La désaffection des salles d'opéras

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Michel
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La désaffection des salles d'opéras

Message par Michel » 08 nov. 2014, 19:21

Bonsoir à toutes et tous,

Diverses remarques sur le déficit de remplissage des salles, et notamment celles de Jérôme concernant ma ville de Nancy, me poussent à lancer ce nouveau fil. J'ai également constaté, surtout en ce début de saison, que les opéras ne faisaient plus le plein, loin s'en faut. C'est le cas à Nancy mais aussi à Strasbourg et même Paris.

Dans le cas de Nancy, Jérôme attribue cette désaffection à une programmation qu'il juge insuffisante en oeuvres célèbres et en compositeurs supposés avoir les faveurs du publc. Je ne suis absolument pas en accord avec cette explication.
Pour ce qui est de Nancy, la programmation des années précédentes abondait aussi en raretés ou titres peu connus et il n'y avait pratiquement jamais de problèmes de remplissage. Artaserse de Vinci, L'Etoile de Chabrier, Iolanta de Tchaikovsky, Le Nain de Zemlinsky, Candide de Bernstein ne sont pas à prorement parler des "tubes" et ont pourtant trouvé leur public et ont pour certain été de francs succès. Même les créations comme L'importance d'être Constant de Gerald Barry ou Il Medico dei Pazzi de Giorgio Battistelli se sont données devant des salles bien remplies, attirant parfois à l'opéra un public différent. C'est d'ailleurs à mes yeux une des réussites de Laurent Spielman que d'avoir su toujours faire des programmations éclectiques, sans ostracisme, sans y marquer ses goûts personnels et où tous les goùts divers du public pouvaient trouver satisfaction.
Une programmation peu aventureuse, tablant sur les quelques oeuvres les plus célèbres, c'est un peu ce que fait cette saison l'Opéra de Paris. Et pourtant, même Tosca n'a pas fait le plein. Le dimanche après-midi où j'y étais, certes en période de vacances scolaires, les places en 1ère et 2ème catégorie au premier balcon étaient vides à environ 50% (ce qui m'a permis de bien me replacer sans difficulté, à toute chose, malheur est bon).

Selon moi, on assiste là à l'un des effets de la crise. En période de disette economique et financière, les gens ont d'autres priorités. Il est frappant de constater que les places peu chères sont toujours remplies et que les places les plus chères sont désormais vides. Auparavant, les places bon marché partaient très vites et ceux qui arrivaient un peu tard se rabattaient sur les autres catégories. Ce n'est clairement plus le cas à l'heure actuelle...

Qu'en pensez-vous ? Avez-vous également constaté ce phénomène et comment l'expliquez-vous ?

Amicalement
Michel

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par Schwannhilde » 08 nov. 2014, 19:47

Je me demande si les spectacles des " rockstars ", aux places chères, connaissent une baisse de fréquentation en ce moment.
N'était-ce pas déraisonnable de programmer une série si importante de Tosca à l'ONP ?
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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par paco » 08 nov. 2014, 21:05

Schwannhilde a écrit :N'était-ce pas déraisonnable de programmer une série si importante de Tosca à l'ONP ?
clairement ! c'était n'importe quoi... (même problème pour la énième reprise de La Bohême avec des distributions de série B)

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par paco » 08 nov. 2014, 21:12

Michel a écrit :Dans le cas de Nancy, Jérôme attribue cette désaffection à une programmation qu'il juge insuffisante en oeuvres célèbres et en compositeurs supposés avoir les faveurs du publc. Je ne suis absolument pas en accord avec cette explication.
Pour ce qui est de Nancy, la programmation des années précédentes abondait aussi en raretés ou titres peu connus et il n'y avait pratiquement jamais de problèmes de remplissage. etc.
Exact. Toutefois, en période de crise (et tu as raison, la crise n'aide pas à remplir les salles...), et avec les contraintes budgétaires que cette situation entraine, était-ce bien judicieux de démarrer la saison par Les Mamelles de Tirésias ?... Très franchement, pas grand monde n'est étonné du flop au box office (cette oeuvrette sympathique mais sans grande portée n'a jamais réussi à remplir une salle, même à Paris)

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par Schwannhilde » 08 nov. 2014, 21:25

A l'ONP, est-ce que cette curieuse nouvelle politique des prix (moins cher le lundi, etc...) a un impact négatif/positif ?
" Vaut mieux en rire que s'en foutre " (Didier Super)

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par faustin » 08 nov. 2014, 23:24

paco a écrit :
Schwannhilde a écrit :N'était-ce pas déraisonnable de programmer une série si importante de Tosca à l'ONP ?
clairement ! c'était n'importe quoi... (même problème pour la énième reprise de La Bohême avec des distributions de série B)
Un n'importe quoi qui en double un autre, une mise en scène tellement aberrante qu'elle ne peut que faire fuir le public qui a une raisonnable et légitime exigence de cohérence (voir le fil): premier acte une église qui ne ressemble absolument à rien, même pas à un hangar, même pas à un gymnase. Cavaradossi est chargé de peindre une fresque religieuse où figure Sainte Madeleine, mais comme ça n'est pas son truc, il peint des femmes nues volantes. Il devrait avoir quelques problèmes avec le curé, les chanoines et les bienfaiteurs de l'église mais comme on sait, ce n'est pas cela qu'on lui reproche. Le plus extraordinaire, c'est qu'il est doué d'un très surprenant don de prophétie picturale, ce qu'il peint en 1800 est une réplique d'un tableau de William Bouguereau, (1825-1905), peintre pompier de la Troisième République à ses heures sulpicien, à d'autres heures érotico-soft-kitsch. Vous pouvez voir ses oeuvres distrayantes au Musée d'Orsay, ça vous changera de Sade. La référence à Bouguereau je ne l'ai pas inventée, c'est un tableau de ce maître, les oréades (nymphes des montagnes) qui figure sur l'affiche du spectacle. Le rapport entre Tosca et Bouguereau, je n'ai absolument pas compris, il y a peut-être une explication dans le programme, mais je ne l'ai pas acheté.

Deuxième acte, passable sans plus mais troisième acte, la cata! Vous attendiez la terrasse du Château Saint-Ange, on se trouve dans un camp militaire. Quand donc les metteurs en scène cesseront-ils donc d'abaisser le propos? Des camps militaires, c'est ce qu'il y a de plus banal, ça n'a aucune beauté et dans le monde, il y en a des milliers. La terrasse du Château Saint-Ange, c'est quand même un lieu plus évocateur! Son inconvénient, c'est d'être dans les didascalies. Et puis, pourquoi briser la trilogie église Sant Andrea, Palais Farnèse, Château Saint-Angequi est la grande originalité de l'opéra? Mais s'il n'y a pas de Château Saint-Ange, pas de cloches des églises de Rome dignes de ce nom. Difficile d'imaginer que le son des cloches des églises de Rome soit entendu, avant l'invention du téléphone et de la radio dans ce camp. Les cloches de Rome c'est ce qu'il y a de plus de plus fabuleusement poétique dans cet opéra. Puccini s'était rendu au Château Saint-Ange pour se pénétrer de l'ambiance musicale. Le contraste entre le déroulement pacifique du rite et l'horreur de l'exécution capitale d'un combattant de la liberté, c'est un niveau de génialité qu'on ne peut même pas dire, mais un metteur en scène dans le vent ne peut pas être accessible à pareille beauté, il faut qu'il la casse. Ensuite il y a la mort de Tosca, une sorte de transfiguration new age où le soleil joue un rôle, je crois que le public non averti ne comprendra pas que la cantatrice s'est suicidée. Cette mort est une grave erreur, un contre-sens, car elle a un caractère de mort mystique, ce qui ne va pas du tout avec cet opéra qui est plus antireligieux que religieux.

Last but not least, cette immense croix en polystyrène expansé, elle est ridicule au possible. Dieu, que le symbole est lourd! Que cette croix est inutile pour qui prend la peine de lire les sur-titres! Je signale qu'elle choquera les chrétiens pour qui la croix du Christ est symbole de salut et de rédemption. Cette croix qui dans cette mise en scène foireuse symbolise l'oppression du catholicisme est en outre très réductrice, le conflit entre les républicains et les monarchistes a une dimension religieuse, mais ce n'est pas la seule et on savait bien en 1800 qu'il y avait des catholiques qui n'étaient pas réactionnaires.

Quantité d'aberrations que la critique semble avoir très peu vues, mais qui n'échapperont au public qui estimera qu'on lui a volé sa Tosca et qu'on s'est moqué de lui, qui boudera ce spectacle dès la première reprise et peut-être avant. Un ratage maison de plus pour l'Opéra de Paris.

On avait beaucoup critiqué la mise en scène de Werner Schröter, elle n'était pas une merveille, mais elle ne trahissait pas l'oeuvre, elle était, comme disent les québécois, <<moins pire>>.

Faustin

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par Bruno92 » 09 nov. 2014, 00:26

Schwannhilde a écrit :A l'ONP, est-ce que cette curieuse nouvelle politique des prix (moins cher le lundi, etc...) a un impact négatif/positif ?
Sur mon porte monnaie, oui ça a eu un impact quand j'ai pris mes abonnements :wink: .

Plus sérieusement, sur les 3 lundi que j'ai fait à l'ONP (Traviata, Enlèvement au sérail, Barbier de Seville), ça semblait plein.
Mais bon, ce sont quand même des opéras qui remplissent en dehors du lundi donc ce n'est peut être pas significatif

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par Bernard C » 09 nov. 2014, 00:54

faustin a écrit :
paco a écrit :
Schwannhilde a écrit :N'était-ce pas déraisonnable de programmer une série si importante de Tosca à l'ONP ?
clairement ! c'était n'importe quoi... (même problème pour la énième reprise de La Bohême avec des distributions de série B)
Un n'importe quoi qui en double un autre, une mise en scène tellement aberrante qu'elle ne peut que faire fuir le public qui a une raisonnable et légitime exigence de cohérence (voir le fil) [...]
On avait beaucoup critiqué la mise en scène de Werner Schröter, elle n'était pas une merveille, mais elle ne trahissait pas l'oeuvre, elle était, comme disent les québécois, <<moins pire>>.

Faustin
On nous a recommandé de nous précipiter en Bavière pour éduquer notre intelligence aux oeuvres des metteurs en scène de l'époque .
Y'a t-il du caca dans cette Tosca ou quelque fellation ou sommes nous transportés dans un asile de fous ou un Ehpad pour Alzheimer ?

Non ?

Alors Faustin , considère cette Tosca et son bougre de Bouguereau comme une production conventionnelle.

Bernard
"nul être ne va au néant considérant la certitude de sa mort et l'incertitude de son heure" . Léonard au Clos-Lucé

juste pour vous :
https://youtu.be/BWBFzDENf08

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par PlacidoCarrerotti » 09 nov. 2014, 01:02

@Faustin

Pour penser ce que tu dis, encore faut il avoir acheté un billet !

Or nous parlons des gens qui ne viennent pad ;-)
"Quand on se cogne la tête avec un livre et que ça sonne creux, cela ne veut pas dire que le livre est vide". (Otto Klemperer)

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Re: La désaffection des salles d'opéras

Message par jerome » 09 nov. 2014, 01:33

Mon cher Michel, oui Nancy a toujours eu à coeur de mettre des raretés mais avant il y avait un équilibre au moins au niveau des compositeurs connus et du style de musique. Même le baroque rare attire parce que c'est du baroque! Cette année à Nancy, c'est pas bon du tout niveau remplissage mais je t'assure, pour avoir discuté avec beaucoup de personnes, que ce n'est pas la question financière qui est le principal souci à Nancy. Je pense tout de même que ça a aussi un peu un impact mais très franchement, nos meilleures places ne sont pas les plus chères du marché! Nabucco qui arrive pour la fin du mois fait carton plein pour toutes les représentations! Plus une seule place disponible! Donc là l'argument financier tombe ...
Ce que beaucoup disent, c'est que vu la programmation, non! on ne va pas/plus prendre d'abonnements! Autant aller voir en direct les spectacles du MET au cinéma! au moins on y a ce qu'on aime!
Quand il y avait 3 titres porteurs ou 3 grands compositeurs porteurs et que le reste était constitué de raretés, ça passait! Mais cette année y en a qu'un: Nabucco!
Et pour les titres suivants, l'opéra a rempli (et ça je le sais de source sûre!) toutes les places vides par les scolaires qui, avant, allaient à la générale. Sauf que ce n'est pas du tout la même chose et puis ce n'est pas une classe par représentation! C'est plusieurs classes! Soit dit en passant, pas de scolaires aux représentations de Nabucco (seulement à la générale!)! Ben tiens! tu penses! Tout le monde s'est précipité dessus comme la petite vérole sur le bas clergé breton! lol
PS: énormément de scolaires aux représentations de Candide (normal vu le lien possible avec le Bac de français!)
Artaserse y a eu l'effet star avec Jarrousky et Cencic même si c'est Fagioli qui a tiré ses marrons du feu! Effet précédé par la sortie de l'intégrale avec presque les mêmes; effet renforcé par la diffusion en direct à la télé et aussi par les articles élogieux de la presse. Parce qu'à la vérité l'Opéra de Nancy était très loin d'avoir fait le plein au départ. Y a eu une vraie ruée sur les dernières représentations. Et puis les nancéiens considèrent que le répertoire baroque est un vrai répertoire lyrique et apprécient! il n'en est pas de même dès lors qu'on passe sur des rives plus contemporaines!
Vu les titres de cette saison, ça va pas faire pareil du tout!

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