Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

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Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par HELENE ADAM » 17 sept. 2015, 18:02

Reprise donc de la fameuse mise en scène de Michel Haneke, que j'ai déjà vue deux fois (Mattei-Pisaroni la première fois, Schrott-Sempetrean la deuxième), avec quelques variantes déjà constatées entre "mes" deux premières versions.

J'ai accroché dès la première fois à cette mise en scène qui transpose l'action dans une grande tour de bureaux, dans un quartier d'affaire pour créer un huis-clos assez oppressant, qui met en scène avec cynisme et cruauté les rapports sociaux et sociétaux de pouvoir entre les humains (entre les hommes socialement hauts placés et leurs subalternes, entre les hommes et les femmes). Le Don Giovanni de Peter Mattei était élégant, racé, enfermé dans sa folie de "pouvoir-séduction", drogué, ivre de ces sensations de domination, Pisaroni était son ombre, son presque-humain double, un peu comique, un peu bouffon, un peu clown-triste.
Le couple Schrott-Sampetrean n'a jamais fonctionné vraiment pour moi dans cette mise en scène sophistiquée dont je n'aime pas la fin par ailleurs parce qu'elle sabote la plus belle scène de DG, celle qui précède le final rédempteur et sans grand intérêt.

Les places n'étaient pas très chères au 2ème balcon et je n'ai pas résisté à l'envie d'y retourner. Pour DG surtout. Pour la mise en scène (qui ne sera plus jamais montée, à la grande joie de ses détracteurs :D ), dont on ne finit jamais de faire le tour.

En résumé :
- Lange ne comprend pas Mozart, et surtout pas DG. Aucune respiration dans son ouverture. Du Mozart soporifique au possible. Bon, certes, il ne couvre jamais les chanteurs. OK. Mais tendre l'oreille pour entendre l'orchestre, ça, j'avais encore jamais expérimenté. Surtout dans DG. Grosse frustration à la scène "DG-Commandeur-Leporello". Déjà que le commandeur a pris la voix de Dark Vador, avec un orchestre qui ne met pas les accents... heureusement qu'il reste Mozart. :mrgreen:

- le couple DG-Leporello est dominé par le Don Giovanni de Artur Ruciñski, grand baryton à la belle silhouette élégante, joli timbre, inégal mais plutôt globalement bon, bel acteur, plutôt dans la veine Mattéi, tout à fait satisfaisant, même si ce n'est pas la découverte du siècle. Par contre Alessio Arduini, que j'ai vu au festival de Pâques de Salzburg en Silvio dans Pagliacci (voix acide, peu de modulations, projection limitée) n'est pas plus convainquant en Leporello, vocalement au moins. Scéniquement par contre, son "couple" (bisous compris) fonctionne bien avec DG, leurs relations ambiguës sont parfaitement crédibles.

Mathew Polenzani en Ottavio est un ténor "tenorissimo" à la voix superbe, au timbre très bien posé : il chante ses airs, très bien, se fait applaudir et reprend l'ascenseur. C'est hélas le plus pataud sur scène là où tous les autres bougent parfaitement bien dans ce couloir glauque, dans ce hall de cafétéria sinistre, sur le bord de cette immense fenêtre ouverte sur une forêt de tours.

Très jolie (dans tous les sens du terme) Donna Anna de Maria Bengtsson (Fiordilligi du Cosi Fan Tutte de Salzburg en ? sous la direction de Minkowski et la mise en scène de Guth, pour ceux qui s'en rappellent), un peu froide (avec Polenzani, ils faisaient un peu la paire...) mais chantante, belle voix, bien projetée.

Agréable surprise avec la Donna Elvira de Karine Deshayes qui se "déboutonne" enfin (pardonnez-moi l'expression ... surtout dans cette mise en scène :D ), et vit totalement son personnage, lui donnant un vrai sens tragique de la femme abandonnée qui y retourne toujours, prend des claques mais ne peut pas se passer de DG etc etc. Belle voix du coup, car très beau engagement dans le rôle.

Gentille Zerlina de Nadine Sierra que j'aimerais bien entendre dans un autre rôle car elle a de très belles possibilités. (elle peut entrer dans la catégories des chanteuses qui se mettent en petite tenue sur la scène et qui le font fort bien).

Le Mazetto de Fernando Rado est par contre très moyen et pas toujours audible. Ligne de chant pas bien tenue, graves qui se barrent dans tous les sens. On avait eu un très bon Duhamel en janvier dernier.

Le plateau vocal est donc globalement honnête (et a été honnêtement applaudi par un public très sage qui attendait les dernières notes de l'orchestre avant d'applaudir et un Lange qui arrêtait son orchestre pour indiquer au très sage public quand applaudir). Et tout le monde a très bien interprété son rôle dans cette mise en scène qui retrouvait son sens sans être aussi impressionnante que la première fois que je l'avais vue.

Séance moyenne donc. Surtout à cause de l'orchestre. :cry:
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Mozart-Don Giovanni-Lange/Haneke-16/09/2015

Message par muriel » 17 sept. 2015, 18:24

Tuboeuf dithyrambique sur Karine Deshayes:

"elle revient en Elvire où littéralement elle éclate, une Deshayes toute neuve, celle que nous attendions. L’engagement dans le récitatif et dans le sens des mots, l’émotion communiquée, l’intégrité vibrante et douloureuse du personnage de scène, cette incarnation jusqu’au bout de soi-même dans son chant, cela est neuf, et formidable. La tessiture d’Elvire lui est confortable, elle n’a pas besoin de l’affreuse modulation dans In quali eccessi qu’il faut aménager à quelques mezzos pour qu’elles s’en tirent. Le souffle va au bout des longues phrases vocalisantes tout en gardant du timbre, celui-ci d’emblée sonne paradoxalement plus sourd dans le grave, plus nerveux et brillant dans l’aigu Le modelé au trio du Balcon est simplement splendide. Et bien entendu cette couleur de voix apporte au Trio des Masques l’élément de contraste qui en assure la magie. C’est une prise de rôle. Une chanteuse neuve en émerge, dont on peut désormais tout attendre, à dix lieues de Rosine du Barbier ? Et pourquoi pas la Rosine des Noces ?"

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Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par HELENE ADAM » 19 sept. 2015, 07:51

Pour ceux qui voudraient revoir ce Don Giovanni, c'est Gaelle Arquez (éblouissant Hélène dans la "Belle Hélène" d'Offenbach à Chatelet il y a quelques mois) qui interprète le rôle de Zerlina à partir du 29 septembre.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par amelita » 25 sept. 2015, 10:36

Je comprends tout à fait l'éloge que fait André Tubeuf de l'Elvire campée et chantée par Karine Deshayes. Et surtout il faut souligner combien sa voix structure (sans dominer ) tous les ensembles si beaux dans cet opéra. J'ai vraiment ressenti l'émotion de tout ce qui fait que j'aime Mozart lors du trio des Masques, (ce que j'appelle' la prière' )et là c'était à pleurer. Contrairement à Hélène, Ottavio ne m'a pas paru plus 'bûche' que ne le veut le rôle et j'ai beaucoup aimé sa voix et ses délicates approches dans ce rôle. Il a été très applaudi mercredi soir. Que cette mise en scène est triste à voir... quelle monotonie, heureusement le plateau vocal et l'orchestre sauvent ce Don giovanni (comique à la fin, quel ratage! je n'étais pas venu il y a dix ans donc je découvrais!)
(Aux derniers rangs du premier balcon on a pu aller se replacer au devant avant le début et j'ai bien aimé, bien sûr!)

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Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par Oylandoy » 25 sept. 2015, 10:45

Voilà (entre autres) pourquoi je n'aime pas cette mise en scène :Image
la mélodie est immorale
Nietzsche

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Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par PlacidoCarrerotti » 25 sept. 2015, 13:15

HELENE ADAM a écrit :
- Lange ne comprend pas Mozart
Le Crime de Monsieur Lange ...
"Quand on se cogne la tête avec un livre et que ça sonne creux, cela ne veut pas dire que le livre est vide". (Otto Klemperer)

Stefano P

Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par Stefano P » 25 sept. 2015, 14:04

Oylandoy a écrit :Voilà (entre autres) pourquoi je n'aime pas cette mise en scène :Image
"Ces metteurs en scène, on devrait les mettre en prison. Vous trouvez que j'exagère ? Que se passerait-il si on barbouillait un Tintoret ou si l'on recouvrait Notre-Dame de graffitis ? Dénaturer un chef d’œuvre est un crime. Que ces metteurs en scène s'occupent d'art contemporain, qu'ils fassent leurs propres installations, leurs propres créations, mais qu'ils cessent de polluer l'histoire de l'art !"
Teresa Berganza, Un monde habité par le chant
Ed. Buchet Chastel

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Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par Nico » 25 sept. 2015, 14:35

Stefano P a écrit :
"Ces metteurs en scène, on devrait les mettre en prison. Vous trouvez que j'exagère ? Que se passerait-il si on barbouillait un Tintoret ou si l'on recouvrait Notre-Dame de graffitis ? Dénaturer un chef d’œuvre est un crime. Que ces metteurs en scène s'occupent d'art contemporain, qu'ils fassent leurs propres installations, leurs propres créations, mais qu'ils cessent de polluer l'histoire de l'art !"
Teresa Berganza, Un monde habité par le chant
Ed. Buchet Chastel
Bon, on peut-être une grande cantatrice et écrire des idioties, voilà ce que prouve cette citation.
La musique, c'est ce qu'on écoute avec l'intention d'écouter de la musique. (Luciano Berio)

Stefano P

Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par Stefano P » 25 sept. 2015, 15:07

C'est un "coup de gueule" et l'on sait que l'exagération est la loi du genre. La prison n'est ici qu'une hyperbole, qu'il ne faut évidemment pas prendre au pied de la lettre ! Quant à l'idiotie, c'est dans la mise en scène d'Haneke que je la vois s'étaler avec complaisance, pas du tout dans les propos de Berganza (qui, sur la musique et le génie de Mozart, en sait mille fois plus que l'auteur de l'horrible "Funny Games") !

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Re: Mozart - Don Giovanni - Lange/Haneke - ONP - 09-10/2015

Message par PlacidoCarrerotti » 25 sept. 2015, 15:12

Rediffusion :

"Je lis les mémoires de Rico Saccani chef médiocre des années 90 mais délicieusement remplies d'anecdotes vachardes (on sent le type aigri !).
Il y parle d'un Ballo in maschera en 2008 doublement prémonitoire.
D'abord l'action est transposée dans un World Trade Center en ruine (!). Les personnages sont Hitler, Uncle Sam et Marilyn Monroe.
35 figurants étaient revêtus d'un masque de Mickey pour symboliser l'horreur du capitalisme. Seule différence avec Paris, ils étaient nus".
"Quand on se cogne la tête avec un livre et que ça sonne creux, cela ne veut pas dire que le livre est vide". (Otto Klemperer)

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