Lisa Della Casa. Evocation par C. Capacci (2019)

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JdeB
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Lisa Della Casa. Evocation par C. Capacci (2019)

Message par JdeB » 19 mars 2019, 09:53

Christophe Capacci, Lisa Della Casa. Évocation, Avant-Scène Opéra, 2019, 189 pages, 32 euros


Yoga, château et cigarettes.

La topique de la visite au grand écrivain est bien connue, celle de la visite à la Diva reste à étudier. C’est par un séjour dans son château des bords du Lac de Constance que le jeune Christophe Capacci a su se lier avec la plus secrète, la plus Garbo, la plus élitiste aussi des grandes dames du lyrique. Presque trois décennies plus tard, cette fidèle admiration a porté ses fruits : le livre que voici. Et ce livre, loin d’une hagiographie inconditionnelle, ne cache rien des limites et des travers de l’artiste (âpre aux gains d’où son surnom de « Della Cassa ») et des bassesses du microcosme.

Christophe Capacci, d’une belle plume et dans un style qu’on pourrait qualifier de Tubeuf tempéré, saisit très bien ce qui fonde l’art, la technique et la personnalité de Della Casa. Il voit en elle très justement « la moins « chanteuse » aussi, ce qui peut passer pour de la distance, de la froideur, presque de la fadeur, est en fait un refus revendiqué de l’exhibition et de l’épate. » (p 30), une musicienne qui, « orgueilleuse et farouche, (…) a donc chanté comme pour elle-même, dans une sorte de monologue intérieur ». (p. 31) et pour une poignée d’amateurs éclairés et érudits connaissant son répertoire par cœur. Il met l’accent sur la définition que Margarete Haeser, la professeur de Della Casa, donnait du chant, « une respiration qui résonne. » et définit clairement que « en misant tout sur le souffle et la finesse d’un son jamais assombri, jamais poussé, la jeunesse du timbre, ses harmoniques au parfum d’enfance ont pu être préservés une carrière entière. Cette technique a permis à Della Casa de garder un contrôle absolu sur son pianissimo, quelque que soit la hauteur des notes, et de remplir l’espace des grands auditoriums américains par de sonores traits de laser. » (p. 50).

Enfin, il met en valeur toute une chaine d’admiration qui entourait son idole, celle décisive du vieux Richard Strauss et de Maria Cebotari à l’aube de sa carrière, celle d’Elisabeth Schumann s’extasiant sur sa Comtesse Madeleine, de Lauritz Melchior sur son Elsa, de Clara Haskil aussi. Reprenons surtout cette citation d’Inge Borkh : « Elle a bien sûr été Arabella, la seule et l’unique, mais aussi la Chrysothemis qui m’allait le mieux, la seule Chrysothemis à vraiment chanter le rôle. Toutes les autres criaient plus ou moins. » (p. 47)

Lisa Della Casa n’a pas eu de carrière française à l’exception d’un Chevalier à Garnier et d’une Ariane au Théâtre des Nations (Théâtre de la Ville aujourd’hui) en mars 1959, avec quatorze rappels et le prix de la Critique à la clé mais elle a brillé à Vienne, Zurich, Salzbourg et aux USA. Elle a rayonné par ses disques, rares, mais de référence. Elle a incarné un certain sens de l’altitude.

Ce premier livre en français qui lui est consacré, superbement illustré, comble une lacune avec bonheur.

Jérôme Pesqué
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

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