Parsifal - Bastille mars 2008

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abaris
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Re: Encore sur la MES de Parsifal

Message par abaris » 15 mars 2008, 13:03

nico68 a écrit :Nouveau sur le site.
La vérité est que Warlikowski refuse que le miracle, voulu par Wagner, ait lieu sur scène (il l'a dit explicitement sur France Culture).
Oui, KW refuse le recours à la convention, à ce qu'on nomme les artifices du théâtre. C'est pour rendre la pièce la plus proche possible des spectateurs d'aujourd'hui, pour atténuer la distance entre eux et l'oeuvre.
Ce n'est pas pour autant qu'il refuse le miracle en tant que tel.

nico68 a écrit : J'ai lu dans un message que W. montrait dans sa mise en scène l'ambiguïté de Wagner à l'égard de l'eucharistie. Mais il ne faut pas se tromper et assimiler le texte au contexte: Parsifal ne met pas en scène le rituel catholique, que Wagner méprisait en effet. .
Personne n'a jamais prétendu le contraire.

nico68 a écrit :Cette éviction est explicite à la fin de I quand l'enfant se bouche les oreilles. Voilà ce qu'on a le droit de reprocher à W.
Je ne vois pas le rapport avec une éviction du religieux.

nico68
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Re: Encore sur la MES de Parsifal

Message par nico68 » 15 mars 2008, 13:29

abaris a écrit :
nico68 a écrit :Nouveau sur le site.
La vérité est que Warlikowski refuse que le miracle, voulu par Wagner, ait lieu sur scène (il l'a dit explicitement sur France Culture).
Oui, KW refuse le recours à la convention, à ce qu'on nomme les artifices du théâtre. C'est pour rendre la pièce la plus proche possible des spectateurs d'aujourd'hui, pour atténuer la distance entre eux et l'oeuvre.
Ce n'est pas pour autant qu'il refuse le miracle en tant que tel.

D'accord pour dire que KW ne refuse pas le miracle en tant que tel - mais que voit-on alors de ce "miracle en tant que tel" qui n'existe pas indépendamment de sa manifestation? Le miracle EST une distance au coeur du réel, et atténuer la distance diminue ce qui fait le miracle. Il est aussi une convention en l'occurrence car traité à travers la forme du rite. Par ailleurs - éternel débat ! - l'art est fondé sur la distance, et tout individu qui prétend (je parle pour moi) réduire cette distance tire la couverture à lui!


nico68 a écrit :Cette éviction est explicite à la fin de I quand l'enfant se bouche les oreilles. Voilà ce qu'on a le droit de reprocher à W.
Je ne vois pas le rapport avec une éviction du religieux.

Comment expliquer que l'enfant inventé par W refuse ostensiblement d'écouter "Selig im Glauben"... J'ai pensé à Bastille que cet enfant était une mise en abyme du metteur en scène (je ne crois pas aux interprétations allégoriques que j'ai lues, totalement inutiles ou redondantes par rapport à ce que dit déjà le livret).

luisa
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Message par luisa » 15 mars 2008, 21:30

Bonsoir
pour proposer des réponses à quelques questions contenues dans les messages qui précèdent:
Je pensais que l'enfant se bouche les oreilles pour ne plus entendre la souffrance d'Amfortas tout comme Parsifal (cf livret) porte la main sur son coeur au plus fort de la plainte d'Amfortas. Tant qu’Amfortas souffre, aucune possibilité de rédemption pour Edmund qui lui aussi a tué son père. C’est le moment de doute, pour Edmund comme pour Dave Bowman qui a un geste d’impatience, voire de rejet quand il se rend compte que Parsifal ne sait toujours pas marcher. Le seul moment je crois où ces 2 figures expriment un état d'âme.
Je n'avais pas vu cet enfant comme double du metteur en scène jusqu'à ce qu'il apparaisse en Tadzio dans l'acte 2. Tadzio est d'origine polonaise, comme Warlikowski. Et même si Warli n’a pas choisi de développer cette perspective dans sa mes, on peut aussi voir en Tadzio l'image de la beauté et de la tentation (thèmes de l’acte 2) qui suscitent chez l’artiste Aschenbach de Thomas Mann et de Visconti des désirs mortifères que seules la volonté de vivre, la possibilité de ré-aimer la vie (citation de Rossellini), de planter des graines pour l'avenir peuvent combattre avec succès.
Quant à Klingsor, oui, moi je l’ai ressenti aussi comme le sauveur charlatan Spiderman / Superman.
Non, je ne considère pas que cette mes soit élitiste. Le plaisir peut très bien n’être que visuel et musical, et sur ce plan-là aussi, même sans Meier hier soir, c’était réussi. Les élitistes sont ceux qui considèreront que les références cinématographiques ou autres sont indispensables pour pouvoir parler de cette représentation ou pour pouvoir l'apprécier.
Le Parsifal de Wagner est une œuvre largement ouverte, la mes de Warli ne l’est pas moins…
J’aurais aimé lire quelques avis sur la prestation de Denoke hier soir. Merci !
Voilà. C'était mon 1er message!

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Message par abaris » 15 mars 2008, 21:53

luisa a écrit :Bonsoir J’aurais aimé lire quelques avis sur la prestation de Denoke hier soir. Merci !
Succéder à Meier dans cette production était un pari difficile que Denoke a largement perdu. Elle peine à effleurer les notes graves du rôle, prépare ses aigus (souvent faux en plus) au détriment de la spontanéité. Une Kundry en manque de chien, de séduction. Ce n'était pas indigne, mais où était le rôle ?

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Message par abaris » 15 mars 2008, 21:54

Sur le plan scénique, il n'y a pas photo non plus entre les deux cantatrices. :(

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Message par parsifal832 » 15 mars 2008, 23:20

parsifal832 a écrit :
Binbin a écrit :
Et le pire, c'est que si l'on analyse ceux qui huent, on retrouve souvent de respectables monsieurs (60 ans, costard cravate) qui se rappellent leur jeunesse (mai 68!!!!).
Qui se rappellent leur jeunesse ,certes ,mais pas forcément mai 68! Mais tout simplement des représentations phénoménales ,qui sont devenues leur référence absolue.
En ce qui me concerne j'ai été initié à PARSIFAL par la sublime mise en scène de WIELAND WAGNER à Bayreuth donnée chaque année de 1951 à 1972 ,incontestablement la référence absolue concernant la m e s de cette oeuvre
J'ai eu le chance de la voir 7 fois de 1963 à 1969 ,qui plus est dans des éxécutions musicales éblouissantes:
dirigées par H.KNAPPERTSBUSCH,A.CLUYTENS(2fois),P.BOULEZ(3fois) et H.STEIN
Avec dans les roles principaux(je ne citerai que les artistes les plus connus):
Parsifal:W.WINDGASSEN,J.THOMAS,J.KING,...
Kundry: A.VARNAY,C.LUDWIG,G.JONES,...
Gurnemanz:H.HOTTER et F.CRASS
Amfortas:G.LONDON,T.ADAM,T.STEWART,...
Klinsor:G.NEIDLINGER,D.MACINTYRE,G.NIENSTEDT,...
et dans les "petits roles":
M.TALVELA,K.RIDDERBUSCH ,...,en Titurel
G.NIENSTEDT,K.MOLL,... en chevalliers du Grall
R.HESSE,E.WOHLFAHRT,...en écuyers
A.SILJA,E.DERNESCH,...en filles-fleurs

Tout ça pour dire que depuis cette série de représentations fabuleuses,je suis devenu très difficile en ce qui concerne les mises en scènes de PARSIFAL
Je vais voir l'actuelle production de Bastille le 14 mars.On verra bien...
Eh bien ,on a vu!
Franchement ,il n'y a pas de quoi fouetter un chat !Cette production ne mérite pas d' etre huée ,ni applaudie à tout rompre!Elle est tout simplement "lambda",tout ce qui'il a de plus correct et traditionnelle .D'ailleurs ,hier soir ,je n'ai pas entendu de huées à la fin des actes et de la représentation,mais par contre les applaudissements ont été très chiches,mème pas un rappel après le salut individuel de chaque artiste.Sauf ,bien sur ,pour la projection de l'extrait "d'Allemagne,année zéro" ,où quelques timides protestations se firent entendre;personnellement,je'n'ai pas protesté(connaissant bien ce film que je m'étais donné la peine de revisionner en DVD il y a quelques jours),mais j'ai trouvé cette projection complètement incongrue,n'ayant rien à faire ici;si KW pense que Parsifal fut un enfant fragile ,pret à se suicider devant les malheurs de la vie ,il se goure complètement!Parsifal est un ètre tres fort,sans état d'ame,un barbare,qui trucide allègrement tout ceux qui s'opposent à sa glorieuse destinée(A l'instar de son frère presque jumeau:SIEGFRIED).
Pour en revenir àla mise en scène de KW,elle bénéficie des prouesses de la technique moderne,ce qui peut faire illusion,mais elle est d'un traditionnalisme complet;estétiquement plutot belle(somptueux décors,trés beaux costumes à l'acte 2),elle reprend ou plagie des pans entiers des mises en scènes qui ont précédé.
Ainsi ,par ex,toute la scène du "baptème",du sacre de Parsifal,de"l'enchantement du vendredi saint"du baptème deKundry,est tres directement inspirée du film éponime de H-J SYBERBERG(d'ailleurs à mes yeux,une des meilleures m e s de Parsifal que l'on puise voir);tous les signes "religieux" de l'oeuvre(généralement gommés par les metteurs en scène modernes) sont ici très mis en valeur.Ainsi la scène du Gral de la fin du 1er acte est transformée en véritable messe catholique,plutot tendance traditionnaliste,avec chasubles,consécration du sang du Christ dans le calice qui sert de Gral ,communion et baiser de la paix que se donnent les chevaliers(au fait,qui y a vu de gentils étudants en médecine? Ce sont de fait des vrais chevaliers ,d'un ordre puissant et violent,à l'instar des chevaliers du Temple,ou des chevaliers de l'ordre teutonique).Wagner n'en demandait pas tant!
On pourrait ainsi multiplier les exemples pour montrer que cette mise en scène est tout sauf originale et/ou iconoclaste

Une mention spéciale pour la direction de H.HAENCHEN.L'orchestre sonne magnifiquement;il dirige très vite(10 mn de moins que H.LEVI àla création en 1882,mais quand mème 5 mn de plus que P.BOULEZ dans les années 60 à Bayreuth)mais on n'a jamais l'impression de précipitation

Quand à la distribution,aucun artiste n'arrive à la hauteur de ceux que je cite ci-dessus.Cependant une mention spéciale pour A.DENOKE;certes elle n'a pas la puissance dramatique d'une A.VARNAY,ni le timbre splendide d'une C.LUDVIG,mais elle est très bien,mème si j'ai regrètté de ne pas avoir revu W.MEIER dans ce role ,mais j'en garde le prodigieux souvenir du temps de sa splendeur(Bayreuth 1989 et 1991 et Chatelet 1997)

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Message par xavierscriabine » 16 mars 2008, 01:19

Ca devient ridicule cette façon de dénigrer les artistes en les comparant aux grands, aux géants, aux intouchables, mis en majuscules... :roll:
Une mention spéciale pour la direction de H.HAENCHEN.L'orchestre sonne magnifiquement;il dirige très vite(10 mn de moins que H.LEVI àla création en 1882,mais quand mème 5 mn de plus que P.BOULEZ dans les années 60 à Bayreuth)mais on n'a jamais l'impression de précipitation
Tu vas à l'opéra avec un chronomètre? :lol:

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Message par luisa » 16 mars 2008, 19:08

abaris a écrit :
luisa a écrit :Bonsoir J’aurais aimé lire quelques avis sur la prestation de Denoke hier soir. Merci !
Succéder à Meier dans cette production était un pari difficile que Denoke a largement perdu. Elle peine à effleurer les notes graves du rôle, prépare ses aigus (souvent faux en plus) au détriment de la spontanéité. Une Kundry en manque de chien, de séduction. Ce n'était pas indigne, mais où était le rôle ?
Voilà une belle descente en flèche ! Je suis loin d’être aussi dure. Certes le grave est pénible à entendre (« durch das Dasein quält » grrrr…). Certes les consonnes ne sonnent pas. Certes le « lachte »n’était pas tenu, mais il était net, de même que le Gott, le Geleit etc… Certes, Denoke n’est ni assez opulente, ni assez trouble. Mais j’ai apprécié le soin apporté à la mélodie, le côté chanté.
Pour ceux qui ont vu les 2 : la démarche de Meier était-elle aussi chancelante et pantelante que celle de Denoke, avec les pieds rentrés vers le dedans ? Je pose la question pour confirmer les lignes de cohérence de la mes. Merci.

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Message par abaris » 16 mars 2008, 19:23

luisa a écrit :
abaris a écrit :
luisa a écrit :Bonsoir J’aurais aimé lire quelques avis sur la prestation de Denoke hier soir. Merci !
Succéder à Meier dans cette production était un pari difficile que Denoke a largement perdu. Elle peine à effleurer les notes graves du rôle, prépare ses aigus (souvent faux en plus) au détriment de la spontanéité. Une Kundry en manque de chien, de séduction. Ce n'était pas indigne, mais où était le rôle ?
Voilà une belle descente en flèche !
Ce n'est pas une descente en flèche (je peux être infiniment plus sévère), juste le constat d'une erreur de distribution.
Denoke est une chanteuse que j'apprécie beaucoup d'habitude.

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Message par Saint-Antoine » 16 mars 2008, 19:41

Je suis assez d'accord avec l'avis d'Abaris concernant Angela Denoke.
Le registre grâve n'était pas audible. Très en retrait dans l'interprétation musicale et théâtrale du rôle. A la limite de l'ennui...

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