Wagner - Ring - Schirmer/Gilmore – Leipzig - 04/2018

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Wagner - Ring - Schirmer/Gilmore – Leipzig - 04/2018

Message par Il prezzo » 12 avr. 2018, 00:25

Wagner - Ring Leipzig Schirmer/Gilmore – 11-12-14-15/04/18

Orchestre du Gewandhaus
Ulf Schirmer, direction
Rosamund Gilmore, mise en scène
Carl Friedrich Oberle, décors
Nicola Reichert, costumes
Michael Röger, lumières

Rheingold 11/04.

Iain Paterson, Wotan
Kay Stiefermann, Donner
Sven Hjörleifsson, Froh
Thomas Mohr, Loge
Rüni Brattaberg, Fasolt
James Moellenhoff, Fafner
Jürgen Linn, Alberich
Dan Karlström, Mime
Karin Lovelius, Fricka
Gal James, Freia
Claudia Huckle, Erda
Eun Yee You, Woglinde
Wallis Giunta, Wellgunde
Sandra Fechner, Flosshilde

L’opéra de Leipzig reprend sa production du Ring de 2013-2016, la première depuis 40 ans. Le programme rappelle fièrement que Leipzig fut la première ville à monter en 1878 la tétralogie wagnérienne après sa création à Bayreuth, sous le contrôle «d’inspecteurs» envoyés par Wagner lui-même. Ceux-ci (les chefs d’orchestres Hans Richter et Anton Seidel), qui avaient autorité pour stopper la production, auraient déclaré à l’issue des deux premières journées : « Ce que nous avons vu et entendu ici, hier et aujourd’hui, est si fantastique que nous n’avons pas d’autre choix que de courir télégraphier au Maitre que c’est magnifique et que Neumann* a fait un incroyable travail » (*Anton Neumann l’intendant de l’Opéra de Leipzig).
Au soir de ce Rheingold, j’attendrai encore un peu avant de poster le même genre d’appréciation sur ODB…

La production de ce prologue « se tient » certes, surtout dans sa scénographie qui évite les provocations gratuites, les «messages» philosophiques ou psychanalytiques, les transpositions incongrues, ou encore les signes elliptiques (je pense, parmi les innombrables exemples, à la grosse sphère que les protagonistes déplaçaient à chaque acte du Ring de Pierre Strosser au Châtelet en 1994). La metteuse en scène, Rosamund Gilmore, a manifestement choisi le parti d’une simple « illustration » contemporaine de l’épopée wagnérienne, et pour ce prologue du moins, c’est esthétiquement et dramatiquement assez réussi.

Décor unique ce soir, une salle plus ou moins palatiale (avec un plafond voûté, où se reflètent d‘abord très joliment les eaux du Rhin, puis qui s’éclaire a giorno pour le salon des dieux, avant de rougeoyer dans la forge d’Alberich, et bien sûr de finir en arc en ciel pour les dernières mesures), un grand escalier à vis dans le fond, montant des profondeurs de la scène et disparaissant dans les cintres, et en son centre un grand podium successivement bassin au premier tableau, scène-salon de la famille Wotan aux deuxième et quatrième, et, de façon un peu moins convaincante, « plateforme de commande d’Alberich » à ses troupes du Nibelheim au troisième. Décor habilement modifié à vue entre les tableaux par des danseurs (une dizaine), très utilisés tout au long de l’action, mais qu’ils ne distraient pas du tout, par leurs chorégraphies très sobres (j’étais inquiet à la lecture du mot « ballet » dans le programme…). Ainsi, dans le premier tableau, la tête et le corps emmaillotés dans une sorte de linceul gris, ils figurent d’étranges créatures qui ponctuent les ébats des filles du Rhin (après tout, pourquoi seraient-elles seules dans le fleuve… ?). Dans les deuxième et troisième, ils jouent assez facilement les « domestiques » de nos dieux préférés (commençant par éponger à grand coups de wassingues -serpillère nordique :D - l’eau du bassin des filles du Rhin, avant d’y installer les meubles divins). Et au troisième, ils incarnent évidemment très bien les esclaves d’Alberich, et surtout, avec quelques accessoires (griffes, crânes d’animaux), fumée et lumière adéquate, le cernent et le transforment en monstre impressionnant dans la scène du heaume. Très réussi.

Les voix sont celles des membres de la troupe pour les rôles secondaires, mais font appel à des chanteurs invités pour les rôles principaux. Je ne citerai (pour l’intérêt des ODBiens) que les meilleures. D’abord les « très bons » : le Wotan de l’écossais Iain Paterson, voix chaude et puissante, suffisamment de charisme dans un rôle qui lui en demandera encore plus dans la Walkyrie qui suit; l’Alberich de l’allemand Jürgen Linn, « presque » aussi impressionnant que le Roman Burdenko de la Philharmonie-Mariinsky ; l’excellent Loge de l’allemand Thomas Mohr (de bon augure puisqu’il doit en principe chanter le rôle-titre de Siegfried), diction extraordinaire et très bon acteur (une fois digéré, pour moi, son aspect, costume-salopette, corpulence et petit chapeau qui me rappelaient de façon incongrue et dérangeante le regretté Coluche !) ; et la superbe Erda de la britannique Claudia Huckle, à la puissante et adéquate tessiture grave pour le rôle (toujours en comparaison avec le raté du concert du Mariinsky sur ce point). Puis les « bons » : le Mime du finlandais Dan Karlström (qui devrait également tenir la route dans Siegfried) et les deux géants Runi Brattaberg (Fasolt) et James Moellenhoff (Fafner). Les autres intervenants étaient tous plus quelconques (Fricka sans charisme de Karin Lovelius), à l’exception de la Wellgunde de Wallis Giunta qui se démarquait clairement de ses sœurs.

Pour en finir avec ce qui a vraiment pêché dans ce Rheingold : la direction mollassonne de l’intendant et directeur musical du lieu, Ulf Schirmer, qui a réussi à me faire bailler un quart d’heure après le début, perdu de ne plus reconnaitre les moirures magnifiques de ce tableau du Rhin. Ce défaut était un peu moins sensible ensuite (il faut dire que le tableau du Nibelheim est « inratable » sur le plan du rythme), mais ça manquait quand même terriblement de contrastes (il faut dire qu'en sortant de Gergiev...). Difficile de blâmer pourtant les musiciens du Gewandhaus, dont la réputation n’est plus à faire (avec un gros bémol côté cuivres, des couacs de cors et de trompettes ayant émaillé plusieurs fois la soirée). Un peu inquiet donc sur ce point pour les trois journées à suivre.

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Re: Wagner - Ring Leipzig Schirmer/Gilmore – 11-12-14-15/04/18

Message par Il prezzo » 13 avr. 2018, 10:11

Walküre 12/04.

Robert Dean Smith, Siegmund
Meagan Miller, Sieglinde
Rüni Brattaberg, Hunding
Iain Paterson, Wotan
Christiane Libor, Brünnhilde
Kathin Göring, Fricka
Gal James, Gerhilde
Magdalena Hinterdobler, Ortlinde
Monica Mascus, Waltraute
Sandra Fechner, Schwertleite
Daniela Köhler, Helmwige
Sandra Maxheimer, Siegrune
Karin Lovelius, Grimgerde
Wallis Giunta, Rossweisse
Ziv Frenkel, Grane
Jochen Vogel, Loge

Acte 1
La maison de Hunding, camp retranché, est un bunker où l’on accède depuis le toit équipé de barbelés. Nous retrouvons, sous une superbe pluie d’orage, nos elfes rampants à têtes de bélier ou ailes de corbeaux, yeux et oreilles des dieux surveillant leur humaine progéniture. Ambiance mélangée Songe d’une nuit d’été / Seigneur des anneaux.
Wer kam herein ? La cloison du fond disparaît pour dégager la vue sur un horizon montagneux crépusculaire.
Robert Dean Smith (le Siegmund et le Paul de la Ville Morte à Bastille) encore très vaillant, malgré une défaillance, petite mais mal placée (sur le Lenz qui précède le génial Du bist der Lenz de Sieglinde. L’américaine Meagan Miller manque un peu de stabilité sur l’ensemble de son registre, mais ses aigus sont bien ceux qu’on attend de Sieglinde. Un couple lyriquement très crédible, à défaut d’incarner physiquement le couple de jeunes amoureux du livret. Le Hunding de notre Fasolt d’hier tient ses promesses de noirceur vocale.
Soulagé de voir que l’orchestre « s’est réveillé » depuis hier. Les cordes qui créent l’ambiance lente et si particulière de la rencontre des vingt premières minutes étaient tout simplement sublimes. Bonne battue orchestrale ensuite pour la partie plus lyrique de l’acte (mais si on n’est pas encore dans la tension d’un Bruno Walter ou d’un Solti). On retrouve malheureusement le mauvais cor et la mauvaise trompette d'hier, qui n’ont pas dû être suffisamment admonestés ! Beau couac de trompette sur le premier motif de l'épée (un comble). Et plusieurs autres accidents de cor un peu plus tard. Quand même inadmissible chez un tel orchestre. Et surtout chez Wagner :2guns:

Acte 2
Replacé plus bas au parterre, le son y devient beaucoup plus impressionnant que dans le fond. Presque trop. Je ne suis jamais allé à Bayreuth, mais je réalise là combien la couverture partielle de la fosse relève du nécessaire. Heureusement, les voix énormes de ce soir n’en sont pas du tout perturbées…
Décors très beaux: terrasse extérieure avec façades d'un Walhala déjà partiellement en ruine. En arrière et en contrebas, la chaîne de montagne du 1er acte (où survivent les pauvres humains). A la fin de la scène Fricka-Wotan, les elfes réapparaissent brièvement pour emmener les quelques meubles, en les "avalant" sous leurs immenses manteaux (étrange); l'architecture centrale disparaît dans les cintres et les deux façades s'écartent, découvrant plus largement l’horizon montagneux. Ciel changeant imperceptiblement jusqu'à la fin de l'acte. Apparition superbe de Brünnhilde et son escort-Grane.
La Fricka de Kathrin Göring (chanteuse locale manifestement promise à un gros avenir international ; a récemment fait un malheur en Eboli, me dit-on) est sidérante de projection, jeu et timbre. Costume très élaboré et élégant de bigote bourgeois fin 19ème. Tient en laisse ses deux danseuses-béliers, ce qui amuse un peu par l’impression étrange de "pratiques" en opposition avec sa pruderie affichée :lol: .
Wotan excellent dans son récit. Conforme, comme Fasolt, aux promesses de Rheingold (très rassurés : on ne risque manifestement pas l'effondrement de fatigue au 3e acte...!)
La Brünnhilde de Christiane Libor est parfaite, très touchante et impressionnante sur toute la tessiture dans la scène avec Siegmund. Escortée de son destrier Grane aux formes de costaud guerrier monté sur cothurnes-sabots, toujours dans le style heroic fantasy de Tolkien. Les danseurs-elfes se montrent heureusement plus discrets pour ne pas déconcentrer dans ces trois scènes intimes (Fricka-Wotan, Wotan-Brünnhilde, Siegmund-Brünnhilde) ; ils ne réapparaissent dans le lointain que pour le combat final Hunding-Siegmund.

Acte 3
Troisième décor, tout aussi impressionnant.
Ciel, brouillard. A jardin, grande façade penchée (tremblement de terre, guerre ?) à plusieurs étages d'ouvertures voûtées (type Colisée ou Felsenreitschule Salzburg), qui seront occupées par les walkyries et les héros. Grande fosse à plan incliné au milieu d'où sortent les protagonistes qui gagnent ces hauteurs du Walhala : les hordes de guerriers tombés au combat, puis les Walkyries, qui précèdent Brünnhilde et Sieglinde, sur le dos du géant Grane.
A cour et devant, des paires de chaussures par dizaines, ordonnées, symbolisant les héros morts (déjà vu, mais efficace).
L'orchestre sort la (très) grosse artillerie, mais bon, c'est la partition!
Nos danseurs, fil rouge de ce Ring, en uniforme blanc et chorégraphiés martialement, figurent maintenant les nouvelles recrues des Walkyries.
Brünnhilde, rapidement dépouillée de ses attributs divins, se retrouve vulnérable en tunique décolletée, prête à être réveillée par le freier Held sur son rocher/podium cerné de feu ; du classique là aussi, mais imaginer autre chose que cette géniale didascalie ?
Confrontation Wotan-Brünnhilde d'anthologie, par un Iain Paterson très puissant et sincère en père déchiré et une Christiane Libor non moins puissante et aux accents aussi émouvants qu'au 2.
"Grosse" production au global (décors, lumières et costumes très réussis), où pour une fois (!), on a le sentiment que l'argent a été correctement investi, dans un spectacle fait pour durer. Je n'ai pu m'empêcher de penser aux "heureux Leipziger", en comparaison avec les pauvres parisiens qui vont se traîner pour un nombre d'années indéterminé la mise en scène de Günther Krämer, insipide et prétentieuse, en dépit de quelques saisissants passages (vous devez vous souvenir de la fosse d’où émerge Fricka en majestueuse robe carmin, dont le reflet nous est renvoyé par un énorme miroir ; image extraordinaire, quoique gratuite de sens !)

Cette Walkyrie de Leipzig est en tout cas l’une de mes plus belles versions scéniques, sinon la plus belle. Totalement fidèle à l'action et à l'essence du livret wagnérien, ce qui nous épargne les débats souvent stériles sur la signification de tel ou tel ajout de mise en scène pseudo-inspirée.
Restent quand même deux grosses "journées" avant de généraliser cette conclusion à ce Ring entier.
Aujourd'hui, relâche :D

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Hiero von Stierkopf
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Re: Wagner - Ring Leipzig Schirmer/Gilmore – 11-12-14-15/04/18

Message par Hiero von Stierkopf » 13 avr. 2018, 10:19

Hello il prezzo.

J’ai vu ce Ring l’année dernière et comme toi j’avais été peu emballé par le prologue. Mais sur la durée j’avais apprécié la mise en scène à partir de la Walküre.

Ceci dit je pense avoir été plus chanceux que toi car j’ai eu droit à Irene Theorin et John Lundgren.
Prologue et Göttterdämmerung en revanche entièrement chantés par la troupe avec du bon et du moins bon mais rien de mauvais.

Apprécies-tu l’acoustique de la salle ?
J’en ai gardé un souvenir formidable au parkett.
Comment ça, merde alors ?! But alors you are French ?

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Re: Wagner - Ring - Schirmer/Gilmore – Leipzig - 04/2018

Message par Il prezzo » 14 avr. 2018, 23:36

Siegfried 14/04.

Christian Franz, Siegfried
Dan Karlström, Mime
Iain Paterson, der Wanderer
Jürgen Linn, Alberich
Runi Brattaberg, Fafner
Claudia Huckle, Erda
Christiane Libor, Brünnhilde
Danae Kontora, Waldvogel

Acte 1
Die Inspiration schwer schwächet, pour parler wagnérien :D
Une colonnade dans le style monument RDA pour les morts de la deuxième mondiale.
Au milieu, en arrière-scène, une plate-bande, se voulant "forêt", dans le genre luxuriant du Douanier Rousseau.
Et surtout, ce que l’on craignait depuis le début de ce Ring, la permanence dérangeante et gratuite des danseurs / créatures qui s'agitent dans la plate-bande (un bras, une jambe jaillissent des hautes herbes...). Siegfried qui mouline dans le vide au lieu de forger, en attendant que les elfes lui apportent sur un plateau l'épée reforgée (tentative d’interprétation : cadeau de Wotan…? :idea: )

Vocalement ça va, avec le bon Mime du Rheingold, et un grand Siegfried. Le programme nous dit que
Christian Franz est un habitué du rôle en Allemagne (dont Bayreuth) et ailleurs dans le monde (ainsi que du rôle d'Otello). Timbre agréable et puissance adhoc (alors que, personnellement, j'ai plus souvent été déçu par les Siegfried qu'enthousiasmé).

Mais impression globalement mitigée pour ce premier acte. Dommage car la partition y est quand même très inventive avec nombre de nouveaux leitmotives, et très bien emmenée par le chef.

Acte 2
Inspiration de mise en scène revenue, malgré un dragon fort peu effrayant pour le freier Knabe, puisque sous la forme d’un Fafner pléonastiquement géant (genre carnaval de Binche), assis sur un sofa de dix mètres de long, chapeauté d’un haut de forme (= les géants du Prologue :idea: ), entouré d’or et de petits Fafner également chapeautés. L’ensemble surgit des profondeurs de la scène, qu’il a la mauvaise idée d’honorer un peu trop longtemps de sa prégnante présence.
Décor plutôt réussi : une grande passerelle effondrée, couverte de lierre, qui surmonte l’antre de Fafner, et que gravira Siegfried à la fin de l’acte, pour suivre le Waldvogel, charmante et gracieuse ballerine.
Scène initiale Alberich-Wotan très intense. Du 3ème rang, voix littéralement terrifiante de Jürgen Linn.
Mais décidément trop de voix mâles dans Siegfried. A ce point-là, on attend vraiment avec impatience le retour de Brünnhilde.
Classique mais belle mise en scène donc pour ce deuxième acte, assez loin des soldats (très) peu vêtus qui déambulaient en colonne dans la jungle de Günther Kramer :?

Acte 3
Décor saisissant au lever de rideau pour la scène Wotan-Erda : un grand et noir massif rocheux jaillit des profondeurs de la scène, une crevasse en son centre d'où Wotan hurle ses imprécations pour franchir le déferlement orchestral. Iain Paterson y parvient tout à fait, on se demande d'ailleurs comment un même chanteur est encore capable d'un tel exploit au 3ème jour de tétralogie (avec une seule journée de pause hier). D’autant qu’il va encore tout à fait tenir jusqu'à son affrontement final avec Siegfried. Iain Paterson est de plus un acteur remarquable.
Erda, toujours l'excellente Claudia Huckle, rampe du fond de la crevasse, trainant les trois nornes sous sa longue traîne ténébreuse.
Changement à vue bluffant pour revenir sur le rocher de Brünnhilde : le plateau tournant (qui supporte en creux le piton rocheux), pivote doucement, le décor en arcades superposées de la fin de la Walkyrie réapparaît, sensiblement plus "détruit" encore : la fin des dieux approche. Le colosse Grane surveille de haut (en dormant!). Il descendra près de Brünnhilde après son réveil, et posera son "masque", figurant également la perte de sa "divinité" (il ne volera plus :D )

Duo Christian Franz - Christiane Libor de haut niveau, même si le jeu est un peu pataud (je ne m'étendrai pas, par charité, sur les difficultés de Brünnhilde à se lever de sa couche...).
Immense plaisir musical que ce moment où l'on perçoit si bien le saut qualitatif de l'écriture wagnérienne, après l'intermède de Tristan et des Maîtres Chanteurs.

Nos danseurs omniprésents se seront montrés opportunément bien moins présents dans ce Siegfried, avec leur unique et ridicule intervention tout au long du 1er acte, ratage indéniable de cette production, ainsi qu’une toute petite apparition superfétatoire de 30 secondes dans la jubilation finale sur le Leuchtende Liebe, lachender Tod.

Dernier round demain.
Mais avec le Prologue globalement réussi, ainsi que 5 actes sur les 6 des deux premières journées, la statistique pour ce Leipziger Ring est déjà largement positive.

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Re: Wagner - Ring - Schirmer/Gilmore – Leipzig - 04/2018

Message par Il prezzo » 15 avr. 2018, 23:55

Götterdämmerung 15/04.

Thomas Mohr, Siegfried
Tuomas Pursio, Günther
Jürgen Linn, Alberich
Runi Brattaberg, Hagen
Christiane Libor, Brünnhilde
Gal James, Gutrune
Kathrin Göring, Waltraute
Karin Lovelius, 1ère Norne
Kathrin Göring, 2ème Norne
Olena Tokar, 3ème Norne
Magdalena Hinterdobler, Woglinde
Sandra Maxheimer, Wellgunde
Sandra Fechner, Flooshilde

Pour ce Crépuscule, nous aurons un décor quasiment unique, modifié à la marge pour alterner antre des Nornes, nid d’amour de Siegfried et Brünnhilde, palais des Gibichungen, et bords du Rhin. Trois modernes colonnes carrées qui se perdent dans les cintres, un palier circulaire à l’arrière-plan, bordé d’une verrière donnant sur une terrasse (présumée avec vue sur le Rhin…).
Tout ça ne disparaitra dans les profondeurs de la scène qu’à la toute fin, pour signifier très explicitement, avec force lumière et brouillard, le lever d’un jour nouveau pour l’humanité.
Du très classique, mais après tout, moins besoin « d’illustration explicative » pour ce dernier volet, le spectateur connaît toute l’histoire, pour l’avoir entendue ressassée par tous les protagonistes. Et concernant les falots Gibichungen, on se moque bien de savoir précisément où et comment ils vivent :D . Je ne reviendrai donc pas beaucoup sur les décors.

Prologue - Acte 1
Scène des Nornes sans surprises.
Rougeoiement derrière la cloison vitrée circulaire en fond de scène. Brünnhilde(-Juliette) attend un peu curieusement Siegfried sur un balcon (latéral). C’est Thomas Mohr, le très prometteur Loge du Rheingold, qui l’incarne, et non le Christian Franz d’hier : le doublé constitue-t-il une performance infaisable ? Ce ne doit pas être la raison de ce remplacement, quand on voit l’endurance affichée par les Wotan, Alberich et Brünnhilde de cette production. Le timbre de Thomas Mohr est en tout cas plus agréable, plus élégant, tout en étant tout aussi « héroïque », et son chant est parfaitement intelligible.
Christiane Libor plus à son aise ce soir qu’hier ; ça se vérifiera encore plus aux actes suivants, sa tessiture convient mieux à l’écriture plus dramatique du Crépuscule. Les graves superbes, les aigus très sûrs, et toujours cette sincérité dans le chant, déjà signalée.
Lumières. Nos elfes en linceul gris installent quelques meubles. Les soubrettes (à coiffes ornées de deux mini-cornes de bélier : tiens, tiens, nos dieux surveillent toujours ? :idea: ) et valet s'affairent, et ouvrent le rideau sur la verrière de fond de scène.
Scène de mise en place du piège de Hagen chez les Gibichungen. Rien de particulier dans la mise en scène, fluide.
Gutrune, la Freia du Rheingold, belle voix mais toujours aussi mauvaise actrice. Fait un peu penser, en voix et en présence, à Françoise Pollet dans le même rôle.
Le Hagen de Runi Brattaberg (Fafner) semble mieux en voix lui aussi, et plus noir.
Retour sur le "rocher" de Brünnhilde pour le climax de cette 1ère partie, les retrouvailles avec Waltraute (l'une de mes scènes préférées de tout le Ring). Kathrin Göring (l'extraordinaire Fricka de la Walkyrie) égale en incarnation celle que, dans mon souvenir, je croyais insurpassable dans de ce rôle, Waltraud Meier.

Acte 2
On retrouve avec plaisir pour la dernière fois l’Alberich si charismatique de Jürgen Linn, pour sa courte scène avec Hagen.
Puis Christiane Libor explose littéralement dans la scène suivante, dont la violence est vraiment meurtrière pour les chanteuses. Elle m’évoque Eva Marton, une autre de mes divas préférées d’un passé pas si lointain.
Le finlandais Tuomas Pursio, nouveau dans ce Ring où beaucoup de chanteurs interprètent plusieurs rôles, quand le leur n’apparait pas successivement dans les différents volets, montre beaucoup de présence et d’aura vocale dans le rôle assez falot de Günther, auquel on n’accorde pas beaucoup d’attention d’habitude.
La scène du chœur des vassaux excités par Hagen est presque insoutenable pour les oreilles (du 2ème rang de parterre), la direction manquant vraiment là de finesse.

Acte 3
Dans ce sommet d’écriture musical de la partition, c’est Siegfried qui nous ravit et émeut par l’élégance du phrasé et l’émotion qu’il dégage dans le long récit de ses aventures. Les elfes-corbeaux surgissent et le forcent à tourner le dos à Hagen (Wotan encore à la manœuvre, contresens…?) qui le poignarde. Belle image de Siegfried, soutenu par le colosse-Grane avant de tomber sur la dépouille du cerf, emmenée solennellement par les chasseurs.
Le chef dirige la page orchestrale de sa mort de façon encore tonitruante, mais la pâte instrumentale est superbe (malgré, encore, quelques problèmes de trompette; décidément :2guns: ).
Christiane Libor commence à fatiguer, mais c’est encore très beau et son Starke Scheite très émouvant. Elle s’effondre sur le corps de Siegfried qui a été installé sur le piano (!) du palais des Gibichungen. Embrasement, puis brume, extinction. Quelques figurants « humains » exterminent les derniers elfes encore sur scène. Fin des dieux. Tout le plateau s’enfonce pour laisser place à une superbe aurore sur un monde nouveau.

Jusqu’au bout, pas de révolution dans la mise en scène, mais une tétralogie passionnante, entièrement tournée sur l’essence du texte. Et ça fait un bien fou. Dans un théâtre de taille très raisonnable (1400 places), à très bonne visibilité et acoustique, et aux tarifs très accessibles !
Avec des chanteurs d’un très haut niveau dans l’ensemble, même si ce ne sont pas ceux (et de très loin!) qui suscitent le plus de débat sur ODB… :D

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Re: Wagner - Ring - Schirmer/Gilmore – Leipzig - 04/2018

Message par Il prezzo » 16 avr. 2018, 13:01

Pour les germanophones, deux critiques de la création il y a deux ans, avec quasi la même distribution.
Le Tagespiegel était plus impressionné par les voix, en particulier le Siegfried de Thomas Mohr et la prise de rôle de Brünnhilde par Christiane Libor. Tuomas Pursio avait chanté non seulement Günther mais aussi le Wotan du Rheingold; hier, l'homme m'en avait semblé aussi plus que capable!
Plus de réserves que moi sur la mise en scène, jugée "sans ressort" (blutleer).
La critique du FAZ (intitulée "Mignons, ces béliers tirant le char de Fricka"😀) était moins négative à cet égard, soulignant à raison l'investissement "sur le long terme" d'une telle nouvelle production.
https://www.tagesspiegel.de/kultur/goet ... 38834.html
http://m.faz.net/aktuell/feuilleton/bue ... 27267.html

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Re: Wagner - Ring - Schirmer/Gilmore – Leipzig - 04/2018

Message par Il prezzo » 16 avr. 2018, 14:50

Rectificatif post-critique: en lisant tout ce qui a pu être écrit sur cette production, je m'aperçois, erreur courante, que j'ai interprêté la toute fin du Crépuscule comme j'aurais voulu qu'elle soit (comme dans la vision Chéreau): les personnages éradiquant les elfes divins après que le Rhin ait éteint l'embrasement final, que j'ai vus comme des humains se séparant définitivement des dieux, ne l'étaient pas.
Il s'agissait des 4 ou 5 divinités du Rheingold, en jeunes figurants dont je n'ai pas reconnu les costumes (en particulier celui de Wotan en empereur romain à toge bleue que je suis sûr de ne pas avoir vu lors du prologue!).
Bref, dans cette conception, les dieux sont donc toujours là. Tout peut recommencer. Je trouve ça moins optimiste 😀

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Re: Wagner - Ring - Schirmer/Gilmore – Leipzig - 04/2018

Message par Il prezzo » 16 avr. 2018, 16:52

La critique la plus complète que j'ai pu trouver, sur le cycle de 2016. Avec quelques photos.
Intéressante sur la mise en scène de Rosamund Gilmore (illustration claire et esthétique, pas de tentatives d'interprétation -encore qu'on peut comprendre, cf plus haut, qu'elle ne fait pas disparaître les dieux...-, production "faite pour durer"...).
Trop dithyrambique à mon sens sur la direction d'Ulf Schirmer.
Et une bonne description de la réussite vocale. Sachant qu'en 2016, trois chanteurs se partageaient Wotan, que Iain Paterson assure cette année dans son intégralité (et de quelle façon! ). Que les jumeaux étaient différemment distribués (Libor en Sieglinde, tandis qu'Eva Johanson chantait la Brünnhilde de la Walkyrie). Le reste de la distribution était identique à celle de cette année.
http://o-ton.online/fundus/Aktuelle_Auf ... 60505.html

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