Cabalettes finales facultatives : Puritani, Lucrezia Borgia

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Cabalettes finales facultatives : Puritani, Lucrezia Borgia

Message par tuano » 24 avr. 2007, 20:59

Que pensez-vous des cabalettes finales facultatives ? De nombreux opéras de Bellini, Donizetti et Rossini se terminent par une cabalette de l'héroïne. Je ne connais pas d'opéra qui se termine par une cabalette d'un rôle masculin (même travesti).

Certaines cabalettes sont de très grands moments. Chez Rossini, cela annonce le couronnement et le mariage d’Angelina dans la Cenerentola, la délivrance et le soulagement dans Zelmira ou la Donna del Lago, la fureur et le désespoir dans Armida…
Je pense que c’est Bellini qui a signé la cabalette finale la plus jouissive et la plus ambiguë : celle d’Amina dans la Sonnambula. Le retournement de situation est tel qu’il provoque parfois l’hystérie du public avant que la chanteuse ait entamé son si aigu final (c’est arrivé quand j’ai vu l’œuvre à Favart avec Young Ok-Shin, et c’était bien sûr le cas à la Scala pour la prise de rôle de Callas) mais la conclusion orchestrale me semble plus tragique que positive.

Techniquement, cela demande un véritable effort aux chanteuses, qui ont la lourde tâche de donner au public la dernière impression, celle qui le fera exploser de bonheur ou quitter la salle déçu. J'ai été assez frustré, la première fois que j'ai vu les Puritains de Bellini, de ne pas avoir droit à la cabalette finale.
Cependant, je manque d’information à propos du court « Ah, sento mio bel angelo ». Il semblerait que le compositeur n’ait jamais prévu qu’il constitue un final à la version pour soprano aigu, en réponse au stratosphérique « Credea si misera » du ténor (qui monte jusqu’au contre-fa). Ce serait un air composé pour la Malibran, réhabilité par Richard Bonynge qui l'aurait collé à la fin de la version originale, certainement dans une transposition haute, pour des chanteuses exceptionnelles comme Joan Sutherland (CD), Mariella Devia (CD) et Edita Gruberova (au Met), toutes chantant à peu près les mêmes variations, sans doute écrites par Bonynge. Il serait donc normal de ne pas donner cette cabalette finale, à moins de donner la version Malibran. Je trouve cependant qu’elle apporte une conclusion indispensable par rapport au personnage d’Elvira, qui est folle du premier acte à la presque toute fin de l’œuvre. Deux minutes pour montrer qu’elle a retrouvé la raison et le bonheur ne sont pas de trop.

Le cas de la cabalette finale de Lucrezia Borgia de Donizetti est différent. Il me semble avoir lu il y a longtemps qu’elle avait été composée pour faire plaisir à la créatrice du rôle. Il existe cependant une version originelle qui s’achève sans le grandiose « Era desso il figlio mio ». Je me suis longtemps demandé comment on pouvait terminer la soirée sans une cabalette aussi démonstrative, sans doute plus brillante qu’émouvante mais assez en phase avec le caractère orgueilleux et charismatique de la Borgia. Je me suis acheté la bande des débuts new-yorkais de Montserrat Caballé (la fameuse soirée où elle est devenue célèbre), où elle ne chante aucune cabalette solo (son enregistrement de studio inclut cette cabalette mais également celle qui suit l’air d’entrée). J’avoue que cette fin sans cabalette est plus efficace, plus poignante que l’autre ! La conclusion orchestrale est tout à fait inspirée et plus authentique dans les sentiments.
Joan Sutherland ne se serait jamais privée de cette dernière occasion de briller. En revanche, Nelly Miricioiu ne chantait pas la cabalette à Monte-Carlo. Je pense que les deux options sont valables, selon les moyens de la chanteuse. Renée Fleming avait reçu des huées et des insultes en plein milieu de sa cabalette lors de sa prise de rôle à la Scala, parce qu'elle avait osé ajouté des fioritures inédites (le public milanais a-t-il totalement oublié les usages en vigueur à l'époque de Donizetti depuis que Muti y avait imposé un "come scritto" sans grand fondement musicologique ?) et à mon avis absolument sensationnelles.

Quel est votre avis sur ces cabalettes finales facultatives ? Les avez-vous déjà entendues en salle ?

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Message par Peleo » 24 avr. 2007, 21:23

Pour ce qui est de la cabalette de Lucrezia elle peut avoir une fonction autre que décorative, si c'est Gencer qui la chante.
Quant à Elvira, je suis bien frustré quand elle ne la chante pas. Je ne dirais cependant pas qu'elle rassure quant à l'avenir de l'héroïne. cette malheureuse a l'air toujours sur le fil du rasoir... "Craquera, craquera pas". Ce pauvre Arturo se prépare des moments gratinés.

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Message par Peleo » 24 avr. 2007, 21:27

Au fait, oui j'ai entendu ces 2 cabalettes interprétés par Sutherland et Anderson. C'était épatant !!!

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Message par Orombello » 24 avr. 2007, 21:30

Tuano: pour des chanteuses exceptionnelles comme Joan Sutherland (CD), Mariella Devia (CD) et Edita Gruberova

Pour moi Gruberova n'est pas "chanteuse exeptionnelle"...

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Message par tuano » 24 avr. 2007, 21:57

Ne faisons pas dévier la discussion sur une chanteuse hautement controversée ! Pour poursuivre, prière d'aller là :
modules.php?name=Forums&file=viewtopic&t=3531
Peleo a écrit :Pour ce qui est de la cabalette de Lucrezia elle peut avoir une fonction autre que décorative, si c'est Gencer qui la chante.
Quant à Elvira, je suis bien frustré quand elle ne la chante pas. Je ne dirais cependant pas qu'elle rassure quant à l'avenir de l'héroïne. cette malheureuse a l'air toujours sur le fil du rasoir... "Craquera, craquera pas". Ce pauvre Arturo se prépare des moments gratinés.
Oui enfin, ce pauvre Arturo est quand même le principal responsable de la folie d'Elvira ! :D

Je pense que personne ne chante la cabalette de Lucrezia Borgia de manière uniquement décorative. Je crois que n'importe quelle chanteuse ne peut être que prise dans son personnage arrivée à ce stade de l'intrigue, surtout que toute la scène qui précède est très belle, poignante, très bien écrite. De manière générale, je trouve que c'est Donizetti qui a composé les rôles féminins les plus forts. Si j'étais soprano et que je ne pouvais chanter qu'un seul compositeur, je choisirais Donizetti ! D'ailleurs Lucrezia Borgia fait chavirer le public même sans cabalette. Il faut avoir entendu l'hystérie du public de Carnegie Hall en 1965. Les rares chanceux à avoir assisté à l'intégralité du concert ont du passer la plus belle soirée lyrique de leur vie !

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Message par Peleo » 25 avr. 2007, 07:06

Je connais l'enregistrement de Caballe en 65. Il assez évident que ce qui fait délirer le public ce sont les pianissimi de la dame. Ce pourrait être dans Cleopatra ou Mimi.
Quand j'entends la cabalette finale de Caballe, Sills, Devia, Sutherland ou Gencer; seule cette dernière me semble comprendre ce qu'elle chante.

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Message par Peleo » 25 avr. 2007, 09:14

Question :
Je crois que Malibran n'a jamais chanté la version des Puritani écrite pour elle mais dans le live avec Ricciarelli et Merritt qui est censé être la version Malibran a-t-on droit à la cabalette ? Il me semble qu'à cette époque la belle Katia avait déjà des sacrés soucis.
NB Je pense vraiment qu'Arturo n'y est pas pour grand chose et qu'il en faut peu à Elvira pour avoir une vision faussée de la réalité, comme preuve sa facilité à perdre la raison puis la retrouver pour la perdre à nouveau. Au moins les autres héroïnes de Donizetti ont un peu plus de constance; quand elles se mettent à délirer, c'est définitif.

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Re: Cabalettes finales facultatives : Puritani, Lucrezia Bor

Message par Batone » 25 avr. 2007, 09:17

tuano a écrit :Je ne connais pas d'opéra qui se termine par une cabalette d'un rôle masculin (même travesti).
Il y en a pourtant, notamment chez Donizetti : Lucia di Lammermoor se termine par le grand air d'Edgardo et Torquato Tasso par la grande scène, avec cabaletta du rôle titre (baryton). Et, même si ce n'est pas à proprement parler une cabaletta, l'Elixir d'Amour s'achève sur un air pour Dulcamara.
Ora tocca a me il sorbetto...

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Message par jean-didier » 25 avr. 2007, 14:25

il me semble que Il Crociato in Egitto se termine par une cabalette d'Armando (mezzo travesti). ça doit surement exister mais c'est vrai qu'il faut chercher.

La cabalette finale des Puritains est toujours chantée à Vienne (Gruberova, Bonfadelli, Loukianetz, Mosuc, ... l'ont toutes chantées). Par contre le metteur en scene a rajouté une touche personnelle - jugeant sans doute que le librettiste n'avait rien compris à ce qu'il avait écrit - en faisant assassiner Arturo par Riccardo juste avant la reprise de la cabalette.
Du coup Elvira est sensée être dégoûtée et elle reprend la cabalette mais au tempo d'une cavatine lente ...

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Re: Cabalettes finales facultatives : Puritani, Lucrezia Bor

Message par giuliagrisi » 25 avr. 2007, 17:19

[quote="tuano"] Renée Fleming avait reçu des huées et des insultes en plein milieu de sa cabalette lors de sa prise de rôle à la Scala, parce qu'elle avait osé ajouté des fioritures inédites (le public milanais a-t-il totalement oublié les usages en vigueur à l'époque de Donizetti depuis que Muti y avait imposé un "come scritto" sans grand fondement musicologique ?) et à mon avis absolument sensationnelles.
quote]

Cher Tuano,
rien d'excetionelle dans le chant de Madame Flemig en Lucrece Borgia a Milan!
Ou contraire, l'horreur du mal chant. Elle a crié la cabaletta entiere e sa fioritures inedites, pure example de mauvais gut.

Vigore nel canto? Pareva una gatto cui strappavano la coda!!!!!
Il loggione milanese ha reagito alle stonature ed ai continui miagolii di una diva presuntuosa. Nonostante Muti a Milano, ci ricordiamo ancora come si canta.

Credo, invece, che voi a Parigi abbiate dimenticato l'arte del canto: avete sopportato un Pirata veramente pessimo, pieno di urla, stonature, migolii, rantoli. Meritava ancora più fischi.

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