Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par Loïs » 03 févr. 2020, 11:20

Premiers échos et premières photos:
https://www.br-klassik.de/aktuell/news- ... e-100.html
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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par Loïs » 07 févr. 2020, 23:23

wouah!!!!
promis je ferai un CR mais pour l'instant c'est Garmisch Image
et puis je ne veux pas édulcorer le travail ( :worthy:) de Mitchell pour ceux qui n'ont pas encore vu le spectacle (ce soir pour cause de retransmission, donné sans entracte ce qui renforce encore cette soirée jouissivement anxiogène)
Kolossal acclamations pour Lyniv :Jumpy:
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titoschipa
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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par titoschipa » 09 févr. 2020, 16:26

Je me trouvais dans la salle le mardi 4 février pour la deuxième représentation.
Je ne m’étendrai pas sur la mise en scène, je laisse cela aux amateurs de theâtre et de transpositions, nombreux sur OdB. Je dirai seulement que c’est une vraie réussite d’une parfaite cohérence et totalement maîtrisée du début jusqu’à la fin : un thriller haletant qui envoûte quasiment le spectateur. Judith est inspecteur de police et arrive à coïncer le psychopathe/pervers BB jusqu’à faire justice elle-même. Si l’on chipote, on dira qu’il eût été mieux de tourner le film de la première partie à Manhattan plutôt qu’à Londres, en cohérence avec le concerto pour orchestre composé aux Etats-Unis ; question de moyens sans doute.
Stylistiquement ce concerto n’a rien à voir avec BB mais c’est la meilleure partie de la direction d’orchestre de la jeune cheffe ukrainienne. Même si ce qui lui manque le plus c’est l’ « accent » magyar (scansion, rythmique) et c’est pour cela qu’elle réussit mieux le concerto que l’on pourrait qualifier de cosmopolite. J’avais la malchance d’être assis à trois mètres derrière elle et j’avoue que j’ai été gêné par sa gestuelle trop démonstrative (ne dit-on pas que les meilleurs chefs sont les plus avares de gestes?). En tout cas, difficile de se concentrer sur les voix dans BB avec cette agitation/fébrilité de la cheffe, alors même que l’attention est déjà excessivement captée par la mise en scène, le spectateur ne voulant pas manquer une miette de cette narration à la Agatha Christie. De plus, les pupitres de l'orchestre m'ont semblé de qualité très inégale, avec un manque de chaleur dans les cordes et des vents sans couleurs
Résultat de la prévalence de l'orchestre, les chanteurs ne m’ont pas totalement convaincu. Ils sont parfaits acteurs, idéalement intégrés à la conception de la metteuse en scène, mais sur le plan purement vocal j’en attendais un peu plus. Nina Stemme (que j’adore) ne passait pas toujours bien l’agitation orchestrale (contrairement à Anna Netrebko dans Turandot la veille!) ne faisait pas toutes les nuances et nous a gratifié d’un aigu bien chiche dans le célèbre point culminant de l’œuvre (5ème porte). Sa voix me rappelle beaucoup Eva Marton dans ce rôle, à l’accent près et la fatigue sensible ici dans le dernier tiers de l’œuvre). John Lundgren m’a paru vocalement plus en forme même si je l’ai trouvé trop monocorde ; ma préférence dans ce rôle a toujours été pour des voix plus sombres, plus proche des basses que des barytons (mais c’est très subjectif j’en conviens). Oui je sais Lundgren est censé être basse.

Au total une mise en scène réussie (même si à l’opposé de ce que voulait Bartok qui souhaitait représenter ce qui se passe dans la tête du mâle, et non pas nous montrer la revanche de Judith), une soirée forte mais un peu frustrante pour l’amateur de voix (je précise que BB est sans doute l’opéra que j’ai entendu le plus souvent depuis trente ans, à travers l’Europe, en concert ou mis en scène).

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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par HELENE ADAM » 10 févr. 2020, 16:00

Pour info, livestream de cette extraordinaire représentation toujours valable et pour un mois par ce lien
https://www.staatsoper.de/tv.html?no_cache=1

(en attendant le CR de Lois toujours perché apparemment :wink: )
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par titoschipa » 10 févr. 2020, 21:45

Mon commentaire ci-dessus serait-il prématuré ?

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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par HELENE ADAM » 10 févr. 2020, 21:54

titoschipa a écrit :
10 févr. 2020, 21:45
Mon commentaire ci-dessus serait-il prématuré ?
Ah non au contraire il est le bienvenu ! C'est juste que j'attendais aussi le commentaire promis par Lois, également sur place comme toi...
(je n'ai vu que la retransmission).
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par Loïs » 10 févr. 2020, 21:57

titoschipa a écrit :
10 févr. 2020, 21:45
Mon commentaire ci-dessus serait-il prématuré ?
Pas pour moi en tout cas car il m'a vraiment intéressé et j'ai pu le croiser avec mon écoute ce qui l'a enrichie

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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par Loïs » 11 févr. 2020, 21:33

Il est des opéras maudits où de représentation en représentation, il vous manque toujours quelque-chose et vous ragez selon les soirs sur la soprano qui n’est pas au niveau, le ténor qui n’a qu’une belle gueule à faire valoir, le chef qui a clairement des problèmes avec ses tempi ou le metteur en scène qui justifierait à lui seul le rétablissement de la peine de mort. J’entretiens ce rapport notamment avec Traviata. Et puis il y a les opéras bénis où vous volez de soirée inoubliable en représentation historique. J’ai la chance de connaitre ce bonheur avec le Château de Barbe-bleue depuis la première fois où mes sens s’embrasèrent avec Marton au Châtelet.

Vous l’aurez compris grâce aux précédents posts, l’œuvre était précédée du concerto pour orchestre du même compositeur qui servait de bande son live à un film. Certes il peut être frustrant de découvrir (mon cas) cette pièce musicale avec des images parasites qui vous brouille l’écoute (et un de plus de placé) mais l’association au film justifie sans réserve ce choix.
A Londres, de nuit, un prédateur (Barbe-Bleue) envoie son chauffeur récupérer dans sa luxueuse berline noire à étoile sa nouvelle proie : une call girl amatrice et mature (senior queens = le réseau sur lequel on peut la contacter) ce qui va justifier la présence et le physique de Stemme. Droguée la victime est conduite dans le parking de BB qui la monte dans son appartement et l’enferme dans une pièce secrète après l’avoir dévêtue, maquillée et déposée sur une table d’autopsie ou à disséquer.
Stemme joue le rôle du flic qui va repérer des éléments communs entre les différentes disparitions sur lesquelles elle travaille (le réseau, le fait qu’elles portent toutes une croix en broche, boucle d’oreille ou pendentif) et va se présenter en appât auquel BB va mordre mais quand ce dernier ouvre la portière de la limousine pour récupérer un corps inconscient, Judith relève les yeux, fixe BB qui lui tend la main pour l’inviter à le suivre. Rideau et début de l’opéra.
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A ce point, je vais rebondir sur le CR de TitoSchipa. Nous avons entendu exactement la même direction (lui le mardi, moi le vendredi pour la troisième) et je partage son écoute quant aux couleurs (ou à la réduction de palette de ces dernières). Mon ressenti est différent car ce qui m’a foudroyé et fait me recroqueviller dans mon fauteuil à l’instar de certains voisins : ma conviction que ce n’est pas une carence mais un choix. La musique ne se veut jamais attirante, chatoyante y compris à l’ouverture de la porte des jardins mais constamment anxiogène. Le tou-tou-tou-tou-toum des Dents de la mer c’est une comptine pour enfants à côté. C’est clair : heureusement qu’il n’y avait qu’un acte car après les ongles, on attaquait les phalanges.
Evidemment ce climax accompagne l’intégralité des scènes suivantes avant le coup de théâtre final, où nous attendons dans une exquise et douloureuse extase avilesque l’ouverture de la porte suivante, excités par ce que nous redoutons de découvrir. Les tableaux se suivent : la cave de BB, son centre de contrôle vidéo, la salle d’armes aux vitrines de poignards et Kalach, la salle de dissection, la salle des coffres, le jardin, un hammam désaffecté puis….en coulissant de cour vers jardin.

Aucun mot de Judith ou BB qui ne trouvent sa signification : facile pour les armes ou les bijoux, mais d’une efficacité fatale quand il lui pose un masque de virtualisation pour lui faire survoler ses terres, quand caressant le plateau de la table de dissection et l’orifice en son milieu pour l’évacuation des liquides, il parle des flots de la rivière de métal, quand la flic Stemme à l’aide d’une lampe noire découvre les taches de sang qui maculent les roses, etc…. Rarement une mise en scène aura su entièrement réécrire des didascalies (cette invention pour cerveaux amorphes) en respectant autant l’œuvre. Une leçon et pour Mitchell, après son naufrage de Lucia à Londres et sa presque ectoplasmique Ariadne d’Aix, un retour au sommet.

Il fallait que les voix soient à l’unisson du choix musical et du parti pris narratif.
Lundgren compose un BB qui fout clairement la trouille avec un chant distancié, d’un glacial auto-contrôle, sorte d’Hannibal Lecter mais avec ce timbre qui m’assoit comme feu George London. On ne sait jamais où il va nous conduire derrière chaque nouvelle porte ouverte (à noter qu’il referme ostensiblement à clef chaque porte franchie, nous sommes partis pour un voyage sans retour) et on le suit un peu comme un fanal hypnotisé. Une (petite) réserve sur le volume sonore par trop restreint qui rend certaines phrases soufflées angoissantes mais pas toujours audibles (la prudence de certains aigus pourrait indiquer aussi une autre hypothèse).
Stemme n’est plus la femme amoureuse mais celle qui joue la proie et la provocation. Les couleurs seront donc moins troublantes, il est clair qu’elle n’oublie jamais son objectif et qu’en bonne féministe Mitchell ne lui concède aucune faiblesse et ainsi aucune concession aux graves voluptueux ou à un aigu (incroyablement tranchant) par trop triomphant. Mais la précision de ses mots...du scalpel. Ce face à face est un fascinant duel de contrôle de soi et on ne sait ce qui l’emporte de la voix ou du jeu.
La prestation des deux artistes est irréprochable pour cette configuration et donc un peu frustrante pour un auditeur appâté par la venue de tels gosiers. Frustrant certes comme pour le concerto réduit à une bande son mais, au lieu de plaisirs successifs et personnels, nous aurons assisté à une intense œuvre totale. C'est un peu comme faire l'amour plutôt que de se masturber (ok, on ne se refait pas).
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Alors au fait koikilya derrière la septième porte qui nous faisait plus haleter que le dernier des sept voiles ? Les disparues (celles du film, je précise pour les cerveaux ramollis qui ont perdu le fil), vivantes (comme dit dans l'opéra) et attachées, attendant. Le flic-Stemme profite de rouler une pelle à BB pour lui subtiliser son revolver et le tenant en joue, délivre les vieilles p... (en gros c'est quand même de cela dont il s'agit: BB aime se taper des vieilles) puis restée seule avec lui, l'abat insensible à son chant d'amour et le regarde agoniser en s'en grillant une. Comme quoi c'est bien elle qui en a une sacrée paire (on ne refera pas Mitchell)
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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par Loïs » 12 févr. 2020, 10:32

Loïs a écrit :
11 févr. 2020, 21:33
puis restée seule avec lui, l'abat insensible à son chant d'amour et le regarde agoniser en s'en grillant une.
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Au passage je remarque que Lundgren comme Schroth se chausse chez Louboutin (une marque réservée aux baryton-basses?A moins que cela soir le sang :D )

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Re: Bartok -Judith (Concerto pour orchestra / Barbe-bleue) - Lyniv/Mitchell – Staatsoper Munich - 02/2020

Message par Wim » 14 févr. 2020, 09:14

Un couple de chanteurs idéal pour ce répertoire, une mes qui vous tient en haleine, une cheffe qui exalte le lyrisme de la partition, un orchestre top, voilà la recette d’un Bluebeard très réussi au BSO.
Mitchell montre qu’il est possible de faire une mes qui fonctionne et colle au texte (si non à l’intention du compositeur) sans tomber dans le Regietheater.

Il est difficile d’être neutre vs Lundgren et Stemme quand on est fan mais la puissance vocale, les nuances interprétatives sont au rdv, cela est indéniable. En fait les nuances à tel point que pour les 3 premières portes, ils sont parfois difficiles à entendre (pourtant j’étais au rang 1 plein milieu).

Dommage que cet opéra soit si court.

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