Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par lamammamorta » 27 oct. 2015, 12:32

HELENE ADAM a écrit :Quelques illustrations pour apprécier ....

Fin de l'acte 2
Le mont Sinai, Aron enroulé dans sa bande magnétiques noircie, au sol une toile qui a été peinte pendant la scène précédente, l'encre est versée pour représenter cette toile, superbe rendu).
La mise en scène est tellement riche, qu'il est difficile de tout capter, surtout quand on lit les sur-titres ! En fait, le sol représente les tables de la loi, mais les lettres gravées n'apparaissent qu'une fois que la peinture s'y est répandue puis raclée par des figurants. Moïse revient ensuite avec ses "cornes de lumière" à la main (remplies de peinture dorée avec laquelle Aron s'aspèrge). Quand la colère de Moïse éclate et qu'il dit briser les tables de la loi, alors il verse un seau d'eau au sol pour faire partir la peinture noire qui a révélé les commandements gravés.

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par Piero1809 » 27 oct. 2015, 13:25

Merci Hélène ADAM pour ce compte rendu passionnant.
Incidemment, comment avez-vous trouvé le quatuor en fa # mineur avec voix au Palais Garnier, une oeuvre fascinante de Schoenberg?

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par HELENE ADAM » 27 oct. 2015, 14:01

Piero1809 a écrit :Merci Hélène ADAM pour ce compte rendu passionnant.
Incidemment, comment avez-vous trouvé le quatuor en fa # mineur avec voix au Palais Garnier, une oeuvre fascinante de Schoenberg?
Très, très séduisant.
J'ai ouvert un fil sur ce concert.
http://www.odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=16536
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par Musanne » 27 oct. 2015, 14:49

D'accord avec Hélène sur le succès de la conférence préliminaire. Arrivée juste au début, j'ai dû, comme d'autres, m'asseoir par terre. J'espère que les conférences suivantes auront plutôt lieu à l'Amphithéâtre ou au Studio
D'accord avec Hélène sur le remplissage. Du 2e balcon où je me trouvais (rang 5) je n'ai repéré qu'une place libre, aucune aux galeries ni à l'avant du Parterre. Applaudissements nourris à la fin
D'accord encore avec Hélène, et avec lammamorta, sur la mauvaise prise de son de l'enregistrement sur Arte Concert, qui aplatit tout. Très juste la remarque sur les voix du Buisson ardent. Une exception : John Graham-Hall sonne plutôt mieux qu'en salle où il est quelquefois à peine audible, et quand il l'est assez plat, avec un vibrato prononcé
D'accord enfin sur la réalisation musicale. Je n'avais jamais vu Moses und Aron sur scène, je ne connaissais l'oeuvre que par l'enregistrement DGG de Boulez avec l'orchestre du Concertgebouw, et Merritt en Aron. Je comprends mal les critiques visant la direction de Jordan, que j'ai trouvée remarquable, d'une grande précision et transparence (on entend tous les instruments très distinctement !) et pas du tout lisse, moins incisive peut-être que celle de Boulez mais avec des contrastes très nets, de la délicatesse et de la violence chaque fois que nécessaire. Et j'ai apprécié que la "sensualité viennoise" qu'il dit avoir voulu mettre dans son interprétation apporte un contraste bienvenu avec l'austérité de la mise en scène.
Car c'est là où je diverge avec Hélène. Cette mise en scène présente quelques belles images. Les déplacements du choeur, personnage principal (vainqueur à l'applaudimètre, à juste titre) sont bien réglés. Rien n'est vraiment dérangeant, surtout au 1er acte où on ne voit quasiment rien. Curieux d'ailleurs ce brouillard permanent, on peut supposer que le désert est embrumé par un vent de sable, mais tout l'acte ne se déroule pas dans le désert. La lumière crue de l'Egypte est tout à fait absente ici. Et pourquoi nous présenter Easy Rider dans sa cage en arrière-plan de la 1ère scène (le dialogue entre Moïse et le Buisson ardent) ?
Ce superbe taureau charolais, vraie bête de concours, apparemment bourré de Valium, nous le revoyons donc en majesté à l'acte 2. Il est fort placide et ne s'anime un peu que quand il a droit lui aussi au déversement d'encre noire sur le dos, ce qui ne semble pas lui déplaire car il agite joyeusement la queue. Il ne saurait représenter le veau d'or, qui est une statue et non un animal vivant, mais l'or est curieusement absent de cette mise en scène. Peut-être symbolise-t-il plutôt la force vitale célébrée par le texte et totalement absente de la mise en scène. Pour une fois qu'on a un livret et des didascalies qui décrivent précisément des scènes d'orgie ! Mais ceux qui voudraient se rincer l'oeil peuvent passer leur chemin. Non seulement on n'a pas droit aux chevaux et autres animaux ni à la découpe du bétail avec morceaux lancés au peuple qui les dévore, ce qu'on peut comprendre. Mais les scènes de copulation sont à peine esquissées par un petit ballet très stylisé et les 4 vierges sont boutonnées jusqu'au cou et font plutôt "enfants de Marie" avec leur gentil bouquet à la main. Evidemment toute cette séquence, qui est une sorte de bacchanale, est difficile à mettre en scène et je ne suis pas contre la stylisation, mais tout ceci manquait singulièrement de sauvagerie.
Assez réussi en revanche les lettres qui apparaissent au sol après balayage de l'encre noire. Un peu insistante cette encre cependant dans la scène précédente, on avait compris, pas besoin d'en rajouter autant. Tous ces effets de noir et blanc sont jolis, mais cet opéra doit-il être joli ? Je rejoins ceux qui ont trouvé que cette mise en scène manquait de nerf et d'aspérités.
Cependant, et c'est l'essentiel, elle n'empêche pas de savourer la musique, passionnante et parfaitement mise en valeur. Qu'on puisse tirer d'une unique série de 12 notes une telle richesse, une telle variété, une telle palette de couleurs, c'est tout de même phénoménal

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par wababelooba » 27 oct. 2015, 15:53

J'y étais aussi .
Je m'attendais à un choc , car c'est la première fois que je voyais un spectacle de Castellucci.
J'ai " simplement " beaucoup aimé!
La mise en scène est en fait très simple à suivre , très lisible , tout en fourmillant de belles trouvailles.
Lumières , décors , costumes , tout est très beau et très raffiné.
L'idée du Buisson Ardent représenté par un vieux Revox, la bande quart de pouce qui représente le don de parole, et qui deviendra la crinière du masque d'Aron à la fin, le défilement hypnotique des mots( qui suit l'émission et la puissance des voix...), l'orgie symbolisée en tout et pour tout par une danseuse nue, le baptême "à l'envers " dans lequel les participants ressortent tâchés , salis ( une messe noire ??), tout cela
est superbe et colle bien avec la question fondamentale du livret : l'irreprésentabilité de l'Idée.
Et le début , où les silhouettes du choeur se distinguent à peine dans un épais nuage blanc , rappelle les si beaux Goya noirs.
J'ai quand même trouvé que Castellucci tire un peu à la ligne dans l'Acte 2 , et qu'en voulant éviter les images si prévisibles de l'orgie, il étire un peu trop ses baptêmes noirs.
Musicalement , j'avais depuis le Châtelet le souvenir d'une oeuvre très difficile et aride .
Je n'ai rien ressenti de cela hier soir.
Manquait peut-être un peu d'âpreté et d'urgence dans la pâte orchestrale , mais les choeurs étaient superbes ( et c'est tellement rare à l'ONP que je devrais le bisser : SU-PERBES !!)
Pour les protagonistes , tout a été dit . Moses excellent , Aron médiocre , avec ce vibrato qui finit par devenir très pénible.

Dernier point : C'est le type même de spectacle impossible à capter.
Car , particulièrement dans le 1er acte , c'est de la frustration de n'entrevoir que des silhouettes que naît l'émotion.

Au final , je repensais au Mireille qui inaugurait le mandat précédent .
C'était sursigné Joël.
Là , nous avons le type même de spectacle sursigné Lissner ( il y a toujours beaucoup d'esthétisme et une certaine froideur dans les spectacles qu'il produit, contrairement à Mortier qui pouvait aller jusqu'à l'extrême bout de l'idée , jusqu'à la faute de goût même...)
Va-t-il réussir à corseter Walikowski, Tcherniakov ou Bieito?
Les mois à venir s'annoncent passionnants.

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par sidoine » 27 oct. 2015, 16:07

Enfin des commentaires enthousiastes et finement justifiés pour ce Moïse! Je me sentais un peu seul après mon exaltation de vendredi dernier! Un spectacle d'un très haut niveau et une très belle saison qui s'annonce, en effet!
A ceux qui hésiteraient à se rendre à ce spectacle: un conseil! Allez-y! Le choc dépasse toutes les retransmissions télé et toutes les réticences. Ca devrait être toujours ça l'opéra: faire oublier qu'il y a de la musique + des chanteurs+ une mise en scène. Ici spectacle total.

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par Asvo » 27 oct. 2015, 16:46

wababelooba a écrit : Là , nous avons le type même de spectacle sursigné Lissner ( il y a toujours beaucoup d'esthétisme et une certaine froideur dans les spectacles qu'il produit, contrairement à Mortier qui pouvait aller jusqu'à l'extrême bout de l'idée , jusqu'à la faute de goût même...)
Va-t-il réussir à corseter Walikowski, Tcherniakov ou Bieito?
Les mois à venir s'annoncent passionnants.
En effet, je pense que c'est la question que je retiendrai de ces représentations : Lissner va-t-il affadir les metteurs en scène qu'il a choisis justement à cause de leurs partis pris totaux ?
sidoine a écrit :Enfin des commentaires enthousiastes et finement justifiés pour ce Moïse! Je me sentais un peu seul après mon exaltation de vendredi dernier! Un spectacle d'un très haut niveau et une très belle saison qui s'annonce, en effet!
A ceux qui hésiteraient à se rendre à ce spectacle: un conseil! Allez-y! Le choc dépasse toutes les retransmissions télé et toutes les réticences. Ca devrait être toujours ça l'opéra: faire oublier qu'il y a de la musique + des chanteurs+ une mise en scène. Ici spectacle total.
Justement, quitte à "redonder" avec les commentaires moins enthousiastes du début, c'est par l'absence de chocs que se distingue cette mise en scène, selon moi. Comme l'a dit wababelooba, toute l'aridité de l'oeuvre est retirée ; le manque d'âpreté qu'il a ressentie mais qu'il considérait comme accessoire a été terrible pour moi. Mettre en scène et jouer Moses und Aron aussi joliment que l'ont fait Castellucci et Jordan, c'est du même acabit que de l'opéra baroque joué par l'orchestre du Met : ça uniformise et affadit la musique. C'est de l'uniformité que j'ai ressentie et pas de la totalité.

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par David-Opera » 27 oct. 2015, 17:06

wababelooba a écrit :
Là , nous avons le type même de spectacle sursigné Lissner ( il y a toujours beaucoup d'esthétisme et une certaine froideur dans les spectacles qu'il produit, contrairement à Mortier qui pouvait aller jusqu'à l'extrême bout de l'idée , jusqu'à la faute de goût même...)
Va-t-il réussir à corseter Walikowski, Tcherniakov ou Bieito?
Les mois à venir s'annoncent passionnants.
Il n'y a pas de raison d'en tirer de telles conclusion. Moïse et Aaron devait être mis en scène par Chéreau qui, à l'instar de La Maison des Morts, d'Elektra et de Tristan et Isolde, aurait considérablement détaillé les expressions humaines.

Comme Castellucci l'a remplacé, nous avons une autre vision, plus intellectuelle et esthétisante, qui n'engage que lui.

Donc cela ne préjuge en rien des autres formes que vont employer les directeurs scéniques prévus dans les mois et années qui viennent.

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par HELENE ADAM » 27 oct. 2015, 17:59

David-Opera a écrit :
wababelooba a écrit :
Là , nous avons le type même de spectacle sursigné Lissner ( il y a toujours beaucoup d'esthétisme et une certaine froideur dans les spectacles qu'il produit, contrairement à Mortier qui pouvait aller jusqu'à l'extrême bout de l'idée , jusqu'à la faute de goût même...)
Va-t-il réussir à corseter Walikowski, Tcherniakov ou Bieito?
Les mois à venir s'annoncent passionnants.
Il n'y a pas de raison d'en tirer de telles conclusion. Moïse et Aaron devait être mis en scène par Chéreau qui, à l'instar de La Maison des Morts, d'Elektra et de Tristan et Isolde, aurait considérablement détaillé les expressions humaines.

Comme Castellucci l'a remplacé, nous avons une autre vision, plus intellectuelle et esthétisante, qui n'engage que lui.

Donc cela ne préjuge en rien des autres formes que vont employer les directeurs scéniques prévus dans les mois et années qui viennent.
Absolument d'accord. C'est le style de Castelluci, et je n'étais pas sûre d'être touchée mais ce fut le cas. A mon avis, Chéreau aurait au contraire montré les corps, leurs passions, leurs nudités, et aurait sans doute créé beaucoup plus de chocs visuels.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Moses und Aron - Jordan/Castellucci - ONP - 10-11/2015

Message par wababelooba » 27 oct. 2015, 18:19

David-Opera a écrit :
wababelooba a écrit :
Là , nous avons le type même de spectacle sursigné Lissner ( il y a toujours beaucoup d'esthétisme et une certaine froideur dans les spectacles qu'il produit, contrairement à Mortier qui pouvait aller jusqu'à l'extrême bout de l'idée , jusqu'à la faute de goût même...)
Va-t-il réussir à corseter Walikowski, Tcherniakov ou Bieito?
Les mois à venir s'annoncent passionnants.
Il n'y a pas de raison d'en tirer de telles conclusion. Moïse et Aaron devait être mis en scène par Chéreau qui, à l'instar de La Maison des Morts, d'Elektra et de Tristan et Isolde, aurait considérablement détaillé les expressions humaines.

Comme Castellucci l'a remplacé, nous avons une autre vision, plus intellectuelle et esthétisante, qui n'engage que lui.

Donc cela ne préjuge en rien des autres formes que vont employer les directeurs scéniques prévus dans les mois et années qui viennent.
Je ne tire aucune conclusion et ne préjuge en rien!!!!
Je l'ai dit . j'ai passé une excellente soirée, et c'est un très beau spectacle , très cohérent et qui fait réfléchir ;
Mais c'est vrai que j'attendais une grande claque dans la gueule , comme l'Iphigénie Mortier/Warli qui m'avait laissé terrassé .
Ou les premiers Hermann de la Monnaie ( encore Mortier) si fins si beaux.
Ou le Don G . d'Haneke . Ou le Nez de Kentridge à Aix.
Là , j'ai vu un superbe objet du niveau des meilleurs Carsen ou des Wilson des débuts.
Et je me suis dit : Voilà un spectacle qui ne peut que plaire à celui qui a produit le Don Carlo beau mais un peu froid du Châtelet ou la Tétra d'Aix limite désincarnée.
Et Bondy et Braunschweig ne sont pourtant pas des metteurs en scène sans visions fortes !

En résumé , je suis ravi et j'attends Barbe Bleue avec impatience !

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