J'ai vu la Callas sur scène

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meduse
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Message par meduse » 14 août 2005, 13:38

Tito a écrit :Bonjour à tous !

Bizuth sur votre liste (découverte tardivement, mea culpa, merci Google), malgré un âge certain: tout proche de la retraite d'un métier qui me faisait autrefois 'travailler des oreilles' (cardiologue), soit #65 ans.

Grand bravo d'abord pour votre liste, découverte via Google.- J'y ai déjà appris beaucoup, merci !

Comme Meduse et beaucoup d'autres, je n'ai guère reçu d'enseignement musical, si bien que mon approche est restée très 'viscérale': c'est une affaire de coup(s) de foudre, avant tout auditif, parfois plus global. Mais j'accroche ou non, cela ne se raisonne pas.

- Tout a commencé vers 15 ans en moulinant sur un phonographe d'avant-guerre pour écouter des 78t de Caruso et de Gigli, un peu plus tard en allant parfois au théatre de Rennes (un 'Paillasse' en français par Tony Poncet), ou à des 'fêtes des fleurs' de l'époque (Mado Robin, Georges Noré en plein air).
- Quelques petites années plus tard, 2 progrès: l'arrivée du microsillon (un Teppaz pour Noël, puis des 33t repiquant des enregistrements historiques, offerts aux fêtes), également une 'TSF' un peu meilleure; on était loin de la FM ou de l'internet, mais on passait des soirées passionnantes malgré les parasites, à essayer de capter la RAI qui retransmettait des enregistrements de la Scala...
- Puis, à Paris, quelques émotions mémorables: une Tosca avec Callas-Gobbi (22/02/65), une autre avec Stella-Corelli (honteusement sifflé !)-Bacquier (04/03/70). Hors abonnement, la difficulté a longtemps été d'obtenir des places: que de nuits passées plus tard à faire la queue, 15j avant de voir Pavarotti ou Domingo... mais ensuite quel bonheur !
- Maintenant, la réservation par l'internet simplifie les choses, mais aussi supprime cette épeuve préliminaire qui, dans le fond, sélectionnait des masochistes méritants (ah, le parvis du Grand Théatre de Genève par -15° !).- Par ailleurs, j'apprécie énormément de pouvoir écouter sur le net, via Operacast, toutes sortes de retransmissions du monde entier: les tout jeunes, appréciez-vous bien votre fantastique confort ?

Pardon d'avoir été long: vous savez, les vieux, quand ils partent dans leurs souvenirs, ils radotent un peu...

Bonne fin de WE à tous.- Bien cordialement !

Si j'ai bien compris, tu as vu Callas sur scène en chair et en os?
Peux-tu m'en dire un peu plus sur son jeu scénique, ses mouvements?
Je l'ai vu une seule fois lors d'un reportage sur arte où il rediffusait un des ces récitals, à Hambourg je crois, et un extrait justement de sa Tosca, filmée à Paris? Je ne me souviens plus.

PS : Si cette question a déjà été évoquée dans ce forum, je vous prie, à tous, de bien vouloir m'en excuser. Mais je n'ai pas encore eu le temps moi non plus de lire toutes les archives. :oops:

tuano
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Message par tuano » 14 août 2005, 14:15

Il y a une fonction "Rechercher", pas accessible de la page d'accueil mais en haut de la page "Forum".

Tu peux taper par exemple "Callas scène"...

Tito a répondu dans un autre fil qu'il en parlerait de Tosca un peu plus tard.

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Tito
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Message par Tito » 15 août 2005, 10:36

meduse a écrit :
Si j'ai bien compris, tu as vu Callas sur scène en chair et en os?
Peux-tu m'en dire un peu plus sur son jeu scénique, ses mouvements?
Je l'ai vu une seule fois lors d'un reportage sur arte où il rediffusait un des ces récitals, à Hambourg je crois, et un extrait justement de sa Tosca, filmée à Paris? Je ne me souviens plus. [...]
Bonjour !

Oui, entendue et vue in vivo à Garnier, mais pas approchée à plus de 3 ou 4 mètres à sa sortie. On se la raconte un peu ?
Avant tout, je ne sais comment faire, mais il faudrait 'rameuter' les plus anciens, car nous devons être un certain nombre dans le même cas, et nous avons pu vivre différemment une même prestation. D'autant que je suis certainement partial...

En ce qui me concerne, le second coffret 2 x 33t d'intégrale que j'ai reçu était la Tosca de la Scala (Callas-Di Stefano-Gobbi / Sabata 53), et Dieu sait si ces microsillons m'ont fait rêver.- En 1965, une petite folie pour notre budget d'étudiant (j'ai gardé les billets: lundi 22 Février 1965, 2ème loge avant-scène, N°2.3 et 2.4, à 2x 55F !), mon épouse et moi avons pu obtenir des places pour cette fameuse Tosca, sans doute la même que celle de Covent Garden de l'année précédente, mise en scène par Zeffirelli.

Renato Cioni chantait Mario; j'en ai un souvenir "honnête", mais bien sûr il ne jouait pas dans la même cour que Maria Callas et Tito Gobbi; il lui fallait d'ailleurs un certain cran.

Gobbi d'abord: vraiment fantastique de prestance, d'apparente facilité (je crois bien qu'il a vraiment bu un peu de 'vin di Spagna' en scène, le bougre), on avait l'impression que la salle n'existait pas pour lui, et que nous le regardions vivre sa vie.- On a assez dit qu'il ne 'jouait' pas, mais qu'il 'était' Scarpia le temps du spectacle; c'est bien ce que l'on percevait.- Il est 'mort' comme tu as pu le voir sur les séquences video de l'acte II qui passent parfois à la TV, malheureusement en N&B et de faible définition.- La voix m'a semblé très proche encore de celle du 33t, alors que je me souviens d'articles de presse relatant un certain 'blanchiment'.

Callas enfin: il faut réaliser qu'à l'époque on apprenait certaines choses ici ou là dans la grande presse (les rivalités ou 'scandales' surtout), mais on suivait infiniment moins bien qu'aujourd'hui les carrières des chanteurs; le commun des mortels comme moi n'avait aucune idée des projets de spectacles par exemple, sinon au dernier moment.- 'La Callas', c'était une créature vraiment mythique, dont même de jeunes médecins auraient eu du mal à réaliser qu'elle avait des artères coronaires.- Dès qu'elle est apparue en scène, avant même la première note, tout le monde était subjugué, envoûté, dans un monde magique, celui de la déesse.- On retrouve facilement sur le net des photos de son costume, avec sa fameuse robe de velours à taille haute.- Sa Floria semblait si fragile en face de Scarpia, que l'usure de sa voix passait bien, avec cette impression de temps à autre que cela allait casser... mais non, on était quitte pour une petite suée. Je crois qu'une voix assurée de jeune femme n'aurait pas collé au personnage.- Mais c'est vrai aussi qu'on admettait tout d'elle; aujourd'hui, certains experts dont je lis les commentaires (aucun sous-entendu; je n'en suis pas un techniquement) auraient peut-être été très sévères (?), et peut-être non sans raison (??).- Outre sa fragilité, elle manifestait aussi par moments plus qu'une nervosité, une véritable fièvre [vraiment, en ré-écoutant l'enregistremet de de Sabata, et en revoyant l'acte II vidéo, on revit tout cela].

A la fin du spectacle, vite au petit couloir de la sortie des artistes: Cioni signe sans problème.- Gobbi passe discrètement devant nous, franchit la porte incognito (dame, sans perruque ni surtout faux nez, méconnaissable... la plupart ne connaissaient alors de lui que son aspect en Scarpia); heureusement, un moins ignare l'identifie au dernier moment: "Signor Gobbi ! Sigor Gobbi !"; il est revenu dans le couloir, l'air très amusé, pour signer les programmes.- Callas est sortie directement dans la petite cour voisine, enveloppée dans un manteau de fourrure et une grande écharpe, car il faisait bien froid, protégée de près par Georges Prêtre qui l'a fait monter dans une voiture en attente; cela se passait à peu de mètres, mais personne n'aurait osé s'approcher davantage de la diva...

Voilà, c'était le 22 Février 1965 à Garnier, et j'avais 24 ans.
Bon 15 Août !

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Message par Clement » 15 août 2005, 10:49

Joli récit, merci beaucoup ! je suis né quelques mois après la décès de Callas... Alors forcément, ça fait rêver. Déjà une immense déesse de son vivant !!

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Message par Maestro20 » 15 août 2005, 13:34

Alors moi qui n'ai que vingt ans que dois-je penser de ce récit écrit par Tito? Pour nous les "jeunes" (excusez ce terme déplacé) La Callas est le sommet de l'art lyrique la connaissance absolue de son art, la matrise des émotions et la transformation réaliste qui transcende les rôle qu'elle a abordé nous donnant une impréssion mysthique... Je pourrai parlé des impressions que me donne La Callas en l'écoutant pendant des heures.. Alors merci Tito de nous faire rèver......

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Message par Tito » 15 août 2005, 15:55

Maestro20 a écrit :Alors moi qui n'ai que vingt ans que dois-je penser de ce récit écrit par Tito? Pour nous les "jeunes" (excusez ce terme déplacé) La Callas est le sommet de l'art lyrique la connaissance absolue de son art, la matrise des émotions et la transformation réaliste qui transcende les rôle qu'elle a abordé nous donnant une impréssion mysthique... Je pourrai parlé des impressions que me donne La Callas en l'écoutant pendant des heures.. Alors merci Tito de nous faire rèver......
Mais non, rien de "déplacé": tout ce que je puis vous dire est bien banal, c'est en résumé "profitez-en tous, cela passe tellement vite"...
Nous avons aujourd'hui la chance de disposer de tant d'informations, de pouvoir réserver des places en quelques clics, d'échanger comme nous le faisons si facilement... Autrefois, chacun dans son cercle restreint, et la queue au guichet !
Cela dit, que serait le personnage de Maria Callas dans notre monde actuel ? Gros doute (mais question que je sais idiote) ...

Ma tranche d'âge (allez les collègues, manifestez-vous !) a eu la chance de voir passer de véritables monstres sacrés, qui ne devaient rien au show-bizz ni à la pub. J'ai personnellement eu un peu de mal à en voir un tout petit nombre, mais cela m'a marqué pour la fin de mes jours; un pb, c'est que ces références nous restent, les imperfections se gommant avec le temps, et que l'on a du mal à retrouver de semblables sensations (pour autant que cela se renouvelle).

L'étonnant avec Maria Callas dans mon expérience malheureusement ponctuelle a été, on dirait maintenant son charisme, une espèce de fluide qui emportait instantanément toute la salle dans un autre monde. Certainement que l'environnement comptait (je veux dire les heures passées auparavant à écouter ses disques, mais aussi bien sûr ce qui a toujours fait la magie de TELLE ou TELLE soirée: l'ambiance d'une belle salle, un décor somptueux, des partenaires à l'unisson, sans oublier un chef, un orchestre et un public en communion). Le résultat a été une espèce de happening merveilleux et chaque fois unique.

Peut-être plus étonnant, cette magie opère encore des années plus tard, à la seule audition des disques.- Notre imaginaire doit furieusement fonctionner...

C'est à moi de vous remercier d'avoir pris un petit coup de jeune !

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Message par meduse » 15 août 2005, 21:16

Je te remercie moi aussi pour ton récit, car, comme tant d'autres, mon infortunée date de naissance m'a empêché de connaître de mon vivant la révolution callassienne.

Pour ma part, je commence seulement, (désolée), à découvrir ses enregistrements, notamment ceux de Lucia et d'Elvira des Puritains. En fait, la première cantatrice que j'ai entendue dans ces mêmes rôles , c'est la stupenda qui m'a toujours suffit . Mais plus maintenant, à cause justement de la Callas.


Y a-t-il d'autres personnes sur ce forum qui ont vu Callas sur scène à part Tito? et encore plus fort, quelqu'un, enfant chéri des dieux, qui aurait pu voir, la Callas, la Tebaldi et la Stupenda sur scène ? (pas en même temps, j'entends bien)

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Message par Nemorino » 15 août 2005, 23:36

J'ai vu Sutherland dans Lucia, Tebaldi dans Aida et Tosca et Callas dans Norma. Callas je l'ai vu deux années consécutives dans Norma. La deuxième fois, j'étais à l'hamphi de Garnier (comme toujours) je dois dire qu'on l'entendait à peine, qu'elle a craquée l'aigue sur l'arpège à capello (il faudrait que je réécoute Norma pour situé le passage exacte) et qu'elle l'a repris ce qui a été l'occasion d'un beau chahut de la part du publique. Mais j'ai en souvenir d'aures soirées passionnantes avec Corelli, Christoff, Del Monaco; Varnay, Nilson dans Turandot, Gobbi dans Iago. Crespin, Gorr, Konya dans Lohengrin etc...

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Maestro20
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Message par Maestro20 » 16 août 2005, 00:08

Et bien, vous avez eu une chance assez incroyable de voir tous ces moment mémorable de l'opera..

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