Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

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Piero1809
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Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par Piero1809 » 22 juin 2019, 09:32

Don Giovanni
Wolfgang Mozart, musique
Lorenzo Da Ponte, livret
Dramma giocoso en deux actes, créé le 29 octobre 1787 à Prague

Christian Curnyn, direction musicale
Marie-Eve Signeyrole, mise en scène, conception vidéo
Fabien Teignié, Décors
Yashi, costumes
Nicolas Descoteaux, lumières
Yann Philippe, Claire Willemann, vidéos
Simon Hatab, dramaturgie

Nicolai Borchev, Don Giovanni
Michael Nagl, Leporello
Jeanine De Bique, Donna Anna
Sophie Marilley, Donna Elvira
Alexander Sprague, Don Ottavio
Patrick Bolleyre, Il Commendatore
Anaïs Yvoz, Zerlina
Igor Mostovoï, Masetto

Choeurs de l'ONR (direction Christoph Heil)
Orchestre Philharmonique de Strasbourg
Jeudi 22 juin 2019

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Nikolay Borchev et Jeanine De Bique, photo Klara Beck

La nature a horreur du vide

Pendant une bonne partie de mon existence, j'ai connu Don Giovanni par le disque et ai été comblé par la musique merveilleuse de Mozart dont la seule écoute suffisait à mon bonheur. Ce n'est que relativement récemment que j'ai découvert ce qu'une mise en scène appropriée pouvait apporter à la perception et la compréhension de ce chef-d'oeuvre.

L'impression ressentie après avoir vu le spectacle est globalement positive. La mise en scène est inventive. L'idée de faire participer le public est intéressante, elle s'appuie sur les expériences (appelées performances) de Marina Abramovic, plasticienne spécialisée en art corporel. L'artiste se tenait face au public qu'elle laissa interagir avec son propre corps au moyen de 72 objets disposés sur une table. Au terme de ces expériences qui la laissèrent à moitié déshabillée et ensanglantée, l'artiste déclara que si vous vous abandonnez complètement au public, il peut vous tuer. A l'instar de la plasticienne, Don Giovanni assis immobile dans son costume blanc reçoit, un à un, les personnages issus de la scène et du public. Ces derniers sont munis de 14 instruments dont un rasoir, une canne de golf, un révolver, une seringue, une poire..., décrits dans une vidéo projetée sur un écran, et font subir à Don Giovanni et sur eux-mêmes, un certain nombre de sévices et d'agressions.

Quand l'ouverture retentit, la scène comporte un salon de coiffure, un bar et un public assis sur plusieurs rangées de chaises comme au spectacle. Périodiquement des spectateurs volontaires sont convoqués pour monter sur scène et participer aux actions se déroulant sur le plateau. Don Giovanni est assis sur son siège, une jeune femme s'assoit en face de lui, se taillade les veines avec un rasoir et meurt. L'action démarre ensuite avec la tentative de viol sur Anna et le meurtre du Commandeur. Une double action se déroule, celle qui est décrite dans la dramaturgie et une autre qui est le regard que porte le public et tout particulièrement les femmes sur Don Giovanni. A la fin les deux actions se rejoignent lors de l'exécution du héros. Les modalités de cette dernière, minutieusement programmée, sont décrites à l'aide de la video.
Les vidéos constituent une partie importante de la scénographie, elles permettent, grâce à un écran géant, de projeter une captation live du spectacle en gros plans ainsi que des parties du spectacle qui ne peuvent être montrées sur scène, faute de place, comme des vues grouillant de corps dénudés et emmêlés évoquant les orgies organisées par Don Giovanni ou encore des extraits de films cultes.

Au plan musical et dramatique, ce traitement est victime de sa richesse conceptuelle car en sollicitant puissamment le spectateur vers ce qui se passe sur une scène grouillante de personnages et sur les vidéos, il détourne l'auditeur de ce qui est la raison d'être du spectacle, c'est-à-dire la musique. La mise en scène et la scénographie semblent oublier que c'est finalement la musique qui, chez Mozart, construit la réalité dramatique. Quand à l'acte II, Donna Elvira chante son air fameux Mi tradi quell'alma ingrata, l'attention de l'auditeur est attirée par la vidéo très érotique citée plus haut et ne peut se concentrer autant qu'il faudrait sur la musique. Cet air est pour moi un chef-d'oeuvre vocal et instrumental et un sommet Mozartien absolu même si c'est une pièce rapportée, composée à l'instigation de la Cavalieri qui interrompt la progression dramatique à ce stade de l'action. La nature ayant horreur du vide, on dirait que Eve-Marie Signeyrole a cherché à tout prix à meubler cette scène à ses yeux désespéramment vide. Cette profusion de personnages, d'intentions, de clins d'oeil est certes palpitante mais rend le spectacle un peu confus et brouille quelque peu les cartes. La direction d'acteurs était généralement remarquable mais j'ai été gêné par le changement qui s'opère chez Donna Anna qui révèle de plus en plus son attirance pour le héros, qui est aussi son bourreau, sacrifiant ainsi aux poncifs romantiques. Il est vrai que son fiancé Ottavio qui mange des choux à la crème en réponse à ses déclarations d'amour, n'est pas très attirant.

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Nikolay Borchev, Bérénice Hagmeyer dans la baignoire, Michael Nagl, photo Klara Beck

Si on peut émettre quelques réserves sur une mise en scène dans l'ensemble très convaincante, par contre l'interprétation vocale est de toute beauté. Nicolaj Borchev, baryton, a composé un remarquable Don Giovanni, personnage en souffrance, vivant perpétuellement dans le présent, se lançant dans des conquêtes amoureuses toujours recommencées, ignorant les conséquences de ses actes. L'engagement de ce chanteur était formidable et sa voix, à la hauteur de l'enjeu notamment dans la sérénade enjôleuse délicatement accompagnée par une mandoline, Deh, vieni alla finestra. Michael Nagl, basse, campa un Leporello à la belle voix bien timbrée dans le grave et fut souverain dans l'air du catalogue ainsi que dans l'extraordinaire sextuor de l'acte II, Sola, sola in buio loco, sommet dramatique de l'opéra. Alexander Sprague donna vie à un Ottavio vocalement idéal. Sa superbe voix de ténor magnifiquement projetée, notamment dans Dalla sua pace, donnait du panache à un rôle quelque peu ingrat de soupirant énamouré, hérité de l'opéra seria baroque. Igor Mostovoï (Masetto) défendit crânement son personnage d'une voix de baryton bien articulée. Le rôle du commandeur est petit mais capital et j'ai été enchanté par la prestation de Patrick Bolleyre qui m'impressionna par l'ampleur, la puissance de ses graves et sa contribution décisive à la grandeur de la formidable scène finale qui compensait le rôle restreint que la mise en scène lui avait dévolu. Jeanine De Bique incarna une magnifique Donna Anna, notamment dans l'extraordinaire récitatif accompagné de l'acte I, Don Ottavio, son morta, un sommet dans l'opéra baroque et classique. Jeanine De Bique a tout pour elle, une voix au timbre chaleureux et au grain fin, des aigus très purs et une typologie vocale proche de celle d'une soprano dramatique, tout à fait appropriée au rôle. Après le noble personnage de Rodelinda, elle s'est approprié celui de Donna Anna. Avec Sophie Marilley (soprano), pas de surprises, cette chanteuse confirmée livra une remarquable Elvira, assumant son rôle d'épouse bafouée, elle en donna une image énergique et combattante avec une belle voix au timbre très plaisant, et au beau phrasé notamment dans Mi tradi. Avec un duetto mythique, deux airs, et une participation dans divers ensembles, le rôle de Zerlina est très important et fut assuré avec beaucoup de charme et une présence scénique indéniable par Anaïs Ivoz de l'Opéra Studio, une jeune artiste dont le potentiel révélé déjà dans Mouton et dans La princesse arabe est considérable. Son interprétation du célèbre duetto La ci darem la mano mit en évidence une voix superbement projetée au timbre agréablement acidulé.

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Sophie Marilley, Anaïs Yvoz, Nikolay Borchev, Michael Nagl, Jeanine De Bique, Alexander Sprague, photo Klara Beck

Après une ouverture rondement menée, l'orchestre philharmonique me déçut un peu dans la première partie de l'acte I notamment dans le premier air de Zerlina Batti, batti, o bel Masetto. Dans cet air merveilleux avec violoncelle obligé, à l'orchestration délicieuse, je ressentis un sentiment de malaise, peut-être dû à un décalage entre le chant, l'orchestre et le violoncelle solo et j'attribuai ce problème à une scène surchargée propice à la confusion. De manière générale, le chef trouva le tempo giusto dans la plupart des scènes. Félicitations à l'orchestre et au chef pour la scène de la mort de Don Giovanni, impressionnante au plan musical. Des trombones à la superbe sonorité donnèrent à cette scène toute sa majesté et sa grandeur. Le chef Christian Curnyn revendique l'usage d'instruments modernes dont il apprécie les couleurs mais il est probable que des instruments d'époque, des cordes en boyau nu, des trompettes et des cors naturels auraient donné à l'orchestre une pâte plus nerveuse.

Un spectacle passionnant et inventif.

Pierre Benveniste

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Re: Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par Piem67 » 22 juin 2019, 16:43

Je partage l'avis de Piero sur la hantise d'Eve-Marie Signeyrole du vide : ses mises en scènes sont toujours surchargées au possible, et si possible de choses qui n'ont pas toujours grand chose à voir avec l'opéra qu'elle met en scène... (le finale où Don Giovanni meurt empoisonné par Leporello tout en répondant au Commandeur...), le tout parfois à TRES gros traits pour bien enfoncer le clou et pour être sûr que l'on comprenne bien... (le "sac à foutre" qu'écrit à la peinture Elvira sur la voiture de Don Giovanni est d'une finesse absolue). SI on ne peut nier à Signeyrole une maîtrise du plateau impressionnante et un réglage au cordeau, je regrette quant à moi cette volonté de se mettre à tout prix "devant" l'œuvre...

Ce Don Giovanni ne fait pas exception, et je ne sais qu'une chose à présent : éviter à tout prix les prochaines mises en scène de cette dame qui, effectivement Piero, parasite en permanence l'écoute de la musique ce qui est bien dommage lorsqu'elle est si bien chantée. Jeanine de Bique fut, notamment, absolument sensationnelle en Donna Anna tout comme son Don Ottavio, remarquable Alexander Sprague.

Par contre, où est-on allé chercher un chef aussi CONSTERNANT ? Ce Monsieur a l'air de s'ennuyer ferme tout au long de la soirée, n'insuffle absolument RIEN à cette musique divine sur laquelle il n'a RIEN à dire, est parfois en retard sur certains départs, tout est d'une platitude désespérante, un cauchemar ! Et je peux vous en parler en connaissance de cause puisque je l'ai eu de face toute la soirée : j'avais en effet la "chance" d'être parmi le "public" sur scène à une des représentations... enfin, disons plutôt "figurant"... Nous fûmes donc aux premières loges pour voir tout ce sang, tout ce sexe montré à force gros plans sur l'écran géant... C'était parfois vraiment dérangeant et déplaisant à vrai dire...

Je suis ressorti de cette soirée emballé par certains chanteurs, mais consterné par ce travail scénique...

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Re: Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par jacques3654 » 23 juin 2019, 11:08

C'est Andreas Spering qui assurera la direction musicale du 23/06 au 7/7
https://www.operanationaldurhin.eu/fr/s ... n-giovanni

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Re: Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par Piem67 » 23 juin 2019, 11:19

Oh !? Ils ont viré le précédent ?!

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Re: Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par Piero1809 » 23 juin 2019, 12:56

jacques3654 a écrit :
23 juin 2019, 11:08
C'est Andreas Spering qui assurera la direction musicale du 23/06 au 7/7
https://www.operanationaldurhin.eu/fr/s ... n-giovanni
Cela explique pourquoi lors de la représentation du 22 juin, Christian Curnyn n'a pas participé aux saluts, ce qui m'a choqué à cause des musiciens de l'orchestre qui ne méritaient pas un tel affront.

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Re: Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par Piem67 » 23 juin 2019, 13:03

L'affront pour eux, c'est surtout d'avoir été "dirigé" par ce triste sire...

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Re: Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par Piero1809 » 28 juin 2019, 17:07

Piem67 a écrit :
22 juin 2019, 16:43
Je suis ressorti de cette soirée emballé par certains chanteurs, mais consterné par ce travail scénique...
100% d'accord pour les chanteurs.
Pour le travail scénique, il y a quand même de bonnes idées comme celle dont je n'ai pas parlé, consistant à représenter Don Giovanni en loup, soulignant ainsi le prédateur qu'il est aux yeux de ses victimes et du public.

Plus que deux représentations les 5 et 7 juillet à Mulhouse

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micaela
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Re: Mozart - Don Giovanni - Curnyn/Signeyrole - ONR - 06-07/2019

Message par micaela » 28 juin 2019, 17:49

C'est un peu trop facile. Et puis, pour moi, DG ce n'est pas qu'une histoire de prédateur sexuel et axer une mise en scène uniquement sur ça, avec ou sans scènes érotiques sur scène ou en vidéo, ce n'est pas forcément une bonne idée.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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