Photographie © DR

Quels sont vos premiers souvenirs liés à l’opéra ?
Ils sont liés à des fêtes de famille, Roberto l’a souvent raconté : nous avions des oncles et grands-oncles qui mélangeaient le répertoire léger des mélodies siciliennes, les « canzonnette » italiennes et le répertoire lyrique. Mais moi, à l’époque, je ne faisais pas le distinguo entre les deux : la plupart étaient ténors, ils interprétaient tous les répertoires avec des voix lyriques. Les instruments traditionnels les accompagnaient sur tous les registres : au milieu de chansons populaires, on jouait des grands airs comme « E lucevan le stelle » ou « Vesti la giubba ». C’était autour de tablées et ils jouaient avec brio de la mandoline, de la guitare, de l’accordéon, parfois des percussions improvisées sur un coin de table. Mon père chantait lui aussi, son timbre ensoleille et sa jovialité entraînaient tous les autres.
Ma vraie rencontre avec le répertoire lyrique est liée à l’apprentissage de Roberto, à la maison ou chez son professeur cubain Rafael Ruiz. Mon frère Frédérico et moi-même assistions de temps en temps aux cours. Ce fameux Rafael Ruiz avait une voix très puissante et très large qui nous impressionnait. Il avait rêvé de chanter Otello et donc tous ses élèves devaient travailler Otello.

Son modèle c’était Mario Del Monaco ?
Je ne crois pas. C’était un contrebassiste de rumba et de jazz qui jouait dans les cabarets, il avait une passion pour la voix de ténor. Très bon musicien, mais en matière de technique vocale, il était juste un amateur passionné, et exerçait le métier de professeur en autodidacte.
Il a eu un vrai coup de foudre pour la voix de Roberto qu’il avait découverte, il était curieux de cette voix déjà très solide mais pas du tout polie et encore « brute de décoffrage » à l’époque, une voix endurante grâce l’école du cabaret, où Roberto chantait alors tous les soirs, avec des facilités incroyables pour son âge. C’était déjà un chanteur d’endurance. Ruiz était très admiratif. Ils avaient dépassé le rapport professeur / élève. Ils avaient la même passion pour les voix de forts ténors, pour le vérisme, pour la recherche de la technique lyrique, qu’ils découvraient en simultanée. Les deux fusionnaient. Enfant, je n’étais pas toujours très fans de ces séances « sauvages » un peu effrayantes, mais Ruiz a allumé chez Roberto une flamme qui ne s’est pas éteinte. C’était un homme très touchant, très simple, très nature. Il savait recevoir l’émotion d’un instant. Devant mes parents, des larmes plein les yeux il disait de façon très attendrissante : « Je suis désolé, mais c’est mon fils ! ». Il avait trouvé en Roberto tout l’espoir qu’il avait perdu pour lui-même, et était devenu un père spirituel. Un vrai phénomène d’adoption et de passage de relais.

Et vous, vous avez aussi connu un père spirituel ?
Non. Pour Frédérico et pour moi (je réponds pour nous deux car nous avons un an et un jour d’écart, on a été élevé comme des jumeaux, toujours ensembles, on fêtait d’ailleurs notre anniversaire le même jour, on s’entendait à merveille sans même avoir à se parler, comme de vrais jumeaux), il s’est produit un manque au moment où Roberto a commencé sa carrière de chanteur d’opéra. Cette carrière naissante à petit à petit pris le dessus sur les concerts traditionnels familiaux, et les oncles ont fini par laisser la place à leur neveu devenu professionnel, jusqu'à se taire complètement pendant un temps. C’était l’aboutissement, après plusieurs générations, c’était désormais à Roberto de prendre le flambeau et de chanter.
Mais cette absence soudaine de chant, et de musique surtout, ces silences pendant les rassemblements de famille, où l’on avait le sentiment que tous étaient devenus spectateurs de la carrière éblouissante de Roberto, ont fait que Frédérico et moi-même, en cachette de la famille, et l’un de l’autre, allions régulièrement dénicher et récupérer les guitares et les mandolines qui avaient été délaissées. Un jour Frédo est arrivé dans la cuisine et a dit à ma mère : « Regarde ce que je joue ». Il a gratté quelques accords. Alors j’ai pris l’autre guitare de la maison et je me suis joint à lui; ça a amusé tout le monde. Moi j’étais surpris et ravi de découvrir que nous avions eu la même idée et que la même vocation secrète démarrait pour nous deux, au même moment. On a commencé notre duo. Pendant un temps, la musique restait notre affaire à nous deux mais ensuite, l’envie était trop forte, l’inhibition a été levée et toute la famille s’est remise à jouer et à chanter, aux fêtes, aux baptêmes, aux mariages. Roberto se joignant à nous chaque fois qu’il était de retour.

 

 

Photographie © DR

 

Quel était votre goût musical à l’époque ?
En tant que guitaristes, Frédérico et moi avions développé une passion pour le jazz instrumental. Notre formation de départ c’est la musique traditionnelle puis le jazz, qui pour les autodidactes est plus ludique, moins castrateur en apparence que l’apprentissage de la musique classique. On était les premiers de la famille à s’intéresser au jazz, on pouvait s’aventurer vers une expression libre et vers l’improvisation.
Le jazz a été notre première école harmonique, rythmique, instrumentale. A travers le jazz, je me suis très vite intéressé aux arrangements musicaux et à la composition. Le jazz favorise les rencontres et les échanges avec tous genres de musiciens, donc on se doit d’être toujours à l’écoute, c’est une merveilleuse école. Ensuite la musique à caractère lyrique m’a très vite rattrapé et je me suis passionné pour l’orchestration classique.
Les collaborations professionnelles avec Roberto et les maisons de disques ont suivi : nous avons réalisé avec Frédo des arrangements et orchestrations diverses pour le concert et l’enregistrement. Plus tard, quand à la suite d’un mini-concert donné au cours d’un meeting EMI, on nous a proposé d’enregistrer un album en trio, une voix et deux guitares (Sérénades), ça a été une explosion de joie, on en revenait pas, comme si toutes les générations d’artistes de la famille allaient recevoir la consécration. Je revois encore Roberto entrant à grand fracas et arrosant de champagne notre chambre d’hôtel de Dublin pour nous annoncer la nouvelle!

Quelle a été la réaction de votre famille devant votre choix de carrière artistique ?
Il n’y a jamais de réaction très ouverte dans une famille sicilienne. Rien d’explicite et de vraiment formulé. C’est juste une communion de gens rassemblés. Les sentiments se devinent, il faut savoir déchiffrer un sourire. Je n’ai jamais su ce que ma famille en pensait vraiment. Mais je sais que cela ne leur a jamais déplu, ce qui est l’essentiel. Il ne faut surtout pas s’attendre à beaucoup de compliments. Il n’y en a pas souvent. Même pour Roberto qui adolescent complexait et croyait qu’il était le moins doué ! En réalité on aimait sa voix. Lorsqu’il chantait devant la famille et la petite communauté élargie aux copains du quartier, il y avait tout de suite un silence et il devenait la voix solo qui sortait du lot.

La banlieue et sa mythologie de mauvais garçon telle que véhiculée par Roberto dans son livre, c’est un concept qui vous parle ?
Ce n’était pas exactement la même que celle dont on parle aujourd’hui. Pour moi, enfant, la banlieue, n’existait pas. Il y avait la famille, puis la communauté, Paris et la France. Mais adolescent, lorsque je suis rentré au collège de Clichy sous Bois puis au lycée, le discours est apparu, en même temps que l’arrivée d’une nouvelle vague d’immigration venue notamment d’Afrique du Nord. Le concept des banlieues, récupéré et dynamisé par les médias, a fini par exister réellement dans la conscience collective, dès lors le sentiment de ségrégation et de discrimination s’est très vite renforcé. Les adultes avaient un discours assez dur contre la France des ghettos et ce discours a eu des répercussions importantes sur des adolescents devenus « banlieusards » à un moment de la vie où les jeunes se cherchent une identité et cherchent à s’imposer. Du coup cela s’est fait dans la violence : moyen parfois unique de se faire entendre. C’était un peu la naissance du conflit et du clivage, qui existait moins auparavant. Où alors on en était moins conscient.

Vous vous sentiez Français ?
A l’époque, mes parents étant italiens j’étais donc moi-même officiellement italien. Je n’ai pu devenir français qu’à l’âge de 18 ans. Enfant il était donc difficile pour moi de me sentir pleinement français. Mais je ne me sentais pas exclusivement italien non-plus, c’est le fameux conflit intérieur que connaissent tous les enfants de parents déracinés. Quand nous retournions tous les ans en Sicile pour y passer deux mois de vacances, on était perçus comme « les Français ». Alors, dès l’adolescence, on fini par se trouver une appartenance propre: ni d’un pays, ni de l’autre, et on rejoint la grande famille des enfants d’immigrés, qui au final ont leur identité propre, avec cette double culture qui offre un sentiment de liberté et d’ouverture vers le métissage et les différences.

Oui, mais lorsqu’il y a un match de football France-Italie, vous soutenez quelle équipe ?
Ah, mais on soutient les meilleurs joueurs ! (rires). J’ai dit les meilleurs, pas forcément les gagnants !
Nous n’avons pas eu d’éducation politique, mes parents en tant qu’étrangers ne votaient pas. Pour nous, par la suite, ça n’a jamais été le réflexe premier. Aujourd’hui la question sociale m’intéresse plus particulièrement, cependant, moi non plus je n’ai pas voté aux dernières présidentielles. Peut-être parce que je n’ai pas encore tout à fait conscience des répercussions directes d’une décision individuelle à l’échelle nationale ? Ou peut-être que je préfère ne pas y croire, probablement la peur de se sentir dupe ?… Mais aujourd’hui la plupart des membres de ma famille vote et participe pleinement à la vie culturelle et sociale de notre pays. J’espère que j’y viendrai moi aussi, prochainement.

 

 

L’Amico Fritz Photographie © DR

 

Votre parcours de metteur en scène reflète cette double culture. Il y a le versant italien (Amico Fritz, Pagliacci, le Barbier, …) et le versant français avec Werther, Orphée
Et puis il y a Cyrano de Bergerac sur un texte du poète français Edmond Rostand et une musique de Franco Alfano qui était, comme nous, moitié français et moitié italien.

Vous avez choisi la version française de cet opéra.
Oui, elle s’est imposée car la partition originale d’Alfano a été composée en français, sur le texte de Rostand, et parce qu’elle n’avait jamais été donnée dans sa version intégrale.

 

 

Répétitions de Cyrano de Bergerac, avec Roberto et Federico Alagna.
Photographie © DR

 

Après une première partie de carrière dévolue au répertoire italien, vous semblez amorcer un virage vers le répertoire français et une esthétique plus moderne.
Le répertoire italien m’est tombé dessus par hasard, je n'ai pas vraiment décidé : L’Amico Fritz c’était une idée de John Mordler (directeur de l’Opéra de Monte-Carlo) qui le premier a imaginé de réunir les trois frères sur un plateau lyrique.
Plus tard, en Espagne, notre metteur en scène de Paillasse a déclaré forfait à la suite d’un désaccord avec la production. On m’a dit : « On annule, à moins que tu n'assures la mise en scène? ». Notre concept décors-costumes était prêt, j’ai accepté.
Pour le répertoire français, ce sont avant tous les sujets qui m’ont séduit. Je m’intéresse aux mythes comme Faust, Werther ou Orphée. Il se trouve que ces sujets ont été merveilleusement traités par les compositeurs et librettistes français. Ces mythes traversent les époques et nous fascinent toujours autant, ils sont universels et intemporels, parfois totalement en phase avec une vraie actualité, c’est ce qui m’interpelle. Je ne sais pas qui a dit « on ne récupère pas les opéras, ils nous récupèrent ». Les mythes, on ne peut pas les dénaturer. En les adaptant, ou en les transposant vers des époques nouvelles, on « re-met » simplement en lumière leur identité forte, et leur caractère universel. C’est leur façon de perdurer. Et puis, qu’est-ce qui est moderne au final? On pense souvent qu’une esthétique farfelue ou inattendue est forcément moderne. Pour moi, ce n’est pas l’excentricité, ni le cadre qui conditionne la modernité de la narration ou des émotions. Cela viendrait plutôt de la démarche. Mais peut-être aurons-nous l’occasion d’en reparler plus précisément ?

Avez vous des modèles revendiqués de metteurs en scène ?
Non, pas vraiment, je n’ai pas de vrai modèle. Je m’inspire très peu de ce que je vois à l’opéra, mais plutôt à droite et à gauche ailleurs dans tous ce qui se trouve autour de moi, quel que soit le milieu. Ce sont surtout les évènements « intérieurs » qui m’inspirent et me guident dans ma narration.
Cependant, j’ai aimé Don Carlos par Luc Bondy au Châtelet. L’univers de Yannis Kokkos est assez fascinant. Calixto Beixto peut transcender un livret. Mais je n’ai pas de metteur en scène fétiche dont j’apprécie la totalité de l’œuvre. Carsen essaie toujours de renouveler le sujet, d’en proposer une lecture parallèle, il vient toujours avec une vraie « proposition ». Il peut s’égarer : sa Traviata ne m’a pas transporté, ou réussir magnifiquement comme dans Rusalka ou les Contes d’Hoffmann, mais son optique est saine pour l’avenir des productions lyriques.
Ce qui peut motiver et inspirer, c’est parfois le manque et la frustration. Lorsque l’on porte en soi une œuvre, parfois depuis l’enfance, et que l’on ne retrouve pas dans les spectacles auxquels on assiste ce que l’on avait créé dans son for intérieur autour de cette œuvre, alors on peut avoir envie de se raconter à nouveau sa propre version d’une histoire, à soi-même et pour les autres… C’était un peu le cas pour Orphée et Eurydice.

Il y a aussi des influences venues des beaux-arts…
Oui, les arts plastiques c’est mon autre grande passion ! Avec Frédérico nous avons mené de front nos études musicales et plastiques. Aujourd’hui je me consacre plus précisément à la sculpture, Frédo est toujours aussi éclectique qu’au début : il sculpte, dessine, peint, grave, etc. C’est donc naturellement par les décors que notre carrière lyrique a démarré. Nous exposons de plus en plus, Frédérico a ouvert une galerie-atelier d’art en région parisienne. Il espère particulièrement promouvoir les arts plastiques dans nos banlieues, en invitant les artistes de tous horizons à venir exposer à l’extérieur des murs de la capitale.
Ce mélange des pratiques artistiques est certainement une des raisons pour lesquelles on voit des influences diverses et nombreuses dans mon travail. On a parfois tenté de les énumérer, notamment pour le Dernier jour d’un condamné, on a listé énormément de compositeurs qui m’auraient inspiré, et de phrases musicales que j’aurais citées, parfois tirées d’œuvres que je n’ai jamais entendues ! En réalité, il n’y a eu qu’une seule grande influence, celle de Moussorgski à qui j’ai dédié ma partition.

 

 

Orphée : Acte I. Photographie © DR

 

 

Orphée: maquette Acte I. Photographie © DR

 

Jean Cocteau, c’est une influence directe ?
Oui, pour Orphée, c’est l’une des influences directes. Cocteau est un personnage qui m’a beaucoup ému depuis l’enfance, un personnage dont nous nous sommes toujours sentis proches par ce côté protéiforme : poète, dramaturge, peintre, sculpteur, cinéaste…. Sa manière d’adapter les mythes antiques et de mélanger les genres. J’aimerais pouvoir m’inscrire dans une démarche proche de la sienne.

Il y a des cinéastes contemporains qui vous inspirent ?
J’ai eu une éducation italienne donc, forcément, j’ai été proche du cinéma italien. En France j’apprécie les cinéastes de la nouvelle vague. Plus proches de nous il y a Jacques Audiard, Kassovitz, ou le tandem Bacri / Jaoui. J’aime aussi beaucoup Almodovar qui, je crois, est un peu dans la continuité de ce qui s’est fait avec le néo-réalisme. C’est un cinéma du quotidien un peu cru et qui se place toujours dans l’émotion. J’adore les gens qui sont capables d’aller là où on ne les attend pas comme Woody Allen dans ses derniers films, particulièrement Match-Point. C’est exceptionnel de pouvoir surprendre à ce point là. J’aime beaucoup les univers de Stanley Kubrick, David Lynch, Tony Gatliff, notamment son film Gadjo Dilo, ou Exil.

Vous aussi vous avez plusieurs cordes à votre arc. C’est une dispersion ou une cohérence ?
En réalité, je considère qu’il s’agit toujours de la même pratique, on se contente simplement de changer les outils. Quel que soit la discipline nous parlons toujours de pleins, de creux, de lignes, d’architecture, de pâte ou de couleurs… Ma motivation de base, c’est un désir de retravailler la matière, de la pétrir, de la façonner, avec l’envie d’être plus proche d’un travail de création que d’interprétation. J’imagine que c’est un tempérament, c’est pour cette raison que j’affectionne plus particulièrement la sculpture et la composition musicale.
En revanche, cela peut-être frustrant dans la discipline du metteur en scène : à l’opéra, le metteur en scène n’est qu’un des interprètes de l’ouvrage, les créateurs restent le compositeur et le librettiste.
Dans le cas d’une adaptation, on a au contraire le sentiment d’atteindre davantage à la création. En adaptant Orphée scéniquement et musicalement, je me suis senti moins frustré, et c’est assurément le travail scénique dont je suis le plus fier, c’est le plus personnel. Je comprends, cependant, que ce genre de détournement puisse choquer certains puristes du monde lyrique ou les esprits conservateurs, comme ça a été le cas le soir de la Première en Italie, mais le succès croissant rencontré par ce spectacle au cours des dizaines de représentations à l’Opéra de Bologne puis de Montpellier (avec les 3 différentes distributions) m’a prouvé l’intérêt d’une telle expérience. L’engouement du public était intact lors de la projection du DVD de cet Orphée et Eurydice aux Chorégies d’Orange l’été dernier, c’est très encourageant.

C‘est le premier travail sans Frédérico…
Oui, même si sur Werther, Frédérico n’avait participé qu’en partie à la conception du décor. Mais vous savez, Frédo est un satellite, il va, il vient, comme la lune. Il est totalement libre. Pour le moment il a choisi de se consacrer exclusivement aux arts plastiques et à la composition.

 

 

Werther : plan Acte VI. Photographie © DR

 

 

Werther : Acte IV. Photographie © DR

 

Est-ce que votre problématique ce n’est pas de vous émanciper de la fratrie ?
Je ne le crois pas. C’est peut-être ce que pensent le milieu et les médias, mais ce n’est pas ma problématique à moi. Je suis né frère de, et je serai toujours le frère de, je suis ok avec ça. J’en suis très conscient, dès le départ. Je n’ai aucun problème avec le cadre familial. Je ne suis pas en rébellion contre ma famille. Je sais que je suis jugé par rapport à ça, et je l’accepte, c’est un réflexe normal, ce n’est pas forcement juste, mais je comprends. En un sens c’est plutôt motivant car on ne vous fait pas de cadeau, on ne vous pardonne rien, donc vous avez intérêt à être tout de suite au niveau. J’aime assez, ça m’oblige à me dépasser, c’est un challenge à relever en permanence.
Il y a aussi de bons côtés : l’histoire de Roberto est un conte de fée, dans une fable il y a plusieurs personnages, c’est tout de même sympa d’en faire partie, à l’arrivée c’est un vrai partage, c’est l’ascension de toute une famille. Je pense que c’est plus difficile pour les époux et épouses de, pour les fils et filles de, car eux n’ont pas forcement participé à l’ascension de la star avec laquelle ils vivent, et doivent quand même subir l’étiquette. Pour ma part, il m’est impossible d’en faire un complexe : l’expérience vous prouve qu’il ne suffit pas d’être le proche ou le protége d’une star pour mener a bien les opérations. Lorsque vous êtes sur le plateau d’un opéra ou en plein montage financier d’une production, il n’y a plus de place pour ce genre de considérations. Pour vos collaborateurs, il n’y a que le résultat qui importe. On ne vous juge que sur la compétence et l’efficacité de votre entreprise. Si c’était aussi évident qu’on veut le croire, toutes les grandes stars du lyrique s’entoureraient systématiquement des membres de leur famille. Or ce n’est pas le cas. Beaucoup, pourtant, partagent avec leurs proches leur passion de l’opéra. Mais il est rare, au sein d’une même famille, d’atteindre a un tel degré de complicité dans l’exercice professionnel et de réussir a le maintenir avec rigueur pendant des années, pour nous, c’est une grande fierté.

Mais sans rompre vos liens avec votre frère, votre pari, c’est qu’on fasse appel à vous sans Roberto, non ?
Pas vraiment. Ça aussi c’est une pensée « automatique », un questionnement réflexe du à ma position. Mais personnellement je n’attends pas plus, et je n’ai aucun besoin de prouver. Lorsqu’on est a 200% sur une production scénique, avec ou sans Roberto, on se sens exister de façon totalement indépendante. Ce qui se passe aujourd’hui dans ma vie artistique me convient assez et colle parfaitement à mes souhaits de productivité. En fait, je ne suis pas certain de vouloir, ni d’être capable de monter des opéras à la chaîne, je n’aspire pas réellement à cela. Jusqu’ici, de façon très occasionnelle, j’ai accepté des mettre en scènes uniquement lorsqu’il s’agissait de projets personnels, autour d’ouvrages qui me parlaient, que je trouvais riches, que j’appréciais profondément, et dans lesquels nous pouvions prendre du plaisir avant tout ; en famille ou avec les collègues. C’est d’ailleurs une grande chance! Mais combien d’opéras m’attirent à ce point ? Aurais-je assez à dire sur des ouvrages imposés, sur des sujets à la commandes?… J’aime consacrer le maximum de temps à un ouvrage, me l’accaparer ; je préfère ne pas faire semblant, ne pas bâcler. Je n’apprécie pas l’engrenage des programmations. Un peu comme au cinéma on se donne du temps avant de réaliser son prochain film. Peut-être est-ce parce que j’entretiens un rapport particulier à la mise en image, et que je mets systématiquement tout en œuvre afin de pouvoir réaliser les DVD de mes spectacles, que j’envisage les choses de cette façon-là ? En fait, je crois que c’est seulement par appointements, et si on a la chance de pouvoir réunir tous les bons ingrédients, qu’il devient possible de vivre une aventure lyrique exceptionnelle. Mais cela ne veut pas dire travailler exclusivement en famille, j’ai fait un Barbier de Séville en Allemagne sans Roberto, un Werther à Séville sans mes frères. J’aime la collaboration avec tous les artistes et techniciens sur le plateau. Lorsque je monte Cyrano, je ne monte pas cet opéra uniquement pour Roberto dans le rôle-titre, il y a 12 autres solistes, des choristes, figurants, danseurs, et toutes les équipes techniques et artistiques en coulisses. Je n’ai jamais le sentiment de travailler en tête a tête avec mes frères.

 

 

Cyrano : croquis Acte IV. Photographie © DR

 

Mais sans Roberto, il n’y aurait pas eu Cyrano….
C’est évident ! D’autant plus qu’un Cyrano comme l’a voulu Alfano, ça ne court pas les rues. Mais je vais vous raconter l’histoire de cette production.
Au départ Roberto découvre la partition, il l’adore, René Koering l’apprécie aussi. Les deux décident de jouer l’œuvre. Afin de frapper fort on envisage Roberto en Cyrano, Angela Gheorghiu en Roxane et Gérard Depardieu à la mise en scène. Mais Depardieu, avec un calendrier surchargé, abandonne le premier ce projet, puis c’est au tour d’Angela. Et le projet tombe à l’eau. Pour sauver les meubles, Montpellier envisage alors une version de concert comme René Koering a l’habitude d’en proposer dans son festival, mais finalement peut-on donner Cyrano de Bergerac en France simplement dans sa version de concert? Devant l’urgence, René Koering se penche sur la solution « Roberto et ses frères ». J’avoue que d’emblée, je ne suis pas séduit par la partition, j’étais sans doute trop marqué par la force déclamatoire de la pièce de Rostand. Je n’étais pas très chaud. Puis, cédant aux discours d’un Roberto toujours convaincant et très inspiré, je me décide et me lance dans l’aventure. René Koering, soulagé, me donne carte blanche. Reste à trouver une Roxane. René auditionne mais ne trouve personne à son goût, jusqu’à une certaine Nathalie Manfrino, qui lui était inconnue, et qui tente sa chance en présentant la totalité du rôle au piano. Il s’enthousiasme et téléphone à Marinelle, qui gère la carrière de Roberto, pour dire qu’il la trouve « très bien cette petite » qu’«elle est Roxane ». On lui annonce qu’il s’agit de la femme de David Alagna ! Il s’exclame alors : « Ah mais c’est une vraie mafia ces Alagna ! ». Les concours de circonstances ont fait que la famille Alagna s’est trouvée réunie autour de ce grand projet. Mais qui était demandeur ? On a plus vite fait de croire que le puissant Roberto impose sa petite famille aux directeurs de théâtres, ou bien que les petits frères profitent de la notoriété de l’aîné pour se placer, ce qui n’a jamais eu lieu en réalité : la plupart des projets que j’ai acceptés découlaient d’une demande directe d’une direction de théâtre. Et à présent, lorsque nous sommes les instigateurs d’un projet, nous nous associons à une maison d’opéra, je m’investis totalement dans la co-production théâtrale ou audio-visuelle et réalise les DVD. C’est alors la « fratrie » qui crée l’emploi, fait engager les artistes et assure leur promotion à travers la médiatisation et la distribution de CD ou DVD. Pas l’inverse...

A propos de mafia, Roberto s’amuse souvent à capter à son profit la mythologie des mafiosi. C’est du marketing ?
Non, c’est pour amuser, pour mettre en scène une histoire et des origines qui nous collent à la peau, pour leur donner un côté romanesque. Si on avait voulait faire du marketing avec ça, on aurait intitule notre album en trio : « Cosa nostra », ou bien un CD de duos : « Bonny and Clyde ». On peut croire, parce que Roberto est surmédiatisé, que les dés sont faussés et que les sentiments sont surjoués, mais je peux vous assurer que Roberto est vraiment sincère et généreux… et nous aussi. Notre travail, on le fait consciencieusement, d’abord pour nous-mêmes, on ne le fait pas pour s’inscrire dans un certain circuit ou pour plaire à un certain public. On le fait ensuite avec envie, avec passion et désir de le partager avec le plus grand nombre. Bien sûr, c’est un discours qui peut paraître parfaitement démagogique, et lorsqu’il est véhiculé par la presse, il devient facile de le tourner en dérision. Roberto est quelquefois perçu comme un artiste à la recherche d’un maximum de publicité et de profits. C’est souvent vu de cette manière parce que dans ce milieu il faut savoir masquer certaines choses, certains sentiments, cultiver une certaine forme de retenue, et parfois se taire, ce qu’on ne fait pas. Il y a beaucoup d’artistes moins « nature », moins sincères que Roberto, plus calculateurs ou sournois, et croyez moi, sur ce terrain-la, ceux-là s’en sortent mieux.

Vous souffrez d’un certain ostracisme ? Il semble que Roberto cristallise une certaine animosité qui rejaillit sur vous.
C’est sûr que personne ne me reproche d’être le frère de Frédérico! (rires)
Après le succès du Dernier Jour d’un condamné, Michel Plasson, qui a vraiment cru en cet ouvrage et qui s’y est investi à 100%, m’a dit : « C’est incroyable, dans toute ma carrière, je n’ai jamais vu ça, c’est le premier concert que je donne sans retour de la presse. Que s’est-il passé ? » La critique, présente en salle, n’a pas rendu compte de ce qui s’est passé au Théâtre des Champs-Élysées. C’était pourtant une création mondiale en français, c’était quand même Hugo interprété par de grands noms du lyrique, c’était tout même une question contemporaine : celle de la peine de mort l’année de la ratification définitive de son abolition en France, et toujours très largement pratiquée à travers le monde. Badinter avait préparé un discours pour l’occasion. Le public a reçu très chaleureusement cette création et a offert une « standing ovation » de près de vingt minutes aux artistes totalement investis dans leurs personnages. Mais il y a eu un vide total de la part de la critique et des médias en général (si on excepte Opéra magazine) Peut-être parce qu’il s’agissait du clan Alagna ? La fratrie dérange ? C’est quelque chose que j‘avais déjà imaginé avant de me lancer dans le projet. On en est conscient.
Heureusement la vapeur s’est inversée au moment de la sortie du CD, surtout à l’étranger. Pour les mises en scène, au départ, c’était un peu la même chose : Paillasse joué à trois reprises en Espagne et en Italie, n’avait pas été annoncé dans la presse spécialisée en France. Il s’agissait de la prise de rôle de Roberto dans un rôle important et très périlleux. Lorsqu’il l’a chanté à nouveau avec Zeffirelli, on en a parlé dans le monde entier : Paillasse sous la direction de ses frères, on l’a occulté. C’est un fait. Ce n’est pas mon problème. Mon combat est artistique. Ensuite il y a le public, qui nous suit et témoigne une certaine estime et reconnaissance devant le travail effectué avec passion, en vrais amoureux d’art lyrique.

 

 

Pagliacci : Schéma Acte I. Photographie © DR

 

 

Pagliacci: Esquisse Acte I. Photographie © DR

 

Ce qui m’interpelle, c’est que vous avez l’air d’y voir une fatalité qui durera toujours.
Oui, et en un sens je trouve ça regrettable car ce sont des considérations inutiles, cela ne mène à rien. Mais certains journalistes aux griffes acerbes y voit un sujet tout prêt pour leur petites colonnes, alors ils n’hésitent pas, ils inventent des « vérités » faciles à écrire, du genre : « La petite famille a cessé toute activité pour vivre aux crochets de la star », on occulte par exemple volontairement le travail assidu effectué par ma sœur (Marinelle) qui gère la totalité de la carrière de Roberto depuis qu’elle a quitté son poste à la direction du groupe Hersant, il y a quelques années. On préfère oublier que les petits frères exercent leurs activités artistiques à plein temps, avec passion et de façon totalement indépendante. Mais c’est comme ça ! Être frère, cela vous colle à la peau, on ne s’en défait pas. Le problème serait de vouloir s’en défrère (sic)… Vous avez vu le lapsus…

Oui, c’est lacanien. On va publier la bande. Elle est là !
Vouloir s’en défaire pourrait conduire à une forme de souffrance, puisque cela ne peut pas arriver ! Le tout est d’être assez détaché par rapport à ça, et d’être conscient que dans un certain cadre professionnel, il faut plutôt savoir jouer avec. Mais ce n’est pas castrateur, et lorsqu’on change de branche, on en est totalement détaché, comme Frédérico en ce moment dans le domaine des beaux-arts, c’est sans problème.

Il y a vos frères et une famille artistique de fidèles dont Michel Plasson et votre ami Marc Barrard. Que pouvez-vous nous dire de lui ?
Moi, j’adore Marc Barrard parce que c’est un chanteur et un personnage noble. De cette noblesse française du chant, de cette noblesse scénique. Il a une couleur vraiment barytonale et un aigu facile, une voix avec un grain et un feutre en même temps, ce n’est jamais crié ni poussé. J’adore sa ligne de chant si raffinée. Ses interprétations sont émouvantes. Il peut être un excellent Golaud, un Golaud de référence, et être si à l’aise dans des opérettes. Je regrette qu’il ne soit pas plus reconnu. On a très peu de barytons de cette qualité là aujourd’hui (sans oublier mon ami Ludovic Tézier que j’apprécie énormément). Marc est un artiste à 360 degrés, il est plus que complet. On peut tout faire avec lui, du concert, de l’enregistrement, de la scène, de la création, du DVD, parce qu’il a ce personnage vrai et fort, un charisme qui fonctionne aussi en close up. C’est un artiste sur lequel vous pouvez compter, même pour les expériences inédites et délicates. Pour Orphée je lui ai téléphoné et demandé s’il voulait bien faire l’«Amour»…évidemment une proposition de ce genre ça l’a surpris ! Puis je lui ai parlé de l’adaptation, avec humour il m’a répondu tout de suite : « Avec toi, je dis Oui !» c’est assez exceptionnel ! Il est profond, généreux et authentique.

Parmi les jeunes chanteurs avez-vous eu des coups de coeur ?
Oui, je trouve que le jeune ténor sicilien Paolo Fanale est doté d’un timbre chaud et lumineux, d’un physique très avantageux et de beaucoup de talent. Il était Orphée à Bologne en alternance avec Roberto : nous avions cette troisième distribution composée de jeunes artistes sortant de l’école de chant bolognaise, Paolo en faisait partie. Son interprétation du jeune Orphée m’a beaucoup touché. Je l’ai présenté à l’agent qui s’occupe de lui aujourd’hui en France. Il l’a tout de suite envoyé en auditions, son talent a fait le reste, depuis il a déjà parcouru un sacré bout de chemin.

Vous êtes un lecteur d’ODB-opéra ?
Oui, en fonction de l’actualité. C’est un site que j’apprécie pour les infos véhiculées et je pense que beaucoup de chanteurs et amateurs de lyrique jugent nécessaire et important qu’il existe un foyer d’informations et d’échanges passionnés voir passionnels sur le web. Je trouve cela sympa parce que cela fait vivre l’art lyrique de manière directe. De cette façon-ci, même les personnes qui n’ont pas la possibilité d’échanges ouverts avec le milieu, trouvent des oreilles et se sentent participer. Ce qui conduit d’ailleurs à des échanges parfois bouillants. Mais c’est un très beau carrefour culturel. Je peux peut-être faire une petite critique ? Je trouve que trop souvent on y fait des mises aux points non légitimes, on y communique une conviction personnelle que l’on fait passer pour une vérité. C’est dommage, cela discrédite sensiblement le sérieux et le côté « bien organisé » dont nous parlions. Il faudrait réussir, lorsqu’un sujet est traité à plusieurs reprises et fait de l’audimat, ou lorsque le sujet devient parfois une polémique, il faudrait aller à la rencontre des artistes directement concernés et leur proposer un droit de réponse. Je me souviens que pour le Condamné vous aviez généreusement accueilli mon droit de réponse droit de réponse et je vous en remercie à nouveau. Cela permet de mettre en balance un débat, en considérant le pour et le contre. Ce qu’il manque également, c’est le côté « résumé et clôture » des sujets, qui à un moment donné sont très en pointe, puis abandonnés comme cela, en raison d’une nouvelle actualité. L’actualité bouge et les sujets sont éclipsés, mais il ne faut pas oublier que ceux-ci sont restés longtemps dans le vague et certaines affirmations fausses demeurent.

Mais qui aurait légitimé à faire cette synthèse et à conclure ?
C’est à vous de faire la démarche d’organiser des rencontres et de recueillir des propos.

Eh bien, je suis là et nous avons organisé plusieurs rencontres publiques largement ouvertes. Les artistes savent où me contacter. Je suis en contact avec les agents, les maisons d’opéras, les firmes de disques.
Je ne savais pas que vous faisiez des rencontres publiques et je trouve cela très bien. Ce que je veux dire c’est que ces forums de discussion sont lus en France et aussi à l’étranger, ce sont pour certains des forums de référence. Au niveau d’ODB, on est censé être un forum spécialisé et professionnel, et c’est dommage qu’il n’y ait pas toujours ce retour et cet effort de synthèse. En listant les questions récurrentes et en les envoyant par mail il est possible de demander la position des intéressés, et fort probable que beaucoup d’entre eux acceptent de jouer le jeu.

Mais vous êtes tous des invités permanents sur ODB-Opera. Vous pouvez m’envoyer des rectificatifs quand vous le voulez. Vous avez mon portable, mon adresse postale, mon mail. De nombreux autres artistes aussi. Je n’ai pas de sectarisme, vous le savez. Je fais des interviews avec les gens les plus différents.
Oui, je le sais. C’est l’intérêt du site. Mais « invités en permanence » c’est très vague. Les artistes ne vont pas devenir des rédacteurs en chef des colonnes du Forum, ce n’est pas leur rôle, et ce serait la foire à tout ! Il faut quelqu’un en permanence pour gérer tout cela et pour faire le tri. Au sujet des rencontres publiques, cela reste-t-il dans le cercle des invités ?

Non, pas du tout, il y a une retranscription à chaque fois et la rencontre Bacquier et Raimondi a même été traduite en japonais !
C’est super ! Je ne suis pas tombé dessus.

Le Dernier Jour va-t-il revenir à Paris ?
C’est possible, mais il a déjà été présenté deux fois en version de concert, aux Champs-Élysées et à Valencia, s’il revient ce sera en version scénique. Et puis un CD existe, pour la présentation musicale de l’ouvrage je pense que tout cela n’est pas si mal. Mais il s’agit d’un opéra avant tout, pas d’un oratorio, alors vivement la scène ! Une co-production se profile entre plusieurs théâtres à l’étranger, notamment Québec et Manaus, mais je préfère ne pas trop m’avancer. Si cela aboutit, la production passera certainement par la France.

Et puis il y a les projets de Carmen et de Faust ?
Cette proposition de Carmen est assez originale : France-Télévision m’a demandé d’adapter l’opéra pour une jeune distribution de stars de la pop music, en vue d’un « prime time ». C’est le genre d’idées décalées qui me tentent, elles sont amusantes et je les prends très au sérieux. Paradoxalement, ce type d’expérience contribue à perpétuer la tradition de l’art lyrique : Carmen est l’opéra le plus adapté au monde, le plus célèbre par la même occasion… Ma version miserait plus sur le talent déclamatoire et l’énergie physique des artistes pop, plutôt que sur un hypothétique talent purement vocal… Le Châtelet est très intéressé par cette production, mais il semblerait que les dates disponibles ne correspondent pas à celles des stars pressenties pour la distribution. J’ai rencontré quelques candidats aux rôles de Carmen et Don José, ça reste la partie la plus difficile et périlleuse du projet, j’espère que la prod finira par rassembler le cast convaincant, c’est essentiel pour la faisabilité du projet.
Le projet de Faust découlait d’une précédente proposition de l’Opéra Nationale de Paris. Gerard Mortier m’avait demandé de créer un spectacle de fin d’année pour l’entrée de Roberto à l’Opéra Garnier. J’avais donc imaginé un conte lyrique à six personnages : un comédien et les cinq tessitures lyriques, une pièce originale entre théâtre et opéra, l’ensemble sous la baguette du Maestro Georges Prêtre. Au cours de nos rencontres, Monsieur Mortier s’est intéressé à mon travail de metteur en scène et l’idée d’une adaptation du Faust de Gounod l’a séduit d’emblée : « J’aime beaucoup cette idée de déstructuration d’un ouvrage puis de reconstruction » m’a-t-il confié. Par la suite, au cours de l’élaboration de ces deux projets, certaines décisions (pas toujours de la part de la direction) ne m’ont pas paru être les plus favorables à la conception de ces spectacles, ou à la vision que je m’en faisais et j’ai préféré me retirer. La direction tenait à ces projets et m’a demande de réfléchir avant d’y renoncer, mais les principes ayant évolué, je ne me trouvais plus à ma place. Les fameux ingrédients dont nous parlions tout à l’heure ! C’est important pour moi… Mais ces deux spectacles me tiennent à cœur, seront-ils créés un jour ? Intéresseront-ils d’autres maisons d’opéras ? Faisons confiance au destin !

Quelle est votre activité du moment ?
Actuellement, je me consacre à l’écriture musicale, j’ai un projet « LyricoSwing » en chantier : ma manie de vouloir mélanger les genres ! Puis deux sujets qui me titillent pour la composition de nouveaux opéras, des sujets « socio-religieux », mais c’est encore un peu tôt pour en parler. Parallèlement, je reprends contact avec mon atelier de sculpture, mis un peu de côté ces derniers temps.

Etes-vous croyant ?
J’ai été très proche de la religion, par mon éducation, mon catéchisme, par affection. J’avais envie d’être en contact par la prière à une époque. Puis c’est parti brusquement au moment de la mort tragique de Florence, la première femme de Roberto, qui est morte dans des conditions tellement difficiles qu’à un moment on remet tout en question. J’ai perdu la foi. Mais ça reviendra certainement un jour. En tout cas, je me sens proche des religions, la théologie me passionne depuis toujours, et j’aime beaucoup l’aspect historique des personnages religieux, surtout de Jésus Christ.

 

 

 

Photographie © DR

 

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