Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

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HELENE ADAM
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Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par HELENE ADAM » 25 sept. 2019, 21:25

L'inondation

Musique de Francesco Filidei
Livret de Joël Pommerat

Opéra en deux actes, inspiré du court roman "L'inondation" d'Evgueni Zamiatine, publié en 1929.

Commande de l'Opéra Comique avec l'aide à l'écriture du Ministère de la Culture.
Création mondiale à l'Opéra Comique, 27 septembre 2019.


Avec
Direction musicale Emilio Pomárico
Mise en scène Joël Pommerat
Décors et lumières Eric Soyer
Costumes, maquillages, perruques Isabelle Deffin
Vidéo Renaud Rubiano
Assistant musical Leonhard Garms
Collaborateur artistique Philippe Carbonneaux
Assistante décors Marie Hervé
Chef de chant Thomas Palmer

La Femme Chloé Briot
L’Homme Boris Grappe
La Jeune Fille Norma Nahoun
La Jeune Fille Cypriane Gardin
Le Voisin Enguerrand de Hys
La Voisine Yael Raanan-Vandor
Le Narrateur, le Policier Guilhem Terrail
Le Médecin Vincent Le Texier

Enfants Maîtrise Populaire de l’Opéra Comique : Colin Renoir-Buisson et Mona Lebas (27 septembre, 1er octobre), Tiago Lucet-Remy et Lisa Rugraff (29 septembre, 3 octobre)
Figurants Maîtrise Populaire de l’Opéra Comique : Elliot Appel, Enzo Bishop (27 septembre, 1er octobre), Julius Lombard Lavallée, Esteban Ratel (29 septembre, 3 octobre), Arthur Roussel, Mateo Vincent Denoble
Orchestre Orchestre Philharmonique de Radio France

Nouvelle production Opéra Comique
Coproduction Angers Nantes Opéra, Opéra de Rennes, Théâtre de la Ville de Luxembourg, Théâtre de Caen, Opéra de Limoges
Opéra de Rennes 15, 16, 18 janvier 2020
Angers Nantes Opéra 29, 30 janvier, 1er et 2 février 2020

Le roman (1929) d'Evgueni Zamiatine commence ainsi :
"Autour de l'île de Vassilevski s'étendait en une vaste mer le monde; là-bas il y avait eu la guerre, puis la révolution. Mais dans la chaufferie de Trofim Ivanytch, la chaudière continuait de vrombir ; le manomètre indiquait toujours neuf atmosphères. Seul le charbon avait changé : avant c'était du Cardiff ; désormais c'était du Donetsk".
Sofia et Trofim sont des gens ordinaires, qui n'ont pas d'enfant. Ils vont en adopter un, ou plutôt une. L'inondation provoquée par la montée de la Neva à Saint-Petersbourg va précipiter les destins.
Ce tout petit roman d'une soixantaine de pages est notamment édité chez Sillage, il se lit vite comme une sorte de concentré de "Crime et châtiment". C'est assez saisissant.




Première le 27 septembre.
L’Opéra Comique a une forte tradition de « créations » puisqu’il en annonce fièrement 3000 en 300 ans d’existence, belle performance s’il en est ! A l’Inondation, opéra en deux actes de Francesco Filidei et Joël Pommerat, succèdera en mars prochain « Macbeth underworld » de Pascal Dusapin co-produit par la Monnaie et l’Opéra Comique.
Une première mondiale est toujours un événement dans le monde de la création, du spectacle vivant et singulièrement du genre le plus complexe, l’opéra.
Pour la première fois Joël Pommerat a écrit un livret complet d’opéra à partir d’un récit littéraire. Le compositeur Francesco Filidei en est, quant à lui, à son deuxième opéra mais sa collaboration avec Pommerat est également une nouveauté.
L’écriture s’est faite en commun avec des chanteurs, l’orchestration a suivi et l’ensemble a été enregistré une première fois avant la réalisation finale que nous avons pu voir hier soir dans la belle salle Favart, très largement remplie notamment d’un public plus jeune, intéressé manifestement aux nouvelles formes de l’art lyrique et qui a réservé un excellent accueil à l’œuvre et à sa réalisation.
Pommerat s’est attaché à suivre de très près le roman, dont on reconnaitra l’histoire bien sûr, mais aussi le style et le sens.
Il choisit cependant de placer au début de l’opéra, la scène « fatale » du roman, celle du meurtre de la jeune fille par la femme sans enfants, puis de remonter le temps pour décrire minutieusement, ce qui, dans la vie morose et ordinaire de ce couple ouvrier, a conduit au drame. Pommerat transpose également cette histoire contemporaine de Zamiatine, qui se déroule donc sous l’ère stalinienne, ce qui conduit à quelques modifications très secondaires concernant le cadre social et politique de l’histoire.
Pommerat, auteur et metteur en scène de l’Inondation, est coutumier des décors minimaux, hautement symboliques. Pour cette création, il adopte à l’inverse, un décor très explicite et très réaliste, celui d’un immeuble de trois niveaux, vu en coupe, avec deux appartements, au rez-de-chaussée et au premier, et un deuxième étage comprenant tout à la fois le studio du « narrateur » et l’appartement initial de la jeune fille, celui qu’elle occupe avant la mort de son père.
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Les deux appartements sont occupés par les deux familles au centre de l’histoire : le couple sans enfant qui adopte l’adolescente et leurs amis et voisins, dotés, eux de trois bambins dont un bébé. La similitude entre la configuration des logements et la banalité de leur décoration, n’est finalement symbolisée que par le lit d’enfant de la chambre du premier. LA différence qui fait du couple d’en bas, celui « qui ne va pas bien » alors qu’en haut, les enfants occupent l’essentiel de l’intérêt de l’homme comme de la femme.
Les hommes sont ouvriers à la « centrale » qui perd ses emplois et risque à chaque instant, de fermer ses portes. Les femmes sont à la maison, font la vaisselle, le repassage, la cuisine ou ramènent les courses.
Décor on ne peut plus explicite donc, histoire d’une clarté et d’une limpidité totale également puisque Pommerat rajoute le personnage du narrateur, qui est aussi « l’Homme qui travaillait à la police ».
La première scène, celle du meurtre, est très courte. Elle reprendra à l’identique et à sa place lors de l’acte 2 mais avec davantage de détails. Ensuite le narrateur fait la liaison pour le retour en arrière, présentant le cadre à la manière du roman de Zamiatine : « Sur une île, presque une île, séparée du continent par un fleuve, mais reliée par un pont, vivait une femme aimant un homme, aimée de lui, mais sans enfant. »
Cette lenteur, langueur, des mots qui se répètent souvent, se chantent presque comme une psalmodie, évoque le temps qui passe de manière si monotone et si mélancolique, jusqu’au moment où le couple recueille d’adolescente et où leur existence s’en trouve totalement bouleversée. Les mots se heurtent alors comme les personnages enfermés dans leurs destins, telle la mouche dans son bocal, de la découverte de l’adultère jusqu’à la fameuse « inondation » où le fleuve monte et envahit le logement du bas (vidéo très impressionnante), tout le monde se réfugie en haut et l’homme et la femme retrouvent leurs relations « chez les Voisins ». La scène fatale intervient trois mois plus tard, quand le couple retrouve son appartement du bas et que la femme comprend alors que tout va recommencer. La haine silencieuse et tranquille, calme et déterminée, conduit au meurtre.
Le souvenir la hantera et lui fera perdre la raison, alors qu’elle enfante enfin…
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Conte cruel, implacable et désolé, l’Inondation est musicalement très bien servie par le jeune compositeur Filidei. D’abord par le choix des tessitures des chanteurs, puisque du contre-ténor « narrateur » au baryton « l’homme », l’opéra nous propose à peu près tous les genres, y compris les voix d’enfants.
Même si l’écriture musicale est plutôt celle du « sprechgesang » pour les dialogues, Filidei nous propose plusieurs « arias » de facture plus traditionnelle, et même de beaux monologues comme « ça s’est passé très vite », récit du voisin décrivant la montée des eaux ou « c’est moi qui l’ai tué », celui de la femme racontant son crime, et quelques duos, trios, très impressionnants et très réussis, tel le « duo » entre la Jeune fille et l’Homme « Il y a, il y a une mouche, elle veut sortir » et « le vent, le vent s’est levé » lors de la scène 8.
Orchestralement, le style de Filidei privilégie les percussions sous toutes leurs formes, y compris un nombre impressionnant d’instruments de bruitage divers, et les cuivres parfois très puissants. S’il n’y a pas d’ouverture, il y a par contre quelques intermèdes musicaux assez courts mais qui participent efficacement de la montée des tensions.
La direction musicale de Emilio Pomárico donne de la vie à une partition complexe, animant merveilleusement l’orchestre philharmonique de radio France, tout à la fois présent dans la fosse et dans les loges d’honneur côté cour et jardin, créant une spatialisation impressionnante qui enveloppe littéralement la scène.
La « Femme » est tout à la fois magnifiquement jouée et chanté par Chloé Briot qui entre dans le personnage, voix monocorde et mélancollique avant de s’animer et de se métamorphoser devant nos yeux. Admirable prestation d’une justesse totale, l’interprète ayant tous les atouts en main pour un exercice difficile, la voix est belle et le timbre homogène et riche. En « Homme » Boris Grappe est également de haut niveau : très à l’aise dans toutes les facettes de ce personnage très typé, sa voix de baryton offre avec celle de la soprano un beau contraste « croisé » avec les voix plus légères et haut perché du Voisin (ténor) et la Voisine (mezzo). La Jeune Fille est « double » dans la mise en scène de Pommerat : quand elle chante, c’est la soprano Norma Nahoun, voix adulte, quand elle joue ou parle c’est Cypriane Gardin, jeune actrice de 14 ans, l’âge du rôle. Le couple de « Voisins » est chanté par Enguerrand de Hys (assez tête à claque et transparent mais c’est son rôle de père parfait et comblé qui veut cela et le ténor s’en tire brillamment) et Yael Raanan-Vandor, très belle mezzo qui en mère de famille inquisiteur, est parfaite. Le Narrateur et le Policier c’est Guilhem Terrail, très beau contre ténor dont la voix se projette bien et qui sait nous offrir la tension nécessaire au caractère dramatique de son récit. Vincent Le Texier en Médecin est par contre plus difficilement audible mais c’est le seul pour un plateau vocal plutôt homogène et très complice dans cette aventure. Soulignons une formidable direction d'acteur qui fait de l'Inondation, du théâtre chanté de très grande qualité.
Une œuvre intéressante à découvrir, dont les thèmes assez obsessionnels vous trottent dans la tête un moment après la fin de la représentation et que le public a ovationné.
N’hésitez pas, ces deux heures sans entracte se regardent avec passion, et il faut se féliciter des créations d’opéra quand elles sont de cette qualité (et les encourager).

Hélène Adam

Les Saluts :
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Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par titoschipa » 26 sept. 2019, 21:32

J’y vais le 1er octobre.
Depuis le temps que j’attends du Filidei à Paris.

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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par HELENE ADAM » 28 sept. 2019, 10:32

Mon CR est publié en tête de ce fil.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par titoschipa » 28 sept. 2019, 10:34

Merci pour ce superbe CR!
Je l’ai volontairement lu en diagonale à ce stade pour avoir encore quelques surprises quand j’irai mardi 😋

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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par HELENE ADAM » 28 sept. 2019, 11:59

Retransmission sur ARTE Concert, le 3 octobre à 20h (puis disponible jusqu'au 2 avril 2020)
https://www.arte.tv/fr/videos/092446-00 ... a-comique/

Livret fourni avec le programme en salle.
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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par kirby » 02 oct. 2019, 06:52

Excellente soirée hier soir, combinaison fascinante de musique et de théâtre.
Les soirées d’opera devraient toujours être comme ça !!
Merci à la critique en haut de page qui m’a fait prendre un ticket !!

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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par titoschipa » 03 oct. 2019, 21:40

Oui, après l’avoir vu aussi le 1er, je partage l’avis d’Helene sur ce spectacle réussi. J’ai tout particulièrement apprécié la performance de Chloé Briot et la voix du contre ténor (gâté par le compositeur il est vrai). S’il fallait faire deux minimes réserves : je ne vois pas l’interêt du flashback (qui n’est pas chez Zamiatine) et j’aurais bien raccourci l’oeuvre de vingt minutes. Enfin, je n’ai pas compris la raison pour les deux jeunes filles au lieu d’une

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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par Oylandoy » 03 oct. 2019, 22:05

Beaucoup de percussions, on a l'habitude, c'est un passage obligé, mais peu judicieuses souvent, et des tempi très étirés, pendant les 2/3 de l'oeuvre, il faut une patience...
la mélodie est immorale
Nietzsche

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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par Snobinart » 04 oct. 2019, 08:34

Il y a plein de réminiscences de Pelleas (chouette quand on créé à l’Oc), de Sheerazade etc. et un matériau musical personnel pris dans une matrice qui fait penser à Adams. Une vraie belle réussite ! Quelle contraste avec la morosité et l’absence d’imagination sur scène aux Indes galantes de mardi soir...

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Re: Filidei - L'inondation - Pomárico/Pommerat - Opéra Comique - 09-10/2019

Message par HELENE ADAM » 04 oct. 2019, 14:57

titoschipa a écrit :
03 oct. 2019, 21:40
Oui, après l’avoir vu aussi le 1er, je partage l’avis d’Helene sur ce spectacle réussi. J’ai tout particulièrement apprécié la performance de Chloé Briot et la voix du contre ténor (gâté par le compositeur il est vrai). S’il fallait faire deux minimes réserves : je ne vois pas l’interêt du flashback (qui n’est pas chez Zamiatine) et j’aurais bien raccourci l’oeuvre de vingt minutes. Enfin, je n’ai pas compris la raison pour les deux jeunes filles au lieu d’une
Sur le choix d'avoir modifié la progression dramatique du roman en commençant par la scène "choc" du meurtre, j'hésite. Quand on lit le roman, on a une vraie surprise de ce "tournant" inattendue venant d'une femme dont la frustration latente (et violente) ne se devine pas tant que cela, loin de là. Commencer par là supprime tout effet de surprise mais il y a fort à parier que les critiques de l'oeuvre auraient parlé de cette scène "climax" privant le spectateur du choc émotionnel. Je suppose que c'est pour cela que Pommerat a préféré annoncer la couleur en quelque sorte et remonter le temps...
Pourquoi deux jeunes filles ? Pommerat en homme de théâtre, tenait beaucoup à avoir une actrice de l'âge du rôle mais Filidei en artisan des tessitures fortes, voulaient une soprano adulte pour sa "jeune fille" (qui chante peu par ailleurs mais qui, quand elle chante, a le même genre de voix que "la Femme"). Ils se sont mis d'accord sur le fait que les deux artistes figureraient du coup ensemble sur scène pour bien montrer la "gémellité" de leur choix artistique...

PS : d'ac' avec Snobinard, j'ai pensé à Pelléas plusieurs fois, lenteur des sentiments mais exacerbation des passions, omniprésence de l'eau etc.
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