Bellini - I Puritani - Armiliato-Pido/Dew - Vienne 03/2015-01/2018

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Re: Bellini - I Puritani - Armiliato/Dew - Vienne 03/2015

Message par Lucas » 12 janv. 2018, 10:46

jean-didier a écrit :
11 janv. 2018, 09:34

A mon avis une analyse spectrale des voix de ces chanteuses permettrait de différencier toutes ces chanteuses de manière très objective, On y verrait j'imagine pour Gruberova une puissance importante dans les fréquences élevées et Sutherland, un spectre plus homogène avec une puissance allant dans les fréquences moins élevées. Tout ça pour des sons identiques évidemment.
Si ce n'est que ce qui caractérise une voix, ce ne sont pas les notes (des sopranos dramatiques, spinto ou lyriques ont le plus souvent des tessitures identiques) mais le volume. Et attention à une chose : une voix très riche dans l'aigu peut donner l'illusion d'avoir beaucoup de volume quand il n'en est rien dans la mesure où l'oreille perçoit mieux les hautes fréquences. Suis-je le seul à avoir le sentiment que Florez est très tonitruant en salle quand la voix n'a pas un volume si immense? Idem pour Grubi.

De plus, la richesse harmonique d'une voix induit souvent sa typologie vocale et une Sutherland a une richesse du bas-médium qui laisse présager d'une puissance de feu dont Gruberova ne peut que rêver. Bref, Grubi chante Lucia, Norma ou Bolena avec la couleur de Zerbinette et reste l'une des plus grandes supercheries belcantistes des trente dernières années. Pour du vrai belcanto, retour aux cases Callas, Sutherland, Caballé, Gencer, voire Netrebko, il y a 10 ans, qui savonnait, certes un peu, mais avait au moins la couleur vocale et le volume requis pour ce répertoire.

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Re: Bellini - I Puritani - Armiliato-Pido/Dew - Vienne 03/2015-01/2018

Message par jerome » 12 janv. 2018, 11:20

Je suis presque entièrement d'accord avec toi Lucas à une micro-nuance près sur Gruberova: elle est certes la meilleure Zerbinette qu'on ait jamais eue mais son timbre (je parle des grandes années de Gruberova évidemment! Pas du marasme actuel qui dure depuis au moins 10 ans) plutôt corsé convenait superbement aussi à Lucia dont elle maîtrisait parfaitement la grammaire technique et stylistique. En revanche je te rejoins davantage concernant Bolena ET SURTOUT Norma où là, les prestations gruberoviennes sont problématiques.

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Re: Bellini - I Puritani - Armiliato-Pido/Dew - Vienne 03/2015-01/2018

Message par Lucas » 12 janv. 2018, 11:30

jerome a écrit :
12 janv. 2018, 11:20
Je suis presque entièrement d'accord avec toi Lucas à une micro-nuance près sur Gruberova: elle est certes la meilleure Zerbinette qu'on ait jamais eue mais son timbre (je parle des grandes années de Gruberova évidemment! Pas du marasme actuel qui dure depuis au moins 10 ans) plutôt corsé convenait superbement aussi à Lucia dont elle maîtrisait parfaitement la grammaire technique et stylistique. En revanche je te rejoins davantage concernant Bolena ET SURTOUT Norma où là, les prestations gruberoviennes sont problématiques.
Sur la grammaire technique, indiscutablement. Mais le style (minaudant) beaucoup moins. Et surtout, il lui manque tout le reste!

Mais bon, comme tu l'as écrit, nous sommes d'accord sur l'essentiel.

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Re: Bellini - I Puritani - Armiliato-Pido/Dew - Vienne 03/2015-01/2018

Message par HELENE ADAM » 12 janv. 2018, 12:57

Quelques mots sur la séance du 10 janvier

La mise en scène n'a rien de remarquable à part ce coup de théâtre de dernière minute qui est assez surprenant et n'apporte rien à cet opéra réputé pour "se terminer bien" contrairement à Lucia. J'en soulignerais plutôt le très beau travail d'éclairage qui créée l'essentiel des émotions dans la mise en situation des personnages et le drame qui se noue puis se dénoue. Si l'on juge un metteur en scène (et ses accolytes) au fait qu'il facilite le travail des chanteurs dans l'incarnation de leurs personnages, on ne peut que féliciter Dew pour son travail :wink:
Datant de 1994, cette mise en scène fait couler beaucoup d'encre en son temps. Je ne suis pas sûre qu'il existe encore des spectateurs viennois qui la découvrent, d'autant plus que Vienne passe en livestream cet opéra presque tous les ans...

Deux faiblesses globales dans la distribution :
- la direction de Pido, qui rate complètement son ouverture (molle, molle, molle) avant de se rattraper un peu surtout à l'acte 3 mais sans toujours donner à cette sublime musique, ce qu'elle mériterait. Très bel orchestre (et magnifiques solistes instrumentaux) qui corrigent un peu les limites (connues ici) du maestro.
- le très décevant Riccardo de Adam Plachetka. le baryton était peut-être en méforme passagère mais il s'est trouvé en difficulté vocale dès son arrivée sur le plateau. Son "Ah, per sempre io ti perdei" est souvent faux dans les "aigus", voix fatiguée et peu harmonieuse. Ce qui gâche un peu le début "Suoni la tromba", vers la fin le baryton reprend des couleurs mais bon... (j'ai l'impression que ça fait des années que je n'arrive pas à entendre ce duo dans toute sa beauté... :cry: ).

Le reste du plateau vocal sans être Top-niveau (et loin des références dont Jérôme, Jean-Didier et Lucas se font les échos dans les posts précédents) est globalement séduisant : bon Sir Giorgio de Jongmin Park qui manque parfois un peu d'originalité dans son jeu (toujours assez statique comme un vieux sage) mais qui assure un très beau duo avec Elvira à l'acte 1 avant de recueillir une ovation méritée après un superbe et très émouvant "Cinta di fiori".

Venera Gimadieva est une jeune soprano Russe de 33 ans, étoile du Bolchoi, où elle chante surtout Violetta (elle y est LA traviata de référence). Violetta qu'elle a aussi chanté à Bastille dans l'une des reprises de la mise en scène de Jacquot, elle a également été une " Reine de Chemakha" (le Coq d'or) remarquée (par moi notamment :D ) à la Monnaie et dans d'autres opéras, elle a déjà chanté Elvira, Lucia occasionnellement. Vienne pour cet Elvira en janvier et Munich et le teatro real de Madrid pour Lucia, dans les mois qui viennent, devraient la confirmer comme une des sopranos intéressantes du moment, même si son principal port d'attache reste le Bolchoi.
Son timbre est plus corsé que celle de sa consoeur Peretyatko, elle a un medium beaucoup plus riche et une voix très ronde qui sait moduler et vocaliser avec beaucoup de charme. Il lui manque AMHA un peu d'épaisseur dans les aigus qui sont parfois trop délicats mais dans l'ensemble, si on y ajoute la beauté du jeu, elle a été très, très convaincante dans cette Elvira. Et très applaudie à juste titre.

Mais c'est l'Arturo de Dmitri Korchak qui m'a le plus agréablement surprise. J'avais gardé en mémoire le souvenir d'un jeune ténor s'égosillant vainement à la Bastille dans les décors ouverts de Pelly, et presque sans voix au moment de son Corre a valle, corre a monte, ratant ses duos de l'acte III et notamment ses redoutables contre-notes. Rien de tout cela à Vienne : une salle à l'acoustique moins cruelle, un décor avec mur du fond, et surtout un artiste qui, me semble-t-il, a beaucoup progressé dans sa maitrise du rôle. Korchak montre beaucoup de vaillance pour interpréter ce rôle plutôt difficile, le timbre est beau et riche en harmoniques, la voix capable de nuances (ce qui lui fait perdre le côté "bucheron" qu'il avait à ses débuts), et les aigus sont lancés "forte" et... réussis dans l'ensemble. Cela donne un Arturo capable d'accents dramatiques importants mais aussi d'acrobaties dans les aigus. Pas parfait mais nettement plus séduisant que sa prestation parisienne dans le même rôle.
Les duos entre elle et lui à l'acte 3 ont été un grand moment d'émotion... :wink:

Une soirée qui a été chaleureusement accueillie par le public, à juste titre, et de jeunes artistes à suivre....

Venera Gimadieva, donnant des autographes après la représentation de Vienne (photo de son site)
Image
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Bellini - I Puritani - Armiliato-Pido/Dew - Vienne 03/2015-01/2018

Message par jean-didier » 12 janv. 2018, 13:42

Lucas a écrit :
12 janv. 2018, 11:30
jerome a écrit :
12 janv. 2018, 11:20
Je suis presque entièrement d'accord avec toi Lucas à une micro-nuance près sur Gruberova: elle est certes la meilleure Zerbinette qu'on ait jamais eue mais son timbre (je parle des grandes années de Gruberova évidemment! Pas du marasme actuel qui dure depuis au moins 10 ans) plutôt corsé convenait superbement aussi à Lucia dont elle maîtrisait parfaitement la grammaire technique et stylistique. En revanche je te rejoins davantage concernant Bolena ET SURTOUT Norma où là, les prestations gruberoviennes sont problématiques.
Sur la grammaire technique, indiscutablement. Mais le style (minaudant) beaucoup moins. Et surtout, il lui manque tout le reste!

Mais bon, comme tu l'as écrit, nous sommes d'accord sur l'essentiel.
Je réponds sur le fil Gruberova pour ne faire de digression

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