Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/2014

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Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/2014

Message par Markossipovitch » 08 avr. 2014, 11:02

Les Troyens à la Scala de Milan du 8 au 30 avril

Enée Gregory Kunde
Chorèbe Fabio Capitanucci
Panthée Alexandre Duhamel
Narbal Giacomo Prestia
Iopas Shalva Mukeria
Ascagne Paola Gardina
Cassandre Anna Caterina Antonacci
Didon Daniela Barcellona
Anna Maria Radner
Hylas Paolo Fanale
Priam Mario Luperi
Un chef Grec Ernesto Panariello
L’ombre d’Hector Deyan Vatchkov
Hèlénus Oreste Cosimo
1er soldat Troyen Guillermo Esteban Bussolini
2eme soldat Troyen Alberto Rota
Un soldat Luciano Andreoli
Le Dieu Mercure Emidio Guidotti
Hécuba Elena Zilio

Reprise de la production de Mc Vicar qui avait obtenu un beau succès en 2012 au ROH, avec cette fois Kunde en Enée, et une belle distribution, quoique peu francophone.

Quelqu'un y va-t-il?
Pour ma par j'y serai pour la dernière.

Markossipovitch
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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par Markossipovitch » 13 avr. 2014, 18:22

Aucune critique sur le web, ni anglophone ni francophone, seules deux ou trois en Italie, et personne sur ce forum, je suis perplexe. Le public scaligère hurlait d'enthousiasme hier soir pour la seconde représentation....

paco
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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par paco » 13 avr. 2014, 18:35

c'est déjà bien qu'il y ait eu des compte-rendus en Italie, depuis une décennie les compte-rendus de spectacles lyriques se résument à peau de chagrin en dehors de la St-Ambroise à Milan et de l'ouverture de la saison romaine avec Muti...

pour ce qui est de la blogosphère francophone ou anglophone, peut-être l'absence d'articles est-elle due au fait que la création de la production au ROH avait été abondamment commentée à l'époque (pourtant la distribution milanaise n'a rien à voir, en dehors d'ACA et Capitanucci, ça mériterait des compte-rendus)

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renato_b
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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par renato_b » 13 avr. 2014, 22:36

Markossipovitch a écrit :Aucune critique sur le web, ni anglophone ni francophone, seules deux ou trois en Italie, et personne sur ce forum, je suis perplexe. Le public scaligère hurlait d'enthousiasme hier soir pour la seconde représentation....
En effet, spectacle le plus réussi de la saison, dixit Pappano et ovations générales du public...de quoi se régaler à la fin du mois...

Markossipovitch
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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par Markossipovitch » 01 mai 2014, 17:07

La régalade fut intense hier soir à Milan. CR à suivre.

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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par Markossipovitch » 04 mai 2014, 12:52

Et voici mon compte-rendu de la représentation du 30 avril:

Mercredi pluvieux à grosses gouttes sur Milan pour la dernière des Troyens, entre deux journées ensoleillées. Je découvre que, bénéficiant d'une invitation, j'aurai le privilège de découvrir l'œuvre depuis la loge royale, et son magnifique point de vue. Revers de cette somptueuse médaille, le son y est doux, mélangé voire atténué si ce n'est un peu étouffé par l'effet de cage de la loge. Par ailleurs il n' y a que quatre prompteurs pour les surtitres, qui tous dévident la traduction italienne au premier rang de la loge, jusqu'à ce que je négocie avec une vénérable dame du premier rang qui gentiment me met les surtitres en français, d'autant plus aisément qu'elle considère la traduction italienne "assolutamente brutta".

Dès l'entrée du chef on se rend compte que le public scaligère sait gré à Antonio Pappano de rehausser le niveau d'une institution dont les productions récentes ont peiné à convaincre depuis plusieurs années. Le son de l'orchestre est très doux et miellé et l'enthousiasme du chef très communicatif, tant pour le public que pour les membres de l'orchestre dont il tire une interprétation délicate et forte, en prenant bien garde de trop couvrir les chanteurs, et qui ne trouvera de faille que dans les cuivres, d'abord en coulisses, puis dans la fosse, avec quelques couacs étonnants que la retransmission radio n'avait pas laissé prévoir. Mais ce n'est que peu de choses eu égard à la qualité de l'ensemble des décors ,mise en scène, danse et chant qui contribuent à une soirée magnifique.
Le point de vue offert par la loge royale est étonnant : il permet de se croire assez près des chanteurs et de suivre leur jeu de scène sans jumelles de théâtre, comme dans une salle à la jauge plus petite, contrairement à celle du Bolchoï par exemple. Mais parfois au deuxième balcon les harmoniques graves des chanteurs peuvent ne pas monter jusqu'à nous, phénomène que j'avais remarqué à la salle Pleyel.

La mise en scène bien connue de Mc Vicar appelle peu de commentaires, sobre, belle, dynamique, magnifiée par des décors phénoménaux que j'ai eu par ailleurs l'extrême chance de voir en scène derrière le rideau lors du premier entracte, le clou étant évidemment le grandiose cheval piloté de l'intérieur et dont les mouvements vus de la salle sont hypnotiques. Pour être moins audacieuse que d'autres symboliquement, elle n'en propose pas moins de vraies flammes en scène, et surtout elle ne distrait jamais de la musique tout au long des quatre heures trente de spectacle qui passent sans temps mort.

La profondeur des perspectives n'est presque jamais prise en défaut (sauf dans le décor du troisième acte à Carthage un peu trop unidimensionnel, avant qu’il s’ouvre sur les blés), ce dont on ne peut pas vraiment se rendre compte à la vue du seul DVD de Covent Garden qui écrase les perspectives.

Sur le plan vocal, les deux premiers actes sont dominés par la performance d'Anna Caterina Antonacci en Cassandre. Je l'avais pour ma part applaudie en Carmen en 2011 à Luxembourg lors de la reprise in loco de la production de 2009 à l'Opéra-Comique. J'avais apprécié son français excellent, sa fantastique diction, et sa présence scénique phénoménale, grande impression tempérée par une projection vocale limitée et des aigus fortissimo peu sûrs et décentrés. Je la retrouve exactement, formidablement investie dans le rôle de la devineresse possédée, rampant, les yeux exorbités, le visage blême, les mains très expressives alla Callas. La projection n'est que moyenne et la chanteuse met toute sa science vocale à éviter les écueils de l'aigu fortissimo qu'elle ne maitrise plus bien. Le public scaligère lui réserve de grandes ovations qui manifestement l'émeuvent.
L'entrée de Fabio Capitanucci en Chorèbe n'en est que plus décevante. Non seulement le manque de projection est cruel, le français inintelligible, mais l'aigu forcé est mal émis, les nuances tombent à côté du texte, et surtout le jeu de scène caricatural et lourd fait un contraste saisissant avec sa partenaire, comme s'ils ne faisaient pas partie de la même histoire (admettons que la situation incite à cela, mais tout de même…). À mon avis Alexandre Duhamel qui brille dans le rôle de Panthée l'aurait très avantageusement remplacé, d’autant qu’il nous gratifie de la seule diction authentiquement française de la distribution.

À l'opposé de Capitanucci s'impose au premier acte l'ombre d'Hector de Deyan Vatchkov qui réussit un beau moment de théâtre face à Gregory Kunde. J'aurai la possibilité de l'en féliciter à l'entracte, et il me confiera sa grande satisfaction de faire partie de cette production, contrairement à d'autres de la Scala.

Quant à Kunde au sujet duquel les critiques sont neutres voire plates pour ce rôle, il impose sa présence sans excès vocaux, mais il est clair au fil de la représentation qu'il s'affirme comme le grand triomphateur de la soirée. Le timbre n'est pas d'une richesse transcendante mais il a gardé une luminosité argentée étonnante, et l'artiste à su contrôler sa voix de telle sorte que son homogénéité du grave à l'aigu est stupéfiante pour un ténor de cet âge. L'émission haute est incisive et les aigus totalement intégrés au reste de la voix sont d'une facilité, d'une disponibilité et d'une sûreté sidérantes. L'acteur sans être tout à fait Kaufmann (Enée rêvé) bénéficie d'une présence naturelle très forte, domine la scène sans jamais lasser, et quand il se plante à l'avant-scène pour amasser l'énergie phénoménale de son texte et la catapulter vers la salle dont il devient en quelque sorte l'épicentre, le public est électrisé à mesure que la voix monte en puissance et dans l'aigu, dont l'envol libère toute l'énergie accumulée entre lui et ce même public, qui en sort médusé.

Je veux bien qu'on me taxe d'emphase mais c'est ainsi que je l'ai vécu et je ne pense pas avoir été le seul.

Il reste que le timbre comme l'émission du ténor ne s'apparient pas idéalement à ceux de son amante carthaginoise, quoique la musique envoûtante de Berlioz, la direction amoureuse de Pappano et l'intégrité des deux artistes se conjuguent pour faire du grand duo d'amour de l'acte IV le sommet de la soirée.

L'entrée en scène de Daniela Barcellona n'avait pas manqué de faire forte impression. On se dit qu'enfin on se trouve devant une vraie grande voix d'opéra, puissante et ardemment projetée. Sa Didon est fière et noble, mais peu intelligible, le médium présente un vibrato sec peu seyant et le grave me semble trop poitriné, ce qui altère un timbre encore riche. Le style déclamatoire est marqué par l'italianité, et souvent on se prend à se remémorer involontairement Crespin, dont la leçon de style demeure (mais je pense aussi à la déclamation quasi racinienne de Podles en Orphée). Cela amoindrit l'impact de cette Didon à la fois trop peu altière et trop peu tendre, qui dans son grand air nous transporte moins haut qu'on ne l'espérait.

Car pour émouvoir pleinement il faut incarner toutes les gradations de l'émotion distillées par Berlioz dans la progression dramatique du cinquième acte qui culmine à l'avant-scène devant le rideau à l'ultime tableau. Barcellona peine à articuler les détails de ces émotions, alternant seulement l'extase alanguie et la fureur muette exprimée par des yeux hagards, quand on attend mille inflexions pour évoquer les sentiments contradictoires par lesquels passe la reine, et une tenue plus marquée par le sentiment de la grandeur dans l'affliction qui est la caractéristique de la tragédie lyrique française à laquelle cette œuvre est affiliée. Vocalement on se prend à penser qu’Elina Garança, qui fut une magnifique Marguerite de la Damnation, ou Katarina Karneus, qui le fut aussi, auraient pu nous offrir une interprétation plus pleine. Et à la fin du spectacle on ne peut que se demander ce qu'Antonacci aurait fait de ce personnage avec les moyens vocaux de Barcellona...

Pour ce qui est des rôles de moindre ampleur, on regrettera que Samuel Ramey, prévu en Priam, ait quitté la production, car même son état vocal aujourd'hui quelque peu délabré aurait été compensé par une aura dont est totalement privé Mario Luperi. Giacomo Prestia incarne avec superbe un Narbal âgé et boiteux, malgré une voix limitée en ampleur comme en couleurs.
Je n'ai pas du tout apprécié Shlava Mukeria en Iopas, sa voix manquant autant de stabilité dans l'aigu, toujours près du couac, que de souplesse dans le grave du récitatif. Paoloa Fanale par contre avec un timbre sans attraits particuliers a fait une démonstration de chant sur le souffle et de colorations, campant un Hylas très convaincant. Mention spéciale pour le très bel Ascagne de Paola Gardina au physique avantageux et à la voix fraîche et contrôlée, sans parler d'une diction française très correcte, et à l'opposé la palme de la déception revient à l'Anna de Maria Radner, à la voix lourde et mal émise, gâchant un beau rôle.

Finalement cette soirée aura été pour moi un enchantement, pour de multiples raisons, et il faut admettre que c'est une grande chance que d'assister à une représentation très réussie d'une œuvre trop rare. Il reste qu'on peut se demander en quoi la Scala pourra réaffirmer son identité en important une production londonienne d'un chef d'œuvre francophone où une grande majorité de chanteurs italophones sont sommés de trouver les arcanes d'un style que peu d'entre eux maîtrisent.

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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par paco » 04 mai 2014, 15:21

Merci pour le CR. C'est sans doute la 1ere fois que l'on peut lire l'expérience acoustique et visuelle depuis la loge centrale de la Scala, très intéressant ! :D

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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par Markossipovitch » 04 mai 2014, 17:00

Merci Paco!

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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par elisav » 04 mai 2014, 19:05

Markossipovitch a écrit : Finalement cette soirée aura été pour moi un enchantement, pour de multiples raisons, et il faut admettre que c'est une grande chance que d'assister à une représentation très réussie d'une œuvre trop rare. Il reste qu'on peut se demander en quoi la Scala pourra réaffirmer son identité en important une production londonienne d'un chef d'œuvre francophone où une grande majorité de chanteurs italophones sont sommés de trouver les arcanes d'un style que peu d'entre eux maîtrisent.
C'est une question très intéressante. Mais il me semble que La Scala n'est pas le seul grand théâtre lyrique qui peine à réaffirmer son identité ces jours-ci. En effet, quelles sont les grandes scènes qui, de nos jours, se sont forgé une identité claire et en quoi ça consiste?

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Re: Berlioz - Les Troyens - Pappano/McVicar - Milan - 04/201

Message par paco » 04 mai 2014, 19:32

elisav a écrit :En effet, quelles sont les grandes scènes qui, de nos jours, se sont forgé une identité claire et en quoi ça consiste?
c'est tout le problème des co-productions

à vrai dire, le seul qui ait une identité aujourd'hui, ce n'est pas une grande institution, c'est l'Opéra-Comique...

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