de sa terrible partie. Dardant ses si et ut avec éclat, la soprano dessine ailleurs plus une petite fille capricieuse qu’une princesse altière, inaccessible et névrosée. On attend un iceberg chinois, on a droit ici à un glaçon... Par ailleurs joli tout plein et à croquer...

Le sympathique couple – à la ville comme à la scène – Daniela Dessi-Fabio Armiliato est simplement enthousiasmant, superlatif ! Daniela Dessi, séduisante dans sa spontanéité, avec une belle maîtrise des aigus tenus sur le souffle, campe une touchante Liù. Fabio Armiliato enfin vous chante un Calaf d’une désarmante facilité. Tout y est : éclat solaire du timbre, fierté et douceur, au plus près du texte musical et de ses nuances, générosité, musicalité raffinée, sincérité. L’acteur, engagé comme pas deux, paie comptant, comme ses plus illustres aînés. Voilà un ténor de la race des Gigli, Corelli ou autres Del Monaco !

Osant Puccini aux dimensions d’une cérémonie funèbre, tragique, lunaire, Jacques Lacombe révèle un Puccini nouveau ! Il y a bien longtemps que la finesse, la richesse orchestrale et chorale de l’ouvrage n’avaient été aussi somptueusement exaltées. A la tête du Philarmonique de Monaco (génial), des chœurs maison renforcés par la phalange montpelliéraine (à la générosité exemplaire), le chef québécois donna une lecture spectaculaire mais toujours respectueuse des nuances diaphanes d’une partition magique, unique, surnaturelle. Question pour un champion : "Quel est donc cet opéra exotique contemporain du Wozzek d’Alban Berg ?"...

Mis à jour le 23/11/2009
VOTRE AVIS
MARIES. J'ai vu sur le programme que le metteur en scène qui a dirigé cette reprise était aussi lors de la création en Espagne et qu'il a étroitement travaillé avec le réalisateur. J'ai le DVD de cette Turandot et dans le making-off, on voit beaucoup plus l'assistant que le réalisateur lui même. Étrange, non? Moi, personnellement, je crois que beaucoup de réalisateurs-cinéma qui se mettent à faire de l'opéra (très à la mode ces derniers temps) n'ont absolument rien à dire dans ce monde qui leur est complètement étranger et qu'ils s'entourent de vrais professionnels qui leur font le boulot. Quand on lit la bio du metteur en scène qui a réglée cette production, Allex Aguilera, en l'occurrence, on voit tout de suite qu'il s'agît de quelqu'un qui a beaucoup d'expérience et certainement beaucoup de talent vu le résultat de cette Turandot. Comme le dit JJLeloup dans son commentaire, le DVD de cette Turandot de Valence n'a absolument rien à voir avec le splendide spectacle vu sur la scène à Monaco. Et là je crois que le réalisateur Kaige n'y est pour rien, car il n'est même pas venu. J'ai lu son interview sur le site visitmonaco.com mais qui mystérieusement n'est plus online. On m'a dit que cela est tout à fait normal, et que souvent les reprises sont beaucoup mieux que les réalisations originales, surtout en s'agissant de productions faites par de non- metteurs en scène d'opéra. Moi aussi j'ai vu un autre spectacle et je suis allée le voir avec beaucoup des a priori, et à la fin, je l'avoue, j'étais émue. Bravo.

JJLELOUP. Mais qui a donc dirigé cet opéra, puisque des amis qui sont dans le chœur m'ont dit que le cinéaste chinois n'y était pas? Sur le programme y figure Allex Aguilera, qui a réglé cet mise en scène. Que veut dire "réglée par"? J'ai un enregistrement de l'opéra qui a été retransmis sur ARTE et franchement, ce que j'ai vu sur la scène du Grimaldi n'a absolument rien à voir avec la médiocrité vue sur Arte. Une Guleghina qui surjoue tout le temps, un Berti sans aucune direction d'acteur, le chœur perdu qui essaie tant bien que mal de se déplacer n'importe comment. Alors quelqu'un peut m'expliquer comment une mise en scène à la base médiocre puisse être aussi raffinée lors d'une reprise. Est-ce qu'une équipe de vrais metteurs en scène s'en sont occupés pour cette reprise? En tout cas, chapeau à ce metteur en scène qui a "réglé" ce spectacle banal à l'origine et devenu un chef d'œuvre de pure beauté et poésie.
Donnez votre avis sur ce spectacle

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Message par ugo_notte » 16 déc. 2009, 12:16

Comme quoi, un même spectacle peut être "vu" de façon différente.
À qui donc croire?

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Message par Calaf24 » 04 janv. 2010, 15:38

ugo_notte a écrit :Comme quoi, un même spectacle peut être "vu" de façon différente.
À qui donc croire?
Pour se faire une idée de la prod, il y a des extraits vidéos sur le net...

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Message par EdeB » 04 janv. 2010, 15:52

ugo_notte a écrit :Turandot
Opéra de Monte Carlo (MONTE-CARLO)
de Giacomo Puccini
Mise en scène de Chen Kaige réalisée par Allex Aguilera
Avec Jacques Lacombe (direction musicale), Sylvie Valayre, Guy Gabelle, Ramaz Chikviladze, Fabio Armiliato, Daniela Dessi, Giorgio Caoduro, Norbert Ernst, Florian Laconie, Gianfranco Montresor

Turandot ouvre de manière grandiose la saison monégasque.

Ecrin idéal, le Forum Grimaldi se devait d’accueillir au moins une fois l’ultime chef-d’œuvre de Puccini qui a ouvert ainsi de manière grandiose la saison lyrique de la Principauté, tel un cadeau luxueux offert à l’occasion de la Fête nationale. Œuvre complexe, au caractère monumental et implacable, dominée par l’écrasante personnalité du rôle-titre (qui apparaît à la deux-cent cinquantième page de la partition !), Turandot, dont la silhouette muette puis menaçante plane d’un bout à l’autre de l’ouvrage, ne supporte pas l’approximation ou la médiocrité. Il faut pour ce volcanique péplum jouer franco la carte de la superproduction, voire du grand guignol. A l’heure où les metteurs en scène transposent, réactualisent, modernisent, trahissent à tout va, le spectacle signé à l’origine par Chen Kaige pour le Palau des Arts Reina Sofia à Valence est une réussite. Avec, en plus, cette maîtrise constante de l’art de donner à voir et entendre, ce qui contribue largement à la crédibilité psychologique et théâtrale des situations de ce conte cruel, hémoglobinesque même, qui se feuillette alors comme un somptueux et coloré conte de fées exotique, nous installant en première classe d’un fabuleux, fantasmagorique voyage dans une Chine hors du temps.

Les costumes authentiques (Chen Ton Xun) et décors (Liu Qing), les éclairages poétiques, surnaturels d’Albert Faura portent eux aussi aux rêves. Nous sommes bel et bien dans un somptueux et irréel manga, survitaminé par la musique la plus inventive du vériste en chef Puccini.

On ne sort pas indemne, comme groggy, de la représentation, tant ce que se passe sur le ring est d’une fluidité, d’une progression dramatique constante, captivante de bout en bout, avec cette régie des foules digne des meilleurs shows made in Broadway. Même les pages ultimes qui ne sont pas de la main de Puccini, l’on sent avec regret comme une carence structurelle entre texte et orchestration, n’ont jamais paru aussi limpides.

Avec ses effectifs orchestraux et choraux impressionnants, conférant à l’ouvrage une grande puissance émotionnelle, nous n’en démordons pas : il faut à Turandot de grandes voix dont seule l’ampleur permettra de chanter naturellement, sans ces efforts entraînant une perte de la qualité du chant et de l’organe.

De son timbre de bronze, Ramaz Chikviladze, campe un imposant et digne Timur. Des trois ministres, honorables comme il sied à des mandarins, tour à tour drapés de brocards ou de gazes crémeuses, le Ping de Giorgio Caoduro et le Pang de Norbert Ernst font de leur mieux pour ne pas écraser Florian Laconi (Pong).

Spécialiste du rôle un peu partout sur la planète, Sylvie Valayre, s’arrange avec une intelligence diabolique de sa terrible partie. Dardant ses si et ut avec éclat, la soprano dessine ailleurs plus une petite fille capricieuse qu’une princesse altière, inaccessible et névrosée. On attend un iceberg chinois, on a droit ici à un glaçon... Par ailleurs joli tout plein et à croquer...

Le sympathique couple – à la ville comme à la scène – Daniela Dessi-Fabio Armiliato est simplement enthousiasmant, superlatif ! Daniela Dessi, séduisante dans sa spontanéité, avec une belle maîtrise des aigus tenus sur le souffle, campe une touchante Liù. Fabio Armiliato enfin vous chante un Calaf d’une désarmante facilité. Tout y est : éclat solaire du timbre, fierté et douceur, au plus près du texte musical et de ses nuances, générosité, musicalité raffinée, sincérité. L’acteur, engagé comme pas deux, paie comptant, comme ses plus illustres aînés. Voilà un ténor de la race des Gigli, Corelli ou autres Del Monaco !

Osant Puccini aux dimensions d’une cérémonie funèbre, tragique, lunaire, Jacques Lacombe révèle un Puccini nouveau ! Il y a bien longtemps que la finesse, la richesse orchestrale et chorale de l’ouvrage n’avaient été aussi somptueusement exaltées. A la tête du Philarmonique de Monaco (génial), des chœurs maison renforcés par la phalange montpelliéraine (à la générosité exemplaire), le chef québécois donna une lecture spectaculaire mais toujours respectueuse des nuances diaphanes d’une partition magique, unique, surnaturelle. Question pour un champion : "Quel est donc cet opéra exotique contemporain du Wozzek d’Alban Berg ?"...

Mis à jour le 23/11/2009
VOTRE AVIS
MARIES. J'ai vu sur le programme que le metteur en scène qui a dirigé cette reprise était aussi lors de la création en Espagne et qu'il a étroitement travaillé avec le réalisateur. J'ai le DVD de cette Turandot et dans le making-off, on voit beaucoup plus l'assistant que le réalisateur lui même. Étrange, non? Moi, personnellement, je crois que beaucoup de réalisateurs-cinéma qui se mettent à faire de l'opéra (très à la mode ces derniers temps) n'ont absolument rien à dire dans ce monde qui leur est complètement étranger et qu'ils s'entourent de vrais professionnels qui leur font le boulot. Quand on lit la bio du metteur en scène qui a réglée cette production, Allex Aguilera, en l'occurrence, on voit tout de suite qu'il s'agît de quelqu'un qui a beaucoup d'expérience et certainement beaucoup de talent vu le résultat de cette Turandot. Comme le dit JJLeloup dans son commentaire, le DVD de cette Turandot de Valence n'a absolument rien à voir avec le splendide spectacle vu sur la scène à Monaco. Et là je crois que le réalisateur Kaige n'y est pour rien, car il n'est même pas venu. J'ai lu son interview sur le site visitmonaco.com mais qui mystérieusement n'est plus online. On m'a dit que cela est tout à fait normal, et que souvent les reprises sont beaucoup mieux que les réalisations originales, surtout en s'agissant de productions faites par de non- metteurs en scène d'opéra. Moi aussi j'ai vu un autre spectacle et je suis allée le voir avec beaucoup des a priori, et à la fin, je l'avoue, j'étais émue. Bravo.

JJLELOUP. Mais qui a donc dirigé cet opéra, puisque des amis qui sont dans le chœur m'ont dit que le cinéaste chinois n'y était pas? Sur le programme y figure Allex Aguilera, qui a réglé cet mise en scène. Que veut dire "réglée par"? J'ai un enregistrement de l'opéra qui a été retransmis sur ARTE et franchement, ce que j'ai vu sur la scène du Grimaldi n'a absolument rien à voir avec la médiocrité vue sur Arte. Une Guleghina qui surjoue tout le temps, un Berti sans aucune direction d'acteur, le chœur perdu qui essaie tant bien que mal de se déplacer n'importe comment. Alors quelqu'un peut m'expliquer comment une mise en scène à la base médiocre puisse être aussi raffinée lors d'une reprise. Est-ce qu'une équipe de vrais metteurs en scène s'en sont occupés pour cette reprise? En tout cas, chapeau à ce metteur en scène qui a "réglé" ce spectacle banal à l'origine et devenu un chef d'œuvre de pure beauté et poésie.
Donnez votre avis sur ce spectacle
Merci pour les avis, mais étant donné que la copie intégrale d'un article est interdite par la loi française sur la propriété intellectuelle sans l'accord de son auteur, ne serait-ce pas mieux de mettre le lien vers le site ?
http://www.theatrotheque.com/web/article1584.html
PS : est-ce qu'un modérateur pourrait éditer le post précédent ? Merci...

Et effectivement, c'est la variété des opinions qui est aussi intéressante. 200 spectateurs dans la salle, souvent 150 avis différents !
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
Mon blog, CMSDT-Spectacles Ch'io mi scordi di te : http://cmsdt-spectacles.blogspot.fr/
Mon blog consacré à Nancy Storace : http://annselinanancystorace.blogspot.fr/

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