Concert Emiliano Gonzalez Toro - "Rasi, la voix d'Orfeo" - Quimper - 11/08/19

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Concert Emiliano Gonzalez Toro - "Rasi, la voix d'Orfeo" - Quimper - 11/08/19

Message par HELENE ADAM » 10 août 2019, 09:01

Semaines musicales de Quimper 2019

Ensemble I Gemelli
"Rasi, la Voce di Orfeo"

Avec
Emiliano GONZALEZ - TORO, ténor et direction
Thomas DUNFORD, luth
Louise PIERRARD, viole de gambe
Marie-Domitille MUREZ, harpe double

le 11 Août, théâtre Max Jacob à Quimper.

Programme :
O che feliche giorno (F.Rasi)
Indarno Febo (F.Rasi)
Filli Mia (F.Rasi)
La Mantovana (G.Cenci)
Lascatemi qui solo (F.Caccini)
Un di soletto (J.Peri)
Gagliarda del principe di venosa pour harpe seule (C.Gesualdo)
Lamento d'Apollo (M. Da Gagliano)
Amarilli (G.Caccini)
Toccata Kapsberger pour luth solo
Cara mia cetra (S. D’india)
Ardo ma non ardisco (F.Rasi)
Canario pour luth seul
Amico hai Vinto (S.D’india)
Quel sguardo Sdegnosetto (C.Monteverdi)
Suave Melodia pour Harpe et Viole da gamba (A.Falconieri)
Dalla porta d’oriente (G.Caccini)
E viver e morire (A.Falconieri)

Extrait de la notice, à propos de Francesco Rasi, créateur du rôle d'Orfeo, aux origines de l'opéra :
Fascinante légende que celle de Francesco Rasi ! Le créateur du rôle-titre de l’Orfeo de Monteverdi ne fut pas seulement un chanteur virtuose, adulé du monde musical en ce début du 17è siècle.
C’était un musicien accompli, capable de s’accompagner lui-même au chitarrone et au clavecin, un compositeur reconnu et un poète. Mais Rasi était avant tout gentilhomme, et de bonne maison. Sa carrière musicale ne fut pas motivée par le souci de gagner sa vie, car un aristocrate ne mendie pas les faveurs d’un mécène. Il fut au contraire pris dans l’effervescence de création qui vit naître ce qu’on appelle aujourd’hui le « baroque ». Côtoyant Monteverdi, Caccini, Gagliano ainsi que les plus grands chanteurs de son temps, il fut l’interprète majeur de l’invention de l’opéra, tout en participant pleinement, comme librettiste et compositeur, à cette naissance collective. D’un point de vue vocal, les musiques composées à son attention montrent une personnalité tout aussi hors-norme. Sa qualité la plus évidente fut sans doute sa virtuosité, héritière des Caccini et Luzzaschi. L’air « possente spirto » de l’Orfeo, pierre de touche de l’opéra, est le sommet du genre du premier baroque. Mais il ne faut pas oublier la longue lamentation du 5è acte (« questi i campi di Tracia ») réclamant une puissance tragique de premier plan, alors que le reste du rôle se réclame plus du registre pastoral. Dans ses propres compositions, Rasi montre, en vrai poète, une attention particulière au texte, une utilisation délicate des affetti et un art consommé de la diminution. Fêté, adulé, et quoiqu’ayant été au service des Médicis et des Gonzague il n’eut jamais de maître. Encore moins de morale... Ce « prince noir », à l’instar de Gesualdo, ne recula pas devant les crimes les plus ignobles. Ses mœurs atroces, à côté de ses rôles de bergers mythologiques et la beauté de sa propre musique montrent un contraste saisissant, que n’auraient pas renié Byron ou les poètes maudits. Ce programme, en reprenant les œuvres composées pour et par Francesco Rasi, tente de définir les contours d’une personnalité hors du commun, par son talent, sa propre vie, et par sa place dans la naissance de la musique moderne.

https://www.semaines-musicales.bzh/11-aout

Voir aussi dans les dossiers ODB, notre entretien avec Emiliano Gonzalez Toro
http://www.odb-opera.com/joomfinal/inde ... zalez-toro

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Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

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Re: Concert Emiliano Gonzalez Toro - "Rasi, la voix d'Orfeo" - Quimper - 11/08/19

Message par HELENE ADAM » 13 août 2019, 09:05

Soirée du 11 Août

L’arrivée des premiers opéra (favola in musica) au tout début du XVIIème siècle (Seicento, les années 1600 selon l’appelation italienne) est le résultat d’une évolution significative de la musique qui a ses « héros ». Francesco Rasi, créateur du rôle d’Ofeo dans l’opéra de Monteverdi, est l’un d’eux. Il est tout à la fois de noble naissance, le chanteur le plus célèbre de l’époque, un compositeur, un joueur de luth et en particulier de cet étrange instrument à double série de chevilles et long manche interminable, qu’on appelle le théorbe ou chitarrone pour le théorbe romain. Il est dès son enfance, l’élève d’un des compositeurs célèbre de l’époque, Giulio Caccini. Les princes de l’Italie se l’arrachent littéralement (notamment le prince de Medicis à Florence). Il voyage énormément dans toute l’europe et sa rencontre avec Monteverdi a lieu juste après sa participation à l’Euridice de Jacopo Peri et au Rapimento di Cefalo de Giulo Caccini. Il a donc logiquement et efficacement participé au travail de composition de l’Orfeo que Monteverdi présentera avec lui en 1607 à la cour du Duc de Mantova où Rasi s’est fixé depuis quelques années.
Emiliano Gonzalez Toro et Thomas Dunford refont vivre à eux deux, l’extraordinaire musicien que fut le légendaire poète-musicien italien.
Ils rajeunissent considérablement l’approche traditionnelle de cette musique parfois considérée comme « ennuyeuse » en lui donnant vie, expressivité, malice et finalement dimension universelle et intemporelle du chant amoureux.
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Le théâtre Max Jacob à Quimper n’est pas tout jeune et il n’a pas forcément été très récemment rafraichi. N’importe, il garde un charme un peu désuet des vieux théâtres à l’italienne, velours rouges et dorures usées, petite scène et éclairages discrets. Si discrets qu’on ne distingue au départ que la harpe posée entre les trois chaises et derrière le pupitre. Dès son arrivée Emiliano Gonzalez Toro, avec la chaleur habituelle qu’il sait communiquer au parterre, situe le récital, son époque, son style, la cour du duc de Mantoue en 1600 et l’éternité des chants d’amour.
L’accompagnement est sobre et efficace : Thomas Dunford est l’un des meilleurs joueurs de ce grand luth à double registre, dont Francesco Rasi était un virtuose.
Une très belle harpe et deux violes de gambe (une grande ou une petite) pour compléter ce duo qui fonctionne magnifiquement et donne un élan et une expressivité exceptionnelles à ces chants baroques venus de l’aube des temps de la musique lyrique.
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Les accompagnements instrumentaux limités de l’époque, donnent d’ailleurs toute sa place à la voix et à son épanouissement.
Dès son « O che feliche giorno », poésie joyeuse de Rasi, le ton joyeux et le si beau timbre d’Emiliano Gonzalez Toro, rend compte de la modernité de thèmes éternels mis en musique avec beaucoup de grâce. A l’époque de Rasi (auteur des deux airs qui suivent), ce sont les paroles qui comptent. La musique les habille uniquement et cette valorisation du texte (le fameux recitar cantando), sculpté par la diction riche, expressive et variée du ténor, sait captiver un auditoire suspendu à ses lèvres. Il introduit chaque chant, son sens, son contexte, son auteur.
Nous passons en revue ainsi quelques uns des plus grands compositeurs de l’époque, Peri et Caccini notamment, ce dernier nous offrant des airs vivants et rapides où les vocalises habiles du ténor font merveille pour animer la salle et provoquer finalement une ovation méritée. Poèmes gais, tristes, épiques, vocalises précises ou legato langoureux, la variété des émotions est au rendez-vous et le choix du programme donne un bel aperçu du chant traditionnel dont les cours des Princes raffolaient.
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Un morceau solo, un canario, pour notre génial luthiste (qui nous montre la difficulté à accorder son instrument au manche géant), pour la belle harpiste et pour la joueuse de viole de gambe avant les « bis » que l’équipe finira au fronton de la scène, le plus près possible du public, dans un déchainement rythmique très jouissif et qui place définitivement cette musique ancienne, dans la modernité la plus agréable.
Très beau concert, très bien mené par des artistes qui savent intéresser leur public et ont conquis les cœurs de ceux qui ont assisté à cette soirée fort réussie.
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Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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