Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

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Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

Message par Remigio2 » 25 mars 2019, 15:51

Les Boréades

DIRECTION MUSICALE Emmanuelle Haïm
ORCHESTRE ET CHŒUR DU CONCERT D’ASTRÉE
MISE EN SCÈNE Barrie Kosky
LUMIÈRES Franck Évin
CHORÉGRAPHIE Otto Pichler
ALPHISE Hélène Guilmette
SEMIRE, POLYMNIE, CUPIDON, NYMPHE Emmanuelle De Negri
ABARIS Mathias Vidal
BORÉE Christopher Purves
BORILÉE Yoann Dubruque
ADAMAS, APOLLON Edwin Crossley-Mercer
CALISIS Sébastien Droy

Applaudissements longs et chaleureux du public bourguignon pour cette représentation en matinée des trop rares Boréades de Rameau. En discutant un peu au bar à l’entracte, on trouvait même quelques anglais en goguette ayant assisté à la création de l’œuvre à Aix en 1982 ! Pour la création de l’ultime œuvre du dijonnais dans sa ville natale, l’Opéra de Dijon a mis la barre haut en réunissant à nouveau Emmanuelle Haïm et Barrie Kosky qui avaient déjà collaboré ensemble sur un Castor et Pollux en 2014 dans ce même lieu. Le résultat est très impressionnant pour cette modeste maison, digne des productions les plus ambitieuses des grandes maisons / festivals internationaux.

L’entretien avec Barrie Kosky dans le programme du spectacle, donne le ton général, digne du scénario du film Inception : « Il y a trois niveaux dans cette pièce. Le premier est l’histoire des mortels (…). Au-dessus, il y a le niveau qui correspond aux moments où ces personnages de l’histoire rêvent (…). Et le troisième niveau, ce sont les trois dieux : Amour (synthèse de Sémire, Polymnie, Cupidon et la Nymphe), Apollon et Borée ». Ces trois dieux n’interagissent jamais entre eux (ce qui brouille parfois la lisibilité de l’ensemble) mais président aux destinées des chœurs / mortels (du premier niveau) et des 5 danseurs, qui, dans les gavottes et les menuets se griment parfois en créatures inquiétantes et fantasmagoriques (du deuxième niveau, si vous suivez toujours !).

Tout ce beau monde évolue de part et d’autre d’une « boîte à rêves » (dixit Kosky) rectangulaire blanche (magnifiques éclairages de Franck Evin) qui symbolise la prison mentale dans laquelle évolue Alphise, et qui, au gré de ses ouvertures / fermetures, dévoile tour à tour une roseraie, une cascade fine (le plus beau moment du spectacle), une plage souillée par une marée noire (avec zozios goudronnés de rigueur). C’est également dans cet écrin qu’Alphise finira par être absorbée dans une sorte de trou noir, figuration scénique d’une Liebestod à la sauce ramiste (le rapprochement avec Tristan, assez osé, est également revendiqué par Kosky).

La distribution est de tout premier ordre, à commencer par le Abaris subtil mais néanmoins solide et vaillant vocalement de Mathias Vidal, dont l’interprétation sait accompagner l’évolution psychologique du personnage : réduit au début à un clone de Woody Allen, binoclard pleurnichard et dépressif, il gagne peu à peu ses galons de héros. On retrouvera avec plaisir ce ténor (ou haute-contre à la française si on veut se la jouer puriste) la saison prochaine dans le même rôle à l'Opéra Royal de Versailles. Hélène Guilmette (que le public confond parfois avec Guillemette Laurens !) est une Alphise racée, à l’aise sur toute la tessiture, qui ose des variations inédites sur son grand air « Un horizon serein ». Rien à redire sur les deux basses divines (Christopher Purves et Edwin Crossley-Mercer) ; les deux princes boréades sont tête-à-claques à souhait (léger bémol sur le Calisis de Sébastien Droy qui s'étrangle un peu dans les aigus). Quelques stridences dans l’aigu à signaler chez Emmanuelle de Negri, dont les entrées / sorties incessantes lassent par ailleurs un peu.

Rien à redire vocalement sur les chœurs mais la façon qu’a Kosky de leur faire commenter l’action par onomatopées (« oohh », « aahh ») est un peu agaçante (surtout en première partie). Les chorégraphies sont pêchues, sans tomber dans les travers à la mode (hip-hop / krump ou autre décadence post-moderne) et atténuent efficacement bien les passages « tunnels » dont l’oeuvre est émaillée.

Après une ouverture menée prudemment, la direction de Haïm se fait précise, vive. Elle peut compter pour ce faire sur son orchestre précis et juste (enfin, la plupart du temps). Mention spéciale aux clarinettistes qui jouaient pour l’occasion sur des instruments sur mesure et les bassons inhabituellement sollicités dans l’extrême aigu de leur tessiture.

Un DVD est prévu pour immortaliser cette production avant une tournée dans quelques capitales européennes. Une trace sonore non-officielle est toutefois disponible pour les ODBiens polis et patients !

R.

Quelques photos sur la page Facebook de l'Opéra de Dijon - © Crédit photos : Gilles Abegg
https://www.facebook.com/OperaDeDijon/
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https://photos.app.goo.gl/Lti24MQjeZLggveq8
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Re: Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 24/03/2019

Message par Piem67 » 26 mars 2019, 22:10

J'y étais aussi dimanche. Hélas, j'étais assez loin (deuxième balcon) dans une salle trop grande pour Rameau.

Très belle production, je partage globalement l'avis de Remigio. Mention spéciale pour Mathias Vidal, décidément un superbe chanteur, haute-contre avec une certaine puissance, la mise en scène le fait beaucoup bouger, au détriment parfois de la ligne voire de la justesse, mais sinon, c'est vraiment superbe.

D'habitude, j'avoue détester Emmanuelle Haïm, chichiteuse et à la gestique assez insupportable (pour moi). Elle m'a moins agacé ici mais j'ai trouvé ses tempos trop vifs dans l'ensemble. La direction de Gardiner garde largement ma préférence, par exemple dans l'introduction de l'air de Borée qu'il arrive presque à "weberniser" de manière très étonnante. Très bel orchestre, avec de superbes traversos et un bon percussionniste (qui jouait les castagnettes "à l'espagnole", une paire dans chaque main, chapeau).

J'ai été un peu déconcerté par la mise en scène de Barrie Kosky qui apporte plus de confusion qu'autre chose, mais on est séduit par la beauté des images mais j'ai également été, comme Remigio, quelque peu agacé par autant d'agitation sur le plateau et par les interventions un peu envahissantes d'Emmanuelle de Negri (par exemple après le sublimissime duo final entre Alphise et Abaris que Kosky qualifie de plus beau duo de la musique baroque, à raison !).

J'ai découvert pour l'occasion ce fameux auditorium de Dijon dont des amis me vantaient tant les mérites, j'avoue avoir été déçu... Par l'esthétique d'une part... En tout cas, vue du deuxième balcon, la salle n'est pas belle, notamment du fait des énormes soutiens au plafond (sur les côtés) qui sont vraiment très moches et envahissants. L'acoustique ne m'a paru plus formidable que cela, le son m'a paru assez lointain, avec l'impression qu'il s'est arrêté avant le deuxième balcon et qu'on en a qu'une sorte d' "aperçu". Il me faudrait entendre une grande formation pour en profiter pleinement je pense. Je regrette que ces Boréades n'aient été données à l'Opéra de Dijon dont le cadre aurait mieux convenu à tous...

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Re: Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

Message par Remigio2 » 18 oct. 2019, 09:03

La captation du spectacle est disponible sur France.tv : :D

https://www.france.tv/spectacles-et-cul ... dijon.html

R.
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Re: Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

Message par pingpangpong » 19 oct. 2019, 16:24

Je viens de le visionner et j'ai, une fois de plus, été bluffé par la direction d'acteurs, qu'ils soient solistes ou choristes, du metteur en scène australin. Les mouvements de foules sont d'une efficacité redoutable. A ne pas manquer, son Saül au Châtelet cette saison.
Et puis réussir à nous tenir en haleine jusqu'au bout avec un simple cube blanc, il faut le faire.J'ai eu peur après les deux premiers actes que ça soit creux et lassant. C'était sans compter sur l'inventivité de Kosky, de Pichler, d'Evin et .....de Rameau. Le plateau est aussi d'une grande qualité comme l'a souligné Remigio.
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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Message par PlacidoCarrerotti » 19 oct. 2019, 16:32

pingpangpong a écrit :
19 oct. 2019, 16:24
Je viens de le visionner et j'ai, une fois de plus, été bluffé par la direction d'acteurs, qu'ils soient solistes ou choristes, du metteur en scène australin. Les mouvements de foules sont d'une efficacité redoutable. A ne pas manquer, son Saül au Châtelet cette saison.
Et puis réussir à nous tenir en haleine jusqu'au bout avec un simple cube blanc, il faut le faire.J'ai eu peur après les deux premiers actes que ça soit creux et lassant. C'était sans compter sur l'inventivité de Kosky, de Pichler, d'Evin et .....de Rameau. Le plateau est aussi d'une grande qualité comme l'a souligné Remigio.
Rien à voir, mais quand est-ce que tu changes de pseudo ?
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(La Sirène, Auber & Scribe)

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Message par pingpangpong » 19 oct. 2019, 16:53

Euh ? Tu as envie de changement ?
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
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Re: Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

Message par micaela » 19 oct. 2019, 16:58

Cette production est diffusée en ce moment (multidiffusion, ça passait ce matin par exemple).J'en au vu de bouts. Deux constatations : j'au bien aimé les danseurs, et l'opéra baroque, ce n'est décidément pas (pas encore ?) pour moi
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

Message par pingpangpong » 19 oct. 2019, 17:06

micaela a écrit :
19 oct. 2019, 16:58
Cette production est diffusée en ce moment (multidiffusion, ça passait ce matin par exemple).J'en au vu de bouts. Deux constatations : j'au bien aimé les danseurs, et l'opéra baroque, ce n'est décidément pas (pas encore ?) pour moi
Moi je l'ai vu assis :D
A part ça, si la musique de Rameau te laisse de marbre alors c'est fichu pour le baroque !
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
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Re: Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

Message par micaela » 19 oct. 2019, 17:26

Uniquement l'opéra baroque (ou les oratorios) à moins que ça ne soit court (façon Didon et Enée de Purcell ). C'est une forme à laquelle je n'accroche pas.
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Rameau - Les Boréades - Haïm/Kosky - Dijon - 03/2019

Message par pingpangpong » 19 oct. 2019, 17:29

J'y ai très longtemps été réfractaire, et puis je ne sais plus ce qui a mis le feu aux poudres. Peut-être des airs séparés genre Haendel par Marylin Horne ou DF Dieskau.
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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