Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

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Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

Message par jeantoulouse » 10 nov. 2019, 15:21

Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

Jessica Pratt Soprano
Fabio Centanni Piano


Gaetano Donizetti (1797-1848)
N'ornerà la bruna chioma
La Gondola                                                            
Vincenzo Bellini (1801-1835)
Malinconia, ninfa gentile                                       
La Ricordanza                                                         
Giuseppe Verdi (1813-1901)
Ad una stella      
Lo spazzacamino
Franz Liszt (1811-1886)
Paraphrase de concert sur Rigoletto (piano solo)
Vincenzo Bellini
La Sonnambula Air d’Amina : « Ah ! Non credea mirarti... Ah ! Non giunge »
*****
Richard Strauss (1864-1949)
Ich schwebe op. 48 n°2
Befreit op. 39 n°4               
Morgen op. 27 n°4                
Amor op. 68 n°5                  
Alfred Bachelet (1864-1944)
Chère Nuit                                
Eva dell’Acqua (1856-1930)
Villanelle                                  
Claude Debussy (1862-1918)
Images, 2e série : Poissons d’or (piano solo)
Ambroise Thomas (1811-1896)
Hamlet
Air d’Ophélie : « À vos jeux, mes amis »

Ce n'est pas à un festival de pyrotechnie que nous invite d'abord ce soir Jessica Pratt, mais à un récital de lieder et de mélodies, tendres, mélancoliques où la pureté de la voix et le sens du legato triomphent. N'ayant pu pour des raisons de santé honorer à son vif regret sa participation en Zerlinette à l'Ariane à Naxos de la saison dernière, elle offre essentiellement une prestation douce, sensible, impeccable de style : la virtuosité n'a rien d'extérieur ou d'artificiel, mais la respiration, la technique, l'art du chant – le bel canto – expriment les émotions les plus pures. Certes l'air d'Adina de La Somnambule et celui d'Ophélie (et quel bis ! ) révèleront à la fin des deux parties les effets spectaculaires que l'on espère aussi, avec maestria, mais perdurera le souvenir d'une cantatrice à la voix certes éclatante et puissante, mais dont l'interprétation aura su exprimer un lyrisme à fleur de peau ou d'âme, riche d'émotions subtiles.

Malgré des aigus glorieux, péremptoires dans les vincero qui concluent la cavatine initiale de Donizetti, le début du récital déçoit un peu, tant le timbre apparaît anonyme, la voix comme estompée, légèrement embrumée. Mais dès les Bellini et les Verdi, la technique belcantiste, l'art du legato, la longueur et la souplesse de la ligne (splendeur de la fin de La Ricordanza), le timbre redevenu riche et corsé, le sens des nuances haussent le niveau à un point d'expression émotionnelle qui se déploie dans la romance Ad una stella de Verdi, aspiration tendre et mélancolique de l'âme opprimée et prisonnière pour se libérer. Intelligence dans la composition du programme : avec Lo spazzacamino (Le ramoneur), on change le climat et on s'approche doucement, avec finesse, de la virtuosité à venir.L'air d'Amina (La Somnambule) et son long récitatif manifestent l'habileté à varier les affects, les rythmes, les couleurs, les reprises et à composer un portrait féminin d'une grande finesse.

Une pause s'impose pour évoquer le jeu pianistique de Fabio Centanni. Je ne connaissais pas cet interprète. Il s'avère exceptionnel. Les deux soli qui lui sont réservés sont signés d'un très très grand musicien. Le Liszt, élégant et puissant (main gauche vigoureuse, droite ailée) , le Debusy, brillant, souple, frétillant, fluide, coloré sont ceux d'un maître. Évidemment l'accompagnement des mélodies belcantistes ne fait pas briller singulièrement toutes ses capacités. Mais dans la Somnanbule, il se substitue à l'orchestre et au chœur avec brio et les Strauss à venir participent pleinement à la construction du chant et de l'émotion de la cantatrice. Fabio Centani : c'est à ce choix de l'accompagnateur que l'on reconnaît aussi les grands récitalistes !

La seconde partie du concert offre un bouquet splendide de lieder de Richard Strauss dont Befreit et Morgen. Dans le premier, bouleversant chant d'amour et d'adieu que les plus grand(e) s ont interprétré, on admire la force expressive de la voix sur weinen et la longueur de la note tenue sur le O Gluck final. Morgen glisse sur le public sous le charme comme un instant de paix baigné d'une lumière d'or. Amor, cette malicieuse fabulette de style mignard où l'Amour se brûle les ailes au feu avant d'enflammer le cœur de la bergère, fait entendre une Zerbinettte, vive, sautillante à laquelle manquerait peut-être un rien de mutin ou de badin. Le compositeur Alfref Bachelet a écrit sa Chère Nuit (belle mélodie avec un piano quasi debussyste) pour Nellie Melba, cantatrice australienne... comme Jessica Pratt qui semble ainsi rendre hommage à son illustre devancière et à la langue française dont la prononciation s'avérera, ici et ensuite, remarquable ( r légèrement appuyés, e muets respectés avec l'élégance requise chez Thomas). La Vilanelle d'Eva dell' Acqua marie l' élégance de la ligne,l' art du chant simple, la transparence du timbre et la virtuosité, la pureté des vocalises, la tenue des aigus. Le grand air d'Ophélie (Hamlet d'Ambroise Thomas) fait valoir autant la hardiesse de la vocalisation que l'art de composer une scène et un personnage. Le chaleureux succès obtenu nous valent deux bis, dont l'ébouriffant air de Cunégonde dans le Candide de Bernstein. Jusque là, la chanteuse, bien sage derrière son pupitre, plus mobile de physionomie que dans ses mouvements, cependant naturels et souples, avait respecté le climat des mélodies choisies, intimes, d'un lyrisme sans pathos et sans débordement. Là voici désormais libérée, arpentant la scène, s'asseyant en le bousculant sur le siège du pianiste, s'adressant à la tourneuse de page ou au public avec espièglerie ou abattage, s'amusant dans une sorte d'auto parodie de la diva virtuose vouée à la pyrotechnie la plus déjantée, révélant un art de la scène époustouflant. Je n'ai jamais entendu ou vu cet air fameux chanté avec autant de verve, d'aplomb, d'allure... et de maîtrise vocale. Délire public garanti.

Après le magnifique succès obtenu à Bordeaux dans les quatre figures féminines d'Offenbach dans les Contes d'Hoffmann, après son triomphe à Marseille dans les tout récents Puritains de Bellini, Jessica Pratt confirme les grandes qualités relevées par tous les ODBiens ici et là, en ajoutant peut-être, une corde à son arc : l'art du récital, intelligent, bien construit, nuancé, équilibré, dans le quel brillent toutes les facettes de son talent. Puisse-t-elle bientôt honorer à Toulouse dans un opéra l'engagement dont l'absence, on le sent bien aujourd'hui, nous a tant manqué.

Jean Jordy

PS. Toulouse, une des capitales du belcanto ou du chant lyrique ? Si cette réputation, de toute façon excessive, a un fond de vérité, pourquoi le récital de Jessica Pratt , loin d'afficher complet, se donne -t-il devant une salle au tiers vide (ou même à moitié ) ? A 20 euros la place (quel que soit le placement), quel conformisme, quelle absence de curiosité expliquent-ils ce déficit ?

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Re: Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

Message par muriel » 11 nov. 2019, 09:59

dommage, manque de curiosité
On ne va voir que ce qu'on connaît déjà ....

Et bravo encore une fois à France Musique pour sa non mission de service public

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Renard
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Re: Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

Message par Renard » 11 nov. 2019, 18:37

Je crois qu'il vaudrait mieux mettre tous les récitals à 12h30, comme les Midis du Capitole qui sont toujours pleins.

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Re: Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

Message par jeantoulouse » 12 nov. 2019, 11:33

Les Midis du Capitole sont pleins en raison du faible prix (5 euros) et de leur brièveté (1h maxi). Mais ils ne drainent qu'un public strictement toulousain, libre entre 12h 30 et 13h30. La plupart des artistes lyriques invités ont une plus faible notoriété (et ce n'est en rien sous-estimer leur talent) que ceux des soirées. Christophe Ghristi a bien l'intention de maintenir l'une et l'autre de ces programmations.
Prochaine invitée du récital du soir : Annick Massis le 14 février. Au programme, mélodies de Bellini et Poulenc. Et en seconde partie La Voix humaine.
Prochain Midi du Capitole : Jeudi 28 novembre, Janina Baechle qui incarnera la première Prieure dans le Dialogue des Carmélites à partir du 22 novembre.

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Re: Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

Message par paco » 12 nov. 2019, 11:38

Ce problème de remplissage n'est pas que toulousain. Il a déjà été évoqué sur le forum à l'occasion de récitals parisiens aux 3/4 vides, y compris pour des chanteurs assez connus. En dehors de la Bartolimania et de la Kaufmania, peut-être aussi la Florezmania, remplir un récital, a fortiori pour un programme de lieder et mélodies, est devenu très difficile. La formule n'est tout simplement plus dans l'air du temps (on peut d'ailleurs en dire autant des récitals instrumentaux, là aussi en dehors de quelques "mania" indétrônables la plupart des récitals se déroulent devant des salles peu remplies).

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Re: Récital Jessica Pratt. - Capitole Toulouse – 09/11/2019

Message par jeantoulouse » 12 nov. 2019, 11:59

Entièrement d'accord, y compris pour les "grands" noms évoqués.
Il est significatif par exemple qu'au Festival Castell de Peralada , Florez a pu donner son récital dans la très grande salle en plein air et archicomble et Xavier Camarena dans une petite église (certes remplie) ! ...

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