Verdi - La Traviata - Cambreling/Marthaler - ONP, 06-07/07

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jean-didier
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Message par jean-didier » 17 juin 2007, 11:45

Elisabeth-Louise a écrit :un compte rendu trés intéressant de Lamamamorta, merci à lui; seulement, voilà, cette mise en scène est-elle lisible pour le spectateur, "évidente", transparente ? ce n'est pas l'impression que j'ai en lisant les impressions émises; d'où ma question : faut-il vraiment, pour rendre un opéra moderne l'actualiser ? est-ce que nous n'allons voir que des opéras modernes ? ( et est-ce que nous ne lisons des romans contemporains, ne voyons que des films d'aujourd'hui, etc....) ?
Enfin, ce compte -rendu m' a donné envie de voir le spectacle...
je suis tout à fait d'accord avec Elisabeth-Louise sur ce point !

je ne viens pas à l'opéra pour faire une étude métaphysique sur la pensée d'un metteur en scene, même si sa mise en scene est pensée et cohérente, sur le moment dans le feu de l'action, je suis désolé les tics des choristes, les attitudes anti-naturelles des solistes me heurtent et oui j'ai besoin d'etre conforté dans ma vision d'un opéra quand je vais le voir !! l'analyse tres intéressante de lamammamorta n'est pour moi pas immédiate en temps réel quand je vois l'opéra.

je n'aime pas l'attitude des metteurs en scene qui exploitent une oeuvre pour exprimer leurs vision de tel ou tel aspect de la société ou des caractères humains, même si cela va à l'encontre des volontés du compositeur. s'ils ont des choses à dire qu'ils écrivent eux-memes des pieces de théatre ou des opéras !

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Message par lamammamorta » 17 juin 2007, 12:06

Je vais faire mon Normand, et je dirais que Jean-Didier a à la fois raison et tort.
Deux possibilités s'offrent à un metteur en scène: Soit une illustration fidèle du livret, soit une relecture d'une histoire archi-connue.
Dans les deux cas, si c'est bien fait, je suis content.
Je ne veux surtout pas être pris pour un imbécile, et si relecture il y a, alors que ce soit avec intelligence.
Ici Marthaler y arrive plutôt, malgré le côté un peu casse-gueule de l'entrprise.
Sa direction dans le jeu des chanteurs y est pour beaucoup.

Mais ceux qui ne connaissent pas cet Opéra, je leur conseille d'abord de se procurer le film de Zefirelli, puis d'aller ensuite se laisser surprendre à Garnier.

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Message par PlacidoCarrerotti » 17 juin 2007, 12:46

lamammamorta a écrit :
Enfin dernier acte:
La mise en abïme est alors évidente, le lit de mort de Traviata est sur la petite scène de la salle de spectacle.
Dans la vie d'une artiste, où s'arrête le jeu, où commence la vérité des peines ?
Marthaler répond: C'est nous, spectateurs, qui jouons. Traviata, la chanteuse, la comédienne, sait mieux que nous ce qu'est souffrir et ce qu'est l'amour. C'est son métier, et elle en meurt.
Je n'ai pas encore vu le spectacle, mais juste une réflexion: est-ce que cette idée est fondamentalement différente des approches de Chéreau pour les Contes, par exemple. Pour Lavelli également, Violetta était victime du "spectateur-bourgeois". Et tout ça c'était il y a trente ans.

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Message par JdeB » 17 juin 2007, 13:01

oui, Placido a raison.
Il semble qu'après la révolution opérée au cours des années 1970 par l'arrivée des grands metteurs en scène de théâtre à l'opéra (Chéreau, Grüber, Lavelli, Wilson), l'"avant-garde" n'ait pas fait d'avancée importante et travaille toujours, avec plus ou moins de virtuosité, autour des mêmes concepts depuis 35 ans.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Message par lamammamorta » 17 juin 2007, 13:19

Je suis assez d'accord, et je ne pense pas qu'on a là un spectacle qui révolutionne la mise en scène d'Opéra. La mise en abîme est convenue, mais bien faite.
Seul le premier acte avec son Brindisi déjanté est réellement surprenant (et assez drôle). Il y a là un petit côté "David Lynch" bienvenu, mais qu'il abandonne trop vite.

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Elisabeth-Louise
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Message par Elisabeth-Louise » 17 juin 2007, 15:24

JdeB a écrit :oui, Placido a raison.
Il semble qu'après la révolution opérée au cours des années 1970 par l'arrivée des grands metteurs en scène de théâtre à l'opéra (Chéreau, Grüber, Lavelli, Wilson), l'"avant-garde" n'ait pas fait d'avancée importante et travaille toujours, avec plus ou moins de virtuosité, autour des mêmes concepts depuis 35 ans.
Je suis tout à fait d'accord; on voit à l'opéra les mises en scènes que l'on a vues au théâtre de façon novatrice il y a 30 ans....ce qui me surprend beaucoup, c'est qu'apparemment, tout le monde fait avec , critique en tête, sans paraître s'en apercevoir, et sans protester; il y a pourtant là une usure criante, j'avoue que lorsque j'ai quelques échos avant, j'évite ces mises en scène, je ne peux pas me concentrer, ça m'irrite et je m'y étouffe, c'est ressassé ; j'attends depuis longtemps quelque idée vraiment forte et neuve; par dessus tout, je m'étonne sans cesse : on a porté à l'écran des romans tels " le hussard sur le toit" "Madame Bovary", et bien d'autres, avec succès, sans les "actualiser" , on n'imagine pas Zola sous Mussolini, alors pourquoi l'opéra actualise-t-il à tour de bras? une idée naïve, presque un contre-sens de ce qu'est la vraie "modernité" !
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Message par lamammamorta » 17 juin 2007, 15:37

Tutti professori !
Merci de définir "la vraie modernité" ce concept m'amuse mais ne me dit rien...
Alons, allons.
Je deconseille ce spectacle à ceux qui sont allergiques aux relectures, ou à ceux qui préfèrent le classicisme de Zefirelli.
Les autres auront vraiment de quoi se mettre sous la dent, car il y a un vrai travail, assez interessant.
Est-ce la mise en scène moderne ultime ? Non ! Une grande partie du spectacle est assez classique, en fait.
Est ce que cela prend le spectateur pour un imbécile ? Non plus !

Est ce que l'émotion est là ? Oui !
Verdi n'est pas trahi de ce côté là, et on ressort du spectacle le coeur serré face à une telle tragédie.

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Message par paco » 17 juin 2007, 15:43

je pense que c'est parce-que une grande partie des metteurs en scène et directeurs artistiques actuellement en poste appartiennent à une génération qui a "baigné" dans cet univers philosophique et littéraire, focalisé sur la lutte des classes et les travers de la bourgeoisie industrielle du XIXe siècle.
Gérard Mortier ne s'en cache d'ailleurs pas, il est vraiment imprégné de cette culture, qu'il croit toujours d'actualité, sans se rendre compte que la société a évolué et le public d'opéra avec...
Certains metteurs en scène de cette mouvance ont su "bouger" : Peter Stein par exemple (d'ailleurs fâché avec Mortier, est-ce un hasard ?).
Patrice Chéreau est un mauvais exemple, car en dehors du Ring de Bayreuth ses mises en scène n'ont jamais radoté le même message (Hamlet très classique à Nanterre, Solitude d'un chant de coton itou, Cosi fan tutte froid mais sans transposition débile, etc.).

A mon avis, des mises en scène comme celles de Marthaler sont les derniers vestiges de cette mouvance, et de façon générale la parenthèse Mortier à l'ONP résonne comme la fin d'une époque.

Ce qui est dommage, c'est que le même Mortier, avant qu'il ne devienne excessif dans son idéologie, avait produit une Traviata somptueuse à La Monnaie de Brussels (m.e.s. Hermann)...

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Message par jean-didier » 17 juin 2007, 15:44

lamammamorta a écrit :
Est ce que l'émotion est là ? Oui !
Verdi n'est pas trahi de ce côté là, et on ressort du spectacle le coeur serré face à une telle tragédie.
pour ma part je n'ai ressenti aucune émotion mais peut etre que pour moi l'émotion passe-t-elle avant tout par la voix et l'interprétation, chacun a sa sensibilité.

Inva Mula par exemple m'a profondément touché dans la mise en scene pas terrible de Bastille, mise en scene qui d'ailleurs ne disait pas grand chose.

Idem pour l'interprétation au disque de Cotrubas qui aurait pu chanter dans n'importe quelle mes, elle m'aurait boulversé de toutes façons tellement sa voix est chargée d'émotions.

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Message par lamammamorta » 17 juin 2007, 15:51

D'accord à 100%
Le plus gros problème de cette prod reste la distribution...

L'émotion que donne un grand chanteur, une belle voix, reste insurclassable, et là nous ne pouvons qu'être tous d'accord.

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