Récital d'Alexia Cousin à Genève

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jean-didier
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Message par jean-didier » 14 févr. 2007, 09:34

JdeB a écrit :Si le même Rototo n'avait pas fait interdire l'accès de la sortie des artistes lors de ces représentations, Alexia Cousin se serait peut-être sentie moins seule. Tout le monde n'a pas accès aux loges et tout le monde n'a pas envie d'attendre dehors dans le froid d'avril. (et certains soirs sous la pluie). Moi aussi j'ai essayé de lui parler mais elle voyait des sous-entendus perfides partout et le dialogue était vraiment difficile. Je lui ai par exemple dit "quelle intensité vous avez eu ce soir !" d'un ton le plus aimable possible et elle de me rétorquer : "Monsieur, c'est tous les soirs que je suis intense, sachez le !". Les deux autres soirs où j'ai assisté à Manon je suis passé devant sa loge sans m'attarder.
je suis d'accord que tout le monde n'a pas le privilège de pouvoir avoir accès aux loges des artistes. si j'avais eu cette possibilité je serai très certainement allé la voir comme je l'ai fait dans tous les théâtres où j'ai pu la voir et où l'accès aux loges est plus facile (Marseille, Châtelet, ...).

Quant à sa réaction, même si effectivement elle paraît désagréable, c'est à mon avis du à une position de repli qu'elle a adopté suite à la réaction hostile d'une partie du public (par hostile, j'entends les huées mais aussi certainement le peu d'enthousiasme face à un engagement personnel extrême).

En ce qui concerne l'attroupement autour de Rototo j'imagine que le discours moyen devait être "vous êtes magnifique Monsieur Roberto" ou "avec Mme Angela vous formez un couple admirable" ou ce genre de platitudes. Les conversations que j'ai pu avoir avec Alexia Cousin étaient (sans prétention de ma part) d'un autre niveau.

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Message par JdeB » 14 févr. 2007, 09:46

Ruggero a écrit :
JdeB a écrit :Si le même Rototo n'avait pas fait interdire l'accès de la sortie des artistes lors de ces représentations, Alexia Cousin se serait peut-être sentie moins seule. Tout le monde n'a pas accès aux loges et tout le monde n'a pas envie d'attendre dehors dans le froid d'avril. (et certains soirs sous la pluie). Moi aussi j'ai essayé de lui parler mais elle voyait des sous-entendus perfides partout et le dialogue était vraiment difficile. Je lui ai par exemple dit "quelle intensité vous avez eu ce soir !" d'un ton le plus aimable possible et elle de me rétorquer : "Monsieur, c'est tous les soirs que je suis intense, sachez le !". Les deux autres soirs où j'ai assisté à Manon je suis passé devant sa loge s'en m'attarder.
:cry: :cry: :cry:

Je ne me souviens pas de ça, je lui avait parlé après une représentation, il ne pleuvait pas et ne faisait pas froid et elle avait été très gentille.
Sans doute, mais il y a eu 7 représentations (je compte la générale) j'ai bien écrit "certains soirs"
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Message par JdeB » 14 févr. 2007, 09:53

jean-didier a écrit :
JdeB a écrit :Si le même Rototo n'avait pas fait interdire l'accès de la sortie des artistes lors de ces représentations, Alexia Cousin se serait peut-être sentie moins seule. Tout le monde n'a pas accès aux loges et tout le monde n'a pas envie d'attendre dehors dans le froid d'avril. (et certains soirs sous la pluie). Moi aussi j'ai essayé de lui parler mais elle voyait des sous-entendus perfides partout et le dialogue était vraiment difficile. Je lui ai par exemple dit "quelle intensité vous avez eu ce soir !" d'un ton le plus aimable possible et elle de me rétorquer : "Monsieur, c'est tous les soirs que je suis intense, sachez le !". Les deux autres soirs où j'ai assisté à Manon je suis passé devant sa loge s'en m'attarder.
je suis d'accord que tout le monde n'a pas le privilège de pouvoir avoir accès aux loges des artistes. si j'avais eu cette possibilité je serai très certainement allé la voir comme je l'ai fait dans tous les théâtres où j'ai pu la voir et où l'accès aux loges est plus facile (Marseille, Châtelet, ...).

Quant à sa réaction, même si effectivement elle paraît désagréable, c'est à mon avis du à une position de repli qu'elle a adopté suite à la réaction hostile d'une partie du public (par hostile, j'entends les huées mais aussi certainement le peu d'enthousiasme face à un engagement personnel extrême).

En ce qui concerne l'attroupement autour de Rototo j'imagine que le discours moyen devait être "vous êtes magnifique Monsieur Roberto" ou "avec Mme Angela vous formez un couple admirable" ou ce genre de platitudes. Les conversations que j'ai pu avoir avec Alexia Cousin étaient (sans prétention de ma part) d'un autre niveau.
Oui, je pense comme toi que c'est ce qui a motivé l'attitude d'Alexia Cousin ce soir là. Mais encore une fois un artiste doit accepter que le public ne le suive pas forcément dans ses partis-pris interprétatifs, surtout un public traditionnel comme celui qui va voir Manon.
Quant à Rototo, il y avait sa famille, 5-6 fidèles et des journalistes venus pour des "intervioux". Le couloir est assez étroit, même devant les loges principales, et à 12, on a déjà l'impression d'un attroupement.

Oui, Alexia Cousin était sans doute d'un niveau intellectuel et culturel bien supérieur à la moyenne de ses confrères et il paraît qu'elle leur faisait bien sentir d'où l'hostilité du milieu à son égard.
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Message par Tantris » 14 févr. 2007, 09:58

Je demande pardon d'avance à tous les fans d'Alexia Cousin, mais je serai bien moins clément que beaucoup de gens sur ce forum. Je l'ai entendue plusieurs fois dans différents rôles et j'admirais ses moyens vocaux ainsi que sa détermination. Mais je pense que son engagement scénique, que beaucoup vantent, avait quelque chose de forcené et d'incontrôlé qui finissait par être contre-productif. Sa Traviata, notamment, était une aberration vocale (aigus criés, ligne chaotique, vocalises savonnées, nombreux problèmes de justesse...) et stylistique: la douleur de Traviata s'exprime à travers l'intensité insoutenable d'un chant absolument maîtrisé, et non à travers des effets véristes qui devenaient ridicules (elle finissait par tomber de son lit d'hôpital, au dernier acte, à force d'hurler!). Callas, à laquelle certains imprudents la comparaient, en est l'exemple absolu: même avec une voix usée, la ligne et la musicalité restaient souveraines et c'est à travers elles que le personnage pouvait se consumer, y compris dans le jeu scénique, qui, à l'opéra, passe toujours par le chant, pas seulement par des gestes d'hystériques.

Le problème d'Alexia Cousin, c'est qu'elle refusait d'entendre ceux qui lui disaient qu'ainsi elle faisait fausse route: ni son agent, ni des directeurs de théâtre qui l'ont lancée, ni ses proches. La chose était connue: elle n'en faisait qu'à sa tête et n'écoutaient personne. L'anecdote rapportée par JdB cadre complètement avec ce portrait...

Et pour avoir assisté au récital qui donne son titre à cette discussion, je peux vous assurer qu'elle faisait effectivement fausse route: elle a chanté les Lieder de Mignon (Wolf) comme la Traviata, c'est-à-dire comme une étudiante hystérique de l'Actor's Studio, or je crois sincèrement que le Lied demande une toute autre énergie et, là encore, fait passer son émotion spécifique ailleurs que dans lesdécibels et les yeux roulés...

Son retrait des scènes très prématuré semble confirmer ce refus d'écouter autrui et de chercher à progresser. Il suggère aussi qu'il y a peut être un problème psychologique là-derrière.

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Message par JdeB » 14 févr. 2007, 10:01

1000 fois d'accord avec toi.

Cette intensité pour moi, loin de répondre à une conception réfléchie d'un rôle, était surtout l'exutoire de sa violence intérieure incontrôlée. Ce n'est qu'après coup qu'elle tentait de rationaliser ce débordement en prétendant renouveler l'approche d'un personnage.

Elle m'a toujours mis mal à l'aise, cas unique pour moi, qui ai eu la chance de croiser un peu tout le monde depuis 23 ans.

Bien sûr, elle avait d'immenses qualités
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Message par jean-didier » 14 févr. 2007, 11:20

Tantris a écrit :
Son retrait des scènes très prématuré semble confirmer ce refus d'écouter autrui et de chercher à progresser. Il suggère aussi qu'il y a peut être un problème psychologique là-derrière.

mais heureusement qu'elle n'a pas écouté ce que tout le monde lui disait !
s'il fallait que tous les chanteuses chantent comme Callas en se censurant sans pouvoir proposer une autre vision, bonjour la monotonie ! on parle tout le temps de l'indépendance de la presse mais la liberté d'expression des chanteurs est aussi précieuse. même si cela lui a coûté cher (à Alexia Cousin) sa vision personnelle des rôles qu'elle a chantés est restée intacte et fascinante pour certains (dont moi).

il y a des gens (et oui ça existe) que Callas n'émeut pas, j'en fais partie. de ses Traviata je n'ai entendu que celle de 1958 à Lisbonne; ça m'a laissé de marbre, j'avais meme trouvé des tenues de notes de très mauvais goût. je suis très heureux donc d'entendre des interprétations différentes.

il y avait certes chez Alexia Cousin un côté émotionnel débordant qui n'était pas toujours maîtrisé, c'est vrai mais pour moi c'est cela qui me séduisait. ce côté hors normes. même si elle projetait dans ses interprétations des émotions (voire plus) très personnelles j'ai toujours trouvé que ça collait avec le personnage, l'acte 3 de Traviata notamment.

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Message par mcs » 14 févr. 2007, 11:38

jean-didier a écrit : répondant à JdB
JdeB a écrit : En ce qui concerne l'attroupement autour de Rototo j'imagine que le discours moyen devait être "vous êtes magnifique Monsieur Roberto" ou "avec Mme Angela vous formez un couple admirable" ou ce genre de platitudes. Les conversations que j'ai pu avoir avec Alexia Cousin étaient (sans prétention de ma part) d'un autre niveau.
tout çà c'est vous qui le dites :wink: et ne trouvez vous pas que c'est un peu prétentieux pour le coup :)
nous avons un autre type de dialogue (sans prétention de notre part) avec Roberto ou Angela heureusement ...et nous aussi, nous répétons que nous avons eu des échanges fort interessants et fort courtois avec Alexia.

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Message par mcs » 14 févr. 2007, 11:44

JdeB a écrit : Cette intensité pour moi, loin de répondre à une conception réfléchie d'un rôle, était surtout l'exutoire de sa violence intérieure incontrôlée. Ce n'est qu'après coup qu'elle tentait de rationaliser ce débordement en prétendant renouveler l'approche d'un personnage.
nous ne partageons pas cette opinion car elle nous a expliqué sa conception du rôle de Manon AVANT de le faire sur scène, c'est à dire lorsqu'elle se concentrait pour étudier la psychologie de ce personnage

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Message par JdeB » 14 févr. 2007, 11:56

mcs a écrit :
jean-didier a écrit : répondant à JdB
JdeB a écrit : En ce qui concerne l'attroupement autour de Rototo j'imagine que le discours moyen devait être "vous êtes magnifique Monsieur Roberto" ou "avec Mme Angela vous formez un couple admirable" ou ce genre de platitudes. Les conversations que j'ai pu avoir avec Alexia Cousin étaient (sans prétention de ma part) d'un autre niveau.
tout çà c'est vous qui le dites :wink: et ne trouvez vous pas que c'est un peu prétentieux pour le coup :)
nous avons un autre type de dialogue (sans prétention de notre part) avec Roberto ou Angela heureusement ...et nous aussi, nous répétons que nous avons eu des échanges fort interessants et fort courtois avec Alexia.
Ce n'est pas moi qui ai écrit ce passage sur l'attroupement autour de Rototo. Je sais que les balises sont votre cauchemar... :wink:
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Message par JdeB » 14 févr. 2007, 12:02

mcs a écrit :
JdeB a écrit : Cette intensité pour moi, loin de répondre à une conception réfléchie d'un rôle, était surtout l'exutoire de sa violence intérieure incontrôlée. Ce n'est qu'après coup qu'elle tentait de rationaliser ce débordement en prétendant renouveler l'approche d'un personnage.
nous ne partageons pas cette opinion car elle nous a expliqué sa conception du rôle de Manon AVANT de le faire sur scène, c'est à dire lorsqu'elle se concentrait pour étudier la psychologie de ce personnage
Ma réflexion ne se limitait pas à Manon. Lorsqu'elle a abordé ce rôle, elle savait bien que comme d'habitude elle allait jouer un avatar de Médée et a tenté de trouver une solution intellectuelle à ce penchant.

Toutefois, entre sa conception théorique du rôle et ce qu'elle offrait sur scène, je trouve qu'il y avait un monde. En fait moi j'ai vu une maîtresse SM qui avait le fantasme de la soutane. Enfin, c'est sûr que face à un Rototo en service minimum sur le plan scénique, il n'était pas facile de proposer quelque chose d'intéressant et de crédible. La torche vivante et le réverbère.

Et n'oublions pas que sur le plan musical, elle était loin d'être irréprochable.
Ce sont ces défauts là qui ont été sanctionnés par les hueurs (dont je n'ai pas fait partie) plus que sa vision "novatrice" du rôle.
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