Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

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Piem67
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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par Piem67 » 27 mai 2020, 16:45

Très intéressante cette discussion.

Je me retrouve dans pas mal de vos propos : j'ai un mal fou à regarder un opéra en DVD ou VOD, ça me fait suer très rapidement, je m'ennuie alors qu'en salle, évidemment, c'est tout l'inverse...

Je pense qu'en live, il y a l'aspect social qui est très important aussi : on peut rencontrer des gens (connus ou non), discuter, partager... Devant son écran, on est tout seul (bon, certes, on peut être plusieurs...). Et puis l'ambiance, l'atmosphère d'une salle (stimmung comme disent les allemands), ça participe au truc. Ca me fait penser à la magistrale scène d'ouverture de "Senso" de Visconti, voilà, c'est ça l'opéra, cette excitation, cette attente, cette tension presque, ce partage, cette communion, ce plaisir...

Par contre, pour les CD, aucun problème, c'est mon oxygène, la platine tourne du matin au soir (quand je n'ai pas besoin de silence pour le boulot même si celui-ci concerne la musique) et je m'immerge sans problème dans la musique, qu'elle soit instrumentale, de chambre, vocale, gros machins comme un théorbe tout seul...

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HELENE ADAM
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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par HELENE ADAM » 27 mai 2020, 18:01

Piem67 a écrit :
27 mai 2020, 16:45
Très intéressante cette discussion.

Je me retrouve dans pas mal de vos propos : j'ai un mal fou à regarder un opéra en DVD ou VOD, ça me fait suer très rapidement, je m'ennuie alors qu'en salle, évidemment, c'est tout l'inverse...

Je pense qu'en live, il y a l'aspect social qui est très important aussi : on peut rencontrer des gens (connus ou non), discuter, partager... Devant son écran, on est tout seul (bon, certes, on peut être plusieurs...). Et puis l'ambiance, l'atmosphère d'une salle (stimmung comme disent les allemands), ça participe au truc. Ca me fait penser à la magistrale scène d'ouverture de "Senso" de Visconti, voilà, c'est ça l'opéra, cette excitation, cette attente, cette tension presque, ce partage, cette communion, ce plaisir...
Etant une spectatrice de "live" assidue (qui regarde en général très peu les retransmissions) , il va de soi que pour moi, l'excitation de la salle est un "must"dont je suis privée comme vous évidemment. Ma question concernait plutôt les moyens de substitution que quelques maisons d'opéra nous ont offert à l'occasion de cette longue fermeture de salles. Jamais les salles n'avaient été fermées si longtemps et jamais, nous n'avions un choix de retransmission aussi impressionnant et varié à portée de main. Il ne s'agit donc pas pour moi d'une situation "normale", situation où j'appartiens comme toi à ceux qui jurent plutôt par le live...Et je me suis prise au jeu du "presque" un opéra par soir (en compagnie par ailleurs :wink: ) et je pense que cette sorte de thérapie m'a aidée à surmonter les énormes déceptions des Walkure, Or du Rhin, Boris Godounov, Adriana Lecouvreur, ratés à Paris, quelques récitals, et l'intégralité de ce que j'avais réservé avec tant de mal (mais obtenu) au festival de Munich. J'avais même "plan" Bayreuth. Bref, avoir la possibilité sans aller rechercher des DVD ou des documents Youtube plus ou moins bons, de revoir autant des captations du MET et du Mariinsky, a été une vrai bonheur. Mais il est évident que dès que ce sera à nouveau possible, je courrai dans les salles de spectacle à nouveau :wink:
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par Loge Arythme » 27 mai 2020, 21:22

Un petit post (un postillon , par ces temps de corona) , pour vanter les mérites des retransmissions , qui ont finalement fait paraître court le temps de confinement . Plusieurs raisons à l'appui de ça :

- budgétaire : flirtant avec la catégorie hyperspectateur , le budget devient conséquent , ce qui me renvoie en général dans les hauteurs des salles .

- visuelle (conséquence de la première) : l'opéra est un spectacle total ; l'image en est une composante essentielle ; étant placé habituellement loin , les jeux d'acteurs difficiles à percevoir (à moins d'être collé aux jumelles) , et le son peut être déséquilibré ; la vidéo permet une proximité inégalable même si parfois excessive .

- phonique : le son des retransmissions est retravaillé , et souvent la balance est mieux assurée , les effets mieux perceptibles , qu'en salle .

- (mélo)maniaque : revoir les (œuvre) favorites , et découvrir celles qu'on n'a pas eues .

Pour la salle , je dirai qu'ayant été éduqué à coup de microsillons , l'écoute en salle qui me paraissait un luxe inatteignable (devenu accessible notamment grâce au mode de réservation électronique) a des saveurs inégalables (l'ambiance , l'impression « d'en faire partie » , l'attente de l'exploit vocal et musical …) ;
Pour la vidéo , je dirai à l'inverse que son et image sont aujourd'hui d'une qualité telle que la retransmission vidéo est devenue un médium aussi noble que la salle , au point d'en paraître parfois le substitut idéal (pas de grève , pas de voisin catarrheux) .

Enfin , de cette cure de vidéos , ressort à ce jour une huitaine gagnante (pour ne pas dire un « top-eight ») :
- catégorie re-vision : Prince Igor (MET) / Carmen (ONP) / Rienzi (Deutsche Oper Berlin) / Barbier de Séville (MET – ahhh Peter ! )
- catégorie découverte : Eugène Onéguine (Komische Oper) / Peter Grimes (MET) / Contes du Tsar Saltan (La Monnaie)

Pourvu que ça dure , non  8) ? ...

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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par srourours » 27 mai 2020, 21:28

Pourvu qu'on regagne le chemin des salles oui ! Mardi en télétravail pour moi pour les coachings de russe

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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par paco » 27 mai 2020, 22:15

Après, quand je dis que finalement je n'ai quasiment rien visionné pendant le confinement, je pense quand même que la saison y a été pour beaucoup. Le même confinement en novembre-décembre-janvier, quand les jours déclinent à 16h, quand il pleut et il fait froid, il est fort probable que j'aurais bien davantage squatté mon canapé avec un thé bien chaud et visionné des opéras et ballets en streaming...

J'ai également observé, me concernant, 2 phases : les deux premières semaines, en mars, où j'ai pas mal visionné les Instagram des divers artistes qui jouaient en direct, ainsi que par exemple les Youtube quotidiens de la Comédie Française ou les dimanche de Deutsche Gramophon, puis je m'en suis lassé et j'ai arrêté (ceci dit les artistes aussi ont progressivement arrêté). Mais là encore je ne sais pas si ce fut de ma part de la lassitude ou simplement le beau temps qui m'appelait dehors. Peut-être qu'en hiver j'aurais continué à visionner ...

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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par JdeB » 28 mai 2020, 07:45

moi j'ai découvert l'opéra à la télévision à l'age de 11 ans et j'ai eu la chance d'aller en salle dès mes 12 ans
j'ai donné tous les détails ici
https://odb-opera.com/viewtopic.php?f=16&t=20761

Depuis 1984, c'est la première fois que je reste aussi longtemps sans aller en salle ! Je fais les festivals depuis 32 ans

je n'ai jamais aimé la radio (je suis un enfant de la télé) mais j'ai écouté beaucoup de disques dans les trains, assez peu à la maison.

Je suis donc un adepte de l'opéra en salle et, en matière d’enregistrements, de ceux captés sur le vif.

je n'ai jamais vu une retransmission dans un cinéma de ma vie.

J'ai acheté beaucoup de 33t et CD à vil prix pour mes vieux jours

je crois surtout qu'en salle on peut choisir son point de vue, se focaliser sur ce qui nous chante dans la mise en scène/production alors qu'en retransmission, c'est le réalisateur qui nous impose sa vision, son angle de vue
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par enrico75 » 28 mai 2020, 08:42

Des malversations sur les antennes relais locales m'ont malheureusement privé de réseau pendant plus d'un mois.
Bonne occasion pour me replonger dans ma CDVideothèque pléthorique constituée durant les années ou je ne fréquentais pas les salles de spectacles,car actuellement je n'achètent que des DVD des spectacles auxquelles j'ai assisté(si elles existent).
je trouve que c'est un bon complément surtout en terme de mise en scène ou l'on est quelquefois pas forcement bien placé pour en gouter toutes les subtilités.
Par contre ,pour les voix,on est parfois surpris du résultat:des petites voix deviennent énormes,d'immenses voix sonnent mal ,conséquence de la compression sonore liée à la captation et malgré une nette amélioration depuis les prises de son digitales.
En outre, la moindre" paille "des voix a tendance à ressortir de façon criante(effet zoom comme on dit) bien que souvent les captations sont faites sur plusieurs soirées.
Il y a aussi bien sur toute la musique qui m'accompagne tout au long de la journée type mp3 en particulier à l’extérieur ,en géneral le piano car c'est l'instrument que je pratique.

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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par micaela » 29 mai 2020, 21:03

J'avait complètement zappé ce fil, la principale raison étan que j'ai loupé pas de choses, pour cause de panne d'ordinateur (un mois sans, la machine ayant eu la bonne idée de tomber en panne pendant le confinement).
Une petite remarque sur le gala du Mariinsky (pour le reste je suis d'accord) : le final collectif se fait sur un air de Iolanta (interprété par Markov),y birthda avec tous les participants sur scène. Avant un Happy Birthday à l'attention de Gergiev qui fêtait ce jour-là ses 60 ans. Le Don Giovanni était un La ci darem la mano assez farfelu, où Zerline (Netrebko) se retrouvait courtisée par plusieurs Don Giovanni .
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par NiklausVogel » 05 juin 2020, 23:37

Quelques remarques sur les 58 spectacles vus depuis le début de mon confinement à moi, le 5 mars (je n'ai pas attendu M. Veran, et j'essaie maintenant de faire durer le plaisir, mais cela commence à devenir un combat d'arrière-garde). Pas de voisins qui toussent, sifflent du nez, puent, mangent, boivent, papotent, lisent, textotent, bougeotent ou dépiautent. La supériorité écrasante de l'art en boite sur l'art vivant. L'idéal pour un misanthrope. Et comme personne ne me téléphone jamais, je ne suis pas dérangé. Bien sûr, le confinement est une ineptie politique, économique et sociale, et peut-être même sanitaire. Mais j'ai adoré. Je complèterai ce message avec les spectacles vus jusqu'au 1er juillet.


Violanta : Teatro Regio de Turin. J'ai déjà évoqué ce spectacle dans un message du 9 mars. Mais comme cela fait partie de la série, je répèterai : "Norman Reinhardt est excellent. En revanche, j'ai beaucoup de mal avec le chant d'Annemarie Kremer. Les graves sont grognés. Le medium est totalement explosé, il n'y a aucune ligne vocale, et de notes, à peine. Seul surnage un aigu assez séduisant (et le fait que, comme disait Boby, davantage d'avantages avantagent davantage). Les choses s'arrangent un peu à la fin, dans le duo avec le ténor, où elle fait un petit effort pour être à la hauteur et tenir la mélodie. La prestation de Michael Kupfer-Radecky s'apparente aussi plus au Sprechgesang cartonneux qu'au chant. C'est vraiment dommage, car la musique est magnifique et Steinberg connait son métier. On trouve difficilement des réussites de cet ordre et de ce niveau de complexité chez des compositeurs de 17 ans."

Manon : ONP, Paris. A part Werther, Massenet m'empoisonne au plus haut point et j'ai donc peu d'éléments de comparaison. Contrairement à d'autres, j'ai trouvé la mise en scène assez vivante (sauf que la dernière scène, avec l'exécution de Manon, avec peloton et tout le toutim, est grotesque, cela me rappelle Tcherniakov gâchant ses Dialogues avec son histoire de suicide au gaz...). Bernheim magnifique. La scène de Saint-Sulpice en devient le sommet de l'oeuvre. Yende acceptable. Une bien petite voix quand même.

Le conte du tsar Saltane : La Monnaie, Bruxelles. Le premier acte est une vraie purge avec ses choeurs populaires répétitifs. Et ensuite, c'est magique. Un délice pour les yeux et les oreilles. Tcherniakov à son meilleur.

Lucio Silla : La Monnaie, Bruxelles. Mise en scène moderne qui fonctionne très bien (une maison de verre au milieu d'un sombre jardin plein de menaces), avec quand même une réserve sur la fin, quand tout cela se transforme en histoire de vampires. C'est du Kratzer, quoi. Ruiten, et surtout Bonitatibus, excellentes.

Tristan et Isolde : Metropolitan Opera, NY. Production pas terrible vue en salle à Baden (petit compte rendu quelque part ici). On y gagne un peu avec les gros plans. Stemme et Skelton vocalement solides, comme toujours. Cela ne croule pas sous l'émotion, quand même. Et Rattle n'arrange rien. Comme disait l'autre, " I am not rattled by Rattle "...

Le Ring : Metropolitan Opera, NY. Très impressionné par les multiples transformations de la machine de Lepage et leur efficacité dramatique. On ne perd rien, bien au contraire, au passage de témoin, au milieu du gué, entre Levine et Luisi. Kaufmann, Westbroek, Blythe, Owens parfaits. Terfel est (presque) toujours bien, mais cela fonctionne plus sur le professionnalisme et l'intelligence du texte et de la conduite vocale que sur la projection exigée à mon sens par le rôle. Voigt très bizarre dans la Walkyrie, avec un allemand de Wheeling, Illinois et une ligne vocale curieuse. Et puis, de manière surprenante, cela s'arrange. Pas encore suffisamment dans Siegfried, mais il n'y a vraiment rien à dire contre sa Brünnhilde du Crépuscule. König (Hunding et Hagen) a une voix magnifique, mais il ne fait vraiment pas peur. Jay Hunter Morris, enfin. Là aussi, la projection est très étrange. On a l'impression qu'il travaille à sortir chaque note les unes après les autres. Reste que le timbre est beau et qu'il a le physique de l'emploi. C'est suffisamment rare pour être apprécié. Et puis le Ring, pour moi, c'est tous les jours.

The Turn of the Screw : Opera North. Vocalement, c'est parfait et l'oeuvre est toujours aussi addictive. Le reste (direction, production) est un peu provincial.

Dialogues des Carmélites : Metropolitan Opera, NY. Mes Dialogues préférés depuis Marthe Keller. Py ridiculisé. Mise en scène au poil. Léonard (comme toujours) et Morley (comme encore plus que toujours) magnifiques. Mattila méconnaissable mais efficace. J'ai entendu des Mmes Lidoine (Pieczonska) plus lyriques et plus idiomatiques mais bon, rien de déshonorant.

Le Barbier de Séville : Metropolitan Opera, NY. Jubilatoire comme on disait dans Télérama à l'époque où je lisais Télérama. Mattei et DiDonato au top. Et Flórez au top du top. Le plus grand Almaviva de l'histoire moderne.

Nixon in China : Metropolitan Opera, NY. Grand effet de nostalgie en souvenir de notre folle jeunesse à la MC 93. L'adaptation de la mise en scène de Sellars à la scène du Met est brillante. Maddalena a un peu morflé vocalement, toutefois. Et on s'embête toujours au troisième acte. Sinon, on vibre autant qu'autrefois à la scène d'entrée, à la visite chez Mao, et à "I am the wife of Mao Tse Tung" !

Roberto Devereux : Metropolitan Opera, NY. Bof. Je veux bien admettre que Radvanovsky fasse de l'effet live, mais là on entend surtout les grincements. Et puis, on a compris qu'Elizabeth Ière, c'est pas Monica Bellucci, mais là elle est vraiment très moche et c'est très pénible en gros plan. Polenzani sans intérêt comme presque toujours. Que cette voix est laide... et ces aigus étranglés... (j'avais aimé son David, mais le bel canto, c'est pas son rayon). Si tout dépendait de la duchesse, Garanča justifierait l'entreprise à elle toute seule, malheureusement, tout ne dépend pas de la duchesse. Mise en scène plan-plan de McVicar qui ne sauve pas le long tunnel du deuxième acte avant la scène finale.

Halka : Poznàn Opera. Découverte de l'oeuvre. On se dit qu'Halka à Poznàn, c'est comme Jenufa à Brno (il y en avait une super Jenufa de Brno, fut un temps, sur Operavision ) ou la messe à Saint- Pierre de Rome. Sauf que c'est nul sur le plan dramatique (le fiancé de Halka veut se marier avec une autre, il veut encore, et il veut toujours) et que la mise en scène est d'une laideur absolue. De jolis moments de musique, toutefois. Rôle principal (Monika Mych-Nowicka) assez quelconque. Magnifique ténor (Piotr Friebe).

Barbe-Bleue : Opéra de Lyon. La pochade est grotesque et Yann Beuron mérite toutes les horreurs qu'on a pu dire sur son compte dans cette production. On a l'impression qu'il est cuit. Carbonisé. Si c'est provisoire, tant mieux. Les autres sont bien. On s'amuse de temps en temps.

Aida : Metropolitan Opera, NY. Un coup de bol pour Yann Beuron, qui ne décrochera pas la palme du ténor le plus calamiteux du confinement. And the winner is... Alexandrs Antonenko. C'est indigne. Inqualifiable. Ça n'a pas de nom. Quel gâchis, on avait avec lui les deux plus belles voix du monde. Netrebko sublime dès qu'elle ouvre la bouche, timbre, souffle, intensité. Rashvelishvili kolossale.

Roméo et Juliette : Metropolitan Opera, NY. Autant le dire toute de suite, Damrau est une de mes détestations personnelles (un peu moins que Fleming, mais à peine). Elle chante mal comme d'habitude et le timbre de Grigolo est franchement ingrat là-dedans. Chaque seconde nous fait regretter le Roberto de la grande époque. Mise en scène académique sans intérêt. Dommage pour une si belle oeuvre.

Guillaume Tell : Festival de Pesaro. L'oeuvre est encore et toujours juste pas possible. Un premier acte interminable de remplissage (moins le duo Tell/Arnold), un troisième acte rendu indigeste par l'accumulation de petites danses de bastringue, et une fin inconsistante. Sauvés du naufrage par un Flórez impérial, une Rebeka magnifique (après la Norma de Toulouse, décidément) et un Alaimo tout à fait honnête. Mais trois heures d'ennui pour une heure, une heure et quart de bonne musique, c'est très cher payé...

La Femme sans ombre : Bayerische Staatsoper. L'oeuvre résiste à tout, même au pire, et on est loin du pire. Bon, moi, Warlikowski c'est pas trop mon truc. Soit cela m'est assez indifférent (Lady Macbeth de Mzensk), soit je n'y comprends rien et cela ne me donne pas l'envie de comprendre (Parsifal, L'affaire Makropoulos). Là, on serait plutôt dans la première catégorie. C'est une mise en scène, quoi. Et la distribution est assez inégale, Pankratova tout à fait insuffisante, surtout au II, Polaski bien fatiguée, Botha et Pieczonska corrects mais parfois à la peine, Koch excellent as usual. Tout cela ferait couler n'importe quelle oeuvre. Pas celle-là. Il suffit de la musique de Strauss et d'un Petrenko pour la diriger, et c'est un plaisir qui dure trois heures.

Macbeth : Metropolitan Opera, NY. Le passé nous avait légué une seule vraie Lady Macbeth, Shirley Verrett (j'aime bien Mödl en teuton, mais c'est mon mauvais goût à moi...). Plus de trois décennies après, Netrebko relève le défi comme on ne pouvait pas imaginer que cela fût possible. Une puissance, une beauté de timbre, une incarnation. Et dire qu'il y a des gens qui critiquent... des chanteuses qui chantent faux comme ça, j'en prends tous les jours. Lučić est assez mauvais, comme à son habitude, sauf dans Pieta, rispetto... où il se met, curieusement, à bien chanter, allez savoir pourquoi il n'a pas commencé avant. Mise en scène typique du Met. Bon, on s'en fout un peut, on écoute Anna. Mais je ne suis toujours pas réconcilié avec le troisième acte, qui m'ennuie terriblement. Ces rois qui défilent, quelle plaie...

Madame Butterfly : Metropolitan Opera, NY. OK, c'est l'opéra le plus triste de l'histoire du genre. Et Patricia Racette y est sublime d'émotion. La mise en scène (Minghella) est magnifique d'équilibre. On est dans la japonaiserie, mais pile ce qu'il faut entre le dépouillement soporifique et ampoulé à la Bob Wilson (je déteste Bob Wilson, sauf dans Frosch, mais c'est à cause de Frosch -voir plus haut- pas de Wilson) et les Zeffirelleries. Quelles belles couleurs ! Ce rouge ! Bref, la synthèse parfaite du réaliste et du stylisé. Dommage qu'il faille s'appuyer Giordani. Mais bon, il y a eu pire, et dès la fin du premier acte, on sait que c'est Racette qui occupe la scène. Une très grande interprétation. J'ai lu ici ou là des horreurs sur Summers. Ce n'est pas Karajan, bien sûr, mais c'est efficace sur le plan dramatique.

Adrienne Lecouvreur : Metropolitan Opera, NY. Netrebko, encore et encore. Là aussi, une grande incarnation du personnage. Et dans une forme vocale éblouissante. Rashvelishvili, hénaurme comme toujours. Et un Michonnet plus tragique que d'habitude (Maestri). Bon, je ne suis pas un fan de Beczała. J'admets le sérieux, le professionnalisme... mais je n'aime pas le timbre, je n'y peux rien et lui non plus. Disons que là, ça va à peu près. Mise en scène vivante de McVicar vue live à Londres avec JK, et revue avec plaisir.

Le Chevalier à la Rose : Metropolitan Opera, NY. On va commencer par ce qui fâche. Je hais Renée Fleming. Dans tout. Partout. A n'importe quel moment. Ce timbre sucraillé écoeurant. Cette articulation qui n'en est pas une. Ce souffle insuffisant. Cette ligne vocale inexistante. Elle est moche, elle a le regard bovin, elle minaude. Et là, elle est à bout de course et nous sort une succession de sons improbables qui ne dépareraient pas dans une ménagerie. Alors l'émotion des adieux de la Maréchale, c'est pas pour moi. Face à ça, deux chanteuses sublimes. Garanča (vue live à Vienne et à Paris) est une des plus grandes Oktavian de tous les temps et Morley une des plus charmantes Sophie. Et elles chantent, et jouent, merveilleusement. Excellent Groissböck. J'avoue que j'étais réservé au premier acte, où il a un peu de mal à maitriser ces passages rapides que seul un Kurt Moll parvient à faire chanter vraiment. Mais il est vraiment parfait au II et au III. Super mise en scène de Carsen. Avec des chaises, des fauteuils et des banquettes, bien sûr, mais très bien quand même.

Elektra : Metropolitan Opera, NY. C'est bien. Très bien. Parfait (Stemme, Pieczonska, Meier, Salonen et Chéreau). Mais on ne peut s'empêcher de constater que Nina Stemme n'est pas la plus grande actrice de tous les temps, et que son expression faciale porte un peu atteinte à l'émotion. Sans les moyens de Stemme, Theorin et Herlitzius, quand elles sont (étaient) en forme, diffusent plus de présence dramatique.

Parsifal : Teatro Massimo, Palerme. J'ai le DVD de la production du met, alors je me suis dit, Palerme c'est une bonne idée pour Parsifal, même si la salle de réunion du Grand Hôtel et des Palmes où le maitre a terminé l'oeuvre est à peu près aussi peu évocatrice de ces temps héroïques que ne l'était la chambre de Proust à la banque Varin-Bernier. Bon, la mise en scène est plutôt cheap, mais pas de mauvaise qualité, si on supporte l'hémoglobine. Evidemment, il y a la fin.... Parsifal constate qu'il n'y a plus de Graal, s'assoit sur le cercueil de Titurel, et, avec Kundry, commence à s'occuper des migrants dont l'apparition a été la concrétisation scénique de l'enchantement du vendredi saint. Tout dépend alors de savoir si vous êtes plutôt Cedric Herrou ou plutôt Renaud Camus. Direction rapide et articulée d'Omer Meir Wellber. Relyea et Tomasson excellents. Hunold chante Kundry sans grogner ni hurler, ce qui est très, très agréable. Dommage qu'elle soit si popote physiquement.

Cenerentola : Metropolitan Opera, NY. On ne change pas une équipe qui gagne. DiDonato et Flórez renouvellent, cette fois avec Spagnoli, et avec brio (zeugma), la performance du Barbier. Une cabalette de Ramiro comme on ne l'a jamais entendue. Jamais.

Anna Bolena : Metropolitan Opera, NY. Une des plus grandes réussites de la série. Netrebko au-delà du sublime. Gubanova fait face magnifiquement et incarne finalement mieux que Garanča (toujours inégalée vocalement, mais trop impérieuse) à Vienne les états d'âme et les hésitations du personnage de Seymour. Costello a la grande qualité de nous débarrasser de Polenzani. McVicar a déjà été plus inventif, c'est moins bien qu'Adrienne, mais bien mieux que Devereux. Et la scène finale...waow... Je constate que Bolena semble échapper au Regietheater. Pourtant, on pourrait imaginer la reine déguisée en BHL, s'exclamer, au milieu du duo avec sa suivante : "Tu, tu, Zemmour, il mio rival !"

Maria Stuarda : Metropolitan Opera, NY. Après Bolena, le niveau s'effondre. J'adore DiDonato, mais le rôle ne lui convient pas du tout. Quelle idée de chanter ça (c'est comme cette idée saugrenue de chanter Semiramis...) ! Et l'erreur de casting continue avec Van den Heever. On peut être une magnifique impératrice et ne pas maitriser la ligne vocale de Donizetti. La preuve. Quelle drôle d'idée en plus de faire boiter Elizabeth, surtout quand la chanteuse ne sait pas boiter de manière crédible. Et l'inénarrable Polenzani est de retour... Passons.

Les Troyens : Wiener Staatsoper. De quoi se réconcilier avec Joyce, magnifique Didon, et McVicar, qui nous évite les prises de tête dans les asiles de fous (même si c'est amusant parfois). Malgré le déclin vocal, Antonacci est Cassandre pour l'éternité. On rigole bien en se rappelant Stéphanie d'Oustrac. Toujours pas convaincu par Jovanovic dans le rôle d'Enée, qui n'est pourtant pas très long, et où il arrive toujours à la fin égosillé et détimbré.

Die Meistersinger von Nürnberg : Bayreuther Festspiele. La mise en scène de Katharina Wagner a de bons moments (le premier acte, assez décoiffant, avec Walther en sauvageon tagueur), de moyens moments (le deuxième acte où les protagonistes se répartissent à une terrasse de bistrot, ce qui ne colle pas vraiment avec le déroulement théorique de l'action) et de mauvais moments (la composition du chant de concours transformée en je n'ai pas compris quoi et la transition entre les deux tableaux du troisième acte, atrocité que je préfère oublier). Vogt, Volle et Kaune sont très bien. Reste Hawlata. Bon, il y a pire. Le timbre n'est pas laid. L'incarnation crédible. Mais il a quand même une drôle de manière de passer d'une note à une autre. Je ne savais pas que chanter, c'était ça.

Les Noces de Figaro : Metropolitan Opera, NY. Fleming dans les années 90, c'était un petit peu moins pire que les grognements des années 2010. C'est supportable sans plus. Mais on est loin du cantabile des grandes comtesses... Tous les autres (Terfel, Bartoli, Croft, Mentzer) sont époustouflants. Mise en scène qualité Met, plutôt dans la catégorie où ça marche.

Eugene Onéguine : Komische Oper Berlin. Délicieuse mise en scène champêtre et jardinière de Barrie Kosky. Une direction d'acteurs au petit poil, surtout dans les scènes de foule. Et une Tatiana étonnnament juvénile pour une chanteuse de 35 ans et des brouettes, et émouvante comme rarement : Asmik Grigorian. Les autres sont juste suffisants, mais ne déparent pas.

Ariadne auf Naxos : Wiener Staatsoper. La mise en scène de Bechtolf et des Glittenberg n'est pas inoubliable, pour le moins, mais elle fonctionne à peu près, selon un peu les mêmes principes dans la deuxième partie que celle de Katie Mitchell (on voit les spectateurs de l'opéra) et au moins, on n'a pas une grande table qui encombre au milieu, ni d'accessoires incompréhensibles. Koch pareille à elle-même, Isokoski sublime en deuxième partie (ah, ce timbre... quelque part entre Grümmer et Janowitz), juste avant le déclin vocal qu'on a pu constater à Paris au TCE dans la Maréchale, mais quel dommage qu'elle soit si moche... Fally piquante et efficace, et Botha s'en sort, là où il est si facile de ne pas s'en sortir. Thielemann fait son velouté habituel et soigne voluptueusement l'étagement des plans sonores.

Don Pasquale : Wiener Staatsoper. La mise en scène elle-même pose un petit problème, car franchement on ne voit pas bien l'intérêt de cette transposition dans le monde de la prohibition des années 20, avec Don Pasquale en parrain mafieux et sa maison en bistrot clandestin. La direction d'acteurs très soignée fait heureusement oublier cet exercice inutile, le concept n'est d'ailleurs pas suivi jusqu'au bout. Pertusi est dans ses bons jours, Plachetka, qui avait fait un Chorèbe palôt, nous sort un Malatesta endiablé, et Naforniță brûle les planches. Cela pétarade à chaque instant. La cerise, ou plutôt la perle sur le gâteau, c'est Flórez. Un com'é gentil pour l'éternité, et le public ne s'y trompe pas. Bon, je sais que Pido n'a pas beaucoup d'admirateurs, mais cela fonctionne quand même pas mal.

Ariadne auf Naxos : Metropolitan Opera, NY. Quel contraste avec celui de Vienne ! Là où Thielemann jouait le velours et la polyphonie, Levine joue la dynamique. Et il a les monstres sacrés. Isokoski et Koch, c'était la subtilité de l'émission vocale. Là, cela balance du lourd (Norman, Troyanos) et cela marche aussi. De manière surprenante, c'est Battle qui est un peu en retrait. Et entendre King, même vieillissant, reste un plaisir. Mise en scène oubliable. Norman effondrée sur son rocher en carton-pâte, cela frôle quand même le ridicule.

Peter Grimes : Metropolitan Opera, NY. Un des plus grands opéras du XXème siècle, magnifiquement servi : Griffey, Racette, Michaels-Moore. Mise en scène vivante et soignée dans les détails (éléments de décor, costumes, accessoires). Tout au plus peut-on regretter le caractère statique du dispositif qui projette tout en avant au prix de certaines invraisemblances scéniques.

Lucia di Lamermoor : Metropolitan Opera, NY. Sutherland dans Lucia, on peut pas mégoter. On aimerait, remarquez. Les graves ne sont plus ce qu'ils étaient, la ligne vocale (beaucoup) moins souple que 15 ans auparavant, et elle a vraiment une gueule pas possible. Mais on ne mégotera pas parce que ce qui reste est encore supérieur à ce qu'ont pu faire toutes les autres. La voix de Kraus, elle, a à peine bougé, et il est toujours aussi agréable à écouter. Physiquement, il est à peine plus crédible qu'elle, on dira que c'est la loi du genre. La mise en scène est sans intérêt, mais avec Sutherland et Kraus, on n'attend pas Tcherniakov.

Pas pu regarder jusqu'au bout le Don Giovanni du Met, malgré Bacquier, Morris, Brecknock, et Varady. Sutherland est une Donna Anna physiquement impossible, et Tourangeau totally out of place. La direction de Bonynge est sans intérêt. Et cette mise en scène... on regrette les zombies de Kusej et les arrêts de bus de Guth... Pas pu regarder non plus jusqu'au bout l'horreur (dans le genre inverse, comme quoi c'est pas une question d'époque ou de style) concoctée par Wieler et Morabito pour les Huguenots à Genève. Osborn est d'ailleurs plutôt moins bon que d'habitude, Durlovski vulgaire, même si ce n'est pas de sa faute. Et puis c'est un peu le syndrome Guillaume Tell (voir plus haut)... Echec aussi avec le Werther de Bologne. J'avais très envie de voir Florez et Leonard, mais la réalisation a été faite par des sagouins. On n'entend et on ne voit que comme du fond d'un tunnel...

La Dame de pique : Théâtre Stanislavsky, Moscou. Bonne production avec un excellent Herman (Mavlyanov) qui a la tête de l'emploi, et une Lisa (Guseva) qui a vraiment du chien. Une comtesse de luxe (Elena Zaremba). Jeu d'acteur très soigné dans un décor unique à colonnes qui se déstructure ou se restructure au fur et à mesure, sur des fonds bleutés. Bonne idée de faire chanter la pastorale par Lisa, Pauline et Tomsky.

Lohengrin : Metropolitan Opera, NY. Craquer dans Don Giovanni, et aller au bout de ça, c'est illogique, admettons-le. Mise en scène dreary... Hofmann à bout de course, qui gère son émission avec prudence, pour arriver au bout, sagement comme il faut... En plus, il a la tête des mecs qui ont l'air d'avoir 50 ans et qui jouent des lycéens dans Derrick. Rysanek, au-delà du bout de course, nous envoie de glorieux aigus pas reliés entre eux et d'ailleurs pas reliés avec quoi que ce soit d'autre. Seule Marton, qui n'a pas la voix du rôle, mais alors pas du tout, et qui nous a imposé ensuite pendant des décennies un désastre vocal croissant, est encore fraiche, et cela permet de comprendre enfin pourquoi elle a choisi ce métier. Les chevelures de Lohengrin et d'Elsa reflètent l'époque où les cuisines étaient tapissées avec du papier peint à grosses fleurs oranges.

Le Coq d'or : La Monnaie, Bruxelles. Oeuvre étrange, à tous points de vue. C'est une histoire pour Russes. Et de la musique pour Russes. Alors l'occidental de base est un peu perdu, et se laisse conduire par Laurent Pelly, avec plaisir, sans trop comprendre ce qu'il voit ni ce qu'il entend. Cela chante bien. C'est bien dirigé par Altinoglu. Sympa. Mais comme disait Marie-Pierre Casey, je ne ferais pas ça tous les jours.

Cosi fan tutte : Festival de Salzbourg. Guth a de la chance avec Mozart, après des Noces ibseniennes passionnantes, et un Don Giovanni forestier efficace, voici un Cosi très modernisé, mais admirablement mené, et pour une fois pas spécialement dénaturé. 3 nénettes en pleine forme, et émouvantes en même temps, Persson (un peu plus de graves ne feraient pas de mal), Leonard (parfaite comme d'habitude) et Petibon (Despina déchainée), laissent un peu dans l'ombre les hommes, qui ne s'en sortent pas trop mal, malgré la difficulté qui procède du choix de ne pas déguiser Ferrando ni Guglielmo, sous la direction très articulée à la mise en scène (accélerations, ralentissements) d'Adam Fischer.

Salomé : Wiener Staatsoper. C'est bien, c'est pas une piscine, ni une yeshivah, ni une boutique de fringues, c'est le palais d'Hérode, dans un kitsch art-déco de bon aloi. Lise Lindstrom n'a pas un timbre particulièrement original, mais sa voix est claire et puissante sur toute la tessiture, même s'il y a quelques aigus un peu stridents. Toute la partition est balancée sans la moindre difficulté, mais c'est pas venéneux pour deux sous et elle chante la scène finale comme l'immolation de Brünnhilde... Bref, on n'y croit pas une seconde. Lindstrom ne ressemble pas à Salomé, son expression faciale n'est pas celle de Salomé, ses gestes non plus, on dirait une bourgeoise un peu agitée dans sa cuisine, et on l'a affublée d'une robe qui ressemble à la chemise de nuit de ma grand-mère. Alors on reste un peu sur sa faim. C'est vraiment dommage. D'autant que Michael Volle est spectaculaire comme d'habitude, et qu'Herwig Pecoraro est parfait, comme tous les Hérode (vous avez déjà entendu un mauvais Hérode, vous ?).

Arabella : Wiener Staatsoper. Vocalement, c'est de haut niveau. Nylund était encore très en forme en 2017. Les aigus sont solaires, et le medium percutant. Le timbre manque toutefois un peu de charme, mais elle n'y peut pas grand chose. Skovhus est un Mandryka solide, qui va jusqu'au bout avec une grande régularité, mais son émission est, comme d'habitude, un peu curieuse, ce qui l'amène à forcer en permanence pour tenter de passer l'orchestre, sans toujours y arriver d'ailleurs. On a l'impression que chanter le fait souffrir atrocement, ce qui affecte un peu la crédibilité du jeu. Excellente Zdenka de Chen Reiss, puissant Matteo de Lippert, qui a l'air d'être le grand-père de Zdenka, même quand il enlève sa robe de chambre. Si on reste, là aussi, un peu sur sa faim, c'est à cause de Bechtolf et des Glittenberg, qui nous livrent une mise en scène marronnasse, un peu raide, peu propice à l'émotion. L'hôtel Metropole, où loge la famille Waldner, a été le siège de la Gestapo à partir de 1938, et Dominik a une petite moustache brune carrée sous le nez, ce qui, dans une mise en scène viennoise, ne peut manquer d'être signifiant. Mais pourquoi une telle signification, mystère et ratafia. Direction professionnelle, un peu épaisse, de Peter Schneider.

La Femme sans Ombre : Wiener Staatsoper. C'est la deuxième de la série et scéniquement et vocalement, la supériorité de cette représentation est écrasante. La mise en scène de Vincent Huguet est un délice pour les yeux. Le pavillon de l'empereur est un pavillon, la teinturerie une teinturerie, la barque du troisième acte une barque, qui nous amène à un décor magnifique qui n'est pas sans rappeler le rocher de Chereau et de Peduzzi, et l'île des morts dont ils se sont inspirés. Les lumières, les couleurs sont splendides et tout est perpétuellement signifiant d'emblée, loin des concepto-merdouillis inintelligibles de Warlikowski, jusqu'à l'étreinte de Barak et de l'Impératrice, qui s'impose comme une évidence. Stemme est au-delà de toute évidence. Un deuxième acte d'anthologie. Inoui depuis Nilsson. Schager est (au moins au deux premiers actes, il peine un peu au troisième) extraordinaire de timbre, de puissance et de facilité. Nylund retrouve en ce mois d'octobre 2019 la splendeur vocale qu'elle semblait avoir perdu quand elle chantait Ariane à Paris et je l'ai trouvée plus expressive et plus engagée que Pieczonska. Fujimura n'est plus ce qu'elle était dans ses Brangäne et ses Fricka d'il y a 15 ans. Le timbre s'est voilé et la ligne mélodique est moyennement tenue. Mais au moins, il y en a une, alors que chez Polaski, il n'y en avait plus du tout. Je m'attendais à pester contre Konieczny, que je n'aime pas beaucoup en général. Et bien pas du tout. La voix est moins belle que celle de Koch (scéniquement le personnage est plus viril et c'est bien, il ne faut pas qu'il soit trop mou, Barak), mais elle sonne généreusement, il chante sans grogner, et son "Mir anvertraut" est lyrique et émouvant. Alors bien sûr, Thielemann est moins élégant que Petrenko, il dirige vautré en arrière le bide en avant et la baguette qui remue vers le bas. Je ne sais pas si c'est du gros son ou pas, mais au moins jusqu'à la scène finale, où tout le monde joue à essayer de faire le plus de boucan possible, j'ai entendu, et le contraste avec Peter Schneider est cruel pour ce dernier, un magnifique écrin pour les voix, et un son d'une beauté exceptionnelle. Petrenko m'a intéressé de bout en bout, mais Strauss, pour moi, c'est Thielemann. L'oeuvre est d'une grande actualité. A la fin, l'empereur est déconfiné devant nos yeux, Barak et sa femme se retrouvent après la levée de la limite des 100 kms et tout ça c'est grâce à l'Impératrice qui a su résister à l'abominable tentation populiste et a refusé de prendre de la chloroquine.

Elektra : Wiener Staatsoper. Elektra sublime d'intensité. La direction de Mikko Franck, d'abord, lente, âpre, en pleine pâte, avec des textures sonores très resserrées et un grand soin du détail nous introduit d'emblée dans cette sauvage danse de mort. La mise en scène (on n'est pas chez Warlikowski, les ascenseurs ne sont pas là pour le plaisir de mettre des ascenseurs, ils ont une réelle fonction dramatique) est en parfaite harmonie, avec ses tons obscurs, ses raideurs, ses chiens, ses cadavres et ses traces sanglantes, et convient à mon sens bien mieux au style physique de Stemme que les subtilités de Chéreau. Vocalement Stemme est ahurissante de projection et d'articulation. Je ne comprends pas trop ce qu'on a pu reprocher à Gun-Brit Barkmin. Le timbre n'est pas exceptionnel, et le chant est moins propre que celui de Stemme, mais on est loin de la miévrerie et des geignardises des Chrysothemis habituelles. Celle-ci est bien hystérique, bien frappée, bien terrifiée aussi, et entre sa robe de mariée et sa grossesse nerveuse, elle contribue à nous convaincre que tout compte fait, l'obsession meurtrière de sa soeur est sans doute la solution la plus raisonnable. Et ne pas être écrasée par Stemme dans leurs trois confrontations, faut quand même le faire. J'étais assez content, pour le plaisir de changer, de voir une autre Klytemnestre que Waltraud Meier, et avec Anna Larsson et ses graves somptueux, je n'ai pas été déçu. Une grande soirée.

Tosca : Metropolitan Opera, NY. Que dire, à part que le moule est cassé, que Pavarotti renvoie tous les Giordani, Calleja, Beczala et autres Meli (et même Kaufmann...) dans les abimes de l'insignifiance, que Verrett est sublime de timbre et de projection, que Cornell MacNeil, au meilleur de sa forme, n'a que l'inconvénient de nous faire penser à Tito Gobbi sans être Tito Gobbi, et que l'on se sent ridicule à avoir, autrefois, snobé Conlon à Paris, maintenant que nous avons Philippe Jordan. Peut-être qu'après l'intensité des deux premiers actes, on sent, comme souvent, le soufflé retomber un peu au troisième... mais quel plaisir de les voir tous rentrer (sacristain, Angelotti et Spoletta compris) dans leurs notes sans mégoter et sans maniériser... Bon, la mise en scène est des plus classiques mais c'est finement mené.

Andrea Chénier : Wiener Staatsoper. Giordano (Che brutta musica !) juste après Puccini, Chénier (un texte qui réussit à être en même temps plat et grandiloquent et un ratage total sur le plan dramatique) juste après Tosca, Kaufmann (malgré toutes ses nombreuses qualités, on souffre avec ces borborygmes qui ne deviennent des notes qu'après un petit moment et ces aigus étranglés) juste après Pavarotti, Harteros (que de maniérismes, que de reprises de souffle qui coupent la ligne mélodique, et cette façon d'attraper les notes comme avec des pincettes, même si elle se lâche, enfin, dans la mamma morta) juste après Verrett, c'était peut-être pas une bonne idée.

Don Giovanni : Festival d'Aix-en-Provence. Après avoir vu la mise en scène de Sivadier (qu'on a connu au théâtre dans le meilleur (l'Ennemi du peuple, la Dame de chez Maxim) comme dans le pire (Partage de midi, mais c'était une mise en scène collective...)), on se demande pourquoi toutes les mises en scènes ne sont pas comme ça. Chaque geste, chaque positionnement, chaque mimique, chaque regard prend sens, avec le texte comme avec la musique. Les hommes incarnent magnifiquement leurs rôles (Sly est partout en même temps) mais les femmes, Buratto (quel timbre...), Leonard (comme d'habitude) et Fuchs sont vraiment époustouflantes (on ne doit pas dire qu'elles sont jolies, parce que cela discriminerait les moches mais, entre nous, tout bas, elles sont superbes), comme chanteuses et comme comédiennes. Direction enlevée et subtile de Jérémie Rohrer.

La Clémence de Titus : Metropolitan Opera, NY. Je ne sais pas trop pourquoi mais j'aime vraiment beaucoup La Clémence de Titus. Vocalement, le plateau est somptueux. On admire Frittoli, Filianoti et Lindsey, mais en ce qui concerne Garanča, on est au-delà de l'admiration. Rien entendu de plus beau vocalement depuis la scène finale de Bolena. Les décors sont grandioses et les costumes romanos-mediévos-Louis quatorziens-Louis quinziens-n'importe quoiesques magnifiques. Alors, il n'y a pas trop de concept, on est pas à Stuttgart, Harry Bicket dirige l'orchestre du Met avec la même gourmandise post baroqueuse qu'Harnoncourt la philharmonie de Vienne dans la 5ème de Bruckner, mais on se doute que les riches mécènes de la maison ont passé une bonne soirée, et on les comprend.

Iolanta/Le château de Barbe-Bleue : Metropolitan Opera, NY. Je ne deviendrai pas un grand fan de Iolanta. C'est chou et servi au mieux par Netrebko. Beczała, c'est toujours pas ma tasse de thé. La mise en scène essaie de faire quelque chose de poétique avec cette histoire invraisemblable, sans complètement échouer. Je suis venu, j'ai vu, et, comme dit Zaitsev dans Je veux voir Mioussov, je suis bien content. Bartok, c'est évidemment une autre paire de manches. Petrenko, déguisé en Vincent Price dans le château du dragon, et Michael, qui fait la blonde hitchcockienne, sont excellents, même si on a entendu des Judith plus puissantes et plus lyriques. Mise en scène habile et inquiétante, quelque part entre Cube et The House that Jack built (celle de Chapeau melon et bottes de cuir), avec une pincée de Bunuel. Gergiev privilégie la transparence par rapport à la tension. Pourquoi pas.

Trouble in Tahiti : Opera North. La sagesse, c'est de ne pas parler à tort et à travers de ce qu'on ne connait pas. C'est la première fois de ma vie que j'écoute du Léonard Bernstein et j'ai agréablement survécu. Le texte ironique et la sympathique mise en scène dans le style "hommage à Douglas Sirk" y sont sans doute pour quelque chose.

Billy Budd : Norwegian National Opera. Déjà que c'est pas simple, puisqu'artimon, en anglais, cela se dit misaine, mais en plus, un gabier d'artimon, sur un sous-marin, on ne voit pas trop ce que cela peut bien être. Au début, franchement, la mer manque. Elle manque tellement à l'oeil qu'elle manque aussi à l'oreille, les sonorités maritimes paraissant presque absentes. Et puis on s'habitue. Billy Budd, c'est une histoire de mer, mais c'est aussi une affaire claustrophobique, et cela, c'est parfaitement rendu, à très grands frais, parait-il. Imbrailo est parfait, et la déploration finale est une merveille de chant. Tous les autres sont bien aussi, sans oublier les seconds rôles, officiers et marins.

L'Affaire Makropoulos : Wiener Staatsoper. Janacek, enfin, mais le plaisir a été un peu gâché par des conditions de visionnage et d'écoute qui n'étaient peut-être pas idéales. Difficile de savoir si l'image sonore confuse qui en ressort est due à ces conditions ou à la direction de Jakub Hrůša, qui m'a paru lourde, et dépourvue de dynamique et de transparence. Laura Aikin a une très belle voix, mais on aimerait une personnalité plus forte, et un timbre plus caractérisé. Il n'y a rien à dire contre la mise en scène, parfaitement en phase avec le récit (magnifique cabinet du docteur Kolenatý) sauf qu'on reste un peu à distance de cette oeuvre magnifique et complexe tant sur le plan musical que narratif, et qu'on se mélange toujours un peu les pinceaux sur les conditions juridiques qui permettent de s'assurer que Ferdie Mac Gregor, dont l'acte de naissance est au nom de Makropoulos, est bien le Gregor que le testament de son père, Josef Prus, désigne comme héritier du domaine de Loukov.

La Somnambule : Wiener Staatsoper. S'il y a des gens qui détestent Flórez (je me rappelle, il y a quelques décennies, un hurluberlu de Télérama (Macassar ? Lacavalerie ?) qui s'est rendu ridicule pour l'éternité en décernant un "canon" au premier récital Rossini de Jean-Diègue, il a dû mourir depuis dans l'indifférence générale et Florez a fait la carrière qu'annonçait, dès la première note, ce CD merveilleux), évidemment, ils auront mieux fait de s'abstenir. Parce qu'il n'y a presque que lui. Ce n'est pas que Fally soit toujours mauvaise, la voix n'est pas laide, le timbre est velouté dans le médium, mais les vocalises sont laborieuses, et cela crisse bien dans les aigus. On a un peu l'impression que Flórez lui donne un cours de chant. Cela marche, d'ailleurs, parce qu'Ah non credea mirarti, c'est très bien fait. Ah non giunge, c'est beaucoup plus dur, dommage, et ça regrince velu. Reste que dans la même production, à Paris, j'ai subi Dessay dans sa phase la plus essoufflée, alors Fally, à côté, c'est pas si mal. Pisaroni est correct (mieux que Pertusi en méforme), le timbre un peu clair quand même. L'hôtel est très bien, mais on a du mal à comprendre pourquoi c'est si grave que ça de s'endormir par terre dans la salle de restaurant.

L'Elixir d'amour : La Monnaie, Bruxelles. Waow. La plage, les transats, les canettes d'élixir, les bouées en forme de requin, les girls, les distributeurs de coca-cola, la soirée mousse, la pièce montée, tout est gonflé à bloc, y compris les formes de Peretyatko, que, sans vouloir discriminer, on imagine mal remplacée par Isokoski. D'autant qu'après les vocalises maladroites et les stridulences d'hier, le ramage est à la hauteur du plumage. Kortschak est parfait en garçon de plage en slip, et Orfila, sans en avoir l'allure (mais cela viendra certainement) nous vend magnifiquement son produit comme Raoult sa chloroquine, et ça marche, il en est surpris lui-même. Au point qu'il faut se cacher des autorités qui traquent les comprimés de plaquenil à l'aide de chiens renifleurs - des vrais, avec les aboiements.

Fortunio : Opéra Comique. Bon, a priori, c'est pas la Femme sans ombre, alors je n'avais pas un préjugé très favorable et le démarrage est laborieux. Le texte du premier acte est plutôt tartignolle et la musique parait assez insignifiante. Et puis se produit un petit miracle, le texte devient meilleur et la musique aussi, bien que l'oreille hésite un peu à se situer entre Gounod et Poulenc. A un moment, on se surprend même à aimer ça, et à se demander, haletant, si on se dirige vers un dénouement heureux ou une fin tragique ! Comme quoi Cyrille Dubois et Anne-Catherine Gillet arrivent à nous intéressser au sort et aux émotions de leurs personnages, les clés de fa étant de moins belle eau. Et à la fin, on est tout content qu'ils ne soient pas tous morts. C'est vraiment mimi, Fortunio.

Rigoletto : Wiener Staatsoper. Peretyatko et Flórez ne déçoivent pas, ce sont deux magnifiques chanteurs, même s'ils sont ici, tous les deux, un poil sous-dimensionnés (c'est un peu gênant dans Caro nome, où elle pousse sa voix, alors que la mélodie devrait couler sans effort). Carlos Álvarez est un Rigoletto exceptionnel, la voix est somptueuse et l'incarnation parfaite. Les décors sont hideux, de la tôle ondulée aux sacs poubelles, mais comme l'histoire n'est pas très joyeuse, on se dit que ça colle plutôt bien. Direction ploum-ploum de Pidò.

On attend avec impatience la Covid-29, avec une nouvelle série de retransmissions gratuites. Par contre, si on embraye tout de suite sur la deuxième vague ou sur la grippe porcine, on n'aura plus qu'à racler les fonds de tiroirs (déjà bien raclés d'ailleurs).


Whatever, il n'y a pas que l'opéra dans la vie. Un jour sur deux environ. Des films, pièces de théâtre, documentaires, et séries, surnagent surtout Ibsen (la Maison de poupée, Hedda Gabler, Rosmersholm, le Canard sauvage, Brand), et un des plus grands mélos de tous les temps (avec A.I. de Spielberg et... le Voile bleu) : 7. Koğuştaki Mucize.

Il va falloir penser à prendre des vacances.

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jerome
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Re: Chroniques d’opéras par temps de coronavirus

Message par jerome » 06 juin 2020, 00:21

On n'attaque pas le physique des artistes qui n'ont pas à être évalués sur ce critère qui est complètement subjectif et donc discriminatoire! Et on n'a pas à discriminer!

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