Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

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Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par HELENE ADAM » 13 avr. 2018, 16:59

Tristan und Isolde Acte 2

Richard Wagner


Avec

Le Boston Symphony Orchestra
sous la direction de son directeur musical : Andris Nelsons

et
Jonas Kaufmann, Tristan
Camilla Nylund, Isolde
Mihoko Fujimura, Brangäne
Georg Zeppenfeld, Marke
Andrew Rees, Melot
David Kravitz, Kurwenal

Boston, les 5 et 7 avril.
New York, Carnegie hall le 12 avril

Le programme donné à Boston les 5 et 7 avril comprenait en plus le "Siegfried Idyll".
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 13 avr. 2018, 17:06

Pas de Siegfried Idyll hier soir !
"Sono vecchia, grassa, brutta…ma sono sempre Tetrazzini !"

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Re: Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par HELENE ADAM » 13 avr. 2018, 17:07

Suite à la remarque de MariaStuarda, j'ai ouvert un fil et je transfère les posts de Bernard et ceux de MariaStuarda
Bernard C a écrit :
06 avr. 2018, 17:45
Un article du NYT

https://mobile.nytimes.com/2018/04/06/a ... phony.html

:bowdown:

Bernard

Écoutez l'extrait du concert , Jonas est sublime ! 4'50"

Qu'il tienne jusqu'au bout ! On en a la chair de poule ....

KAUFMANN " It’s not a marathon. It’s like one high jump after another. And you don’t have time in between to come properly back to the ground and accelerate for the next one. It’s just jump, jump, jump. If on just one of those notes you hesitate — you wait a little bit because you’re not sure where the harmony is or whatever — you can completely break your neck and lose your voice in a second."


Une critique dans le journal local ( Massachussetts)
http://www.masslive.com/entertainment/i ... outst.html
Bernard C a écrit :
07 avr. 2018, 00:43
Noter pour ce concert , Durée de l'acte : 84'

Dans le Boston Globe on peut lire ça :

Je vous traduis :

Kaufmann et Nylung ont chanté leur duo passionné faisant face au public dans la configuration oratorio , et tous les deux étaient concentrés sur leur partition vocale.
Kaufmann est resté dans ce cadre hormis quelques moments moins statiques..
Certes quand il transmettait l'ardeur de Tristan avec une voix de tenor puissante et sonnante ou quand il chantait les charmes doux de la nuit avec des tons magnifiquement ombragés qui combinaient en quelque sorte la tendresse et l'intensité, vous sentiez le Tristan accompli qu'il pourrait éventuellement devenir.


(Jeremy Eichler
APRIL 06, 2018 )

Bernard
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Message par HELENE ADAM » 13 avr. 2018, 17:08

Bernard C a écrit :
13 avr. 2018, 03:07
Ne venez pas !
Ecoutez le bel enregistrement radio de Boston.

Les micros vous donneront le plaisir d'une Liebesnacht voluptueuse avec de magnifiques choses qui vous enchanteront dans votre solitude, (même si la conception est trop sereine, pas assez intranquille à mon goût).

Ce Cast hormis Zeppenfeld n'est pas de gabarit apte à chanter Tristan und Isolde sur une grande scène.

Accueil honorable , sans plus ( abstraction faite des nuées de groupies et de leurs bouquets de fleurs)

Bernard


.

Carnegie 120418.jpg
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Message par HELENE ADAM » 13 avr. 2018, 17:09

MariaStuarda a écrit :
13 avr. 2018, 16:37
Dommage qu’il n’y ait pas fil ouvert sur cette série de représentations.
Quelques petites impressions avant d’aller visiter Brooklyn :

J’ai trouvé la direction de Nelsons exemplaire et surtout respectueuse de voix qui ne sont naturellement pas torrentielles. À aucun moment, l’orchestre ne les a couvertes. Dans les moments purement orchestraux, en revanche, Nelsons n’hésite pas à lâcher les brides et c’est magnifique.
On sent que tout le monde sur le plateau est sollicité jusqu’à l’extrême par cette partition. On n’imagine pas, aujourd’hui, cette même équipe assurer un Tristan complet. Néanmoins, Georg Zeppenfeld est un roi Marke magnifique et ne semble aucunement en difficultés. Tout les autres, sont sur la corde raide avec plus ou moins de succès qu’il s’agisse de Andrew Rees en Melot qui force énormément, de Mihoko Fujimura qui a certes une grosse voix mais dont le vibrato trahissait une réelle tension dans les phrases longues du duo d’amour.
Camilla Nylund est une Isolde assez monochrome que j’ai trouvé fade et qui semble plus occupée à gérer les difficultés de la partition qu’à réellement construire une Isolde. Quand à Jonas Kaufmann, si on le sent à la toute limite de ses capacités notamment dans le début puis la fin de l’acte, il a clairement fait le show avec une voix somptueuse et un duo d’amour d’une suavité déconcertante. Peut être peut on lui reprocher une incarnation un peu trop abandonnée dans l’amour alors que les dangers guettent tout autour. Et il a évité au maximum le maniérisme qui le caractérise parfois trop souvent ces derniers temps dans ces prises de rôles,notamment ces mezza voce dont ils abusent, pour donner un chant sobre, sensible et beau. Un Tristan un peu trop « good guy » mais qu’est ce que c’est beau aux oreilles du Wagnérien que je ne suis pas. Les grands habitués de Tristan seront sûrement plus critiques que moi qui en voit un tous les 5 ans (et ça me suffit amplement). Bref, merci Jonas, merci Andris et l’orchestre symphonique de Boston !
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Re: Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par HELENE ADAM » 13 avr. 2018, 17:51

Boston, 5 avril et New York, Carnegie hall le 12 avril, écoute des deux retransmissions.
Le programme donné à Boston les 5 et 7 avril comprenait en plus le "Siegfried Idyll".

Un nouveau rôle, même partiel, proposé par le ténor Jonas Kaufmann, agite aussitôt la planète lyrique ce qui en agace certains, c’est normal mais bon, le fait est qu’il est rare que l’artiste déçoive l’attente. Surtout quand il s’agit du rôle des rôles, Tristan, pour un ténor se frottant à Wagner et capable d’endosser un rôle qui demande des qualités d’endurance tout autant qu’une maitrise des styles différents imposés par le compositeur dans son écriture musicale si spéciale et si... envoûtante. Prudent, Kaufmann choisit de commencer par l’acte 2, complet, sans les coupures parfois pratiquées, l’acte d’amour entre Tristan et Isolde, qui vont se déclarer leur amour et décider d’en mourir ensemble dans une fusion totale des corps et des esprits. L’ensemble de l’acte 2 dure environ 1heure 20 tandis que le duo à proprement parler, le plus long de l’histoire de l’opéra dure 45 minutes.
L'acte 2 de Tristan ce n'est pas l'incarnation du rôle de Tristan dans son ensemble, même si c’est le moment le plus emblématique de son évolution.

De la même manière, comme cela a été largement souligné dans la presse, une version concert particulièrement peu mise en scène ce n'est pas une interprétation scénique avec ses difficultés propres. Et ceux qui ont assisté directement à l’une des représentations, soit à Boston, soit à Carnegie Hall à New York, ont souligné que le choix de placer les deux rôles principaux de chaque côté du chef d’orchestre au moins durant tous leurs duos première et deuxième partie, avait nui à l’interaction directe entre les artistes, chacun restant largement concentré sur sa partition. Ils ne se rejoignent qu’après l’intervention du roi Marke qui lui se place de l’autre côté du chef, ce qui fait que les échanges entre lui et Tristan se font à nouveau à distance. Sans doute est-ce lié d’abord et avant tout à des problèmes d’acoustique, toujours complexes à résoudre pour des chanteurs placés au même niveau qu’un orchestre wagnérien assez sonore. La spatialisation des voix y est meilleure et cela donne effectivement une très belle retransmission audio.

C'est la première fois que Jonas Kaufmann décide de tester ainsi un rôle qui le fascine depuis longtemps, en chantant uniquement un acte d'un opéra qui en comprend trois d'égale importance (chacun à sa manière) pour le ténor.
On attend généralement l'interprète de Tristan sur la durée : il faut tenir les trois actes et terminer sur un acte 3 très tendu vocalement et qui nécessite de s'être préservé (autant que faire se peut) à l'acte 2 en maitrisant totalement cet étrange envoutement (une "drogue") que crée la musique du fameux duo le plus long de l'opéra.
Kaufmann a donc manifestement décidé de tenter le challenge (attirance pour le rôle et pour Wagner), et de s'en donner les moyens en commençant par maitriser parfaitement l'acte 2.

A Boston, il était plus "libéré" le 7 que le 5 d'après les témoins sur place (moins attaché à sa partition et plus rayonnant), et a proposé une interprétation suffisamment aboutie (et sublime pour moi...) pour laisser espérer un futur Tristan passionnant.
Il a clairement annoncé dans la longue interview donnée à la radio de Boston que ce serait dans trois ans. Il a donc déjà un contrat signé (ou plusieurs...).
Les paris vont bon train entre ceux qui déclarent qu’il n’y arrivera jamais et qu’il vaudrait mieux qu’il enregistre un bon Tristan plutôt que de se frotter à la scène et ceux qui espèrent au contraire voir un jour un Tristan et Isolde de la qualité que la prestation du ténor laisse entendre...

Dès la première écoute de la retransmission radio donnée par Boston le 7 avril, j’ai été fascinée par l’interprétation proposée par les artistes tant elle donnait du sens à cet opéra des envoûtements multiples. J’ai été frappée par la concentration totale des artistes sur leur chant, pour une interprétation que j'ai trouvée magistrale et carrément proche de l’extase recherchée à l’issue de la partie lente du duo....
Camilla Nylund, pour qui c'est aussi la première Isolde, m’a paru bien meilleure dans les parties "lyriques" et notamment dans leur long duo qu'au début de l'acte (son Hörst du sie noch d’entrée) où la voix semble un peu "forcée" mais ce n'est qu'une retransmission....ensuite c'est magnifique.

Jonas Kaufmann domine son Tristan d'un bout à l'autre de l'acte, tant dans les quelques accents héroïques que dans le duo avec une voix superbe et son sens habituel des nuances, souffle immense, diction impeccable, technique irréprochable. Emotion garantie.L'intervention de Zeppenfeld est tout simplement royale (lui et Kaufmann ont le même style dans Wagner, c'est un "must" pour moi...). Très bel accompagnement caressant, envoûtant de l'orchestre du BSO sous la direction précise de Nelsons.


Depuis cette première impression « à chaud » j’ai réécouté ce morceau musical magique plusieurs fois (puis vu les extraits du concert de Boston).
Et je reste personnellement totalement sous le charme total de l'interprétation très subtile et finalement très personnelle de Kaufmann qui a incontestablement retrouvé tous ses fabuleux moyens vocaux, a progressé encore dans son approche de Wagner depuis son Siegmund du MET, et propose un très beau Tristan.
Son entrée est très vaillante et très rapide sur le fameux « Isolde! Geliebte! » : Nelsons semble avoir accéléré les tempi pour ce début de l'acte avant de ralentir nettement lors du duo amoureux. Et les échanges vifs et rapides de Kaufmann et Nylund sur fond d'un orchestre lui aussi très colorés, donnent une entrée en matière immédiatement impressionnante et très bien maitrisée, avec les interjections entre les deux héros.
Le timbre barytonnant de Kaufmann donne une épaisseur à un Tristan qui sait adoucir son propos tout en martelant ses phrases. Cette partie qui musicalement s'apparente à l'arrivée de Siegmund ou surtout à la partie "Notung" de la Walkyrie, lui permet de déployer un style qui lui est très personnel mais qui parait, à la retransmission, parfaitement maitrisé. De ce point de vue Camilla Nylund apparait beaucoup plus souvent sur le fil dans le dialogue entre les deux.
Cette première partie montre en tous cas un chant intense assez bouleversant, avec cet accent sur les syllabes dans ce texte qui est une musique des mots au delà de celle des notes, qui est la marque des grands Tristan.

Puis l'orchestre aborde le thème principal de l'opéra, tout en douceur, ralentissant nettement, et commence un duo de rêve « Nacht der Liebe Liebesnacht » où les deux chanteurs se rejoignent parfaitement. Nous sommes alors dans le style "Lied" de Wagner (à l'instar du Winterstürme de la Walkyrie), rupture totale de style (quel opéra magnifique) qui convient alors tout autant à Nylund qu'à Kaufmann. C'est un moment où les deux héros se noient littéralement dans l'extase d'une mort acceptée (qui ne nécessite à mon sens, pas du tout d'exprimer une peur ou une angoisse voire une fébrilité ...). Il faut au contraire laisser le spectateur plonger dans cette "drogue" qui noient leurs esprits et leurs sentiments...A l'écoute c'est franchement sublime...avec cette forme d’envoûtement progressif que produit cette musique. Cette acceptation de la mort comme seule issue est clairement exprimée dans l’un des plus beaux passages :

So stürben wir/um ungetrennt/ewig einig /ohne End'/ ohn' Erwachen/ ohn' Erbangen,/ namenlos /in Lieb' umfangen /ganz uns selbst gegeben/der Liebe nur zu leben !

Ainsi nous mourrions/pour n'être plus séparés /éternellement unis /sans fin /sans réveils /sans crainte /oubliant nos noms /embrassés dans l'amour /donnés entièrement l'un à l'autre /pour ne plus vivre que l'amour !



Les deux timbres (particulièrement magnifiques dans ce passage) s'accordent très bien d'ailleurs. Rappelons que Nylund et Kaufmann ont déjà chanté ensemble plusieurs fois et notamment un des plus beaux Fidelio de Jonas Kaufmann, celui de Zurich en 2004 qui a donné un DVD (génial aussi pour la direction d'Harnoncourt).

Nelsons reprend un rythme plus soutenu pour le final, offrant des contrastes magnifiques et confirmant d'ailleurs, qu'il est un bon chef wagnérien, en effet respectueux des chanteurs (ce qui est une condition sine qua non pour prétendre à ce titre...) et capable de passer de l'orchestre jouant seul les leitmotiv à l'orchestre accompagnant les longues tirades des chanteurs.
Les interventions de Melot et Kürwenal (rette dich Tristan ) cassent brutalement le doux rêve d’extase pendant lequel Kaufmann sait donner des couleurs en permanence, rendant à la poésie tout son rythme et évitant l’ennui qui parfois peut saisir le spectateur durant ce duo magique.
Puis la voix magnifique et remplie de noblesse du roi Marke entame son long et superbe « Tatest du's wirklich, Wähnts du das ? ». Georg Zepenfeld, basse wagnérienne rompue à tous les rôles de heinrich dans Lohengrin à Daland dans le Hollandais, en passant par Hunding ou Gurnemantz, est un excellent Marke et sa longe tirade parfaitement maitrisée rend toute son humanité au roi quand il chante sa peine de la trahison de Tristan le trompant.
La réponse de Tristan au roi « O König, das kann ich dir nicht sagen » reste empreinte de l’infinie douceur-résignation d’un Tristan qui est encore hors de ce monde avant les dernières notes, et son changement de ton pour une partie à nouveau héroique qui conclut brutalement l’acte (et où Tristan se jette littéralement sur l’épée de Melot...).

Globalement les trois « petits rôles » ont de très grandes qualités. Melot, le faux ami de Tristan qui a causé leur perte, est brillamment interprété par le ténor Andrew Rees, qui a déjà quelques Melot (entiers !) à son actif, à Rome, à Amsterdam et l’était également au Téâtre des Champs Elysées en mai 2016, je l’avais alors remarqué.
La Brängane de Mihoko Fujumura (également coutumière du rôle) domine également le plateau, la voix est plus large et plus profonde que celle de Nylund mais un léger vibrato assez persistant pendant ses interventions gâche un peu la beauté du timbre.
Beau Kurwenal du baryton David Kravitz également.

Concernant le très bel orchestre de Boston et la direction d’Andris Nelsons, je dirai d’abord qu’il donne du très beau Wagner, en dialogue permanent avec ses chanteurs, sans négligier ses propres « parties », plutôt soutenues. J’ai quelques hésitations à la réécoute du fait de tempi parfois un peu lents et manquant sans doute de la folie propre à Wagner que d’autres chefs savent mieux proposer (je pense à Petrenko qui sait mettre son orchestre au bord du gouffre tout en dominant parfaitement ces dérapages contrôlés) mais l’interprétation de Nelsons reste d’un haut niveau.
Globalement le plateau est splendide sur l’ensemble de l’acte et la retransmission, bienq ue réalisée en direct par la radio de Boston, est d’une qualité telle qu’elle peut être gardée pour être réécoutée sans problème. Aucun bruit parasite ne vient la troubler d’ailleurs.

Pour Jonas Kaufmann, pour un coup d’essai ce fut un coup de maitre. Moi qui aime tout particulièrement Kaufmann dans Wagner, je suis ravie de cette évolution et de ce qu’elle annonce. Sans doute ne faut-il pas attendre le rôle complet, dans n'importe quelles conditions, n’importe quelle salle, ou n'importe quel chef, notamment ceux qui considèrent qu'un Heldentenor a forcément le coffre d'Andreas Schager (car même Stephen Gould, le meilleur Tristan actuel, peut aller se rhabiller à côté du ténor autrichien, mais je n'échangerai pas pour autant AS contre JK ), mais à Bayreuth par exemple, la salle conçue par Wagner pour permettre aux chanteurs d'exprimer sa musique en respectant toutes les nuances, sans être obligés de gueuler tous les airs ou dans un théâtre à l'italienne comme Londres ou Munich, je ne vois pas ce qui l'en empêcherait.

Quant à sa partenaire, en général (pourquoi pas Camilla Nylund ?) les chanteurs de qualité savent s'adapter à leurs volumes respectifs et c'est ce qu'on voit assez régulièrement sur scène... Nina Stemme a chanté plusieurs fois avec lui (Fidelio encore, la Walküre et la Fanciulla del west) et avait, une fois, expliqué cela très sincèrement. Elle pourrait évidemment être Isolde dans la future prise de rôle de Kaufmann. J'en rêve...
Comme je l'ai écrit plus haut, dans tous les cas, c'est d'une grande sagesse que d'avoir décidé de ne se lancer dans le rôle entier, qu'après une parfaite maitrise de l'acte 2. Cela permet de mieux s'économiser pour l'acte 3... Et rares sont les Tristan actuels qui ne sont jamais en difficulté devant cette partition terrifiante....
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Re: Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par Bernard C » 13 avr. 2018, 23:11

Quelques éléments sur le concert de hier à Carnegie et surtout concernant Jonas Kaufmann et mes impressions personnelles.

Disons que tout a été chanté, aucune coupure , notamment pas la coupure fréquente qui précède la Liebesnacht.

Une Isolde dont la voix n'est pas à la dimension des grandes Isolde du temps, tout juste la voit on dans une honorable Chrysotemis .
La voix n'est pas vilaine , mais les moyens réduits la contraignent à fréquenter les limites sans cesse et à une absence d'ampleur tout à fait rédhibitoire dans ce rôle.

On peut dire que c'est ce qui est en jeu aussi chez Jonas Kaufmann.
Je le dis comme je le pense , je ne le vois absolument pas fréquenter le rôle sur une grande scène dans son entier et avec une partenaire majeure.Il serait totalement à la ramasse.
Avec Nylung... dans un deuxième acte, ce dont on parle ici et dans le chaudron de Carnegie Hall il y a évidemment de la " Jonas Qualität " et ça fournit tout de même un vrai bonheur.

Par rapport à l'enregistrement de Boston du 7 avril ( sous réserve de comparaison douteuse avec un enregistrement) son attaque "Isolde ! Geliebte !" est un peu moins sûre un peu plus contractée , mais très vite il entre avec une magnifique dynamique dans ce duo qui nous mène jusqu'aux échanges sur la lumière du jour et le Liebestrank.. tout ce passage est marqué par l'ardeur jusqu'à ce sublime " da erdämmerte mild erhabner Macht im Busen mir die Nacht...

Les graves de Jonas dans la dernière tirade "A qui regarde avec amour la nuit de la mort" sont incomparables et peu de Tristan ou ou pas de Tristan nous font resonner ça avec un timbre si profond , ( et si barytonnant d'ailleurs)
C'est admirable.... mais il faudrait tirer un peu moins l'oreille pour bien l'entendre.

Le début de la Liebesnacht est sublime avec une grande douceur sur le " Liebe" mais une fragilité tonale sur le difficile " lebe" qui suit.
Le plus important dans ce continuum du duo d'amour c'est le manque de souffle dans la puissance, ce qui ne permet pas à Jonas Kaufmann d'exprimer la passion avec conviction " wonnerblindet, erbleicht die Welt" .
Mais il est là pour nous faire frissonner quand se dit la volupté " Wonne-hehrstes Weben" puis ce sublime , oui , oh oui sublime "wahnlos"

Malheureusement le manque de vaillance se fait sentir dans la grande tirade "Unsere Liebe ?"
Les aigus sont là mais peu projetés et peu tenus.... sauf le spectaculaire final pour lequel il a réservé ses forces sur "seiner Liebe ?"

Toute la suite du duo est abandon certes mais pas neutralisation de l'angoisse.
Tristan et Isolde sont dans le cercle d'amour , isolés oui mais pas dans une sérénité du nirvana.
La mort est là , quasi im-médiate.
" Ainsi nous mourrions pour ne plus nous séparer"
Il doit y avoir de la fébrilité dans cet abandon voluptueux à l'amour-mort.

Or c'est ce que le style kaufmannien que Jonas ici exploite complètement dans ce passage tend à gommer.
C'est beau mais ce n'est pas febrile , risqué , urgent , derrière l'abandon de l'instant volé.
L'instant est volé mais les demi teintes magnifiques de JK ne nous mettent pas cette tension , cette pulsation , en tout cas autant que je l'attends.

La fin du duo les voit naturellement assez épuisés et les voix se perdent quelque peu au lieu de passer sur l'orchestre.

Voilà, des moments magiques et des manques .

L'enregistrement laissera une trace bien plus émouvante que ce concert à New York .

Si Jonas Kaufmann avait le thorax de Gould, il serait le Tristan du siècle.

Si... si......

Bernard
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par NiklausVogel » 14 avr. 2018, 04:52

Ceux qui sont déçus par Tristan pourront aller voir l'Amour des trois rois de Montemezzi au NYCO (encore samedi 14 et dimanche 15, et il reste certainement des places). Certes pas le chef d'oeuvre du (précédent) siècle mais la musique est agréable (le chainon manquant entre Mascagni et Zandonai, avec une pointe de sous-Strauss), c'est bien dirigé (le chef met la gomme et étale la sauce comme il faut), bien chanté (si on n'attend ni Claudia Muzio, ni Samuel Ramey), et les décors médiévo-romano-byzantino-mauresques gentiment cartonpâtesques. Dommage que la direction d'acteurs soit consternante (on se tord les bras, on se pâme, et on cherche à éviter tout geste un tant soit peu naturel), ce qui (avec les entractes inutiles, mais il faut bien qu'ils fassent tourner le carton-pâte) compromet toute émotion. Mais bon, la pulsation musicale y est, les beaux crescendos lyriques aussi, et les petites interventions des flûtes et des clarinettes étaient charmantes. Jolis appels de trompettes aussi. Et finalement c'est bien mieux (et moins cher) que Luisa Miller...

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Re: Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par HELENE ADAM » 14 avr. 2018, 10:39

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Re: Wagner - Tristan und Isolde Acte 2 - Nelsons - Boston 5 et 7/04 - Carnegie Hall 12/04/2018

Message par enrico75 » 14 avr. 2018, 11:40

il y a t'il une nouvelle transmission prévue ou une rediffusion accessible?

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