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Votre parcours musical a débuté à Nice…
Antoine Palloc : oui, au Conservatoire de Nice où j’étudiais le piano, on devait faire du chœur d'enfants. Je devais avoir 6 ans et je me souviens très bien de cette prof extraordinaire qui dirigeait notre chorale. On avait la chance de participer aux spectacles de l'Opéra de Nice dans Carmen, Werther et Turandot. C’était exaltant…

Il y avait de superbes distributions à Nice à cette époque-là!
Oui, je passais ma vie au poulailler de l’Opéra de Nice. Je me souviens très bien de Katia Ricciarelli dans La Bohème, de Viorica Cortez dans Carmen, de ce Samson et Dalila de luxe avec Domingo et W. Meier…

A l’Acropolis avec Ernest Blanc dans le Grand-Prêtre de Dagon…
Oui ! Je garde un souvenir très fort d’Ernst Blanc et de ses adieux, de son triomphe à la fin de Manon lorsqu’il est venu saluer tout seul et que ses collègues et toute la salle lui ont rendu hommage !

C’était avec Leontina Vaduva
Oui, au milieu des années 1980, l’Opéra de Nice est devenu un vivier de jeunes talents avec Araiza très souvent, Leontina Vaduva dans cette Manon mais aussi June Anderson dans Les Puritains et la Clemenza di Tito avec Von Otter et Jennifer Larmore qui m’a ébloui par ses triolets dans son Parto ! Parto !

Et il y avait une saison de récitals où vous teniez le rôle de tourneur de pages
Oui, c’était très formateur car c'est là que j'ai officié aux côtés de ceux qui allaient devenir mes idoles: Dalton Baldwin, Geoffrey Parsons, Jessye Norman, Gwyneth Jones. Je n'y connaissais rien, mais j'adorais ! J’ai été vraiment marqué par Gundula Janowitz dans Strauss, par le récital de lieder de Peter Schreier.

Vous alliez entendre des pianistes aussi ?
Oui, tout gamin ma grand-mère m’a amené à des concerts de Samson François au Palais de la Méditerranée. Il était ivre mort, jouait les bis deux fois, mais avec un charisme énorme !

Revenons à l’opéra. L’atmosphère était très intense, le public de Nice très enthousiaste, non ?
Oui, à l’époque l’opéra était un art vraiment vivant, agité, agitant ! Depuis on a un peu standardisé l’opéra et l’émotion se fait plus rare. Je pense à ce live qui témoigne d’une époque. Ces Capuleti, à San Francisco je crois, avec Bevery Sills et Tatiana Troyanos où Troyanos se plante dans la première partie de sa cabalette, craque un aigu, avant de se ressaisir royalement, d’interpoler trois aigus supplémentaires et de triompher. On entend le public hurler de joie ! Moi je suis à la recherche de ce type d’émotion qui déferle sur vous et vous dévaste, vous dévore ! Les artistes de cette génération ne cherchaient pas à plaire en rentrant dans un système. Et il n’y avait pas toute cette machine autour de l’art lyrique. Tout s’est uniformisé et on n’est plus à la recherche de l’exceptionnel, d’une qualité de perfection.

Peut être tourner la dernière phrase différemment. ou bien tout s’est uniformisé et nous ne sommes plus, hélas à la recherche de l’exceptionnel…..

Il y a une crise du chant aujourd’hui selon vous ?
En tout cas, il est évident que les Conservatoire sont surpeuplés, qu’il y a trop de jeunes chanteurs qu’on entretient dan l’illusion d’une carrière alors qu’il est de plus en plus difficile de débuter et surtout de durer. . À quoi bon faire croire à des élèves de 28 ans qu'ils vont réussir alors que leur carrière devrait déjà être lancée depuis longtemps ? On vole des années de vie à des jeunes qui finissent tôt ou tard par déchanter.

C’est difficile d’enseigner à des jeunes ? Vous êtes un professeur sévère ?
Non, je ne suis pas du tout sévère mais je ne laisse rien passer. Il faut que les jeunes comprennent que la technique est la clé de tout, que c’est le compositeur qui a pris tous les risques et que la musique est toujours plus forte. Il faut la respecter scrupuleusement. Lorsque je demande « Mais pourquoi respires-tu là ? et que l’on me répond : « mais moi je le sens comme ça » c’est non ! Je devrais publier un livre des excuses de jeunes chanteurs. J’entends trop souvent des artistes dire lorsqu’on leur demande comment s’est passé leur concert « ça va, on a sauvé les meubles ». Il ne faut pas se contenter de l’à peu-près. On peut toujours faire illusion 5 ou 10 ans mais après…

La forme du récital est-elle en crise ?
Oui, il y a un type de récitals fourre-tout et purement promotionnel qui n’attire plus le public. Bien sûr qu’il n’y a plus de tournées de récitals d’une trentaine de dates de par le monde comme j’ai pu en faire au début de ma collaboration avec Jennifer Larmore. Mais regardez le succès du cycle de Christophe Ghristi Convergences à l'Amphithéâtre. Le répertoire était parfois compliqué, souvent pointu, mais le public est plus intelligent et éduqué qu’on ne le croit, était au rendez-vous. Et tous les chanteurs veulent faire du récital.

Vous organisez vous-même une saison de récitals à Paris, L'Instant Lyrique…
Oui, avec Richard Plaza, Sophie de Ségur et Julien Benhamou.

Richard Plaza, le Directeur artistique et le producteur de L'Instant Lyrique, est un ami d'enfance. Nous étions ensemble au Conservatoire de Nice. Avec Richard qui était baryton à l’époque et Franck Ferrari, nous formions un trio d'amis dont j'étais le benjamin. Franck c’est le premier chanteur que j’ai accompagné !

L'idée des récitals dans un lieu assez intime est venue à Richard il y a un peu plus de 3 ans. Nous avons commencé par proposer des concerts dans un grand hôtel parisien, avant de nous installer à l'Éléphant Paname qui nous a accueillis très gentiment, et c'est notre troisième saison dans le très bel hôtel particulier de la rue Volney. Nous avons commencé avec un petit budget en faisant appel aux copains qui, tous, répondu « Présents ! » avec une énorme gentillesse : Nathalie Manfrino, Karine Deshayes, Anne-Sophie Duprels, Isabelle Cals… J’ai voulu programmer, avant qu’elle ne soit trop sollicitée, une jeune chanteuse que j’avais repérée au concours Reine Elisabeth, la soprano Chiara Skerath, une très belle rencontre que la vie m'a réservée. Il faut faire vivre le vivier.

Quelle est la philosophie de votre programmation ?
L’idée c’est de faire de la musique, de la faire vivante, d’offrir des moments « furtifs et rares » selon la formule favorite de Richard. Donner des récitals d’une heure environ, devant une centaine de personnes, comme à l’époque des Salons finalement où presque tout ce répertoire de mélodies a été créé. La dimension réduite de la salle permet d’aller chercher des délicatesses, des cisèlements, de la tendresse, des couleurs… Nous voulons aider les jeunes, aller un jour apporter la musique en milieu carcéral par exemple.

Et vous allez accompagner de septembre à mai une dizaine de récitals avec de grands talents.
Oui, je les accompagnerai tous sauf celui de Patrizia Ciofi qui donne le même programme avec une autre pianiste deux jours avant dans une autre ville et ne va donc pas changer de pianiste entre temps, bien sûr. On commence le 26 septembre avec un récital de mélodies françaises de Yann Beuron.

 

 antoinepalloc b

 Photos nikolai schukoff

 

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