Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

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Hiero von Stierkopf
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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par Hiero von Stierkopf » 29 juil. 2019, 09:57

J’étais ironique sur la magie !
Je fréquente beaucoup cette maison mais je suis pragmatique et ce qui compte c’est mon plaisir personnel, je ne suis pas masochiste.
A l’évidence, beaucoup de ratages cette saison, Otello et Salomé en particulier pour moi.

J’ai pris un billet pour ce Chénier parce que j’étais sur place plusieurs jours.
Comment ça, merde alors ?! But alors you are French !

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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par paco » 29 juil. 2019, 10:09

D'accord avec Hélène : sur le papier il était évident que cette reprise de Chenier ne présentait que peu d'intérêt, surtout en comparaison de la création de cette production, qui même en simple streaming web était superbe à tous points de vue (Kaufmann, Salsi en + d'Harteros).

En revanche je ne partage pas vos "ras-le-bol" de la production munichoise de Chenier, bien supérieure, et de très loin, à celle de l'ONP et du ROH à tous points de vue : conception, travail du jeu d'acteurs, esthétique, ... Ceci dit je n'ai pas vu cette reprise, peut-être était-elle moins travaillée que la première. Après, dans toute production, les chanteurs font autant la réussite d'une mise en scène que le metteur en scène lui-même, il est certain qu'avec Lucic et La Colla on ne risque pas d'atteindre le nirvana ...

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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par David-Opera » 29 juil. 2019, 10:17

HELENE ADAM a écrit :
29 juil. 2019, 09:31
Une erreur de casting qui m'a paru évidente dès l'annonce : Stefano La Colla est un ténor "à décibels", dont la voix déraille souvent..
Agrippina par contre, qui a ouvert "mon" festival, valait sans conteste le déplacement.... :wink: (standing ovation hier soir).
(le public ne s'y trompe pas tellement à Munich, Andrea Chénier n'a jamais été sold out alors qu'il a été difficile de trouver des places pour Agrippina).
Je ne résume pas la réussite d'une représentation au choix du ténor. Direction musicale grossière et mise en scène inintéressante sont le principal défaut de cette production.
La Colla en fait un peu trop, surtout en seconde partie, mais ne m'a pas gêné outre mesure.

Chanteurs moyens et peu sensuels, hormis Iestyn Davies, et dramaturgie inégale de Barrie Kosky (qui n'est pas loin de faire du comique de boulevard pour ironiser gentiment sur le public de la salle) caractérisent cet Agrippina difficile à soutenir sur la durée (le meilleur étant la direction de Bolton).

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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par HELENE ADAM » 29 juil. 2019, 14:18

paco a écrit :
29 juil. 2019, 10:09
D'accord avec Hélène : sur le papier il était évident que cette reprise de Chenier ne présentait que peu d'intérêt, surtout en comparaison de la création de cette production, qui même en simple streaming web était superbe à tous points de vue (Kaufmann, Salsi en + d'Harteros).

En revanche je ne partage pas vos "ras-le-bol" de la production munichoise de Chenier, bien supérieure, et de très loin, à celle de l'ONP et du ROH à tous points de vue : conception, travail du jeu d'acteurs, esthétique, ... Ceci dit je n'ai pas vu cette reprise, peut-être était-elle moins travaillée que la première. Après, dans toute production, les chanteurs font autant la réussite d'une mise en scène que le metteur en scène lui-même, il est certain qu'avec Lucic et La Colla on ne risque pas d'atteindre le nirvana ...
je ne sais pas ce que donnait cette production sans la magie de la rencontre Harteros/Kaufmann/Salsi pour qui elle a été mise en place mais ce ne serait pas la première fois qu'en effet, une production réussie avec certains chanteurs/acteurs, ne le seraient pas avec d'autres...
Moi j'avais aussi adoré comme toi.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par HELENE ADAM » 29 juil. 2019, 15:08

David-Opera a écrit :
29 juil. 2019, 10:17

Chanteurs moyens et peu sensuels, hormis Iestyn Davies, et dramaturgie inégale de Barrie Kosky (qui n'est pas loin de faire du comique de boulevard pour ironiser gentiment sur le public de la salle) caractérisent cet Agrippina difficile à soutenir sur la durée (le meilleur étant la direction de Bolton).
A mon avis tu t'es gouré de fil ( :lol: )...
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par enrico75 » 30 juil. 2019, 08:05

Magnifique représentation de cette Fanciulla hier soir dans la mise en scène sobre et efficace de Dresen.
A.Kampe campe(il fallait la faire :lol: ) un minnie d'une profonde humanité et habite complètement son personnage avec un"materiel vocal "somptueux:voix chaude au médium dense et aux aigus parfois à la limite mais bien projetés
A côté Brandon Jovanovich excellent particulièrement émouvant dans le dernier acte,la voix est certes assez sombre,les aigus pas très lumineux mais il compose un personnage attachant qui évolue au cours de l'opéra du bandit sans scrupule à l'amoureux éperdu.
Enfin le shérif de luxe de Lundgren au timbre magnifique et très sobre d'interprétation.
Orchestre un peu trop sonore pas moments dirigé le sympathique jeune chef américain Gaffigan qui a bondi sur la scène aux saluts et embrassé tous les chanteurs présents et il y en avait un paquet :)

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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 07/2019

Message par HELENE ADAM » 30 juil. 2019, 15:16

Séance du 29 Juillet 2019
Voir la distribution plus haut.

Retour dans la salle principale de l’Opéra de Munich avec cette dernière représentation cette saison, d’une des « créations maison » du BSO, cette nouvelle mise en scène de la Fanciulla del west, cet opéra western, dont l’écriture cinématograhique est précurseur, et dont la composition musicale très « américaine », illustre parfaitement les méandres d’une histoire très prévisible mais qui a l’énorme avantage de construire un scénario qui se tient. Il y a évidemment une histoire d’amour entre une fille qui n’a pas froid aux yeux mais tombe amoureuse du bel étranger, bandit de grand chemin mais pas assassin, tandis que le shériff qui poursuit le malfaiteur, se consumme de désir pour la belle.
Il y a les « ragazzi », ces chercheurs d’or, hauts en couleur eux aussi, qui ouvrent l’opéra et y occupent une place centrale dans les actes 1 et 3, donnant un relief à toute l’œuvre. En effet le traitement des chœurs s’éloigne radicalement des mélodies verdiennes pour plonger plutôt vers le 20ème siècle et inspirer un Chostakovith ou un Janacek qui sauront, à leur tour, introduire les gens du peuple dans une dimension d’acteurs autant que de chanteurs. Ce n’est plus une foule mais une somme d’individus appartenant à un groupe tout en ayant leur personnalité (et leur manière de l’incarner vocalement).
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Il y a des scènes émouvantes : Minnie lisant la bible aux chercheurs d’or harrassés par une journée de « boulot », Dick Johnson/Ramirez draguant Minnie dans sa petite maison avant de « cesser » de jouer pour lui jurer sincèrement son amour, le fameux air final de Dick Johnson, la corde au cou qui demandent aux « ragazzi » de dire à Minnie qu’il est parti, qu’elle ne sache jamais quel a été son triste sort. Il y a des scènes d’une force inouie : Minnie jouant son amour aux cartes avec le shérif, tandis que leurs paroles sont à peine chantées, dans un silence presque total de l’orchestre juste ponctué par les pizzicati des seules basses, ou la « machine à vent » qui se démène dans la fosse tandis que le sort de leur amour naissant va se jouer avec l’arrivée du shériff qui blesse Johnson.
Bref, c’est une des meilleures œuvres de Puccini, à mon sens. Et son modernisme m’apparait à chaque fois plus évident.

La mise en scène du cinéaste Andreas Dresen est volontairement atemporelle et cela lui confère l’immense qualité de garder toutes les scènes et leur profonde signification en se débarrassant de tout ce qui est le folklore du western. Là où Nikolaus Lehnhoff nous avait proposé une transposition à la limite du comique à Paris Bastille pour l’entrée (ratée) de l’œuvre au répertoire, tandis que Marco Arturo Marelli à Vienne et Giancarlo del Monaco au MET nous donnaient plutôt à voir un cadre plus traditionnel (quoique transposé, à Vienne), Andreas Dresen ne garde que le squelette du scénario, lui permettant de rester fidèle à l’histoire et à son déroulement. Mineurs de fond plutôt que chercheurs d’or les ragazzi portent des vêtements similaires de travailleurs, Minnie arbore une tenue simple très campagnarde avant de revêtir la « robe » (modeste) de la séduction, le shériff est habillé en shériff (tout en noir) et Ramirez en cow boy façon western spaguetti avec grandes bottes et grand manteau de cuir. Simple et efficace.
La scène est sombre, peu éclairée par des lampes torches, et comporte un bar à l’acte 1, la maisonnette en planches à l’acte 2 et le puits de la mine à l’acte 3.
Décors gris où l’on devine les montagnes, neige tombant au plus fort de la tempête du 2, quelques détails accessoires et secondaires. Tout se concentre sur le jeu d’acteurs, le chant et la fosse et au vu de l’excellence de la distribution, on se félicite de ce choix.
Pour réussir une Fanciulla, il faut trois grands chanteurs et pas mal de rôles selondaires de qualité.

Même si un petite inquiétude s’est emparée de moi lors de la première scène où les chercheurs d’or débarquent sur le plateau, tant l’orchestre s’avérait trop fort pour eux, très rapidement la « balance » a été rétablie par le chef, le jeune américain James Gaffigan, qui n’a eu de cesse, par la suite, avec un talent évident, de donner à cette musique, toute sa puissance et sa coloration, sans en oublier toutes les modernités. Les rôle secondaires, qui ouvrent l’opéra, sont tous d’une grande tenue, une tradition à Munich où beaucoup d’entre eux appartiennent à la troupe « maison ». C’est bien chanté, bien scandé, avec les mouvements de foule adéquats et on pénètre immédiatement dans l’univers du bar de Minnie.
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L’arrivée de Minnie, révolver au poing, qui descend du haut d’un escalier pour calmer les bagarres de ses « ragazzi » est un très grand moment très réussi. D’entrée de jeu on sait qu’Anja Kampe va être une Minnie exceptionnelle, d’autorité vocale et scénique, mais capable aussi de fondre comme une madeleine quand le beau Johnson l’invite à valser, de tomber raide amoureuse sans pour autant perdre sa jugeotte de femme seule au milieu d’une « bande de mecs », et de défendre son amoureux, toutes griffes dehors quand il faudra le sauver de la potence. Très grande maitrise du rôle, timbre sublime en mezzo voce, je ne lui « reprocherai » que des aigus une fois ou deux, un peu « lancés » et donc pas toujours de la beauté suave nécessaire. Mais je soulignerai surtout qu’elle a énormément progressé, d’année en année, de rôle en rôle, et que c’est un plaisir de la retrouver « chez elle » pour la troisième fois en un an, après sa Sieglinde dans le Ring de juillet dernier et sa Leonore dans Fidelio en janvier. Au-delà d’un chant très nuancé et qui émeut en permanence, Anja Kampe a gagné ses galons d’excellente actrice. J’ai eu l’impression de voir cette Minnie, personnage féminin passionnant, en permanence tout près de moi, vivant son histoire avec une force de conviction admirable.
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Brandon Jovanovitch, avec son côté « brut de décoffrage » et sa très belle incarnation du bandit au grand cœur, est un partenaire idéal. Ils ont en commun le « chanter vrai » sans fioriture, sans déclamation, avec les tripes, et de nous transmettre toutes les émotions qui passent dans leur histoire. Jovanovitch excelle dans ces rôles, Lady Macbeth de Mzensk ou le prince de la Rusalka, quand sa grande voix au timbre sombre doit traduire des sentiments contradictoires où se mêlent la colère, la conviction, la force de caractère et la… capacité de séduire. Il sait moduler son instrument, et le final est l'un des plus émouvants que j'ai vus.
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A leurs côtés, John Lundgren a toutes les qualités : timbre superbe sur toute la tessiture, il est sans doute celui qui a la plus belle voix, et la plus grande capacité à couvrir tout le répertoire des sentiments qui agitent le schériff. Il en fait un personnage qui garde sa part d’humanité malgré sa noire jalousie et son violent désir et la scène du jeu de cartes, interprété par ces deux là est à elle toute seule, un morceau d’anthologie.
Les autres rôles sont également d'une grande richesse scénique et vocale : citons notamment le Nick de Kevin Conners, le Ashby de Bálint Szabó
et le Sonora de Tim Kuypers qui tirent brillamment leur épingle du jeu.
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Bref, pour mon deuxième soir au festival de Munich, dans un genre très différent de la veille, j’ai à nouveau passé une excellente soirée !
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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par micaela » 30 juil. 2019, 15:52

On peut très bien situer l'opéra à une époque relativement récente, voire contemporaine, mais une Fanciulla sans ambiance western, c'est un peu dommage.
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Puccini - Fanciulla del West - Gaffigan/Dresen - Munich - 03/2019

Message par HELENE ADAM » 30 juil. 2019, 15:57

micaela a écrit :
30 juil. 2019, 15:52
On peut très bien situer l'opéra à une époque relativement récente, voire contemporaine, mais une Fanciulla sans ambiance western, c'est un peu dommage.
Non, il n'y a pas à proprement parlé de modernisme (comme à Bastille), ni de temporalité précise, en gros on s'en fout, ce qui compte c'est le scénario et la création d'un cadre qui lui convient parfaitement. C'était franchement très très réussi. Ma meilleure mise en scène de la Fanciulla (et j'en ai vu pas mal).
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