Autour de Poulenc-Accentus-Grapperon-Rouen- 11/ 04 /2018

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Autour de Poulenc-Accentus-Grapperon-Rouen- 11/ 04 /2018

Message par pingpangpong » 13 avr. 2018, 15:40

Charles Koechlin: Sous bois; Rondel op.1 n°1“Le Renouveau“; op.1 n°2 “La Nuit“; Eleison
Lili Boulanger: La Source; Soir sur la Plaine; Hymne au soleil; Sous Bois; Les Sirènes; Pendant la tempête
Francis Poulenc: Un soir de neige; Sept chansons

Accentus
Direction musicale Christophe Grapperon
Piano Eloïse Bella Kohn

Coproduction Accentus, Opéra de Rouen Normandie

Morte en mars 1918 à l'âge de vingt-quatre ans de tuberculose intestinale, Juliette-Marie-Olga Boulanger, dite “Lili“, attend toujours la reconnaissance qu'elle mérite, elle dont Igor Markévitch disait : “En tant qu'ami de la France, je voudrais vous dire ma surprise que Lili Boulanger ne soit pas considérée pour ce qu'elle est : c'est à dire la plus grande des femmes compositeurs de l'Histoire de la Musique !“
Honorée par le président Poincaré suite au Grand Prix de Rome remporté en 1913 avec la cantate Faust et Hélène, elle combattit la mort jusqu'au bout avec pour seule arme la musique à laquelle elle consacra, au côté de sa sœur Nadia, sa courte vie.
Ayant fréquenté Fauré dès son plus jeune âge, issue d'une famille de musicien, elle composa sans relâche, de 1906 jusqu'à son dernier souffle, la musique chorale occupant la plus large proportion de son œuvre.

Charles Koechlin (1867-1950) est à peine mieux loti en terme de reconnaissance et ses œuvres, prolifiques, sont rares au concert, plus qu'au disque. Les enregistrements réalisés par Heinz Holliger, édités par Hänssler, en sont une excellente porte d'entrée. Elève de Gabriel Fauré, Koechlin fut lui-même professeur de F.Poulenc
Avec Poulenc, Accentus retrouve un programme qu'il connaît bien, l'ayant d'ailleurs gravé en 2001 pour le label Naïve.

Les pièces de Lili Boulanger, marchant sur les traces de Debussy, possèdent tout ce qui fait la qualité “made in France“ en la matière : délicatesse des lignes, clarté de la polyphonie, sensualité et sensibilité, choix de poèmes évocateurs, où la nature imprègne l'esprit de l'auditeur d'images plus ou moins nettes, plus ou moins fantasmées, à la manière des peintres de l'époque.
Les Sirènes nous charment sans peine, avec leur écriture chorale en tuilage et leur piano ruisselant, une soprano soliste chantant le couplet central.
Dans Soir sur la plaine, sur un poème d'Albert Samain, la lumière scintille au piano faisant étinceler l'horizon sur la plaine qui vient d'être fauchée par les moissonneurs avant que le crépuscule, puis la nuit et le silence, ne viennent en reprendre possession. Les solistes sont très sollicités, le chœur reprenant leurs paroles ou apportant un complément descriptif.
L'Hymne au soleil est un moment d'exaltation lyrique, poussant les choristes vers les hauteurs de leur tessiture.
La Source, sur un texte de Leconte de Lisle, loin de toute présence humaine, appelle à la quiétude que mettent à profit pour dormir les sylvains; les halliers sont mousseux et la feuillée est épaisse. Là encore, le clavier rutile de manière suggestive et le chœur se fait indolent comme les grands cerfs qui hument les tardives rosées.

Pendant la tempête, pour chœuur d'hommes, met en scène des marins priant Notre-Dame, moment de calme au milieu des éléments déchaînés de l'océan autant que du piano.
Le doux balancement du Sous-bois et l'insouciance de la première strophe ne sauraient cacher l'angoisse et les stigmates du temps qui passe.

Sur des textes de Guillaume Apollinaire et Paul Eluard, les Sept chansons de Francis Poulenc sont empruntes de mélancolie (Marie, A peine défigurée), de souvenirs liés à une certaine joie de vivre (Par une nuit nouvelle, la Blanche neige), d'images fugitives (Belle et ressemblante, Luire ), du passage des saisons (Tous les droits), auxquelles la femme, aimée, désirée, est associée. Le choeur Accentus apporte à cette œuvre la fraîcheur, l'allégresse et la souplesse nécessaires.

Un Soir de neige, qui rassemble quatre textes d'Eluard où l'hiver, implacable, fige la vie, cherchant à l'anéantir, métaphore de la lutte contre l'ennemi, âpre mais non dénuée d'espoir, en ce mois de décembre 1944, date à laquelle Francis Poulenc écrivit cette brève mais saisissante cantate.


Charles Koechlin est l'auteur de nombreuses mélodies qui se rattachent au mouvement parnassien qui, dans la deuxième moitié du XIXème Siècle, vint bousculer le romantisme tout-puissant.
Mis à part le Eleison, sur la voyelle “o“, les trois mélodies interprétées ce soir en sont de bons exemples. Ce qui frappe surtout, dans ces compositions, est une écriture chorale calquée sur celle d'un orchestre absent. Les parties solistes, notamment dans “La nuit“ sont assez tendues, difficulté relevée avec vaillance par Jean-François Chiama, à la voix bien projetée, ce qui n'est pas le cas de ses collègues appelées à sortir du rang des choristes pour venir à l'avant scène interpréter ces parties solistes, parfois très courtes, que l'on retrouve également dans les mélodies de Lili Boulanger. La mise à nue de ces voix met les chanteuses en évidence ( Hymne au soleil), parfois au détriment de l'émission et de l'intonation (Soir sur la plaine).
Le chœur au complet fait valoir sa souplesse, son élocution, nuançant les couleurs et creusant les contrastes dynamiques. “La nuit, le froid, la solitude“, quatrième mélodie d'Un soir de neige de Poulenc, qui requiert souffle et puissance, ou encore, du même, “Luire“ du cycle des Sept Chansons avec ses éclats de lumière aveuglante, confirment, si besoin était, l'excellence d'Accentus et de son chef, toujours rigoureux et précis, Christophe Grapperon, lequel prend le temps, au cours de la soirée, de dire quelques mots au sujet des œuvres et de leurs auteurs à un public nombreux qui lui fait fête.

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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Re: Autour de Poulenc-Accentus-Grapperon-Rouen11.04.18

Message par jeantoulouse » 13 avr. 2018, 16:44

Voilà un type de concert trop rare et qui (re)met à l'honneur la haute figure de Lili Boulanger, compositrice en effet exceptionnelle. Ses Clairières dans le ciel sur des poèmes de Francis Jammes sont de toute beauté et trop peu souvent interprétées.

Merci pour ce compte rendu d'un concert original.

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Re: Autour de Poulenc-Accentus-Grapperon-Rouen11.04.18

Message par pingpangpong » 14 avr. 2018, 12:00

Morte 10 jours avant Debussy, il serait bon que celui-ci n'accapare pas toute la place dans les médias (enfin... ceux qui font leur boulot).
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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