Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

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mariuszbartok
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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par mariuszbartok » 08 mars 2020, 12:35

J’y étais vendredi 06 au soir et j’ai passé une très bonne soirée.

(À cause des mesures de préventions contre la propagation du coronavirus, les rassemblements sont limités par la Ville de Genève à 1000 personnes maximum. Comme les artistes et techniciens nécessaires pour le déroulement de la représentation sont 300, le GTG a limité la jauge des spectateurs à 700 personnes, sur les 1500 places en tout, si bien que les artistes ont joué devant une salle à moitié vide. Avant le lever de rideau, Aviel Cahn a invité les spectateurs à profiter de la situation pour se replacer à l’aise, de sorte à ne pas être trop confinés)

Je connais bien l’œuvre, et j’y conduisais des néophytes qui ne la connaissaient pas. Avant d’y aller, j’avais lu les différents CR et je craignais que la mise en scène ne rendît l’œuvre incompréhensible pour eux. En fait, je l’ai surtout trouvée insignifiante.

La transposition dans des studios hollywoodiens des années 1930 n’apporte pas grand-chose. Les caméras et autres accessoires qui rappellent que nous sommes dans un studio de tournage ne sont présents que pendant tout le deuxième acte et pendant la scène de l’hôtel de Nesle, au début du 5. Pourtant, même dans ces scènes, Marguerite, Valentine, Raoul et cie continuent de jouer l’histoire des Huguenots visiblement au premier degré : donc, quelle utilité d’une telle transposition ? Marguerite a beau jouer les starlettes pendant son grand air, elle redevient visiblement sérieuse pendant le final du 2, pendant le final du 3, et pendant le final du 5 (où de toute façon, il n’y a plus de caméras). Jamais Valentine ou Raoul ne semblent prendre en compte la présence de caméras. La fête du mariage à l’hôtel de Nesle est interrompue par Raoul horrifié par les massacres des protestants, et chacun crie vengeance, comme si on était vraiment en 1572. Pourquoi Nevers et ses amis jouent-ils au tennis au début du 1 ? Aucune mise en abyme, aucune distanciation : l’intrigue de l’opéra est en fait aisément compréhensible, au premier degré, même par un néophyte. Seul l’effacement des identités religieuses des chœurs catholiques VS protestants, à l’acte 3, rend la compréhension impossible si on ne connaît pas le livret.

Même le coup des morts-vivants protestants, qui se réveillent pendant l’introduction orchestrale, s’oublie finalement très vite.

Cette mise en scène, si elle se révèle assez vaine, trivialise en revanche inutilement le propos. Par exemple, le duel du 3 devient un combat de boxe ridicule où Saint-Bris et Raoul roulent des mécaniques. La bénédiction des poignards devient la bénédiction des laguioles (ou plutôt des couteaux suisses, on est à Genève). À la fin du duo du 2, Raoul et Marguerite vont pour copuler au sol, avant d’être interrompus par le retour d’Urbain. Raoul, mal fagoté du début à la fin, ressemble à un loser. C’est peut-être ce qui est le plus dommageable : cette proposition se moque de l’œuvre en lui ôtant toute la grandeur propre à son sujet, à son style, à son esthétique.

Et puis il y a des choix bêtes.
À l’acte 1, l’entretien secret entre Nevers et Valentine est totalement montré sur scène : à la fin de cet entretien, Nevers et Valentine s’embrassent fougueusement et longuement. Je n’ai pas vu si c’est Nevers qui force la main à Valentine ou si elle y consent, mais ça ne change rien, puisqu’après quelques secondes, Valentine entoure de ses bras Nevers, pour rallonger leur baiser. Non seulement il n’est pas normal que les deux s’embrassent ici, puisque Valentine vient demander à son fiancé de rompre le mariage (le livret est très clair là-dessus), mais encore, il est injustifiable que Valentine semble apprécier et prolonger un baiser avec celui qu’elle veut fuir, sauf à en faire une femme volage.
Autre exemple, à l’acte 3, pendant le duel de boxe, Marcel est assis derrière les combattants, Maurevert est assis à côté de lui en train de fumer sa clope, les deux hommes se toisent, Maurevert menace même Marcel. À la fin du sextuor du duel, qui dure bien 6 ou 7 min, Marcel crie « Arrêtez ! » et annonce la venue de Maurevert et des combattants catholiques : c’est insensé non seulement parce qu’il n’est pas allé voir « au fond du théâtre » comme l’indique le livret pour vérifier que des gens accouraient, mais aussi parce que ledit Maurevert est assis à côté de lui depuis le début, à deux mètres des duellistes…
Enfin, pourquoi cette danse de Saint-Guy ridicule à l’acte 3 pendant le ballet ?

Il y a quand même quelques bonnes idées : j’ai bien aimé la présence discrète de Médicis et de Henri de Navarre, par exemple. De même, les metteurs en scène réussissent à faire quelque chose du chœur des baigneuses qui, bien que la musique en soit très agréable, est quand même vide dramatiquement. Enfin, je ne sais pas si c'est voulu par les metteurs en scène, mais quelque part l'abondance d'idées ridicules dans les deux premiers actes, et leur raréfaction jusqu'à la fin de l’œuvre colle finalement assez bien avec l'esthétique du grand opéra, dont les premiers actes sont justement plus légers/comiques, pour préparer le contraste avec les trois derniers qui ménagent un crescendo dans le sérieux et le drame.
Pour résumé sur l’aspect scénique, c’est moins pire que ce que je craignais, l’histoire se suit assez facilement. Ce que je regrette le plus, c’est surtout que l’aspect héroïque et grandiose de l’œuvre ait été effacé.

Musicalement, c’est vraiment du haut niveau.

Rachel Willis-Sørensen est excellente en Valentine : aigus brillants, rondeur de la voix, aisance du grave, précision des vocalises et des gammes, etc. Waouh. Le personnage est très bien rendu, c’est une actrice, en plus d’être très belle et d’avoir un port impressionnant, qui se donne à fond : dans le duo d’amour du 4, elle lâche un « Oui ! » entre les deux « Tu m’aimes ? » de Raoul, alors que celui-ci n’est pas dans le livret, et cela avec un naturel et un élan émouvants. Très très bonne diction également.

Marguerite de Valois perd toute grandeur dans cette vision. Dans son grand air du 2, elle est une vamp qui se dandine et danse toute seule, en aguichant un peu le flûtiste présent sur scène, avant d’attraper sa flûte et d’esquisser des gestes suggestifs du meilleur goût… Niveau chant, c’est un lirico coloratura au timbre rond (c’est loin d’être une cocotte), dont le grave manque d’ampleur, ce qui nuit un peu à son autorité. Cependant, les vocalises sont bien en place (elles n’ont pas la folie d’une Pratt, mais toutes les notes sont bien là, aucun savonnage), les trilles bien dessinés, nuances appréciables, etc. Les variations ne sont pas exceptionnelles, c’est la « routine » pour ce rôle, mais une routine très bien en place, avec les petits contre- piqués dans la coda de la cabalette, un mi ajouté dans la cadence. Le seul problème, c’est que sa voix manque clairement de puissance, et que ce manque n’est pas compensé par une bonne projection. Du coup, ça passe très bien pour la première moitié de l’acte 2, où l’orchestration reste réduite ; mais dans les ensembles finals du 2 et du 3, la voix est noyée (bon, le volume de l’orchestre y est aussi un peu pour quelque chose).

Léa Desandre a beaucoup d’abattage, elle campe un Urbain très sympathique et amusant. Ce n’est pas une grande voix, heureusement que l’orchestration lui laisse de l’espace. La chanteuse est très jeune, je pense qu’elle ne devrait pas dépasser ce genre d’emplois pour l’instant. Elle grimpe à l’ut facilement, son grave n’est pas bien puissant, elle chante le rondeau de l’Alboni un demi-ton plus haut que la version mezzo habituelle (celle de Horne). Je ne comprends pas trop ce qui ferait d’elle une mezzo, on dirait un jeune soprano. En tout cas, belle performance de sa part, de jouer et chanter aussi bien un grand rôle sur une grande scène parmi des artistes d’un tel renom.

John Osborn est excellent, comme d’hab. Aucun signe de fatigue durant toute la soirée, aigus inépuisables et visiblement faciles (dans le duo du 4, les si aigus et le bémol de la cadence, délicatement dosés en messa di voce), diction irréprochable qui manifeste une réelle intelligence du texte, c’est impressionnant. C'est très bizarre, il a tenu la dernière note du fameux « Dieu secourableeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeuh! » très longtemps. Après un Arnold du même niveau en octobre 2019 à Lyon, il semble toujours autant en forme. Ce ténor de 47 ans a bientôt 30 ans de carrière : quand je vois son état, ça donne à penser qu’il pourra encore rester longtemps au top niveau pour ce genre de rôles, et ça me réjouit.

Michele Pertusi est d’abord très émouvant en Marcel : bon, d’accord, c’est un rôle en or, mais le chanteur italien le rend assez finement, et sa grande taille, son âge qui ne doit pas être loin de celui du personnage, facilitent l’identification. Il est gauche, s’alarme tout le temps, lève les bras, sans jamais que cela fasse trop. À la fin du larghetto du duo avec Valentine (le sublime « Ah ! l’ingrat d’une offense mortelle… »), où les deux personnages sont assis sur un banc d’église, Marcel, inquiet pour Raoul, pose sa tête sur les genoux de Valentine, qui le console doucement en caressant sa tête, pendant que Pertusi sanglote sur la conclusion orchestrale. Bref, son personnage est très attachant. Vocalement, il respecte bien le style, malgré certaines phrases un peu beuglées (dans la strette finale de l’acte 2). Il est à l’aise dans les acrobaties techniques du rôle qui en contient assez peu quand même. Le timbre est celui d’une basse, mais les graves ne sont pas très puissantes, il va vraiment les chercher loin, mais elles sont bien là (seul le sol grave à la fin du larghetto avec Valentine est très engorgé). Cependant, il les fait bien toutes : le mi du choral de Luther, les fa de la chanson huguenote et de la cabalette avec Valentine (qu'il conclut d'un fa aigu, ce que je n'avais jamais entendu avant). Globalement, alors que je ne l’attendais pas dans ce rôle et que les premiers CR me faisaient craindre le pire, je l’ai vraiment beaucoup apprécié. Bonne diction française.

Alexandre Duhamel est lui aussi très bon en Nevers. Il joue très bien le jouisseur fanfaron. La voix ne manque pas d’autorité et de mordant, le timbre, noir, est accrocheur. Comme presque tous les interprètes du rôle, il ne descend pas au sol grave à la fin du troisième acte, descente pourtant écrite par Meyerbeer (« où vous suit un captif orgueilleux de ses fers ») : je n’ai entendu que Gilles Cachemaille la faire, dans l'intégrale CD dirigée par Diederich (et hélas introuvable désormais).

Laurent Alvaro joue très bien le fanatique illuminé et féroce : pendant la scène de la conjuration au 4, il a des regards et des expressions vraiment effrayants. Voix de basse bien timbrée, c’est la meilleure diction du plateau, on entend un diseur. Malheureusement les aigus sont souvent fragiles et hésitants : il aurait pu s’abstenir des aigus à découvert non écrits dans la scène de la conjuration (fa dièses et mi).

Très bonne direction de Minkowski, qui lui prend au sérieux cet opéra, lui donne le panache et la grandeur nécessaires. Tout cela est vif, avec des tempi parfois très excitants (pendant l’orgie « Bonheur de la table » ou la strette finale du 2, prises à toute vitesse). J’aurais aimé que certaines scènes fussent prises un peu plus rapidement (toute la scène de la conjuration, tout le duo d’amour suivant, qui sont étirés à l’extrême). Le volume est parfois très fort, si bien qu’il est difficile pour les solistes de se faire entendre (finali du 2 et du 3).

La partition est moins complète qu’à Bruxelles. Voici ce que je relève (peut-être en manque-t-il) :

- les actes 1 et 2 sont identiques
- à l’acte 3, ici à Genève il n’y a pas la prière de Marcel (« Veille sur nous, grand Dieu du ciel ») ni le bref ensemble « À cette heure ! Cette place ! » lancé par Saint-Bris.
- L’acte 4 est identique, mais je m’interroge sur un petit morceau du duo qui n’est donné ni à Genève ni à Bruxelles, et qui pourtant se trouve dans nombre de versions « traditionnelles » : le bref développement rapide indiqué sur la page 387 de cette partition Ricordi : http://ks4.imslp.info/files/imglnks/usi ... ts_VS2.pdf. Sur cette vidéo, c'est le passage qui va de 03:54 à 04:11: https://www.youtube.com/watch?v=eg-HENfOw_A
- L’acte 5 est identique.

Ça fait vraiment plaisir de voir des Huguenots aussi complets, un aussi bon niveau musical, et une telle cohésion stylistique. Quel régal d'entendre tous ces développements qui s'enchaînent les uns derrière les autres, augmentent l'excitation, etc. C'est vraiment une fête. L’œuvre, géniale, est très puissante, et malgré la mise en scène imparfaite, mes amis néophytes ont pu tout suivre, et ne se sont pas ennuyés. Comme il y a tout de même 3h40 de musique, ce n’était pas gagné… Vive Meyerbeer, vive Les Huguenots.

J'aimerais beaucoup qu'un McVicar s'empare de cet opéra, avec Minko, Pratt, Willis-Sørensen, Osborn ou Spyres. Aucun nom ne me vient pour remplir toutes les exigences de Marcel (je n'aime pas trop Courjal, Testé m'a paru trop court pour le rôle à Paris, Varnier trop court aux aigus pas top, et comme je tiens à l'intelligibilité du texte, je ne retiens pas les Relyea, Jerkunica, Furlanetto et cie). Je verrais bien Cavallier en Nevers et Testé en Saint-Bris.

Markossipovitch
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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par Markossipovitch » 08 mars 2020, 15:21

Super CR, merci (même si je te trouve treeees indulgent envers Pertusi).
Lis était un extraordinaire Marcel en 2011, quasi idéal. Ulyanov est très bon aujourd'hui mais pas francophone...

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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par mariuszbartok » 08 mars 2020, 15:35

Markossipovitch a écrit :
08 mars 2020, 15:21
Lis était un extraordinaire Marcel en 2011, quasi idéal.
Je n'ai entendu Lis que sur la bande de Bruxelles, et encore, je ne l'ai pas écouté en entier. Mais c'est vrai qu'il m'a l'air d'être un très bon prétendant. Penses-tu qu'il ferait le poids sur une grande scène face aux sus-cités ?

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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par Markossipovitch » 08 mars 2020, 16:17

A priori oui. S'il est encore dans la même forme vocale.

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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par dge » 08 mars 2020, 19:59

mariuszbartok a écrit :
08 mars 2020, 12:35

Et puis il y a des choix bêtes.
À l’acte 1, l’entretien secret entre Nevers et Valentine est totalement montré sur scène : à la fin de cet entretien, Nevers et Valentine s’embrassent fougueusement et longuement. Je n’ai pas vu si c’est Nevers qui force la main à Valentine ou si elle y consent, mais ça ne change rien, puisqu’après quelques secondes, Valentine entoure de ses bras Nevers, pour rallonger leur baiser. Non seulement il n’est pas normal que les deux s’embrassent ici, puisque Valentine vient demander à son fiancé de rompre le mariage (le livret est très clair là-dessus), mais encore, il est injustifiable que Valentine semble apprécier et prolonger un baiser avec celui qu’elle veut fuir, sauf à en faire une femme volage.
Ah la subjectivité des impressions :)
Tout à fait d'accord avec toi sur cette mise en scène peu inspirée par rapport aux enjeux de l'œuvre, mais cette rencontre qui n'est plus secrète est un beau moment de théâtre. Cette rupture de fiançailles, actualisée à l'époque où les metteurs en scène situent l'action est assez forte...mais elle est en contradiction avec le livret.
C'est un exemple parmi d'autres d'un réel talent théâtral mis au service d'une dramaturgie contestable.

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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par mariuszbartok » 08 mars 2020, 21:03

dge a écrit :
08 mars 2020, 19:59
Tout à fait d'accord avec toi sur cette mise en scène peu inspirée par rapport aux enjeux de l'œuvre, mais cette rencontre qui n'est plus secrète est un beau moment de théâtre. Cette rupture de fiançailles, actualisée à l'époque où les metteurs en scène situent l'action est assez forte...mais elle est en contradiction avec le livret.
C'est un exemple parmi d'autres d'un réel talent théâtral mis au service d'une dramaturgie contestable.
Mais même en acceptant le point de vue des metteurs en scène, ça ne me paraît pas clair !
Si l'acteur qui joue Nevers et l'actrice qui joue Valentine rompent vraiment, aux yeux de tous les autres acteurs (Raoul, Tavannes et cie), pourquoi rien dans la suite du spectacle n'exploite cette idée, la rendant donc vainement compliquée ? Et même en l'acceptant, il reste troublant (mais pas incompréhensible) qu'une femme qui vient annuler un mariage embrasse aussi fougueusement l'homme qu'elle rejette, surtout sans aucune autre information sur la nature de leur relation.
En plus, au premier acte, dans cette mise en scène, il n'y a aucun élément laissant deviner que nous sommes dans des studios de tournage, donc il n'y a aucune raison de croire que nous ne voyons pas vraiment le comte de Nevers et Valentine de Saint-Bris !

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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par dge » 08 mars 2020, 21:58

Mon interprétation est que nous voyons la rencontre mais les autres protagonistes ne la voient pas. Les fiançailles sont rompues au nom d'une raison supérieure, mais les deux personnages s'aiment toujours.
Oui c'est tiré par les cheveux et cette idée , comme d'autres, n'a pas de suite. C'est bien le problème de cette mise en scène.

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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par VivaLaMamma » 09 mars 2020, 06:35

Quel opera magnifique ... dommage pour la mise en scène, assez inepte, avec une transposition mal exploitée et qui n’amène rien, et qui tourne souvent l'œuvre en ridicule (le « ballet » !!)
Vocalement, feu d’artifice pour cette dernière date et c’est Rachel Willis Sorensen domine : c'est époustouflant ! La voix est ample et magnifique, homogène (même si on aimerait un grave plus affirmé - comme tant d’autres elle n’ose malheureusement pas poitriner), elle sait nuancer, triller et les vocalises sont parfaitement huilées. Elle joue parfaitement son personnage. C’est vraiment une incontestable réussite et j’ai maintenant hâte qu'elle aborde Traviata.
Ses duos avec le Raoul de John Osborn sont anthologiques. Le ténor surmonte ce rôle crucifiant avec une aisance et une fougue qui laissent pantois. Il arrive au terme de l’opéra sans fatigue apparente, délivrant un appel aux armes fougueux. Dommage qu’il soit si mal attifé, rendant difficile sa crédibilité de héros romantique.
Michele Pertusi a du mal à atteindre les graves de Marcel mais, malgré l’usure de la voix, campe un personnage De fanatique émouvant.
Je n’ai pas vraiment goûté la Marguerite d’Ana Durlovski, voix petite et métallique, qui monte jusqu’au mi mais au timbre désagréable dans le médium. Transformée en directrice de production/casting aux penchants nymphos, elle a du mal à donner de la grandeur à son personnage et disparaît souvent dans les ensembles.
Léa Desandre est un Urbain vif argent, délivrant avec panache et séduction ses deux airs. Je suis cependant surpris qu’elle se définisse comme mezzo, la voix sonne plutôt comme celle d’un joli soprano lyrique léger, avec une extension aiguë facile (le contre ut ne doit pas être sa limite).
Seconds rôles impeccables (Duhamel, Giustiniani), seul Laurent Alvaro m’a semblé bien fatigué, au bord de l’accident au 4e acte.
Superbe direction de Minkowski même si l'orchestre n'est pas irréprochable (les cuivres) et chœurs survoltés, très impliqués vocalement et scéniquement dans les divers errements réclamés par la mise en scène ...
Tristesse que cette salle à moitié vide pour une si belle réussite musicale !

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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par VivaLaMamma » 09 mars 2020, 06:37

A noter un début de fou rire pour RWS et Duhamel au 4e : celui ci a dégainé un peu trop violemment son épée, dont la lame est partie voler à travers scène et dont le manche s’est cassé en deux. Les deux ont eu du mal à retenir leur hilarité, RWS devant interrompre son chant quelques instants :D

mariuszbartok
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Re: Meyerbeer - Les Huguenots - Minkowski/Wieler et Morabito - Genève 02-03 / 2020

Message par mariuszbartok » 16 mai 2020, 07:19

Ces Huguenots sont disponibles en vidéo ici jusqu'à demain dimanche soir :

https://www.gtg.ch/digital/#module17-bl ... fba3aed678

à moins qu'ils n'aient fait un montage à partir de plusieurs soirées différentes, il s'agit de la représentation à laquelle j'ai assisté (vendredi 06 mars)

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