Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

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HELENE ADAM
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par HELENE ADAM » 13 mai 2016, 06:43

Très en phase à mon tour avec l'analyse de Franz Muzzano.

Grâce à la lecture conjointe, en osmose, de Gatti d'une part et d'Audi d'autre part, Tristan et Isolde est un véritable tragédie antique, drame intimiste sur fond de luttes de pouvoir, de puissance, sur fond de traditions, d'honneur, de rites, avec ses histoires de philtres magiques et de pouvoirs surnaturels.
Dès la première mesure et la première image de la scène (de grands panneaux évoquant le fond d'un immense bateau) et qui coulissent pour révéler à l'arrière le ciel, la lumière, le jour, la liberté, on entre dans l'opéra, on accompagne le récit de Brangäne, celui d'Isolde, le désespoir, le désir de vengeance, le désarroi et la force de caractère de l'héroïne de l'acte 1. Le premier prélude est exécuté avec un respect fascinant des chants et contrechants qui donnent au thème lancinant de T&I dès le début, son côté nécessairement obsessionnel, celui du désir et de la fatalité.
L'acte 2, celui de l'amour qui s'accomplit dans l'extase réciproque, celui de la trahison et de la colère de Marcke, présente un décor presque nu, une lande hérissée d'immenses morceaux de bois flotté, évoquant un "jardin" aux herbes monstrueuses, tout autant que la carcasse d'un bateau échoué des années auparavant. Une sorte de météorite noire masque très partiellement la toile de fond blanche, volontairement un peu éblouissante, le drap noir tombe dans la dernière partie de l'acte. L'acte 3, sable, plage, énormes cailloux disséminés, cabane de bois où Tristan agonise.
Comme pour sa superbe mise en scène du Ring, Audi joue sur l'atemporel, la légende pré-post historique, plusieurs personnages évoquent dans leurs accoutrements les symboles de Star War (dans son aspect ordre des Jedi, paysages lunaires désespérés, beauté esthétique des terres mystérieuses).
Le jeu des lumières est somptueux, éclairant tour à tour les artistes selon les épisodes, créant le jour et la nuit en phase totale avec le chant (acte 2 extraordinaire de ce point de vue), le final, la transfiguration d'Isolde nous la présente toute vêtue de noir, en contre jour total, nimbée de lumière. On décolle.
La direction d'acteurs est précise et chaque geste, posture, est étudiée pour atteindre le sommet de ce côté tragédie antique que Gatti sublime aussi dans la lente interprétation d'un Wagner fascinant, les accélérations musicales coïncident au millimètres avec l'accélération du mouvement des artistes sur scène, celui des lumières, des bougés du décor, du très beau travail permanent qui rend l'opéra lisible de la première seconde à la dernière.
Que Gatti et Audi aient été hués m'a sidérée d'ailleurs (en dehors des effets de mode des Premières).
Une chose est sûre : c'est l'un des beaux T&I que j'aurais vus jusqu'à présent.
Pas un poil de seconde d'ennui. (MERDE aux tousseurs par contre qui choisissent toujours les passages presque silencieux pour s'exercer :2guns: )
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par Schwannhilde » 13 mai 2016, 07:01

HELENE ADAM a écrit :les accélérations musicales coïncident au millimètres avec l'accélération du mouvement des artistes sur scène, celui des lumières, des bougés du décor, du très beau travail permanent qui rend l'opéra lisible de la première seconde à la dernière.
Que Gatti et Audi aient été hués m'a sidérée d'ailleurs
Ces huées mal élevées peuvent quand même se comprendre, entre ces dents de baleine et ces décors prétentieux pour pas grand chose et ces étrangetés de l'orchestre, rares mais cruciales.
Et les didascalies, ça se respecte. Notamment quand on fait boire un philtre à quelqu'un.
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par HELENE ADAM » 13 mai 2016, 07:26

Schwannhilde a écrit :
HELENE ADAM a écrit :les accélérations musicales coïncident au millimètres avec l'accélération du mouvement des artistes sur scène, celui des lumières, des bougés du décor, du très beau travail permanent qui rend l'opéra lisible de la première seconde à la dernière.
Que Gatti et Audi aient été hués m'a sidérée d'ailleurs
Ces huées mal élevées peuvent quand même se comprendre, entre ces dents de baleine et ces décors prétentieux pour pas grand chose et ces étrangetés de l'orchestre, rares mais cruciales.
Je n'ai rien trouvé de prétentieux dans les décors plutôt sobres et esthétiquement très réussis (dents de' baleine ou bois flottés hérissés sur une plage, peu importe :D ), rien en tous cas qui justifie la moindre huée (on aime ou on n'aime pas mais il n'y a pas de trahison à mon sens...)

J'en profite pour poursuivre mon CR sur l'appréciation musicale vocale cette fois.
D'abord pour saluer les petits rôles (une fois n'est pas coutume) : Andrew Rees (Melot) d'une énergie redoutable, Marc Larcher dans son double rôle de berger et de jeune marin, plein de fraîcheur vocale, très à l'aise, beau chant et surtout expressivité parfaite (la direction d'acteurs :D ), et le timonier de Francis Dudziak. Ce ne sont que de petits rôles mais quand ils sont très bien interprétés cela donne une qualité globale supérieure au spectacle.

Ensuite dans l'ordre de satisfaction pour moi, vient d'abord le Kurwenal de Brett Polegato. je l'ai dit dès mon petit CR d'hier soir, Franz l'a également dit avec force : ce Kurwenal là est du rarement entendu. Il joue bien (et même plus que ça) , il chante bien (de tous les points de vue), sa voix est superbe et beaucoup plus sonore que celle de Tristan à l'acte 1 d'ailleurs, il a d'ailleurs été spécialement ovationné ce qui a paru le surprendre alors qu'il avait à mon sens, dominé largement le plateau vocal masculin d'une bonne tête. Eblouissant.

Ensuite vient l'Isolde de Rachel Nicholls : c'est une Reine d'Irlande jeune, belle, rousse, avec une grande expressivité des traits (elle évoque Herlitzius par plusieurs aspects dont son investissement sur scène). On croit à son personnage dès son apparition, plus encore au fur et à mesure que l'opéra se déploie, elle est extrêmement séduisante et très bien dirigée. Sa voix m'a paru un peu métallique au départ dans les aigus, mais dans l'ensemble elle se déploie magnifiquement et surtout, du grave à l'aigu, avec des multiples nuances sans jamais décrocher ou perdre son souffle. Elle n'a peut-être pas le timbre le plus séduisant du monde, mais elle a une interprétation très convaincante d'Isolde et j'avais tendance à penser : pourquoi ne l'a t-on pas vue plus tôt ? Les Isoldes ne courent pas les rues...

Torsten Kerl m'a sidérée : il démarre doucement en effet (quelques décibels en dessous de ses partenaires), le timbre semble fatigué, l'acteur aussi même s'il respecte son jeu, on le sent hésitant, mais il "tient". Il se bonifie en cours de route. Il commence sérieusement à vous scotcher à l'acte 2 et termine en apothéose, l'acteur-chanteur qui se brûle lui même sur les planches, qui donne tout (rate un aigu mais on s'en fout), se démène, nous emmène dans son extase du désir et de la mort... Magnifique.

D'accord avec Franz aussi sur Brangäne de Michelle Breedt, du très bon et du désordonné pas très beau vocalement (surtout au début où la "classe" du chant de Nicholls souligne le côté débraillé (vocalement :D ) de Breedt.

Le Roi Marke de Steven Humes est très quelconque et globalement décevant. Voix parfois fatiguée, accélérations pas toujours à propos et peu d'expression dans le chant. Mais la critique est d'autant plus forte que ses partenaires sont top. Evidemment.

le décor de l'acte 2 : bois flottés restes d'une carcasse de bateau, grandes herbes monstrueuses de légende, dents de baleine ?
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par Schwannhilde » 13 mai 2016, 08:59

Des côtes de baleine et quelques dents de cachalot sur la scène, je crois...
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par mowglie » 13 mai 2016, 09:08

HELENE ADAM a écrit :
Schwannhilde a écrit :Rachel Nicholls a été une Isolde de qualité croissante et sa transfiguration m'a emplie de joie. Pas tragique, comme il faut ; c'est une très belle possibilité.
Pareil. Une Isolde passionnante et passionnée.
J'ai trouvé Tristan de plus en plus vaillant au fur et à mesure que la mort l'habite. Assez impressionnant. Et Kurwenal devrait exploser sur toutes les scènes d'opéra avec un tel tempérament.
CR plus détaillé après un petit somme.
(Gatti très wagnérien, Audi mise en scène sobre style tragédie antique, décors lunaires, éclairages somptueux.)
Je suis très positive sur Isolde (voix claire, ce qui est rare pour ce rôle) ; j'ai apprécié son timbre dans le medium mais les aigus sont parfois acides et du coup son liebestod n'a pas tenu ses promesses .
Gruss mir die Welt

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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par JdeB » 13 mai 2016, 09:12

Schwannhilde a écrit :Des côtes de baleine et quelques dents de cachalot sur la scène, je crois...
oui, comme on l'a vu 100 fois...
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par Schwannhilde » 13 mai 2016, 09:23

Mais quand même, les didascalies... Et la presque cinquantaine de leitmotivs de cet opéra, plus personne ne s'en soucie, alors ?
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par JdeB » 13 mai 2016, 09:25

Tu croyais qu'il existait encore des wagnériens ?
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par Schwannhilde » 13 mai 2016, 09:28

JdeB a écrit :Tu croyais qu'il existait encore des wagnériens ?
Tu veux dire que nous vivons complètement dans l'entertainment ?
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Gatti/Audi - TCE - 05/ 2016

Message par altini » 13 mai 2016, 09:28

Madame Bachelot. :Jumpy:

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