Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par David-Opera » 12 juin 2018, 11:56

Piem67 a écrit :
12 juin 2018, 11:17
Quant au rejet de la version de 1869 de Boris, pourquoi Moussorgsky aurait-il cherché à la faire jouer par tous les moyens, aurait fait une partition au propre, l'aurait confié au Comité s'il n'en était pas content et si ce n'était pas une œuvre achevée ? Tu refuses d'entendre cet argument. Refuser le statut d'œuvre achevée au Boris de 69 est une aberration totale et un aveuglement obtus.

Par ailleurs, le simple fait de reprendre une œuvre et de la transformer ne veut pas dire que la première version est mauvaise et que cette version "n'existe pas" (ou plus) (c'est ta théorie). C'est une version parcellaire des choses. D'ailleurs, on ne trouve aucune trace d'une critique de la première version de Boris dans la correspondance de Moussorgsky.
Dans le programme de salle, Francis Maes (musicologue, auteur en 2002 d'une Histoire de la musique russe) confirme bien que Moussorgski a avalisé la version de 1869, et les sources existantes sont suffisantes pour éviter de remettre en question les intentions du compositeur.
Ensuite, sa vision dramaturgique et musicale a évolué et il a proposé une seconde version en 1872. Il a donc laissé deux versions divergentes (du point de vue agencement des scènes) à la postérité.

Par ailleurs, ne se considérant pas comme compositeur professionnel, Moussorgski laissait aux professionnels le choix de la représentation sur scène, et ne s'offusqua pas des libertés que prit le chef d'orchestre Eduard Nápravník en réalisant nombre de coupures lors de la création de 1874.

En revanche, le critique Vladimir Stassov et Mili Balakirev, le créateur du groupe des cinq, lui ont reproché cette ouverture d'esprit.

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par Lucas » 13 juin 2018, 14:37

David-Opera a écrit :
12 juin 2018, 11:56
Dans le programme de salle, Francis Maes (musicologue, auteur en 2002 d'une Histoire de la musique russe) confirme bien que Moussorgski a avalisé la version de 1869
Tiens, David-Opera prenant la défense aveugle de l'Opéra de Paris? Quelle surprise ...

Par ailleurs, difficile d'imaginer Lissner "se tirer une balle dans le pied" en proposant dans son programme de la salle, un article d'un musicologue contestant la version de 1869. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par Autolycus » 13 juin 2018, 16:00

Piem67 a écrit :
12 juin 2018, 11:17
La forme prenant le dessus sur les moyens, non, je ne vois pas pourquoi ce devrait être le cas, et je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire, je ne suis pas sûr de comprendre ton argumentation sur ce point (ou bien si tu penses que la structure de Boris 1872 "annule" celle de Boris 1869, c'est faux, le 2° Boris n'annulant pas le 1er, c'est une AUTRE œuvre).
Je ne parle pas de "forme". Il n'y a pas plus "contenu" que ça. Boris Godounov est un opéra, un drame musical, où la musique est un langage qui raconte une histoire, des personnages, des situations, des événements, des destins individuels et collectifs. Elle est un "moyen", où la fin - c'est le drame. Shakespeare raconte ses histoires avec de la poésie, Moussorgski avec de la musique. Il y a des pièces de théâtre avec des morceaux flamboyants, mais qui ne tiennent pas debout dramatiquement. C'est le cas de Boris 1869.

1869 est un drame mal fichu et sa nature "provisoire", transitoire, est trahie par la présence de deux scènes de Grigori. Dans la première, seule la présence de Pimène a un sens, car il reviendra à la fin telle une Némésis. Le jeune moine et son rêve appartiennent déjà à 1872. La scène de l'auberge, elle, ne sert à rien du tout - mais seulement dans le cadre de 1869. En 1872, l'histoire bancale retrouve ses deux jambes.

Dans la version finale du Don Carlos Verdi raconte la même histoire (décapitée, mais sans modifications profondes), contrairement à Moussorgski qui casse 1869, réutilise les éléments qu'il réécrit, et refait tout, en décidant enfin quelle histoire il va raconter.

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par Piem67 » 13 juin 2018, 16:24

Autolycus a écrit :
13 juin 2018, 16:00
Piem67 a écrit :
12 juin 2018, 11:17
La forme prenant le dessus sur les moyens, non, je ne vois pas pourquoi ce devrait être le cas, et je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire, je ne suis pas sûr de comprendre ton argumentation sur ce point (ou bien si tu penses que la structure de Boris 1872 "annule" celle de Boris 1869, c'est faux, le 2° Boris n'annulant pas le 1er, c'est une AUTRE œuvre).
Je ne parle pas de "forme". Il n'y a pas plus "contenu" que ça. Boris Godounov est un opéra, un drame musical, où la musique est un langage qui raconte une histoire, des personnages, des situations, des événements, des destins individuels et collectifs. Elle est un "moyen", où la fin - c'est le drame. Shakespeare raconte ses histoires avec de la poésie, Moussorgski avec de la musique. Il y a des pièces de théâtre avec des morceaux flamboyants, mais qui ne tiennent pas debout dramatiquement. C'est le cas de Boris 1869.

1869 est un drame mal fichu et sa nature "provisoire", transitoire, est trahie par la présence de deux scènes de Grigori. Dans la première, seule la présence de Pimène a un sens, car il reviendra à la fin telle une Némésis. Le jeune moine et son rêve appartiennent déjà à 1872. La scène de l'auberge, elle, ne sert à rien du tout - mais seulement dans le cadre de 1869. En 1872, l'histoire bancale retrouve ses deux jambes.

Dans la version finale du Don Carlos Verdi raconte la même histoire (décapitée, mais sans modifications profondes), contrairement à Moussorgski qui casse 1869, réutilise les éléments qu'il réécrit, et refait tout, en décidant enfin quelle histoire il va raconter.
Toi tu te fixes sur l'histoire avant tout. La musique semble peu t'intéresser finalement, tant qu'un opéra te raconte "une histoire" et que cette histoire "tienne debout".
Pour moi, un opéra, c'est aussi une partition, c'est même surtout ça. L'histoire a été fixée lors de la rédaction du livret (dont le compositeur n'est pas toujours responsable), ensuite, il y a la composition de la partition qui prend légèrement plus de temps. Et je ne vois pas pourquoi l'histoire aurait plus d'importance que la manière dont est racontée cette histoire.

Je pense, Autolycus, qu'on n'a ni les mêmes oreilles, ni les mêmes conceptions de ce qu'est un opéra. Voilà tout.

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par Piem67 » 13 juin 2018, 16:26

Lucas a écrit :
13 juin 2018, 14:37
Par ailleurs, difficile d'imaginer Lissner "se tirer une balle dans le pied" en proposant dans son programme de la salle, un article d'un musicologue contestant la version de 1869. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Ce n'est pas non plus Lissner qui a écrit cet article !
Et il sera je pense difficile de trouver l'article d'un musicologue critiquant intégralement la version de 1869 et lui niant le statut d'œuvre achevée...

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par David-Opera » 13 juin 2018, 16:40

Mais en fait, on se rend compte que les discours des musicologues ne remettent en aucun cas en cause la version de 1869, une référence au caractère bien trempé, mais bien celle de 1872 puisque il y a matière à se demander si Moussorgski a cédé à des pressions (notamment pour le 3e acte) pour aboutir à une seconde version qui s'éloigne de son style naturel.

Que ce soit Francis Maes, dans le programme de 2018, ou bien Francis Bayer (compositeur et musicologue français décédé en 2004 qui analyse les deux versions dans le programme de l'ONP 1988), tous deux aboutissent à la conclusion que la version de 1872 résulte d'une évolution naturelle et bien fidèle à un Moussorgski qui a évolué en 3 ans, et est donc également authentique, comme celle de 1869.

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par Christopher » 13 juin 2018, 19:10

Ce soir Ildar Abdrazakov est à Moscou où il chante pour le concert du mondial de football

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par David-Opera » 13 juin 2018, 19:17

Ce qui est nettement plus intéressant que ces histoires de versions de Boris Godounov à n'y rien comprendre...

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par HELENE ADAM » 13 juin 2018, 22:32

Alexander Tsymbalyuk avait déjà été très remarqué hier au théâtre des Champs Elysées dans le rôle de Abimélech (style racé et rempli de nuances, très beau timbre bien placé). Ce petit travail (largement récompensé par les ovations du public) ne l'a manifestement pas fatigué du tout puisqu'il a campé ce soir un Boris absolument superbe, je manque de mots pour décrire sa prestation.
J'y reviendrai, une fois l'émotion immense ressentie, notamment lors de la scène finale poignante, la mort de Boris, en mezzo voce, un peu atténuée. Globalement un Boris Godounov saisissant, servi par des choeurs, un orchestre et des solistes absolument exceptionnels, sous la direction magique de Jurowski. Salle pleine, immense ovation finale. On peut discuter des qualités de l'oeuvre (très, très sombre et pas facile à aborder) mais si on veut la découvrir, cette distribution et cette exceptionnelle qualité donnée ce soir, sont la meilleure manière de le faire....
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Jurowski/Van Hove - ONP - 06/07 - 2018

Message par David-Opera » 13 juin 2018, 23:11

Alexander Tsymbalyuk qui incarnait déjà Boris Godounov à Munich au printemps 2013, dans la mise en scène de Calixto Bieito et dans la version de 1869. A 'Boris Godunov' to Die For, comme titrait le New York Times à l'époque.

https://www.nytimes.com/2013/02/27/arts ... mis27.html

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