Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

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titoschipa
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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par titoschipa » 28 mars 2020, 10:13

altini a écrit :
28 mars 2020, 07:27
J'ai adhéré à deux clubs (je ne précise pas lesquels par discrétion). C'était en effet un moyen pour avoir des places et pour se déplacer(le club s'occupait du transport) à une époque où il était plus difficile d'obtenir des places . Il y avait aussi des tarifs de groupe et parfois on pouvait réserver au tout début de l'ouverture (par ex à Orange). Les seuls moyens pour un provincial d'avoir des places à Paris par ex. était d'écrire en joignant un chèque en blanc!! ou en faisant la queue des heures. Je vous parle d'un temps etc...
Dans les deux cas, j'ai arrêté après presque 10 ans d'adhésion. Il fallait se plier à l'autorité du responsable soutenu par un petit clan. Si vous n'acceptiez pas cela, vous étiez excommunié. Quant à l'intérêt des échanges, il était très limité pour ne pas dire inexistant. En fait, je n'avais pas " l'esprit club" en raison de mon tempérament trop individualiste. Et puis, comme le dit Paco, internet est arrivé.
L.individualisme n’empêche pas de discuter sans avoir à se cacher sous un pseudo, bref d’avoir le courage d.affronter la contradiction à visage découvert. Par contre les trafics de places, très peu pour moi également

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jerome
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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par jerome » 29 mars 2020, 10:31

Le problème des clubs de ce genre c'est qu'ils sont souvent phagocytés par une personne, un peu no life, au caractère très particulier et un peu monarchique qui n'ont trouvé que ce moyen là pour avoir un semblant de vie sociale! Intégrer le club, c'est entrer dans la Cour du Roi ou de la Reine dont on est prié d'écouter inlassablement et avec adoration toute parole qui est de facto, vérité divine (quand bien même ce sont souvent d'abyssales conneries...)!
J'en ai connu une comme ça (je ne sais pas si elle est encore en vie!) qui était insupportable! Une vieille belle, toute osseuse, maquillée comme un camion volé avec surcharge de bijoux, un chignon plus jaunasse que blond, l'œil torve et une bouche qui n'avait visiblement jamais appris à sourire! Elle avait ses courtisans qui, lors des entractes, buvaient, hébétés, la sainte parole! Et pour elle, l'opéra c'était Maria Callas, point barre! L'art lyrique commençait avec elle, finissait avec elle! Rien avant, rien après! Un point c'est tout! Et par conséquent, sa seule occupation et, partant, l'unique socle de son petit "club" qu'elle avait nommé le Belcanto Club, c'était de dézinguer systématiquement toutes les chanteuses qui venaient se produire à Nancy dans le répertoire de Maria Callas! Macbeth, Traviata, Pirata, Norma, Sonnambula, Barbiere di Siviglia, Turco in Italia, Tosca, ... Toutes avaient le tort de ne pas être Callas: "Elle est mignonne, mais bon c'est pas Callas!", "Callas, c'était quand même autre chose!", "Ah ben aujourd'hui on a été gâté! ça pour pas être Callas, c'est pas Callas!", ... et même à la fin des conférences qui étaient données en amont des représentations, elle réussissait à chaque fois à apostropher le conférencier pour lui dire que sa conférence était formidable et pour lui demander s'il connaissait la chanteuse de la production: si la réponse était positive, la question immédiate qu'elle posait était: "Et alors ? C'est pas Callas hein ??" et si la réponse était négative, sa réaction était immédiate: "m'étonnerait beaucoup qu'on ait Callas à Nancy!" (Evidemment triple connasse! Elle est morte!) et à chaque fois le conférencier la regardait, interloqué, l'air de dire "mais c'est qui celle-là ?"
Jusqu'au jour où à un entracte, je me suis retourné vers elle en lui disant: "Vous savez Madame, Callas était effectivement extraordinaire mais l'opéra existait avant sa naissance et continue à exister après sa mort! La preuve, nous sommes tous là! Et puis vous savez, vous ne pourrez jamais ravoir Callas! Toutes celles qui ont essayé d'être Callas, et il y en a eu beaucoup, s'y sont cassé la voix d'une manière ou d'une autre! En revanche d'autres chanteuses tout aussi extraordinaires qu'elle et même parfois plus dans certains rôles ont existé et existent aujourd'hui formidablement, et justement parce qu'elles ne sont pas Callas! Intégrer l'apport de Callas, être dans une certaine continuité voire une certaine parenté, oui! Mais être elle, non!"
Mon dieu, qu'avais je osé dire là ??? Je venais de "désacraliser" publiquement le fondement de son micro-club et elle m'a rétorqué avec un mépris souverain: "Jeune homme, quand vous aurez mon expérience et ma culture on en reparlera, voulez-vous! En attendant, je vous conseille de vous renseigner, de lire et surtout d'écouter les disques de Callas!"
Ce à quoi j'ai répondu: "Ben voyons! C'est fait depuis longtemps, Madame! Bonne fin de représentation sans Callas!"

Avant j'avais eu vent d'autres clubs lyriques qui réservaient des places d'opéra un peu à droite et à gauche à des prix intéressants mais qui étaient composés essentiellement de vieux moches, gros, gras et libidineux qui espéraient surtout palper du petit minet! Donc non merci!

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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par altini » 29 mars 2020, 10:36

Eh bien! Eh bien! Jérôme. Tu es en super forme. Ca fait plaisir. :lol: :lol: :lol:

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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par JdeB » 29 mars 2020, 11:24

oui, j'ai adoré !
mais y avait-il beaucoup de minets dans ces clubs ? j'en doute

je voulais évoquer la situation nîmoise, ville de 130 000 habitants et riche de 3 clubs plus, jusque' à une date très récente, un cercle R Wagner...
J'ai été membre fondateur d'Arioso où j'ai fait mes première armes de conférencier lyrique et dont j'étais, de très loin, le benjamin. J'avais 22 ans au début de l'aventure.
Nous avons fondé au milieu des années 90 un concours de chant qui existe toujours.
j'ai par la suite collaboré également avec un autre club de ma ville natale en présentant leurs concerts caritatifs avec les artistes vivants dans la région (Garner, Bastide, Fondary, Barrard, ...) et leurs élèves (Gombert).

Aujourd'hui, les membres ont tous allégrement franchi les 70 ans mais ces 3 clubs se sont alliés pour proposer tous les deux ans, en alternance avec le concours donc, des spectacles scéniques dans une ville de haute tradition lyrique mais où la saison officielle s'est réduite à rien sur ce plan (un récital de lieder cette année !). Le dernier en date était Werther avec C. Berry...
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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par Christophe2017 » 29 mars 2020, 13:20

A Lille, il y a le Club Lyrique régional qui est très actif et très bien organisé! C'était facile en passant par le Club d'avoir des abonnement à la Monnaie et à l'opéra des Flandres dans les années 90 avant internet. Il y a un partenariat intéressant avec l'opéra de Lille (organisation de master classes, conférences...).

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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par Loge Arythme » 29 mars 2020, 15:19

[... "Jeune homme, quand vous aurez mon expérience et ma culture on en reparlera, voulez-vous! En attendant, je vous conseille de vous renseigner, ..."...]

Toute ressemblance avec certains , qui défendaient la Culture , l'hiver dernier , à l'Opéra de Paris , est évidemment fortuite et non avenue ... :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par dge » 29 mars 2020, 15:41

jerome a écrit :
29 mars 2020, 10:31
Le problème des clubs de ce genre c'est qu'ils sont souvent phagocytés par une personne, .......
Oui, c'est bien le problème. Ces clubs n'existent que par la volonté, mais aussi le dévouement, d'une seule personne. Elle s'identifie à ce club, c'est son enfant et en général ne partage ni conseils ni pouvoir. Et on en arrive à une sclérose, à une situation de pensée unique, Callas ici, Wagner là...
C'est vrai, souvent ces clubs permettaient d'avoir des places à une époque où c'était très compliqué d'en avoir par demande isolée. Il me revient que j'avais été membre pendant qq années d'une association lyrique de Chambéry, dont le président très dynamique obtenait des places à la Scala. On partait en train de nuit un samedi, assistait à la représentation le dimanche a.m. et rentrait par un autre train de nuit le soir. Il fallait être jeune ! J'ai pu entendre Gencer, Bergonzi, les jeunes Jones et Verrett...à une époque où avoir des places à la Scala en individuel était quasiment impossible.

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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par JdeB » 30 mars 2020, 08:43

je pense que le même avantage était offert par les Cercles Wagner à une époque où il était très long d'obtenir des places pour Bayreuth ?
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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par dge » 30 mars 2020, 09:38

JdeB a écrit :
30 mars 2020, 08:43
je pense que le même avantage était offert par les Cercles Wagner à une époque où il était très long d'obtenir des places pour Bayreuth ?
Les présidents des cercles Wagner affiliés au R.Wagner Verband avaient leur lot de place chaque année. Etre membre de ces cercles réduisait un peu le temps d'attente, mais pas énormément. Je ne suis plus dans la boucle, mais je crois que ces avantages ont disparu.

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Re: Le crépuscule des Clubs lyriques et Cercles Richard Wagner ?

Message par jeantoulouse » 31 mars 2020, 14:00

L'excellente évocation de Jérôme rappelle irrésistiblement le fameux début d'Un Amour de Swann : "Pour faire partie du « petit noyau », du « petit groupe », du « petit clan » des Verdurin, une condition était suffisante mais elle était nécessaire : il fallait adhérer tacitement à un Credo dont un des articles était que le jeune pianiste, protégé par Mme Verdurin cette année-là et dont elle disait : « Ça ne devrait pas être permis de savoir jouer Wagner comme ça ! », « enfonçait » à la fois Planté et Rubinstein et que le docteur Cottard avait plus de diagnostic que Potain. Toute « nouvelle recrue » à qui les Verdurin ne pouvaient pas persuader que les soirées des gens qui n’allaient pas chez eux étaient ennuyeuses comme la pluie, se voyait immédiatement exclue. Les femmes étant à cet égard plus rebelles que les hommes à déposer toute curiosité mondaine et l’envie de se renseigner par soi-même sur l’agrément des autres salons, et les Verdurin sentant d’autre part que cet esprit d’examen et ce démon de frivolité pouvait par contagion devenir fatal à l’orthodoxie de la petite église, ils avaient été amenés à rejeter successivement tous les « fidèles » du sexe féminin."

Certains clubs Wagner se sont bien renouvelés (pas nécessairement en génération) en multipliant les rencontres, initiatives, conférences, sorties, activités, en diversifiant les approches : il suffit de lire leur programmation annuelle, tel celui de Toulouse (dont je ne suis pas adhérent). Même si la wagnermania domine, elle prend des aspects moins totalitaires. Cette fidélité à un compositeur qui est au cœur de leur statut n'a rien d'exclusif et s'ouvre à des œuvres plus larges.
Par ailleurs, même si cela peut paraitre contradictoire avec ce qui précède, un de mes amis qui en Espagne est responsable d'une entreprise de voyages lyriques peut être sûr de compter sur la participation des Cercles Wagner pour courir l'Europe à la recherche d'un Lohengrin, d'un Tristan, d'un Ring nouveaux. Et c'est par dizaine que les affidés s'inscrivent, preuve de la vitalité (peut-être déclinante, mais vivace) de ces Cercles ou Clubs.
Le dernier Parsifal toulousain a été "couru" par de très nombreux Cercles Wagner venus de toute la France et l'Europe.

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