Récital C. Rousset à l'IEA de Paris- 18/04/2018

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JdeB
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Récital C. Rousset à l'IEA de Paris- 18/04/2018

Message par JdeB » 23 avr. 2018, 08:26

Récital « L’Art du clavecin »

Louis Couperin (ca. 1626-1661) – Suite en ré majeur (sd)
Prélude – Allemande – Courante – Sarabande – Gigue – Chaconne

François Couperin (1668-1733)
Vingt-sixième Ordre, Quatrième Livre de pièces de clavecin (1730)
La Convalescente – Gavotte – La Sophie – L’Epineuse – La Pantomine

Vingt-cinquième Ordre, Quatrième Livre de pièces de clavecin (1730)
La Visionnaire – La Mystérieuse – La Montflambert – La Muse victorieuse – Les Ombres errantes

Bis : La Couperin

Christophe Rousset – clavecin

Hôtel de Lauzun, Paris – 18 avril 2018



Fidèle à son dessein, ouvrir une transdisciplinarité et offrir l’accès aux meilleurs spécialistes de domaines variés, l’Institut d’études avancées de Paris (allié à la Piccola Accademia di Montisi) proposait une journée de « master class » enseignée par Christophe Rousset. Elle culminait avec un récital de ce dernier, consacré aux figures de Louis et François Couperin, programme en totale harmonie avec le lieu et sa géographie parisienne. Cet « art du clavecin » à la française ne pouvait trouver meilleurs ambassadeurs en ces lieux si beaux et si chargés d’histoire que ces deux compositeurs si dissemblables et néanmoins unis par leur intériorité rayonnante et la maîtrise absolue de leur instrument de prédilection.

Si l’œuvre de François a parfois occulté celle de son oncle, Louis Couperin n’en devint pas moins rapidement une légende pour ses contemporains. Elève de Chambonnières, ce titulaire de l’orgue de Saint-Gervais, également musicien de cour (il avait une charge de dessus de viole) et fondateur de la fameuse dynastie, a composé une œuvre fascinante par sa puissance d’évocation, son côté bigarré et ses élans. En 2013, Christophe Rousset lui avait consacré un disque chez Aparté, lequel fit beaucoup pour la propagation de cet univers si attachant. La suite en ré majeur en est une éloquente facette, où la rigueur introspective sous-jacente se vêt d’une fantaisie chamarrée, qui fait scintiller ces danses en autant de prismes coruscants, aux heurts féconds. Le claveciniste se coule dans ce discours parfois âpre, en faisant se répondre les couleurs et en rehaussant cette impétuosité où fusent soudain douceur sinueuse et pulsation irrésistibles de charme et de (parfois archaïque) étrangeté.

Plus immédiatement et souplement suave, François dit « le Grand » présente avec son dernier livre la quintessence d’un art éminemment personnel et ici plus tourmenté. Tristes regrets ou nostalgies paisibles s’égrènent avec un raffinement dont la tranquillité suggère plus qu’elle n’atteste, en une trompeuse sérénité ; susurrant ses secrets trop bas pour qu’on les pénètre, se retirant dès que l’auditeur s’avance, en le laissant occuper cet intervalle entre confidence et perception de lui-même. Débutant le vingt-sixième Ordre, de La Convalescente fuse une énergie bridée, dodelinant, qui ne se résigne pourtant pas ; la Gavotte qui lui fait suite est toute dignité, mais la feinte sagesse de cette Sophie portraiturée si finement est empreinte d’une lucidité chaleureuse. Epineuse dans son exécution, la pièce du même nom n’en réserve pas moins une extraordinaire floraison sous ses aiguillons et une mélancolie trempée dans l’expérience. De ce quasi memento mori anticipé ou dernier regard vers le passé, on glisse vers une Pantomime dont la solidité fait ressortir l’énigme. En un autre Ordre, La Visionnaire, magistrale (et rare) ouverture à la française, laisse place à une Mystérieuse envoûtante de vulnérabilité ; un portrait délicat de La Montflambert amène une Muse victorieuse glorieusement consciente de sa valeur. Prépondérantes, Les Ombres errantes et plaintives viennent raviver des regrets inavoués et leur donner brièvement vie. Faisant office de bis, l’allemande discrète et énergique, autoportrait du compositeur, lui est autant ici hommage qu’à l’intériorité créée par sa musique.

Tant l’oncle que le neveu sont servis par l’assurance d’un toucher qui en glorifie les ornements et les subtils délices ; en révèle les grâces et les exquises langueurs, la gaité secrète, la fermeté tout comme l’esprit. En un équilibre souverain qui en exhale les fragrances recherchées, par un phrasé suprême et une humilité féconde. Ainsi, la générosité de Christophe Rousset peut-elle faire murmurer cette offrande en notre propre silence.

Emmanuelle Pesqué
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

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