Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

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Bernard C
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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par Bernard C » 21 nov. 2016, 23:10

@ Stefano
Je viens d'écouter sur l'enregistrement le Ah ! quand viendra l'instant des suprêmes adieux.
Je trouve que Jovanovich chante avec une très grande conviction et un engagement total cet air meurtrier.
C'est admirable ce qu'il fait dans la dernière partie.
La reprise déchirante aigue sur "Âme sublime" , puis la descente de l'octave sur "désespoir" avant les remontées en arpèges jusqu'à l'impossible si bémol sur le "tel" avant de presque se désintégrer il est vrai sur le " desespoir final.
C'est pathétique comme on peut l'espérer.
Je vais voir ce soir si le timbre est plus chaud pour lui comme pour les autres que sur mon smartphone.

Bernard
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

Stefano P

Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par Stefano P » 21 nov. 2016, 23:28

quetzal a écrit :@ Stefano
Je viens d'écouter sur l'enregistrement le Ah ! quand viendra l'instant des suprêmes adieux.
Je trouve que Jovanovich chante avec une très grande conviction et un engagement total cet air meurtrier.
C'est admirable ce qu'il fait dans la dernière partie.
La reprise déchirante aigue sur "Âme sublime" , puis la descente de l'octave sur "désespoir" avant les remontées en arpèges jusqu'à l'impossible si bémol sur le "tel" avant de presque se désintégrer il est vrai sur le " desespoir final.
C'est pathétique comme on peut l'espérer.
Je vais voir ce soir si le timbre est plus chaud pour lui comme pour les autres que sur mon smartphone.

Bernard
Tu as remarqué qu'il a visiblement un trou de mémoire sur "Bienfaitrice des miens" (là où il y a le contre-ut ; je ne comprends pas ce qu'il dit à la place : j'ai l'impression qu'il répète "Reine adorée").

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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par Bernard C » 22 nov. 2016, 07:13

Représentation du 21 novembre 2016 17h30

Énorme émotion . Mais c'est mon rapport passionnel à Berlioz et particulièrement aux Troyens.
Comme pour Debussy , ça emporte tout sur son passage .
Alors ce soir en deux mots ( j'y reviendrai quand j'aurai à nouveau traversé l'atlantique) .
Un chef
Andrew Davis est un immense chef d'opéra, ce n'est pas nouveau, mais son Berlioz est une oeuvre d'art , de sensibilité , de palpitations , de couleurs sans abus de contrastes , sans excès d'exposition , l'exact assemblage des rythmiques rompues , des climats qui se succèdent, se mêlent parfois , s'opposent , des feminités de cette musique qui rencontre la tempête , l'héroïsme et l'angoisse .La symphonie du IV fut pur bonheur.
Le respect des voix est de chaque instant.
Le contrôle total des masses et des mouvements des choeurs sans faille.

Bravissimo !

des interprètes

Il y eut les grands , très grands :
Goerke qui m'a déchiré des ses "Tu ne m' ecoutes pas , tu ne veux rien comprendre ".Je n'ai pas cessé d'avoir des larmes de tant de beauté.
Des aigus dardés de monstre sacré , une maîtrise du souffle absolu et une grande tragedienne.
Beaucoup de choses qui ne paraissent pas si intenses dans l'enregistrement.

Un fastueux Chorebe de Meachem , j'ai fondu à son timbre , son allant , son charme.

Le grand Narbal de Van Horn que j'avais adoré dans les Villains à SF et qui est un des grands barytons-basses américains du moment.

Et puis il y a un passage qui me met dans un état déraisonnable , et qui fut sublimement interprété, respectant à la lettre l'écriture berliozienne : cette lente descente chromatique d'une octave, " en s'affaiblissant graduellement jusqu'à la fin " jusqu'à : "Où la mort des héros...t'attend" , oui Bradley Smoak a chanté ça d'une façon à vous faire disparaître sous terre un instant. ( le fantôme d' Hector)

Enfin Von der Damerau a fait une Anna à la belle voix ronde et grave , au timbre riche et a composé avec Didon le vertigineux duo du III3.
Une voix si bien assemblée avec la noble fragilité de Graham

De Graham et de Jovanovich je parlerai plus tard.

De la négligeable mise en scène de Albery aussi ; ce dernier ayant eu le mérite de faire vraiment travailler ses personnages .

Bernard
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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par paco » 22 nov. 2016, 10:05

quetzal a écrit :De la négligeable mise en scène de Albery aussi ; ce dernier ayant eu le mérite de faire vraiment travailler ses personnages
Avec la mode du "Konzept" on l'a oublié, mais le devoir numéro 1 d'un metteur en scène est bien cela : faire travailler ses personnages ! J'ai eu la chance de voir travailler Strehler et Bergman, ils ne "plaquaient" rien, tout venait des acteurs eux-mêmes, le travail de ces metteurs en scène consistant à aider les acteurs à libérer leur énergie et à trouver leur propre inventivité.

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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par Bernard C » 26 nov. 2016, 21:12

Quelques mots au retour sur
Susan Graham et Brandon Jovanovich .

Rappelons que Susan Graham a interprété Didon dans une distribution qui il y a quelques mois annonçait la prise de rôle de Sophie Koch .
Dommage pour notre française de ne pas avoir pu compléter un plateau si magistral .

Donc Susan Graham , que j'ai entendue il n'y a pas longtemps ,puisque c'était lors des triomphales représentations des Troyens à San Francisco et que j'écrivais à la sortie du War Memorial House le 12 juin 2016 à propos de sa Didon :
"Il ( Brian Hymel) forme avec la Didon de Susan Graham un duo Enée-Didon probablement aujourd'hui sans rival . Susan Graham fait preuve d'une santé vocale époustouflante ( pourra-t-elle si admirablement tenir toute la série ?) C'est grand , la beauté du timbre n'a d'égale que la perfection du style et son français est à la fois une dentelle et une architecture au personnage désirant et voluptueux, explosif et souffrant , enfin héroïque .
Didon sublime qui recevra un triomphe au terme de cette représentation ."


On a retrouvé cette Didon absolument de référence ; Graham est Didon , elle a ce rôle en elle comme personne aujourd'hui , chaque nuance du poème lui est familière , lui est sienne .. Son duo avec Anna est à s'évanouir , quand elle attaque "sa voix fait naitre dans mon sein La dangereuse ivresse" , on se sent ivre , on se renverserait sur son siège , la volupté nous appelle .

Il y a peu de chanteuse capable de nous porter à ça . Bien sûr c'est avec la même intensité que "la tendresse enivrée " du Duo d'amour nous est offerte .
Cependant dans le V , un peu plus de fatigue vocale dans les aigus forte et notamment dans les éclats de colère , de révolte , où l'expression s'arrache en grondements rauques .

Pour autant la façon dont elle se livre dans une fin sublime et pathétique écarte toute réserve purement vocale pour saluer encore une fois une Didon berliozienne , émouvante , et comme Berlioz lui même l'écrit " à cette image sublime de Didon qui cherche aux cieux la lumière et gémit en la retrouvant , je fus pris d'un frissonnement nerveux et , dans l'impossibilité de continuer , je m'arrêtai court ..."

Si au cours des Troyens on éprouve ce frissonnement nerveux , si au terme , on ne peut rien faire d'autre qu'aller se réfugier dans son hôtel de Michigan Ave. , en ne voulant rien entendre , ni manger ni boire , alors c'est que ces interprètes magnifiques nous auront emportés là où Berlioz nous emporte et m'emporta.

Brandon Jovanovich
: je crois que c'était sa prise de rôle .
C'est un ténor que j'adore , je ne le rappelle pas sur ODB , on en a déjà parlé ...bref.
Pour autant Hymel était encore dans mon oreille , car le timbre quelque peu voilé de Brian Hymel est pour moi plus intimement proche de l'image d'Enée .
Enée , immense héros n'a pas la vaillance d'un Hector , même demi dieu il garde une humanité concrète , politique .
La voix claire de Brandon Jovanovich , presque la jeunesse de cet Enée non seulement dans le personnage , mais dans le timbre , dans le chant , dans l’expression poétique ne m'a pas d'emblée emballé .
D'abord il rate son aigu d'entrée (et j'ai constaté que dans l'enregistrement disponible c'est aussi le cas ) : " Et le couvrant d'une bave sanglante , Le dévorent ..." , il accroche aussi sur le "désespoir" qui conclut le grand air du V , après un sur aigu assez bien réussi ; ces deux syllabes sont très difficiles à articuler à la suite du si bémol .

Est ce que ce sont des détails ? Probablement .Pourquoi est ce que je les relève ? parce qu'ils m'ont gêné , étrangement , dans un ensemble où je ne suis pas arrivé à m'identifier à Enée .
Enée j'adore Enée depuis Vickers , et je me projette volontiers dans ce héros qui emporte Anchise son père dans ses bras .

Bref , Brandon Jovanovich , il est fait pour chanter Berlioz , mais il faut que ça murisse encore , que ça prenne du corps .
La prononciation est bonne , le professionnalisme et la recherche du style extraordinaires .

Bernard
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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par philipppe » 26 nov. 2016, 21:47

Est çe qu il n y a pas un déclin vocal chez ce tenor ? Je l ai entendu l'an dernier dans don José à Munich. Le timbre était magnifique, puissant, mais le chant était en vrac, sans legato, en particulier dans "la fleur ...". J avais été déçu. Il échange Lohengrin en juillet ã Zurich, j'y ferai un saut par curiosité

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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par Bernard C » 26 nov. 2016, 22:33

philipppe a écrit :Est çe qu il n y a pas un déclin vocal chez ce tenor ? Je l ai entendu l'an dernier dans don José à Munich. Le timbre était magnifique, puissant, mais le chant était en vrac, sans legato, en particulier dans "la fleur ...". J avais été déçu. Il échange Lohengrin en juillet ã Zurich, j'y ferai un saut par curiosité
Déclin ? Pourquoi déclin ?
Je ne vois pas de signe d'altération majeure de la voix . Enée est un rôle "impossible" . Il l'a bien chanté ( j'ai signalé 2 problèmes d'aigu , mais je ne suis pas sûr que l'accrochage sur "desespoir" ( j'ai pu entendre un enregistrement sur une autre représentation que celle où j'étais ) soit une défaillance pure : il y met tellement d'intention émotionnelle que sa voix s’altère par excès , plus que par défaut de moyens ( le sur aigu a été réussi sans problème )

C'est comme dans l'air d'entrée , il arrive comme un fou . Enée c'est pas Otello , ou que sais je !
Surchargeant l'expression il frôle l'accident , ou en tout cas ça ne sonne pas propre .

Je l'ai entendu en Californie ( faut vérifier LA ou SF ) dans Lohengrin ; je l'ai absolument adoré ; là le caractère de la voix lui convient bien , et je lui trouve un legato plutôt plus tenu de KFV , que j'aime beaucoup dans ce rôle .

Il chante prochainement Don Jose à Chicago en alternance avec Calleja ( j'ai des places mais pour Calleja , donc je ne pourrai pas donner mes impressions )

Franchement je crois que Brandon Jovanovich doit persévérer dans Berlioz .En plus son français est vraiment remarquable pour un américain du Nord Ouest :wink:

Bernard
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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par philipppe » 26 nov. 2016, 23:37

Le Carmen avait mis son francais ã rude épreuve, avec les parties parlées. J essaierais e le réentendre pour me faire une idée.
Il y a eu Ian story chantant les Enee à geneve l an dernier. Sa prestation était tellement abominable dans la chute de Troie que je en suis pas allé l'écouter dans les troyens à Carthage ,

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Re: Berlioz - Les Troyens - Davis/Albery - Chicago - 11/2016

Message par HELENE ADAM » 27 nov. 2016, 01:47

philipppe a écrit :Le Carmen avait mis son francais ã rude épreuve, avec les parties parlées. J essaierais e le réentendre pour me faire une idée.
Il y a eu Ian story chantant les Enee à geneve l an dernier. Sa prestation était tellement abominable dans la chute de Troie que je en suis pas allé l'écouter dans les troyens à Carthage ,
Il n'étais pas mal en Walther à Bastille l'an dernier (mieux la deuxième fois que la première) dans les Meistersinger mais il lui manque un petit quelque chose pour dominer totalement le rôle. C'est un ténor qui assume beaucoup de rôles différents (Don José puis Des Grieux dans Puccini à Munich juste après ces Meistersinger) sans jamais vraiment percer alors que les critiques ne sont pas mauvaises et qu'il est dans des productions "en vue". Son Enée est inégal à mon sens (parfois très laborieux, parfois excellent), son Français n'est pas mal mais avec des à-peu-près logiques vue la difficulté et la longueur du rôle (surtout pour une première fois) et quelques passages sont mal négociés.
Je n'arrive pas totalement à adhérer à son style mais il ne me déplait pas non plus.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

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