Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2013

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Tom
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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par Tom » 21 déc. 2013, 00:09

Musanne a écrit :J'approuve tout à fait l'analyse de Tom. Juste 2 petites réserves : Véronique Gens. Peut-être est-ce dû à son physique, très "noble", à sa gestuelle plus qu'à son chant, qui irradie la bonté, d'accord, mais il lui manque ce bon sens, ce caractère populaire, qui la caractérisent et l'opposent à Mme de Croissy et à Mère Marie.

Et la mort de la première Prieure : selon moi elle n'est "laide", scandaleuse que pour Mère Marie, qui ne peut supporter de la montrer à l'ensemble des carmélites. Mais je crois que Poulenc et sans doute Bernanos ont une profonde empathie pour cette déréliction, cette agonie qui est celle de Gethsemani et en laquelle peut se retrouver toute agonie humaine

J'avais beaucoup d'a priori sur Gens que je ne sentais pas dans ce rôle. Je sentais la fausse bonne idée, mais je dois dire qu'elle m'a complètement convaincu. Certes elle n'a pas la présence simple et terrienne d'une Valerie Millot (sur le DVD de Strasbourg, magnifique), mais sans avoir à en faire trop, simplement par la clarté et le naturel de sa diction, par sa présence simple et généreuse, j'avais le contraste nécessaire avec une Koch hautaine et supérieure.

Sur la mort de la Prieure, le mot "laide" n'est peut-être pas le plus idoine, en effet, peut-être m'a-t-il été inspiré par la performance de madame Plowright. Je disais "laide" par opposition au calme qu'on pourrait attendre d'une religieuse mourant "de sa belle mort". La seule chose qui fait réellement réagir mère Marie n'est pas la mort, ou la douleur, ni même l'angoisse, c'est le blasphème. Non qu'elle le juge d'ailleurs, mais elle tente d'en préserver les autres sœurs, par respect pour la mémoire de la Prieure "Notre révérende mère n'est plus responsable des propos qu'elle tient, mais il est préférable qu'ils ne scandalisent personne".
Sans aucune doute, il y a une grande empathie de la part de Bernanos et Poulenc, je suis d'accord.

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Bernard C
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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par Bernard C » 21 déc. 2013, 01:30

J'ai quelques nuances à proposer .

Le corps de la première Prieure est en "première ligne" dans l'horreur de la mort .
L'angoisse certes on en a parlé ,mais l'image fondamentalement .
Si on faisait une analyse de discours on verrait de nombreux signifiants courir dans le langage de Madame de Croissy sur l'image du corps , le visage , le maintien .
Comment se montrer ?
Voir sa mort : "se voir mourir "passe pour n'être qu'un dicton de bonnes gens...rien ne me distrait de cette vue.

Dieu lui-même perd ses contours " Dieu s'est fait lui-même ombre"

Et elle réclame à Javelinot sa "morphine" ( son élixir- "n'importe quoi") , "un soin palliatif" dirait-on aujourd'hui.

Elle sent la révolte contre cette mort qu'elle ne perd pas de vue et donc la transgression : " La révolte est toujours une chose du diable"

Dès la réception de Blanche elle a rappelé la Règle : "Mais à quoi bon, pour une religieuse , être détachée de tout , si elle n'est pas détachée de soi-même , c'est à dire de son propre détachement"

Or au temps de l'agonie il n'y aura pas détachement , ce qui va empêcher un acte fondamental : "prendre congé de la Communauté" .

Mère Marie est gardienne de la Règle , c'est bien ce pourquoi Madame de Croissy lui a confié Blanche : " C'est au nom de l'obéissance que je vous remets Blanche de la Force . Vous me répondrez d'elle devant Dieu" .

Mère Marie fait fermer les fenêtres , non pour sauvegarder la mémoire de Madame de Croissy , mais pour ne pas mettre en péril la Règle , l'exemplarité de la Supérieure : "on ne devrait pas permettre " sont les derniers mots de la scène de Mère Marie .


Et puis reste la puissance signifiante considérable des mots de Blanche qui nouent cet Acte : le signifiant du désir au dernier souffle de la prieure : " La Révérende Mère désire ...(...)désirait...aurait désiré..."

Que laisse là échapper Bernanos si ce n'est probablement quelque chose qu'il devait proférer à propos de la mort quand il écrivait " Jeter sa vie magnifiquement et de tout cœur dans la mêlée : le meilleur moyen d'arriver au mépris de la mort...Au chevet de chaque agonie , la peur intercède pour l'homme" .(*c'est moi qui souligne)

Le désir , chose du diable ? Les mots de Blanche au terme de ce 1er acte restent pour moi bien énigmatiques .

Merci Tom de provoquer cette discussion .
Aretha Franklin remplace Pavarotti dans Nessun Dorma
https://youtu.be/k33sINjn9o0

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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par wababelooba » 21 déc. 2013, 15:06

quetzal a écrit :
paco a écrit :
wababelooba a écrit :toutes ces petites querelles d'exégètes ne doivent pas masquer qu'il s'agit là d'un des plus beaux spectacles qu'on ait pu voir depuis longtemps .... juste derrière l'Elektra d'Aix
+1
Est ce que sur ODB il est encore possible de discuter et si possible d'approfondir une reflexion critique sans se faire réduire à un troublion sujet "aux petites querelles d'exégètes " ?

Ou alors on pourra se contenter de deux formules au choix pour chaque représentation :

-"Ce spectacle était lamentable , ces chanteurs abominables , j'ai du fuir au milieu de la soirée "

ou ( au choix )

-"Mon dieu que c'était beau ... j'en suis bouleversifié , c'est le plus beau spectacle qu'on puisse voir sur la terre entière ..."


amicalement Image
Ta caricature est à peine outrée dans mon cas , car je réagis très ( trop) épidermiquement, étant de nature plutôt passionnée.
Et puis j'adore lire tes analyses très pointues , même si je ne les partage pas ( Aaah ! la longue querelle sur la mort debout de Dessay/ Traviata à Aix... Je la garde encore en mêmoire !!)
Non... Ce qui me gêne , c'est qu'une personne qui entrerait sur le forum et survolerait le sujet aurait l'impression que la soirée était exécrable puisque Blanche votait non ...
Je voulais simplement rétablir le fait qu'il s'agissait là d'une soirée d'exception.
Juste une sorte de piqure de rappel .

En toute amitié , bien sûr...

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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par adario » 21 déc. 2013, 22:50

je viens d'assister à la représentation sur arte live web c'est tout simplement sublime pourtant j'aivais adoré la prod de Marthe Keller et récemment celle de Mireille Delunch mais là chapeau bas à toute l'équipe

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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par David-Opera » 22 déc. 2013, 10:57

Tom a écrit : Sur la mort de la Prieure, le mot "laide" n'est peut-être pas le plus idoine, en effet, peut-être m'a-t-il été inspiré par la performance de madame Plowright. Je disais "laide" par opposition au calme qu'on pourrait attendre d'une religieuse mourant "de sa belle mort". La seule chose qui fait réellement réagir mère Marie n'est pas la mort, ou la douleur, ni même l'angoisse, c'est le blasphème. Non qu'elle le juge d'ailleurs, mais elle tente d'en préserver les autres sœurs, par respect pour la mémoire de la Prieure "Notre révérende mère n'est plus responsable des propos qu'elle tient, mais il est préférable qu'ils ne scandalisent personne".
Sans aucune doute, il y a une grande empathie de la part de Bernanos et Poulenc, je suis d'accord.
Je crois surtout que cette image qui renforce l'horreur de la mort, avec toutes ses ombres déformées projetées frontalement, montrent pourquoi La Prieure est en train de perdre foi, car ce n'est pas du tout ce en quoi elle a cru toute sa vie, Dieu, qui se présente, mais une vision affreuse.
Ici, Py met en scène le doute final, en essayant d'être le plus effrayant possible.

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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par Piero1809 » 22 déc. 2013, 11:27

De la représentation du 17 décembre j'ai retenu les points suivants.

Mise en scène. Passionnante de bout en bout, elle s'éloigne toutefois peu du livret et ménage des temps forts alternant avec des passages plus détendus. Un climax est atteint dans le dernier tableau de l'acte I, scène d'une violence parfois insoutenable. Py fait mourir la mère supérieure dans un tableau que l'on peut voir de deux manières :
-dressée sur une chaire à prêcher, avec l'autorité que lui confère sa charge, madame de Croissy s'adresse aux religieuses;
-couchée dans un plan perpendiculaire à celui de la scène, celui de la croix sur laquelle elle étend ses bras au moment de mourir, elle reproduit le signe du sacrifice ultime.
Autres temps forts les quatre pantomimes représentant successivement l'Annonciation, la Nativité, la Cène et la Crucifixion, images d'une harmonie admirable assemblées à partir d'attributs ou de figures symboliques : la Colombe, l'Agneau Pascal, la Croix...

Direction musicale. L'orchestre étonnament discret ne couvre jamais la voix des personnages, il joue piano, voire mezzo forte presque tout le temps sauf dans les interludes. Cette austérité, cette retenue m'ont beaucoup plu surtout si on la compare avec la véhémence d'autres versions (Ricardo Muti par exemple) beaucoup plus extraverties. Cette attitude n'aurait pas déplu à Poulenc qui manifeste dans cette partition un parti-pris de sobriété comme le montre l'accompagnement orchestral des trois prières chorales Ave Maria, Ave Verum Corpus et Salve Regina. La sonorité du Philarmonia Orchestra est magnifique (clarinettes remarquables).

Interprétation. Rosalind Plowright est une madame de Croissy exceptionnelle. Anne Catherine Gillet colle idéalement avec le personnage de Soeur Constance dont elle traduit parfaitement l'enthousiasme juvénile d'une voix claire et pure. Sinon je suis en accord avec les louanges décernées à toutes les interprètes. Du côté des hommes, je n'ai pas compris les critiques vis à vis de Topi Lehtipuu, le Chevalier de la Force, dont j'ai trouvé l'interprétation excellente et en plein accord avec ce personnage.

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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par JdeB » 22 déc. 2013, 11:53

Topi ?
voix délabrée, privée de couleurs et de consistance, style vieillot, diction artificielle, mollesse et fadeur.
Alors, oui, il a une silhouette longue et élancée...
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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par wababelooba » 22 déc. 2013, 15:13

David-Opera a écrit :
Tom a écrit : Sur la mort de la Prieure, le mot "laide" n'est peut-être pas le plus idoine, en effet, peut-être m'a-t-il été inspiré par la performance de madame Plowright. Je disais "laide" par opposition au calme qu'on pourrait attendre d'une religieuse mourant "de sa belle mort". La seule chose qui fait réellement réagir mère Marie n'est pas la mort, ou la douleur, ni même l'angoisse, c'est le blasphème. Non qu'elle le juge d'ailleurs, mais elle tente d'en préserver les autres sœurs, par respect pour la mémoire de la Prieure "Notre révérende mère n'est plus responsable des propos qu'elle tient, mais il est préférable qu'ils ne scandalisent personne".
Sans aucune doute, il y a une grande empathie de la part de Bernanos et Poulenc, je suis d'accord.
Je crois surtout que cette image qui renforce l'horreur de la mort, avec toutes ses ombres déformées projetées frontalement, montrent pourquoi La Prieure est en train de perdre foi, car ce n'est pas du tout ce en quoi elle a cru toute sa vie, Dieu, qui se présente, mais une vision affreuse.
Ici, Py met en scène le doute final, en essayant d'être le plus effrayant possible.
En fait , cette scène m'a rappelé l'Exorciste de W. Friedkin.
Avec la petite possédée qui se contorsionne et blasphème dans son lit ( elle lévite , même !)
C'est vrai que l'on est dans une imagerie d'horreur.
Ce qui légitime le jeu expressionniste de Plowright.

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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par Chrysothemis » 23 déc. 2013, 10:18

La retransmission de samedi a conforté mes impressions de la représentation du 15 à laquelle j'ai assisté : on a là un plateau d'une très grande qualité, dominé par une Petibon admirable d'engagement et une remarquable Véronique Gens, toute en sobriété et en émotion contenue. Je regrette de n'avoir pu asister à la représentation à laquelle chantait Sandrine Piau, parfaite en Constance - même si Devieilhe était loin de démériter. Je suis plus partagée sur Koch, à qui le rôle de Mère Marie convient plutôt bien, qu'elle interprète de façon convaincante, mais dont les registres sont toujours aussi hétérogènes et la diction surfaite. L'incarnation de Plowright ne m'a pas vraiment convaincue, trop peu soucieuse du texte et trop des effets faciles.

La qualité de l'orchestre et de la direction de Rohrer sont pour beaucoup dans la réussite de ce spectacle. Une grande attention aux chanteurs, de très beaux moments d'émotion : la scène Blanche/Le Chevalier, une scène finale d'une justesse et d'une force bouleversantes.

La mise en scène séduit par sa sobriété, le soin qu'elle attache à créer des atmosphères pour chaque tableau, sa très belle direction d'acteurs. Le rôle de Mère Marie y est, je trouve, particulièrement bien traité, notamment dans sa relation à Blanche. La plus belle idée se situe dans le fait de lui faire regarder l'exécution des Carmélites depuis la salle. Dommage que cela ne soit pas visible sur la captation vidéo.

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Re: Poulenc - Dialogue des Carmélites - Rhorer/Py - TCE 12/2

Message par JdeB » 23 déc. 2013, 13:59

Chrysothemis a écrit :

La qualité de l'orchestre et de la direction de Rohrer sont pour beaucoup dans la réussite de ce spectacle. Une grande attention aux chanteurs, de très beaux moments d'émotion : la scène Blanche/Le Chevalier, une scène finale d'une justesse et d'une force bouleversantes.
ce sont justement les deux moments que j'ai trouvé les moins réussis (le 19) dans cette grande soirée
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