Draghi-Il Terremoto-Dumestre-Rouen - 07/04/2018

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pingpangpong
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Draghi-Il Terremoto-Dumestre-Rouen - 07/04/2018

Message par pingpangpong » 08 avr. 2018, 10:31

IL TERREMOTO (1682), sepolcro en huit scènes

Créé à Vienne le Jeudi Saint 1682

Sur un livret de Nicolo Minato
et une musique d’Antonio Draghi (1634/35-1700).

Distribution
Solistes : 
Léa Trommenschlager La Vierge Marie
Éva Zaïcik Marie-Madeleine
Zachary Wilder Saint Jean
Riccardo Angelo Strano Un Scribe
Emmanuel Vistorky Un Pharisien
Victor Sicard Un Centurion
Anna Zawizsa La Lumière de la Foi
Helena Poczykowska La Lumière du Savoir
Chœur et orchestre du Poème Harmonique
Vincent Dumestre direction musicale
Benjamin Lazar Mise en scène
Julia Brochier Costumes
Stéphanie Aznarez Maquillages


Après Cracovie, où il fût révélé en avril 2017, puis Ambronay (lire ici le compte-rendu de Pierre Tricou : viewtopic.php?f=6&t=19395&p=327026&hilit=draghi#p327026 ) et Versailles, voici que le Tremblement de Terre gagne la Normandie, en l'occurence la Chapelle Corneille de Rouen, lieu de résidence de V.Dumestre et de son Poème Harmonique. Il Terremoto est une œuvre d'Antonio Draghi (1634-1700) italien de Rimini exilé à Vienne, maître de Chapelle au service de Léopold 1er de Habsbourg.
Ce dernier fut à l'initiative des Sepolcri donnés tous les ans, à sa demande expresse, pour la Semaine Sainte.
Ces œuvres devaient être mises en scène et jouées dans les églises de la capitale autrichienne.

Créée en 1682, cet opéra sacré, opéra au sens d'œuvre, terme préféré à celui de madrigal ou d'oratorio, relate de manière édifiante et pédagogique l'épisode du tremblement de terre consécutif à la mort du Christ au Golgotha, épisode évoqué également par J.S Bach dans la Saint Matthieu ou encore J. Haydn dans les Sept Dernières Paroles du Christ en croix.
Les témoins de la Très Sainte Agonie sont ainsi convoqués pour dire leur effroi, leur haine aussi, leur espoir, leur foi.
Cette Foi qui, empruntant une forme allégorique, tout comme le Savoir, s'adresse au public pour bien enfoncer le clou, si j'ose dire.

V.Dumestre, quitte à passer du temps à restaurer et tirer de l'oubli des partitions incomplètes, ce qui était grandement le cas ici, aime nous surprendre ; et quoi de mieux effectivement qu'une œuvre totalement inconnue d'un compositeur lui aussi oublié malgré une production prolifique.
Avec son fidèle Benjamin Lazare, ils ont reconstitué pour la création, avec conviction et force bougies, des tableaux scéniques d'un baroque achevé, où la Passion culmine sur ce Tremblement de Terre, entre souffrances, affliction et métamorphose des esprits incrédules.
C'est hélas sous une forme que nous pourrions qualifier de “version de concert“ qu'est donné cet opéra, sans costumes ni jeu de scène, ce qui permettait, lors de la création du spectacle en Pologne, de faire vivre des récitatifs longuets, de compenser ce que la musique a de trop sage et ce que les personnages ont de stéréotypé.
Tous les chanteurs sont placés en formation chorale sur une estrade derrière les musiciens, les solistes se déplaçant à l'avant-scène pour y chanter leurs rôles.
Alexandra Rübner déclame depuis la chaire, avec le talent, l'emphase et la prononciation qu'on lui connaît, le texte issu des Evangiles, relatant les évènements qui vont suivre sans plus jamais avoir à intervenir, ce qui n'était pas le cas à l'origine de ce spectacle et générait des ruptures perturbant la fluidité musicale.
02 © Sylvie Cochet.JPG
Les interprètes, les mêmes qu'à Versailles, Eva Zaïcik remplaçant C. Lefiliâtre en Madeleine, s'investissent dans leurs rôles, convainquant malgré un espace de jeu et une gestuelle d'autant plus limités que les chanteurs sont encombrés de leur partition.
Outre leur musicalité, Eva Zaïcik, Madeleine sans illusion sur l'humanité, et Léa Trommenschlager, Marie d'une grande dignité, font valoir leurs timbres et projections généreuses, composant deux femmes éplorées fort touchantes. Suivant “Ei more“, la plainte de la Vierge Marie “Viscere mie caro Giesù“, sur quelques notes égrénées par la seule harpe, est à pleurer.
La Foi, en la personne d'Anna Zawizsa et son pendant, la Science, incarnée par Helena Poczykowska, nous font la leçon avec sévérité.
Du côté des voix masculines, le Jean résigné de Zachary Wilder touche par sa voix chaleureuse au superbe legato, tandis que le baryton cuivré de Victor Sicard interprète un Centurion humain aux certitudes vacillantes. Riccardo Angelo Strano prête ses sonorités claironnantes de haute-contre au Scribe virant du hideux blasphémateur à l'homme finalement touché par la grâce.
Emmanuel Vistorky est un Pharisien ferme et autoritaire aux terribles graves charbonneux.
Andrzej Zawisza et Martial Pauliat complètent la partie chorale, les instrumentistes du Poème Harmonique déployant leurs couleurs délicates sous la direction contrastée de Vincent Dumestre.
Au final, à entendre les acclamations et rappels du public, récompensés du madrigal final bissé, un séisme de magnitude 7 (au moins) sur l'inoxydable échelle de Richter.

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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