Le personnage de Don Ottavio - A GARDER DISCUSSION DE FOND

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bajazet
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Message par bajazet » 28 juil. 2005, 19:40

DavidLeMarrec a écrit :
bajazet a écrit :Je reste troublé par cette histoire de recours légaliste "a chi si deve", qui ruine objectivement mon trip aristocratique ?
Pas forcément, si on considère qu'Ottavio incarne justement le modèle policé qui ne fait pas justice lui-même. Habité par l'idée de justice, et prêt pour cela à recourir à l'arbitrage d'un tiers - à l'opposé de la force brute de Don Giovanni qui occit le Commandeur sur un pique de vanité.
Oui, aristocrate des Lumières donc. Je songeais à un profil à la Corneille, logique de la vendetta. Mais c'est hors de saison en effet.

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DavidLeMarrec
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Message par DavidLeMarrec » 28 juil. 2005, 19:46

bajazet a écrit :P.S. Quels interprètes apprécies-tu, Davide mio ?
Tiens, un bonus est apparu...

Luca Dordolo, Stuart Borrows, Anton Dermota (qui réussit bien l'incarnation élégique que tu décris) ; éventuellement Mark Padmore et Leopold Simoneau.
Sinon, j'aimerais beaucoup entendre Blochwitz, Hadley et Groves, qui l'ont également enregistré. Je ne me souviens plus de Lippert ; au vu de son David, ce devrait être chouette.

Mais personne ne me donne ce que j'attends. Tout au plus, j'ai de la beauté vocale (la rondeur des aigus de Dordolo) ou une incarnation cohérente, mais peu conforme à mes désirs (Dermota, qui est à peu près le seul).


David - unjourmonOttavioviendra

bajazet
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Message par bajazet » 28 juil. 2005, 19:49

Dermota est extraordinaire, mais ce ton plaintif qu'il a en permanence (question d'émission peut-être) m'agace.

Burrows est un peu trop mou à mon goût. Faible habituel pour Haefliger. Sinon, ce que j'ai entendu de plus satisfaisant, ce sont les extraits par Wunderlich en allemand.

J'aimerais y entendre Richard Croft, et Rensburg (mais c'est pour bientôt :wink: )

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Message par DavidLeMarrec » 28 juil. 2005, 19:50

bajazet a écrit :Oui, aristocrate des Lumières donc. Je songeais à un profil à la Corneille, logique de la vendetta. Mais c'est hors de saison en effet.
Le noir n'est pas à la mode ces temps-ci. Mais repassez à la boutique début août, nous devrions avoir des modèles.

A défaut, laissez-nous votre adresse, on se chargera de faire le Corbeau.


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Re: Le personnage de Don Ottavio

Message par DavidLeMarrec » 28 juil. 2005, 20:03

EdeB a écrit :PS : les discussions littéraires et historiques sur les livrets sont destinées à être mises dans "livrets". "On en parle" ce sont les sujets d'actu inclassables...
Pas de problème, je suis entièrement d'accord, ce serait plus judicieux, mais comme personne n'y va, c'est bien qu'il soit dans "On en parle" pendant les premiers jours du lancement. Enfin, si on veut des réponses. :D

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Message par Friedmund » 28 juil. 2005, 20:41

Une remarque immédiate, comme pour Cosi: Don Giovanni souffre de la déformation du prisme romantique; si Cosi a été villipendé par les romantiques, Don Giovanni a été encensé pour des raisons inverses mais cohérentes, avec le même résultat: une déformation du message mozartien et 18ème de l'oeuvre, afin de servir l'idéologie romantique.

Tout de suite aussi, la remarque d'Alfred Einstein: "Don Ottavio, c'est l'impuissance incarnée en musique".

Citation intéressante qui présente deux faces:
1) D'un côté, je me rallie à la vision d'une Anna attirée par l'énergie sexuelle de Don Giovanni, d'autant plus avec un Don Ottavio à sa traine (et je réponds indirectement à la question que Mortier semble avoir soulevé lors de la présentation de la saison sur le pourquoi les femmes préférent les Don Giovanni aux Don Ottavio). Trop de feu et d'indignation chez cette Anna pour être honnête. Ceci va dans le sens de la citation d'Einstein ci-dessus.
2) D'un autre côté, je recadre Don Giovanni dans le cadre du 18ème: Don Giovanni est un salaud qui est puni (et non pas un héros incompris par la société, vision romantique classique), Elvira est un personnage comique, et Ottavio représente l'homme d'honneur et de bien, paternel et protecteur et "dans le droit chemin", c'est à dire éclairé et qui n'use pas du droit de cuissage (je fais court).

Si je récuse la version romantique, je crois également que Don Giovanni échappe à une vision purement 18ème: le mythe de Don Juan et ce qu'il porte de signification est intemporel. Donc, pour des raisons de symétrie théatrale, je pense que Don Ottavio est avant tout l'opposé exact de Don Giovanni.

Selon ce que l'on charge symboliquement sur Don Giovanni, on obtiendra le portait antithétique chez Ottavio. tyran/noble au 18ème, héros/pleutre au 19ème etc. La puissance du mythe de Don Juan est telle que chacun y trouvera de la matière de façon inépuisable; le miroir sera de même chez Ottavio.

Enfin et pour donner (enfin) ma vision du personnage, je reposerai ma réflexion sur les mêmes deux indices que pour Cosi:
1) Toute fin Mozartienne est nécessairement morale
2) La trilogie Da Ponte est une vaste réflexion sur les différentes formes de l'amour.

Don Ottavio est mis à l'épreuve par Anna à la fin de l'opéra, ce qui me semble être un purgatoire: il doit faire ses preuves comme homme digne d'intérêt. En effet, Don Juan aux enfers est certes un modèle qui n'est pas à suivre - il est intedit de survie, mais il révèle ce qu'Ottavio ne possède pas, qui s'il veut pouvoir épouser Anna doit posséder de façon équilibrée ce que Giovanni possédait en trop grand excès (l'excès étant toujours condamné par Mozart et son époque) : courage, panache, liberté, instincts sexuels et de vie. On retrouve la même idée dans Cosi, puisqu'au bout du comtpe, les sorelle seront séduits chez les Albanais par ce qu'il manque absolument chez Ferrando et Guglielmo: la legéreté pour le premier, la passion pour le second (pour faire bref).

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Message par bajazet » 28 juil. 2005, 20:57

Très intéressant ?
Mais pourquoi Elvira serait-elle un personnage comique dans l'optique du XVIIIe siècle ?

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Message par Friedmund » 28 juil. 2005, 21:36

bajazet a écrit :Très intéressant ?
Mais pourquoi Elvira serait-elle un personnage comique dans l'optique du XVIIIe siècle ?
Donna Elvira était initialement le troisième personnage féminin, Zerlina étant le second. Privé de Mi tradi dans version praguoise, elle n'avait alors qu'un air, son air d'entrée, excessif et caricatural, et des situations hautement comiques (pour qui ne la voit pas au travers du prisme romantique, bien entendu): incarnation de la cocue pleurnicharde, elle se fait ridiculiser deux fois par Leporello lors du catalogue et de la sérénade, Don Giovanni l'humilie en lui faisant répondre par son valet, en la faisant passer pour folle lors du quatuor du I, lors de la scène du banquet etc. Elle s'humilie elle-même lors du sextuor du II. Donna Elvira a perdu toute raison, toute noblesse, toute dignité... Personnage de mezzo carattere dont on rit des malheurs.

Les ajouts de Mi tradi et du final où elle se vouera à Dieu dans la version viennoise donneront de la consistance musicale et dramatique au rôle, et les romantiques la transformeront en grande amoureuse malheureuse, bref leur personnage-type la sublimant. De fil en aiguille, ou plutôt de version viennoise en romantisation, Elvira deviendra le second personnage de l'opéra.

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Message par DavidLeMarrec » 28 juil. 2005, 21:40

Friedmund a écrit :Elvira est un personnage comique,
Elvira appartient à la fois aux deux sphères. Comme DG, elle est dans une catégorie à part du drama giocoso. Comique dans Ah fuggi, avec ses rythmiques baroques (son côté vieille Espagne), tragique, dans In quali eccessi où le personnage hérité de Molière propose une alternative mystique.
Elle et DG font le lien avec les personnages des deux côtés : on remarquera qu'il n'y a jamais d'échange directs entre couple serio et couple buffo.

Selon ce que l'on charge symboliquement sur Don Giovanni, on obtiendra le portait antithétique chez Ottavio. tyran/noble au 18ème, héros/pleutre au 19ème etc. La puissance du mythe de Don Juan est telle que chacun y trouvera de la matière de façon inépuisable; le miroir sera de même chez Ottavio.
Voilà qui est admirablement isolé ! A force d'être remarquable, tu finiras par ne plus m'étonner.

Don Ottavio est mis à l'épreuve par Anna à la fin de l'opéra, ce qui me semble être un purgatoire: il doit faire ses preuves comme homme digne d'intérêt. En effet, Don Juan aux enfers est certes un modèle qui n'est pas à suivre - il est intedit de survie, mais il révèle ce qu'Ottavio ne possède pas, qui s'il veut pouvoir épouser Anna doit posséder de façon équilibrée ce que Giovanni possédait en trop grand excès (l'excès étant toujours condamné par Mozart et son époque) : courage, panache, liberté, instincts sexuels et de vie.
Nous nous rejoignons donc sur l'idée que Don Ottavio, dans une certaine mesure, sonne à vide.

Evidemment, ma lecture soupçonneuse de Don Ottavio (ce n'est même plus du dix-neuvième, c'est du vingtième !) peut être largement nuancée. J'ai juste avancé quelques points précis qui me troublent, appuyés sur le texte.

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Message par DavidLeMarrec » 28 juil. 2005, 21:48

Friedmund a écrit :
bajazet a écrit :Très intéressant ?
Mais pourquoi Elvira serait-elle un personnage comique dans l'optique du XVIIIe siècle ?
Donna Elvira était initialement le troisième personnage féminin, Zerlina étant le second. Privé de Mi tradi dans version praguoise, elle n'avait alors qu'un air, son air d'entrée, excessif et caricatural,
Deux ! Ah, Fuggi. Encore plus caricatural au demeurant.

Il est vrai que dans la version pragoise, il n'y a ni poussée mystique, ni cloître final.
Pas sûr qu'elle en soit purement comique pour autant.

Les ajouts de Mi tradi et du final où elle se vouera à Dieu dans la version viennoise donneront de la consistance musicale et dramatique au rôle,

D'après une (âpre) discussion que j'avais eu avec Piotr Kaminski, le final de Vienne était comme sous-entendu dans la version pragoise. En tout cas, l'anomalie était dans le manque, pas dans l'ajout, selon lui.
Il défendait même qu'on ne pouvait jouer Don Giovanni sans (ce sur quoi nous ne pouvions nous mettre d'accord).

et les romantiques la transformeront en grande amoureuse malheureuse, bref leur personnage-type la sublimant. De fil en aiguille, ou plutôt de version viennoise en romantisation, Elvira deviendra le second personnage de l'opéra.
Le premier, tu veux dire ! En tout cas, pour moi, c'est le cas. Elle est aussi celle qui est la plus souvent sur scène.

D'après Damien Colas, elle appartiendrait avec DG à une catégorie supérieure au serio et au buffo. Un catégorie-lien, en tout cas, c'est sûr.

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