Benjamin Lazar : prologue en forme de recette de cuisine

 

 

Photographie © Romain Juhel
L'Autre Monde ou les Etats et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac

 

Ingrédients de base : la passion et la persévérance. Facile, a priori. Le premier tout le monde l’a dans sa boite à épice ; le second est plus souvent en rupture de stock. Mais lorsqu’il s’agit de la cuisine d’un metteur en scène, Benjamin Lazar a sa petite touche personnelle. Elle fait toute la différence. En termes bassement économiques, Benjamin occupe une niche : l’esthétique, le théâtre baroque. Ascension rapide, louanges quasi générales à seulement 31 ans, de quoi en laisser plus d’un rêveurs.

D’autant que le service est irréprochable. Aujourd’hui on qualifierait son travail de classique. Costumes d’époque, gestuelle reproduite d’après les traités de jeu du XVIIe siècle, prononciation restituée, rangées de bougies en guise d’éclairage. Visuellement, c’est beau, et l’expérience de ce théâtre remis au goût du jour semble extrêmement novatrice. Forcément quand le public que votre art attire voit sa moyenne d’âge vieillir plus vite que la population française, le classicisme formel (il faudrait dire baroquisme pour être exact) a de beaux jours devant lui.

 

 

Cadmus et Hermione
Photographie © Elisabeth Carecchio

 

Le côté novateur, Benjamin le revendique à moitié. Il place son travail dans la continuité de ceux qui sont allés en Orient – au Japon pour le théâtre Nô par exemple – de ceux qui « ont cherchés dans les arts traditionnels, une source d’inspiration pour les créations occidentales ». Sa démarche est identique mais à travers « un détour par l’occident », un forme de voyage dans le temps.

L’audace paye. « En général, un metteur en scène a envie de monter quelque chose puis il essaie de trouver la production. Et là ça s’est passé par commande […] parce que mon goût pour le théâtre baroque était identifié, on est venu me chercher ». Vincent Dumestre, directeur du Poème Harmonique séduit par son travail de mise en espace sur Il Fasolo, lui sert sur un plateau Le Bourgeois gentilhomme, la comédie-ballet du duo Molière-Lully. Dans le public, il y a Jérôme Deschamps, le futur directeur de l’Opéra Comique. « Il a dit « le Bourgeois je l’ai vu, je l’ai aimé. Qu’est-ce que vous avez envie de faire à l’Opéra Comique ? »
Réponse : Cadmus et Hermione de Lully (livret de Quinault) toujours avec Vincent Dumestre, après un autre projet grandiose, Il Sant’Alessio de Stefano Landi - un compositeur sorti des limbes pour l’occasion. Casting de rêve, sept contre-ténors, collaboration avec William Christie, le très renommé chef d’orchestre des « Arts florissants », il n’en fallait pas moins pour investir le temple de la musique baroque à Paris, le Théâtre des Champs Elysées, après avoir séduit la critique à Caen.

 

 

Il Sant’Alessio
Capture d’écran du DVD - Photographie © DR

 

Comment l’idée lui en est venue ? Une simple rencontre aura suffit. A 12 ans, il est au lycée-collège Montaigne. Un homme répondant au nom d’Eugène Green, un des pionniers dans la redécouverte du baroque, vient animer un atelier théâtre. C’est un évènement fondateur, un de ceux qui décident parfois du cours d’une vie. « J’y suis rentré d’abord par goût, par plaisir physique de jeu et plaisir intellectuel de la découverte de ces auteurs, d’une façon charnelle aussi parce que la gestuelle, la déclamation c’est d’abord un instrument de musique ».

Tous les ingrédients sont là. Dès le départ. Alors Benjamin, continue, d’abord au lycée, puis après un bref passage par une classe préparatoire, il se lance. Il suit une formation dramatique à l’école Claude Mathieu. En 2000, à 23 ans, il a déjà onze années d’expérience « j’étais en mesure de fournir des spectacles professionnels. Je n’étais pas en phase d’apprentissage ». Pas de faux-pas, pas de galère.

Et quand la mayonnaise a pris, il est difficile de s’arrêter. La troupe, réunie dès le projet du Bourgeois reste la même, projet après projet. Notamment Louise Moati, qu’il connaît depuis la classe de Seconde (ils suivaient l’atelier d’Eugène Green ensemble), et qui décrypte avec lui les œuvres sur lesquelles ils travaillent. Le chef dispose donc d’une bonne équipe de marmitons. En vérité il ne considère pas comme cela. Son travail est toujours collectif, il lui échoit la dure tâche de trancher. « Quand ça coince, et qu’il faut aller à l’efficacité, c’est là que ça peut être désagréable. Mais en général je prends sur moi. Je ne suis pas tout miel tout le temps. Mais il y a un moyen d’être exigeant sans être tyrannique. On verra plus tard peut être que ça peut évoluer. » En revanche un bon chef ne cuisine pas qu’une recette.

Alors Benjamin continue sa recherche dans le temps en passant par… son époque. Il sort tout juste de sa nouvelle création Lalala, Opéra en chanson, qui narre l’odyssée de la chanson populaire de la fin du XIXe siècle à nos jours. Pour sûr son public traditionnel a du être choqué d’entendre Madonna chanté par des artistes lyriques ! « Etant donné que j’ai une identification assez forte dans le domaine baroque, je n’attends pas que les gens viennent me demander de faire autre chose. J’essaie de leur dire que j’ai envie de le faire et de susciter leur intérêt, ce qui a l’air de plutôt bien fonctionner. »
Affaire à suivre.

 

 

Photographie © Romain Juhel
L'Autre Monde ou les Etats et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir