Mozart - Die Entführung aus dem Serail - Biondi / Perceval - Genève - 1/2/2020

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Oylandoy
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Mozart - Die Entführung aus dem Serail - Biondi / Perceval - Genève - 1/2/2020

Message par Oylandoy » 20 janv. 2020, 11:00

DIE ENTFÜHRUNG AUS DEM SERAIL
Singspiel de Wolfgang Amadeus Mozart
Livret de Johann Gottlieb Stephanie
Nouvelle version de Luk Perceval en collaboration avec Aslı Erdoğan
En coproduction avec le Grand Théâtre de Luxembourg et le Nationaltheater Mannheim

Direction musicale Fabio Biondi
Mise en scène Luk Perceval
Scénographie Philipp Bussmann
Costumes Ilse Vandenbussche
Lumières Mark Van Denesse
Dramaturgie Luc Joosten
Chorégraphie Ted Stoffer
Direction des chœurs Alan Woodbridge

Konstanze Olga Pudova / Rebecca Nelsen (le 1er février)
Blonde Claire de Sévigné
Belmonte Julien Behr
Pedrillo Denzil Delaere
Osmin Nahuel Di Pierro
Konstanze âgée Françoise Vercruyssen
Blonde âgée Iris Tenge
Belmonte âgé Joris Bultynck
Osmin âgé Patrice Luc Doumeyrou

Orchestre de la Suisse Romande
Chœur du Grand Théâtre de Genève

22 · 24 · 28 · 30 janvier — 20 h, 26 janvier — 15 h, 1 · 2 février — 20 h

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Représentation du 22 janvier 2020 : c’est Mozart qu’on déstructure !

Aslı Erdoğan, née le 8 mars 1967 à Istanbul, est une romancière turque, journaliste, militante pour les droits humains, arrêtée le 17 août 2016 et emprisonnée dans la prison Bakırköy d'Istanbul, libérée le 29 décembre 2016. Elle est lauréate du prix Tucholsky 2016 et du Prix de la paix Erich-Maria-Remarque 2017. Aslı Erdoğan reçoit aussi le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes le 10 janvier 2018. (Source : Wikipedia)
Sa biographie mentionne aussi ses études de physique : elle intègre à 24 ans le centre européen de recherche nucléaire à Genève où elle devient la première étudiante turque en physique au CERN. Devenue chargée de recherche en physique nucléaire, elle interrompt ce parcours scientifique pour se consacrer à l'écriture. Elle écrit notamment Le Mandarin miraculeux (Mucizevi Mandarin), qui paraît en 1996, et dont des extraits sont utilisés dans cette production.

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Julien Behr (à gauche, Olga Pudova ( à droite), et leurs "doubles"

Dans la mise en scène de Luk Perceval représentée ce mercredi soir, le point important est que les récitatifs sont tous remplacés par des extraits de Le Mandarin miraculeux, mais ce n’est pas tout, outre le personnage de Pacha Selim (Selim Bassa), trois arias sont supprimées :
- Lied et duo Wer ein Liebchen hat gefunden... (En prenant femme jolie...) - Osmin, Belmonte, acte I, n°2
- Duo Ich gehe, doch rate ich dir (Eh bien, te laisse un instant...) - Blondchen, Osmin, acte II, n°2
- Vaudeville Nie werd'ich Deine Huld Verkennen et chœur des Janissaires Bassa Selim lebe lange !, acte III, n°21
Ces derniers sont remplacés par An die Hoffnung (Ich würd’auf meinem Pfad) K390, et des musiques de ballet tirées d’Ascanio in Alba (K111). La disparition du vaudeville et du chœur des janissaires a, semble-t-il, causé une grande douleur à de nombreux spectateurs, si l’on se fie à la très belle bronca qui a salué le baisser du rideau. Mais le public avait subi d’autres désagréments : chacun des personnages principaux était accompagné de son double âgé qui se remémorait son passé, et parfois le récitatif parlé était récité sur la musique de Mozart.

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Exemple d’un tel récitatif, un monologue de Belmonte : Des Pakis blafards, des hindous avec leurs femmes emballées dans des saris, des Indiens chassés de la cordillère des Andes, des Ghanéens, des Nigérians, des Angolais qui même aux jours les plus froids de l’hiver se promènent dans leurs costumes de coton bariolé, des Arabes affairés et des Turcs, qui ne se laissent disputer par personne leur monopole du kebab et de l’héroïne, des Brésiliens au sang chaud qui ne se font pas prier pour danser avec passion, des Portugais, des Rastas, des réfugiés politiques, des policiers en civil, des travailleurs saisonniers, des joueurs, des voleurs, des contrebandiers, des ouvriers en bâtiment, des prostituées, des dealers, de tout jeunes écrivains en goguette de par les ruelles paumées, des accros à l’héroïne, des punks, des Roms, des étudiants anarchistes…
Lequel monologue est suivi de l’aria d’Osmin : Solche hergelauf'ne Laffen (Ces aventuriers infâmes) - Osmin, acte I, n°3.
Ou, monologue de Blonde : J’avais un iceberg géant dans le cœur. Je me sentis attaquée et occupée ; ma solitude, dont mon être a besoin pour respirer était encerclée, ses murs de défense percés.

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L’esprit de l’œuvre est totalement changé, bien sûr, par cette expression d'une douleur personnelle. La mise en scène, sobre, n’y change rien. Une tournette, sur laquelle se trouve une sorte de cage, ouverte d’un côté, munie de quelques bancs. Les figurants, nombreux, courent autour, symbolisant la tentative de chacun de s’échapper de sa cage. Les personnages rentrent dans la cage, sortent, tournent autour, parfois avec les figurants, parfois seuls, selon un ballet réglé très précisément. Décors et éclairages agréables à l’œil, par ailleurs.
Malgré la tension générée par cet ensemble, l’absence de narration se fait sentir, les personnages monologuent et ne dialoguent jamais. En outre, les textes qui remplacent les récitatifs, issus d’un même opus, dégagent une impression de monotonie, le théâtre est absent.
Pourtant, les interprètes sont de grande qualité, les acteurs qui doublent les personnages sont excellents, les chanteurs aussi. Sans doute Mozart n’est-il pas assez présent.

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Parmi eux, triomphatrice aux applaudissements, Olga Pudova campe une splendide Constanze, les aigus sont superbes, et la chanteuse se joue des difficultés, réussissant des suraigus mezzoforte de toute beauté. Claire de Sévigné, en Blonde, est-elle aussi captivante, malgré une voix plus légère, mais tout aussi agile et aux aigus cristallins superbes. Nahuel di Pierro manifeste une belle autorité en Osmin avec sa belle voix grave et chaleureuse. Peut-être pas assez méchant, pour un personnage dépourvu d’humanité, mais la mise en scène en atténue largement la force. Julien Behr, très applaudi également, se révèle un très bon Belmonte, et réussit parfaitement les célèbres arias. Denzil Delaere, dans le petit rôle de Pedrillo, ne démérite aucunement.
Très belle prestation de Fabio Biondi, qui tire de l’orchestre de la Suisse romande des accents mi-baroques mi-classiques, et de très belle facture.
Les familiers de l’œuvre de Mozart ne s’y sont pas retrouvés, s’ils n’étaient prêts à une relecture aussi radicale. Peut-être ceux qui ne connaissaient pas l’œuvre ont-ils apprécié ?
Jean Yves Courtiau

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Re: Mozart - Die Entführung aus dem Serail - Biondi / Perceval - Genève - 1/2/2020

Message par micaela » 20 janv. 2020, 11:12

Au secours !! Moi le livret me convient tel qu'il est. Il suffit que la mise en scène n'appuie pas sur les stéréotypes. Celle , plutôt classique, de McVicar à Glyndebourne s'en sortait bien. Ses innovations : un Selim plutôt sexy, et une Konstanze commençant à tomber amoureuse de Selim. Le tout sans toucher à l'œuvre, grâce à la direction d'acteurs.
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Mozart - Die Entführung aus dem Serail - Biondi / Perceval - Genève - 1/2/2020

Message par dge » 20 janv. 2020, 11:50

Ca devient une mode de réécrire le livret de l'Enlèvement au sérail, avec des bonheurs plus ou moins divers. En 2016 Wajdi Mouawad s'était livré à ce genre d'exercice à Lyon. Je suis plutôt hostile à ce genre de démarche, mais il faut reconnaître que ça fonctionnait plutôt bien. La partition, à part l'ouverture fragmentée, était respectée.
Il semblerait qu'à Genève on aura à faire à une relecture plus radicale...

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Re: Mozart - Die Entführung aus dem Serail - Biondi / Perceval - Genève - 1/2/2020

Message par micaela » 20 janv. 2020, 12:35

Un truc dans le genre de la Flûte version Castellucci ? Sauf que celui-ci ne prenait pas le prétexte d'un texte qui ne colle plus à notre époque, mais déclarait vouloir explorer le thème de l'ombre et de la lumière .
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Mozart - Die Entführung aus dem Serail - Biondi / Perceval - Genève - 1/2/2020

Message par JdeB » 21 janv. 2020, 12:12

Cet Enlèvement au sérail revisité sera diffusé en direct sur ARTE Concert le 26 janvier à 15h.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Mozart - Die Entführung aus dem Serail - Biondi / Perceval - Genève - 1/2/2020

Message par Oylandoy » 23 janv. 2020, 19:10

J'ai publié mon CR ci-dessus.
Photos : Carole Parodi
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