Offenbach- Maître Péronilla- vc- Poschner- TCE- 1/06/2019

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JdeB
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Offenbach- Maître Péronilla- vc- Poschner- TCE- 1/06/2019

Message par JdeB » 30 mai 2019, 11:01

Offenbach – Maître Péronilla, ou La Femme à deux maris (1878)
Opéra bouffe, sur un livret de « Monsieur X. »

Véronique Gens - Léona
Tassis Christoyannis - Ripardos
Anaïs Constans - Manoëla
Chantal Santon-Jeffery - Alvarès
Antoinette Dennefeld - Frimouskino
Eric Huchet - Maître Péronilla
François Piolino - Guardona
Patrick Kabongo - Vélasquez major
Loïc Félix - Vélasquez junior
Yoann Dubruque - Le Marquis / Don Henrique
Matthieu Lécroart - Don Fabrice / 1er Juge
Raphaël Brémard - Le Notaire / Pedrillo
Jérôme Boutillier - Le Corrégidor / Bridoison / Juanito
Antoine Philippot - Le Valet / Le Majordome / L’Huissier
Philippe-Nicolas - Martin Felipe / Antonio / 2e Juge
Diana Axentii - Paquita / Marietta / Rosita

Orchestre National de France
Chœur de Radio France (direction Mark Korovitch)
Markus Poschner – direction musicale

Dans le cadre du 7e Festival Palazzetto Bru Zane à Paris
Coproduction Théâtre des Champs-Elysées / Radio France / Palazzetto Bru Zane
Théâtre des Champs-Elysées, 1er juin 2019.



Image

Composé pour le Théâtre des Bouffes-Parisiens inauguré en 1855, Maître Péronilla ou La Femme à deux maris utilise plusieurs ressorts de l’opéra-comique du XVIIIe siècle, en les infléchissant vers une parodie bien de son temps. Créé le 13 mars 1878, cet opéra dit bouffe n’obtint pourtant pas de réel succès et les représentations s’arrêtèrent au bout de cinquante représentations. Faut-il s’en étonner ? En dépit d’une véritable maestria musicale et une orchestration souvent exquise, le livret (signé de « Monsieur X. » mais qui serait en réalité du compositeur) est assez bancal et manque d’architecture pour enlever réellement le morceau, bien qu’il lorgne avec moult clins d’œil vers le Mariage de Figaro (on y retrouve entre autres, le Brid’oison bègue de la pièce), espagnolades oblige. Si les morceaux de bravoure s’égrènent, qui en airs ou duos drolatiques, qui en romances délicates, qui en plaisante mais rare couleur locale, l’intrigue s’avère assez pauvre et les incidents bien trop dilués pour susciter rires ou intérêt soutenu durant les quelques deux heures de spectacle. Le livret manque étrangement de la folie et de la démesure absurde que le genre ou l’intrigue appelaient.

Elle était pourtant prometteuse. Alvarès s’est épris de Manoëla qui retourne ses sentiments. Hélas, sa tante Léona guigne aussi le séduisant jeune homme. Elle parvient à l’éloigner et organise un mariage entre sa nièce et le vieux et riche Guardona. Tous deux épris de leur cousine, le soldat Ripardos et le clerc de notaire Frimouskino parviennent à substituer un époux pour un autre durant la cérémonie religieuse qui se déroule dans une chapelle obscure. Hélas, Manoëla a paraphé le contrat civil le matin même avec son vieux mari… Après diverses péripéties, fuites et quiproquos, Manoëla est accusée de bigamie et enfermée dans un couvent, en attendant son procès. C’est son père chocolatier, Maître Péronilla, qui plaide sa cause et parvient à faire annuler le mariage civil, profitant d’une erreur commise dans la rédaction de l’acte de mariage civil : il indiquait l’âge de Léona, laquelle a un prénom avec sa nièce. Elle se retrouve donc mariée à Guardona, et Manoëla à Alvarès.

Saluons une distribution très homogène, à la diction impeccable et qui empoigne ces figures caricaturales en leur conférant une réelle vie théâtrale. Rôle-titre finalement peu présent dans le déroulement des péripéties, Eric Huchet délivre avec une gourmandise communicative, l’œil qui frise et l’aigu qui scintille, de mémorables Couplets du chocolat. Ses interventions incarnées jusque dans son immobilité insufflent une vivacité bienvenue dans cette version de concert. Espagnole jusque dans l’écarlate de sa robe, Véronique Gens campe une altière aux gestes amples et une féroce amoureuse dans une savoureuse Ballade de la Belle Espagnole. Ce couple fraternel éclaire l’ensemble de la distribution par ses interventions pince-sans-rire. En Manoëla, Anaïs Constant fait valoir fausse candeur espiègle et la séduction immédiate d’une voix pleine et corsée. Cette fausse ingénue vaut bien une Rosine ! On aurait aimé plus de mordant chez son second époux, Chantal Santon-Jeffery, malgré ses mimiques belliqueuses, mais sa Malagueña témoigne d’un chant lumineux et agile, tandis que ses romances brillent par leur intériorité. L’autre mari trouve en François Piolino vis comica et présence. Véritable rôle pivot et deus ex machina de l’intrigue, le Frimouskino d’Antoinette Dennefeld pétille comme un cœur, modulant sa voix chaude avec ironie et délicatesse, que ce soit dans un rondo-galop enfourché en un rythme effréné ou dans la réminiscence de baisers à lui non destinés. Son comparse en stratagème Ripardos reste toutefois en retrait, car Tassis Christoyannis joue la carte du maniérisme sans être pleinement crédible dans cette caricature de conspirateur. Parmi la pléthore de personnages ayant un impact plus ou moins négligeable sur l’intrigue, relevons les désopilants Patrick Kabongo et Loïc Félix, Vélasquez avides de parapher ; Raphaël Brémard, notaire aussi sourd qu’un Professeur Tournesol, délivrant avec aplomb et à propos des plaisanteries désormais éculées ; Yoann Dubruque en marquis goguenard, tandis que Matthieu Lécroart juge cette folle escapade avec impavidité. Bien que partiellement noyée par un chœur trop sonore, Diana Axentii campe un autre avatar de l’Opinion Publique avec intensité et assurance.

Enlevée par un Orchestre National de France qui s’amuse visiblement à accompagner cette historiette en alternant raffinement et élan, castagnettes incluses, la partition nous offre plusieurs numéros séduisants, détaillés avec finesse par Markus Poschner. Parfois incompréhensibles, les chœurs de Radio-France ne sont pourtant pas à la fête, la partition leur offrant peu d’occasions de vraiment briller.

Plus qu’une redécouverte majeure, il s’agit d’une bien plaisante curiosité et d’un jalon intéressant dans l’œuvre d’Offenbach, que l’on pourra également entendre le 23 juin à 20h sur France Musique.

Emmanuelle Pesqué

On peut trouver un excellent dossier consacré à l’œuvre sur le site du Palazetto Bru Zane

Le programme de salle, consultable en ligne, propose une excellente analyse de Gérard Condé.

Le livret est disponible sur Wikisource
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Re: Offenbach- Maître Péronilla- vc- Poschner- TCE- 1/06/2019

Message par EdeB » 03 juin 2019, 17:30

Mon compte rendu a été publié en tête de ce fil.
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