Un concert pour Mazarin. (CD Virgin)

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EdeB
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Un concert pour Mazarin. (CD Virgin)

Message par EdeB » 06 juin 2004, 14:15

Un concert pour Mazarin.
La musique italienne dans les collections françaises du Grand Siècle.


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Philippe JAROUSSKY contre ténor
ENSEMBLE LA FENICE
Dirigé par Jean TUBERY

CD Virgin Véritas, Virgin Classics 545656-2, 2004.


Acclamate de terra (Maurizio Cazzatti)
Capriccio (Girolamo Frescobaldi)
Bienheureuse est une âme (Anonyme début XVIIe)
Motet O quam clemens (Francesco Foggia)
Madre, non me far monaca (Anonyme ? début XVIIe)
Sonata a tre sopra la Monica (= La Monaca) (Francesco Turini)
Fugue à quatre parties sur un sujet italien (François Roberday)
Motet Santa Maria (Claudio Monteverdi)
Canzon per cornetto e violino in risposta (Lodovico Viadana)
Motet en écho Surge, propera, amica mea (Giampaolo Cima)
Laudate pueri (Nicolò Fontei)
Capriccio e ciaccona (Maurizio Cazzatti)
Passacaille pour le clavecin... (Luigi Rossi ?)
Cantate In caligine umbrosa... (Bassani)


Ce programme, d?une grande originalité, présente un panorama de la musique italienne telle que des français du XVIIe siècle ont pu l?entendre et/ou la découvrir.
On sait que Mazarin a conduit une politique concertée pour apporter cet art à la cour de France. Il ne fait en cela que continuer la politique de la reine Marie de Médicis, qui avait attiré Caccini à Paris. Le cardinal continue donc sur cette lancée, perpétuant en cela les activités de mécène et d?amateur éclairé qu?il avait vu en action dans la maison des Barberini. Il fonde, entre autre, les Musiciens du Cabinet, tous italiens. Si on se souvient plus particulièrement des représentations de La Finta Pazza (1645), de l?Orfeo (1647) de Luigi Rossi, et des Serse et Ercole Amante de Cavalli (1662), ce ne sont que les sommets émergés de ce phénomène de grande ampleur d?introduction des influences italiennes dans la vie musicale française.

La musique circule énormément sous forme de copies, et c?est en puisant dans les fonds conservés à la Bibliothèque nationale, dont l?ancienne bibliothèque du compositeur et théoricien Sébastien de Brossard (1655 - 1730) et auteur d?un Dictionnaire de la musique (1703), et du manuscrit Bauyn (env. 1690), qui conserve des ?uvres pour clavier d?auteurs italiens, ainsi que dans diverses fonds municipaux français, que J Tubéry et Ph. Jarrousky ont composé ce programme.

Cette circulation des ?uvres sous forme de copies manuscrites ou d?éditions, permet de mieux appréhender ce que des particuliers pouvaient entendre et/ou pratiquer. Ce phénomène d?acculturation et d?échanges se poursuivit après la mainmise de Lulli sur les représentations scéniques musicales et la création d?un genre national, alors qu?aucun opéra ultramontain n?est créé plus sur une scène française. Cependant la prégnance du style italien est bien présente, et continuera à agir comme un modèle ou un repoussoir pour le restant de la vie musicale d?ancien régime.

Les formes retenues pour le programme de ce CD sont donc par la nature de leurs conditions d?exécution des formes brèves, intimistes ou religieuses. Ont été retenus des compositeurs finalement encore mal connus de l?auditeur français. Quelques mots brefs de présentation ne sont donc pas superflus, d?autant plus que l?excellente notice de Barbara Nestola n?a pas, sans doute faute de place, comblé cette lacune.

Maurizio Cazzati (vers 1620 ?1677/78 )
Compositeur et organiste, a été actif à dans les cours de Bologne et Mantoue Il a été maître de chapelle à San Petronio à Bologne de 1657 à 1671, période pendant laquelle il innova dans le domaine de la musique instrumentale. Il fut nommé à l?Accademia Filarmonica de Bologna (fondée en 1666). Il termina sa carrière à Mantoue à la cour des Gonzague. Cependant les ?uvres instrumentales ne sont qu?une petite partie des 66 volumes d??uvres qu?il nous a laissées. Il a laissé une abondante musique vocale tant sacrée que profane : canzoni ; ballets, caprici da camera et da chiesa, messes, motets ; il serait aussi l?auteur de plusieurs opéras : I gridi di Cerere, Il carnevale esigliato (1652, Ferrare), Ercole effeminato (1654, Bergame), Le gare de' fiumi (1658) et Le gare d'Amore e di Marte (Bologne, 1652)
D?après Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique (tome 2), Paris, 1866 :
« Né à Mantoue vers 1620, fut d?abord organiste et maître de la chapelle de la collégiale de Saint André dans cette vile, puis devint maître de la cathédrale de Bergame, et enfin obtint, en 1657, la place de maître de chapelle de Saint-Pétrone à Bologne. Compositeur fécond pour l?église, cet artiste jouissait d?une réputation honorable, lorsque Jules-César Aresti, organiste de Saint-Pétrone, fit une vive critique du Kyrie d?une messe à 4 voix qui se trouvait dans l??uvre 17eme de Cazzatti . Celui-ci fit à son adversaire une rude réponse, qui fut le signal d?une ardente polémique. Cette, affaire qui ne fit point honneur au caractère d?Aresti, et des suites malheureuses pour Cazzatti car il reçut sa démission de sa place de maître de chapelle e 1674. Le chagrin qu?il en eut lui fit quitter Bologne t retourner à Mantoue où il mourut en 1677. »
Pour la liste des ?uvres cités par Fétis, se reporter au fac similé du dictionnaire sur Gallica, la bibliothèque numérique de la bibliothèque nationale de France.

Girolamo Frescobaldi (1583-1643) fait partie des « noms » de l?album. On n?y reviendra donc que très brièvement.
Elève de Luzzaschi, professeur de Froberger, il a été admiré de Bach. Il a été organiste de Saint-Pierre de Rome de 1608 à 1628, puis tint le même emploi à la cour de Florence, avant de retourner à Saint-Pierre en 1633 puis à San Lorenzo in Monte. Il est principalement connu pour son ?uvre pour orgue et clavecin. Il a aussi écrit pour la voix : canzone, motets, madrigaux?

Francesco Foggia (1604-1688).
Ce romain, élève de Ciffra et de P Agostini a travaillé pour plusieurs cours allemandes. De retour à Rome, il devient maître de chapelle à Saint Jean de Latran (1636-1661), à San Lorenzo in Damasco, et dès 1677 à Sainte-Marie Majeure. Il a beaucoup écrit dans le style de l?école romaine, ; on peut retenir deux oratorios, David fugiens a facie Saul et San Giovanni Battista (1670), de nombreuses messes, des motets?.

Francesco Turini (v. 1589 ?1656) était le fils de Gregorio Turini(v 1560-1600) ; il fait ses études avec son père et est nommé organiste à l?âge de douze ans de la cour pragoise de Rudolf II -où son père était employé comme chanteur et cornettiste. L?empereur lui permet de continuer sa formation à Venise et à Rome après le décès de son père. De retour à Prague, le chanteur compositeur et organiste reprend son poste. Il se rendra de nouveau en Italie vers 1612, puis définitivement à Brescia, ville d?origine de son père, de 1620 à sa mort ; il est alors organiste de la cathédrale. Il est l?auteur de nombreux madrigaux, motets et messes, ainsi que de sonates pour deux violons et basse continue qui ont contribué à définir la forme de la sonate baroque.

J?avoue ne rien avoir déniché sur François Roberday (bapt. 1642-1680) dont seul un recueil de fugues et caprices publié en 1660 nous est parvenu. (Peut être dans le New Grove, que je n?ai pas encore eu le loisir de consulter ??)

Les informations que j?ai trouvées sur les derniers compositeurs du programme sont très lacunaires et tributaires de Fétis, dont il convient de se méfier. Il serait nécessaire de faire une recherche rapide dans le New Grove Dict. Ce que je n?ai pas eu le temps de faire?

Niccolo Fontei ( ? ? 1647)
Actif à Vérone.
D?après Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique (tome 3), Paris, 1866 :
« Né en 1397, à Orci Nuovi ou Orciano, dans les états de l?Eglise, s?et fait connaître comme compostieur de musique d?église par les ouvrages suivants. 1/Melodiae sacrae.. 2/Bizzarrie Poetiche a 1 2 e 3 voci, libro 1-3 1636-1639. etc?. »
Il a au moins composé un opéra en 1642 Sidonio e Dorisbe, pour Venise.

Giampaolo Cima (v. 1570? 1622)
D?après Fétis (id. tome 2) : « Excellent organiste et maître de chapelle de l?église de Saint-Celse à Milan, naquit vers 1570. Il fut renommé principalement pour la composition de canons. Le P. Angleria en a inséré quelques uns dans ses Regole del contrapunto. » etc?.
Il a également inséré des pièces instrumentales dans sa collection de musique sacrée, les Concerti ecclesiastici de 1610.

Giovanni Battista Bassani/Bassano/Bassiani (v. 1647 ? 1716)
Compositeur, organiste et violoniste italien. Il étudie avec Legrenzi et Castrovillari et devient organiste à l?Accademia della Morte de Ferrare en 1667. En juillet 1677, il entre à l?Accademia Filarmonica de Bologne. Il est également maître de chapelle et organiste de la Confraternità del Finale de Modèle. En 1680, il est nommé maître de chapelle de la cathédrale de Ferrare et en 1712, maître de chapelle de Sainte-Marie Majeure de Bergame. Il enseigne également la musique à l?école de musique de la Congregazion di Carità de Bergame.
De nombreuses ?uvres vocales et instrumentales ; un des ses oratorios, La Morte Delusa a été enregistrée par Jean Tubéry et Philippe Jaroussky.

Le programme réintroduit également un thème très populaire, celui de la «Madre, non mi far monaca» que l?on trouve ici déclinée sous ses formes italiennes, vocales et instrumentales, puis sous une reprise française, attestation de la popularité de ce thème ?(un peu comme les Follia di Spagna). C?est une idée très judicieuse et qui illustre bien la force de cette circulation européenne de la musique.

Car ce disque n?a rien d?une illustration sévère de thèse ou de programmation très cérébrale qui s?opposerait au plaisir pur de l?audition musicale, ou encore à un exercice stérile en musicologie.
Si ce CD est d?un abord qui peut sembler un peu aride à la première écoute (car il faut apprivoiser un peu l?oreille, pas de folles vocalises qu?un amateur de contres-notes pourraient attendre en vain !) une écoute supplémentaire rend immédiatement justice à l?équilibre d?un programme qui n?a rien de monotone.
Les compositeurs sont différenciés, dans leurs subtilités et dans le traitement des instruments, des variations sur un thème. L?orchestre est infiniment subtil, excellent soutien de la voix, sans perdre néanmoins son autonomie et ses couleurs. Le choix des morceaux témoigne un parfait enchaînent, qui restitue toutefois l?individualité des compositeurs, tout en rendant bien compte de cette ?italianità? qui a tant influencé et fasciné les français.

Ph. Jarrousky a prouvé depuis ses débuts dans le Sedecia re di Gerusalemme de Scarlatti dirigé par G Lesne, combien il mûrit ses interprétations. La voix garde son timbre étonnant, sa flexibilité, son impact (accentué par l?acoustique particulière de Saint Michel en Thiérache). La musique « de chambre » lui convient bien plus que les prestations scéniques. S?il s?oriente vers ce type de répertoire, on pourra sans doute tenir un digne successeur de Henri Ledroit et Gérard Lesne.
L?interprète à heureusement laissé de côté certaines affèteries et mignardises, qui affectaient quelque peu sa ligne vocale ces derniers temps. C?est heureux. Ce contre-ténor, s?il continue de servir des répertoires négligés et à concocter des programmes intellectuellement aussi stimulants pour la curiosité du mélomane, tout en assouvissant sa saine curiosité de chercheur, contribuera à apporter sa pierre dans la grande entreprise de redécouverte de tout ce pan du répertoire européen ignoré, qui a nourrit l?imaginaire et l?appréciation de la beauté de nos aïeux.

Très vivement recommandé. Seul regret, que la durée ne soit pas doublée.

PS : Mise en ligne très en retard, mais je préférais éviter des considérations extra musicales concernant un des interprètes du CD !

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Message par Nerone » 06 juin 2004, 16:01

Aurais-tu radicalement changé d'avis sur ce CD, ou ai-je des visions ?

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Message par JdeB » 06 juin 2004, 16:06

Nerone a écrit :Aurais-tu radicalement changé d'avis sur ce CD, ou ai-je des visions ?
Comme EdeB l'a dit, ce CD demande plus qu'une écoute distraite en faisant son ménage (sans l'aspirateur !)

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Message par EdeB » 06 juin 2004, 21:40

Nerone a écrit :Chic, EdeB est réconciliée avec Phiphi !
Jarouskyyyyyyyyyyyyy... :oops: pardon, ça m'a échappé...
Je n'ai jamais été "fâchée" avec "Phiphiglouglou" (oups, pardon !!) J'ai tout simplement déploré un côté de plus en plus "gnangnanteux" dans ses dernières interprétations Haendeliennes et Purcelliennes (cf le CD "Victoires de la Musique" !) Tant mieux s'il en a fini avec cette "phase"...
Par ailleurs, j'apprécie (ou non) un artiste à l'aune de ce que j'entends et ce que je ressens, très subjectivement et sans a priori... Donc je suis toujours susceptible de changer d'avis...

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