Die Zoberflöte:Jacobs/Kentridge/TRM

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Die Zoberflöte:Jacobs/Kentridge/TRM

Message par lachlan » 08 sept. 2005, 12:36

La direction musicale de la seconde série de Die Zoberflöte à la Monnaie, après les réprésentations d?avril dernier, a été confié à Piers Maxim. Chef des ch?urs de la Monnaie depuis la saison dernière, contre-ténor et musicien, il a collaboré avec René Jacobs dans les récents Agrippina et Belshazzar mais aussi Rinaldo, Semele, Saul du même Haendel ; Cosi et les Nozze ; Il Mondo della Luna de Haydn avec le Collegium Vocale de Gand etc.

C?est dire comme la proximité entre « l?élève » et le maître René Jacobs ne laissait présager aucune surprise. Seulement voilà, seul le beurre à le goût du beurre?

Les partis pris de Jacobs sont connus, ils ont été largement commentés dans la presse belge et internationale. Il s?en explique tout naturellement avec le professionalisme qui le caractérise. Ses propos sont riches d?enseignements. Car Die Zoberflöte fait partie de ses chefs-d??uvres que l?on croit décidément suffisament connaître que toute tentation « d?inédit » provoque l?émoi.

On a beaucoup gaussé sur les tempi frénétiques de Jacobs. Celui-ci les justifiants en rappelant notament les propos que Mozart a écrit à son épouse, alors en cure à Baden. Il y précisait que l?opéra avait débuté à 7h et qu?il était de retour à la maison à? 10h30. Quand on sait que certains passages étaient bissés, on ne s?étonne pas non plus de lire dans un article que publia l?Allgemeine musikalische Zeitung vers 1815, qu?un instrumentiste qui avait eu l?occasion d?exécuter l??uvre sous la direction de Mozart en personne, se plaignait de la lenteur des tempi. Et de citer le cas désormais célèbre de l?air de Pamina « Ach, Ich fühl?s » qui selon toute vraisemblance était exécuté 2 fois plus vite.

Oui mais voilà, faut-il revenir aux origines au risque de gêner le goût de nos contemporains par un excès de purisme? Faut-il que Lady Macbeth soit interprété par un travesti sous prétexte qu?à l?époque élizabéthaine la morale n?autorisait pas les femmes à s? « exposer » en public ?

Jacobs contourne le problème en justifiant l?accélération des tempi au nom de la dramaturgie. Dans le cas précis de « Ach, Ich fühl?s », il interprète le sentiment de Pamina non pas comme une détresse ? tout au moins dans un 1er temps ? mais une « violente émotion » qui ne serait pas contrôlable. « Son c?ur bat la chamade ». Elle serait à la fois anxieuse, bouleversée et incrédule face au mutisme de Tamino. Selon Jacobs, ce serait donc davantage « la passion que la résignation » qu?exprimerait Pamina et qui justifierait à ses yeux l?accélération de son tempo.

Cet exemple n?est pas isolé. Mais le résultat n?est à mes yeux pas probant. Cela dit, je ne suis pas sûr que le résultat obtenu par Piers Maxim répondent aux attentes de Jacobs. Je n?ai pas ressenti outre mesure de désagréments dans les tempi, y compris dans l?air de Pamina.

Par contre, dès l?ouverture, j?ai l?impression d?un cafouillage. Les sons rugueux blessent l?harmonie d?un ensemble qui semble tâtonner. Le mélange d?instruments anciens et nouveaux est une idée bizarre.

Ce n?est pas la seule des particularités de cette soirée riche en surprises? L?utilisation d?un percusionniste répond lui aussi à la volonté de Jacobs de coller à l?authenticité : les « effets » sonores se multiplient comme dans la séance d?initiation avec des résultats sinon bienheureux en tout cas pas malvenus.

Plus discutable est l?utilisation du pianoforte en continuo même si Jacobs encore justifie cette pratique par une intuition : « comment imaginer Mozart assis derrière son clavecin à ne rien faire durant les dialogues » dit-il en substance. Ce qui gêne par contre, c?est quand ces mêmes accompagnements « improvisés » s?immiscent dans la partition musicale. Jacobs n?est pas avare en ornementation de son cru. Pour une oreille fidèle aux références, c?est gênant.

Enfin dernier point, la volonté affiché par Jacobs de donner un sens « musical » aux dialogues parlés. La question est récurrente : que faire des dialogues parlées de la Flûte qui sont à mille lieux des considérations de notre époque ? Les supprimés ? Mais on aurait une succesion d?arie sans trame. Les tronqués ? Mais c?est jouer aux apprentis sorciers et enlever en définitive le caractère singspiel. Les accélérer ? C?est ce qu?on opté la plupart des mises en scène actuelles. Après tout on ne peut pas demander à un chanteur d?être aussi un acteur hors pair. Oui mais voilà, c?est sans compter sans le génie intuitif de Jacobs qui suggère que les dialogues parlées parce que précisément ils ne sont pas récitatifs doivent selon lui être « exécuter selon les principes du théâtre parlé du XVII&XVIIIèS. » Il ajoute « Je suis persuadé que les chanteurs récitaient les dialogues en leur appliquant des techniques de respiration et de chant. »

Le résultat en tout cas est parfaitement probant. On ne s?ennuie pas de ce côté-là.


« William Kentridge doit sa réputation internationale à la particularité de ses courts-métrages animés et à ses dessins au fusain dont son travail cinématographique s?inspire » peut on lire dans sa bio. Metteur en scène et décorateur en collaboration avec la Belge Sabine Theunissen, il s?agit d?un travail colossal qui selon les propos rapportés par Kentridge dans une interview à la télévision publique belge, lui aurait pris plusieurs mois. Kentridge s?appliquant à dessiner chaque dessin. Le résultat est stupéfiant.

Dans un décor de carton pâte, l?évocation des balbutiements du cinéma des frères Lumière avec ce que cela comporte comme charme désuet, fantastique et naïveté prend grâce à un travail minitieux et une sophistication des moyens de projection une tout autre ampleur.

Reste que si la magie opère assez rapidement, elle agace aussi. D?autant que le « dessin animé » suggère l?action en évacuant l?action. Un exemple ou deux. Lorsque Tamino joue de la flûte et enchante les bêtes sauvages, est alors projeté l?image animé en noir et blanc d?un rhinocéroce fesant des galipettes avant de s?envoler dans les airs.

Lorsque le désespoir de Papageno le pousse à simuler une tentative de sucide, il reste inerte tandis que se dessine en arrière plan une potence dont chaque trait correspond à un appel désespéré à sa chère Papagena.

L?objet devient alors soudainement intellectuel et si sa fonction était de souligner subtilement la musique et la complexité de l??uvre de Mozart, force est de constater que cette vision « graffitti » en noir&blanc finit par lasser. Seule l?apparition de la Reine de la Nuit ou les passages initiatiques de Tamino et Pamina apportent enfin un peu de ce merveilleux qui fait cruellement défaut à la mise en scène.

Reste que le travail impressionant de Kentridge est digne d?une biénnale de Venise.


Si donc cette nouvelle production avait tout pour capter l?intérêt, elle fut en partie gâcher par une distribution en-deçà de la moyenne. Presque tout le monde a été hué. Pas toujours pour les bonnes raisons. Commencons par rendre justice aux 3 seuls qui ne méritaient pas les sifflets de quelques goujats :

Sumi Jo/Reine de la Nuit

Il est incontestable que Sumi n?a pas donné le meilleur d?elle même ce soir-là. Il lui manque la hargne et l?étendue vocale exigé par ce rôle éprouvant semble très laborieusement atteint.

Reste que Sumi possède un timbre sublime, une tonicité impeccable et une émission troublante. Pour toutes ces raisons, elle ne méritait pas les siflets. Sublime scéniquement, à la fois radieuse et impérieuse, elle convainc presque sans peine dans la 1ere aria. Les redoutables vocalises sont bien projetées mais il manque ce trait passionné qui je crois caractérise le personnage.

Dans sa seconde aria, applaudie comme il se doit mais sans justification, elle perd carrément pied. La voix est presque confidentielle, elle assure cependant au prix d?une technique perfectible certes mais que la beauté du timbre rachète.

Honteusement siflé, mon sang n?a fait qu?un tour et j?ai hurlé « bravo » en écho à la goujaterie d?un certain public.

Stephan Loges/Papageno

Incompréhensible. Siflé lui aussi ? par les mêmes -. Un oiseleur sans plumes mais quel présence à la voix scènique et vocale. Il manque peut être de poésie et son duo final avec Papagena n?est peut être pas ce que l?on a entendu de mieux mais il ne méritait surement pas la vindicte du public.

Sarastro/Kaiser N?Kosi

Est une basse idéale. Le timbre est velouté, l?émission chaude, douce et rassurante, presque aseptisée. Voilà peut être ce qui a déplu à certains. Mais son « Isis&Osiris » était tout simplement proche de la perfection.

Parmi les déceptions de taille, sifflé elles-aussi sans que je daigne prendre leur défence :

Le Tamino de werner Güra, sans conviction aucune, au style académique. La révoltante Pamina aux aigus raides et incapbles de nuancer même si la faute en incombe sans doute aux choix de Jacobs, une désatreuse Papagena (Céline Scheen) au demeurant merveilleuse actrice, un Monostatos des plus pathétique (Yves Saelens) qui s?est trompé de rôle mais mention toute particulière pour les 3 dames (Klara Ek, Isaelle Everarts de Velp et Angéliue Noldus) et enfin pour le sprecher Zelotes Edmund Toliver.

Die Zoberflöte était une coproduction : Lille, Caen et le San Carlo.

L.

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Message par JdeB » 08 sept. 2005, 14:39

Merci Lachlan pour cet excellent compte-rendu ! :D

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