On chante à l'opéra

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faustin
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Il était un roi de Thulé

Message par faustin » 16 juil. 2005, 19:57

MARGUERITE
Je voudrais bien savoir quel était ce jeune homme,
Si c'est un grand seigneur et comment il se nomme?

"Il était un roi de Thulé, qui jusqu'à la tombe fidèle,
Fit en souvenir de sa belle,
Une coupe en or ciseler!"


Il avait bonne grâce, à ce qu'il m'a semblé

" Nul trésor n'avait plus de charme!
Dans les grands jours il s'en servait
Et chaque fois qu'il y buvait
Ses yeux se remplissaient de larmes!...

Quand il sentit venir la mort,
Étendu sur la froide coucke,
Pour la porter jusqu'à sa bouche
accomplit un suprême effort!"


Je ne savais que dire, et j'ai rougi d'abord!

"Et puis, en l'honneur de sa dame,
Il but une dernière fois;
la coupe tramblait dans ses doigts
Et doucement il rendit l'âme."


Jules Barbier Michel Carré

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Richard Coeur de Lion de Grétry

Message par faustin » 16 juil. 2005, 20:11

LA COMTESSE

Ah! Le monde est tant changé.
Je peux le dire: des cavaliers, de grandes dames pour rire.
Je vous l'assure sur ma foi!
Dans ma jeunesse oui autrefois, c'étaient des danses ravissantes;
Des menuets, des pavanes amusantes
Et quels danseurs! Quels chanteurs!

Le duc d'Orléans, le duc d'Ayen,
Le duc de Coigny, la comtesse d'Estrades,
La duchesse de Brancas,
Tous les noms de France,

Et même j'ai chanté un jour
Devant la marquise de Pompadour.
Oui, oui, en sa présence,
Le duc de La Vallière loua ma voix!

Un jour à Chantilly, chez le Prince de Condé,
mon chant charma le roi.
Ce chant toujours je l'aime,
Je crains de lui parler la nuit,
J'écoute trop ce qu'il me dit...
Il me dit je vous aime
et je sens malgré moi,
Je sens mon coeur qui bat qui bat
Je ne sais pas pourquoi...


Modeste et Piotr Ilitch Tchaïkovski, citation de Richard Coeur de Lion de Grétry livret de Sedaine

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La chanson de Hylas

Message par faustin » 16 juil. 2005, 20:25

Un jeune matelot phrygien chante en se balançant au haut du mât d'un navire.

HYLAS
Vallon sonore
Où dès l'aurore
Je m'en allais chantant, hélas!
Sous tes grands bois chantera-t-il encore,
Le pauvre Hylas?
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l'enfant de Dindyme!
Fraîche ramée,
Retraite aimée
Contre les feux du jour, hélas!
Quand rendras-tu ton ombre parfumée
Au pauvre Hylas?
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l'enfant de Dindyme!

Humble chaumière,
Où de ma mère
Je reçus les adieux...


Écrit et composé par Berlioz pour son fils qui était marin.

Faustin

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la romance de l'étoile

Message par faustin » 16 juil. 2005, 20:49

WOLFRAM
qui a longtemps suivi Élisabeth des yeux s'assied au pied de la colline et commence à jouer de la harpe:

Wie Todesahnung Dämmerung deckt dir Lande,
umhüllt das Tal mit schwârzlichem Gewande;
der Seele, die nach jenen Höhn verlangt,
vor ihrem Flug durch Nacht und Grausen bangt.
Da scheinest du, o lieblichster der Sterne,
dein sanftes licht entsendest du der Ferne;
die nächst'ge Dämmerung teilt dein lieber Strahl,
und freundlich zeigst den Weg aus dem Tal,
O du, mein holder Abendstern,
wohl grüßt' ich immer dich so gern:
vom Herzen, das sie nie verriet,
grüsse sie, wenn sie vorbei dir zieht,
wenn sie entscwebt dem Tal der Erden
ein sel'ger Engel dort zu werden!


Prémonition funèbre le crépuscule couvre la lande,
enveloppant le val de sa cape de cendre,
et l'âme qui voudrait s'élancer vers les cieux
tremble d'ouvrir les ailes en cette nuit lugubre.
Mais tu parais alors, ô toi la plus charmante des étoiles,
tu nous envoies, de loin, le réconfort de ta lumière,
ton cher rayon perce le crépuscule et ses ténèbres
et tu nous montres, amie, où sortir du vallon.
Ô douce étoile du berger,
toi que toujours j'aimai saluer
du fond d'un coeur qu'elle n'a pas trahi,
salue, si elle passe près de toi,
celle qui va quitter les terres de ce val
pour devenir au ciel un ange bienheureux


Il continue à jouer de la harpe, les yeux fixés vers le ciel

Richard Wagner

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la berceuse d'Arnalta

Message par faustin » 16 juil. 2005, 21:11

ARNALTA
Adagiati, Poppea,
Acquietati, anima mia:
Sarai ben custodita.
Obliovon soave
I dolci sentimenti
In te, figlia, addormenti.
Posatevi occhi ladri,
Aperti deh che fate,
Se chiusi anco rubate?
Poppea, rimanti in pace;
Luci care e gradite,
Dormite omai dormite


Allonge-toi, Poppée,
Repose en paix, chère âme:
Tu seras bien gardée.
Au suave oubli du sommeil
Abandonne, ma fille,
Tes tendres sentiments.
Reposez-vous, yeux voleurs,
Pourquoi rester ouverts
Puisque, fermés, vous dérobez encore?
Poppée, repose en paix;
Chers beaux yeux,
Dormez, maintenant, dormez.


Gian Francesco Busenello

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Message par bajazet » 16 juil. 2005, 21:31

Et maintenant, Faustin va nous chanter tout ça ! :wink:

Je reviens aux 2 airs de Papageno, qui ont été cités. Cas très intéressant de limite très floue entre ce qui est "chanson" et ce qui ne l'est pas.
On peut aussi bien considérer que c'en sont (recherchant ma présence :wink: ) ou non : comment décider ? La forme strophique, ostensiblement "populaire", inciterait à les considérer tels, si par ailleurs la situation théâtrale à ce moment-là ne justifiait guère ce point de vue (surtout pour le second, il me semble).

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l'invocation à la lune de Rusalka

Message par faustin » 16 juil. 2005, 21:55

bajazet a écrit : Je reviens aux 2 airs de Papageno, qui ont été cités. Cas très intéressant de limite très floue entre ce qui est "chanson" et ce qui ne l'est pas.
Autre cas, où je me pose la question, la célèbre invocation à la lune de Rusalka.

Rusalka descend du saule lentement, passe sur la surface de l'eau et va s'asseoir sur une pierre proche de la berge pour regarder la lune. Elle chante en contemplant la lune, qui entre-temps est apparue et illumine tout le paysage. C'est une belle luit d'été.


RUSALKA
Petite lune, si haute dans le ciel,
ta lumière transperce le lointain,
tu vas de par le vaste monde,
tu vois jusque chez les humains.
Petite lune, arrête toi un instant,
dis-moi où est mon amour!


Elle tend les bras vers le lointain puis regarde de nouveau la lune.

Et dis-lui, petite lune d'argent,
que pour moi tu l'entoures de tes bras,
dis-lui pour qu'au moins un instant
il se souvienne de moi en songe.
Éclaire-le, là-bas, très loin,
et dis-lui comme je l'attends!


Elle tend encore les bras vers le lointain. La lune commence à disparaître doucement derrière les nuages.

Et si j'apparais en songe à cette âme humaine,
fasse qu'elle s'éveille avec ce souvenir!


La lune s'est cachée

Ah, petite lune, non, ne te cache pas, ne te cache pas!

Texte de Jaroslav Kvapil

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Message par bajazet » 16 juil. 2005, 22:06

De mon point de vue, ça n'a RIEN à voir avec une chanson : c'est une invocation, très précisément. C'est comme si on disait que l'Invocation à la Nature du Faust de Berlioz était une chanson. Ce qui fait illusion, je pense, c'est la forme fortement close du morceau.

La plupart des monologues d'opéra sont des invocations, à des présents ou à des absents, animés ou inanimés : "Salut, demeure chaste et pure" ?

Je ne suis pas sûr que la prière soit assimilable à la chanson, sauf quand elle prend la forme figée d'un cantique ou d'une ballade. Le propre de la chanson, c'est que n'importe qui peut la chanter sans changer les paroles, elle est en quelque sorte impersonnelle, et de ce fait détachable du contexte précis de telle scène. C'est le cas de la Chanosn du saule, pas de l'Invocation à la Lune de Roussalka.

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Message par Tom » 16 juil. 2005, 22:26

Je suis d'accord avec Bajazet sur l'air de Russalka. En revanche, je ne suis pas vraiment d'accord avec lui sur Papageno. S'il y en a un des deux qui est discutable, c'est plutôt le premier.

La question de Xavier en lancant ce débat ne portait pas sur la forme -strophique, couplets/refrain - car à ce moment là, tous les rondos sont des chansons, mais sur une mise en abyme musicale.

Papageno dans son air d'entrée chante une chanson, un volkslied, comme on chante en travaillant, mais après tout, on pourrait tout-à-fait imaginer qu'il se parle tout seul comme le font les enfants: "et je fais ca, et là je fais cà,"etc. Alors que dans le deuxième air, il est en train de parler "Ich möchte, ich wünschte... ja was denn?", et s'il se met à chanter, c'est parce que le Glockenspiel -qui n'est pas ici seulement un instrument de l'orchestre, mais bien un personnage, un élément de l'action- se met à jouer une mélodie, comme pour lui inspirer la réponse à sa question. Papageno chante donc la chanson du glockenspiel. La mise en abyme musicale est là indubitable! CQFD ;)

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Message par Lanou » 16 juil. 2005, 22:28

bajazet a écrit :De mon point de vue, ça n'a RIEN à voir avec une chanson : c'est une invocation, très précisément. C'est comme si on disait que l'Invocation à la Nature du Faust de Berlioz était une chanson. Ce qui fait illusion, je pense, c'est la forme fortement close du morceau.
C'est exactement pareil pour Casta Diva, qui est une invocation, mais qui est un chant dans la trame dramatique.
Gioir!
Sempre libera degg'io
Follegiare di gioia in gioia
Vo'che scorra il viver mio
Pei sentieri del piacer.

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