Massenet - Manon - Davin/Mazzonis - Liège - 06/2012

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Bernard C
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Massenet - Manon - Davin/Mazzonis - Liège - 06/2012

Message par Bernard C » 19 juin 2012, 06:29

Opera Royal de Wallonie-Liège- Représentation du 23/06/2012


Direction musicale : Patrick DAVIN
Mise en scène : Stefano MAZZONIS DI PRALAFERA
Décors : Jean-Guy LECAT

Manon Lescaut : Silvia VÁZQUEZ
Le Chevalier des Grieux : Ismaël JORDI
Lescaut : Massimiliano GAGLIARDO
Le Comte des Grieux : Marcel VANAUD
Guillot de Morfontaine : Guy de MEY
De Brétigny : Roger JOAKIM
Rosette : Alexise YERNA
Poussette : Sabine CONZEN
Javotte : Marie-Laure COENJAERTS
Une concierge : Chantal GLAUDE
L'hôtelier : Iouri LEL
Un postillon : Marc ARPOTS
Premier garde : Carmelo DE GIOSA
Deuxième garde : Jacques DAISE
Un joueur / premier joueur : Patrick MIGNON
Deuxième joueur : Alexei GORBATCHEV
Une voix en coulisses : Pierre NYPELS
Un croupier : Marc TISSONS


Malgré l'amère déception et ma fureur et ma tristesse pour la vilenie faite à June Anderson qui ne chantera pas à Liège , je ferai mon chemin de Canossa et j'irai à Liège sitôt rentré de San Francisco .
S'il n'y a pas grève , je vous ferai un C.R. , sinon j'irai me saouler à la Mort Subite .

Bernard

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maitreluther
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Re: Massenet-Manon-Davin/Mazzonis di Pralafera-Liège-06/12

Message par maitreluther » 19 juin 2012, 08:07

quetzal a écrit :S'il n'y a pas grève , je vous ferai un C.R. , sinon j'irai me saouler à la Mort Subite .

Bernard
Pourquoi ne pas écrire "quoiqu'il en soit" à la place de "sinon"? :beer: :beer:
c'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule
(audiard)

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Message par raph13 » 20 juin 2012, 11:56

L'avis de Concertonet
« L’opéra est comme l’amour : on s’y ennuie mais on y retourne » (Flaubert)

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Message par PlacidoCarrerotti » 20 juin 2012, 13:37

raph13 a écrit :L'avis de Concertonet
"L’exil au Palais Opéra (il s'agit de la tente de cirque) a finalement constitué une agréable parenthèse" 8O 8O 8O
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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Message par tuano » 20 juin 2012, 14:10

La tente sera encore utilisée la saison prochaine ?

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Message par Bernard C » 20 juin 2012, 14:12

PlacidoCarrerotti a écrit :
raph13 a écrit :L'avis de Concertonet
"L’exil au Palais Opéra (il s'agit de la tente de cirque) a finalement constitué une agréable parenthèse" 8O 8O 8O
C'est vrai que ça putifie dur dans ce papier .
Je crois que je vais suivre le conseil de maitreluther .

Pfff ça sent pas bon tout ça !

Bernard

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Message par Albar » 21 juin 2012, 20:15

quetzal a écrit :
PlacidoCarrerotti a écrit :
raph13 a écrit :L'avis de Concertonet
"L’exil au Palais Opéra (il s'agit de la tente de cirque) a finalement constitué une agréable parenthèse" 8O 8O 8O
C'est vrai que ça putifie dur dans ce papier .
Je crois que je vais suivre le conseil de maitreluther .

Pfff ça sent pas bon tout ça !

Bernard
:lol:
J'adore! C'est tout à fait ça : ça putiffie à mort (je vais garder l'expression, elle me plaît!)

Quelqu'un connaît ce Sébastien Foucart, que j'aille crever les pneus de sa voiture...?
:lol:

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Message par Zemire » 23 juin 2012, 10:44

Je suis assez d'accord avec l'analyse de S Foucart pour concerto.net ou de Nicolas Blanmont dans la Libre Belgique (http://www.lalibre.be/culture/divers/ar ... manon.html)

C'était un beau spectacle dans son ensemble ... pas de quoi grimper dans les cintres mais jamais lassant.

Stefano Mazzonis signe là une de ses meilleures idées de mise en scène. Même s'il ne peut résister, comme à son habitude, à certains détails hors propos, cette fois ils sont assez limités et pas trop perturbants.
Ce livre dont on tourne les pages, égrenant la courte vie de Manon, est d'une grande limpidité quant à l'intrigue et permet des changements de décors rapides et sans longue attente, coupant le fil de l'action. Décors et costumes sont de bon aloi et très beaux.
Le problème avec monsieur Mazzonis est qu'il y a peu (ou pas) de direction d'acteurs ... si ceux si ont du tempérament et une grande présence en scène comme Marcel Vanaud (quel bonheur de le retrouver à Liège !) cela se passe bien sinon ...
S Mazzonis privilégie plus 'l'image' et les scènes plutôt qu'une recherche profonde du personnage : il faut être à la scène de la chapelle pour voir l'émotion prendre place et les intervenants s'investir plus dans leurs personnages.

Quant aux interprètes ... Contrairement à d'autres, je n'ai pas vraiment été convaincue par Silvia Vasquez. La voix n'est pas très large et ses aigus sont souvent forcés ; l'équilibre entre sa voix et celle d'Ismael Jordi n'est pas vraiment harmonieux. Je suppose que celui-ci avait été choisi en fonction de June Anderson avec laquelle on le devine l'harmonie aurait été plus juste. Si elle ne m'a pas touchée, Silvia Vasquez ne m'a pas déplu non plus : son investissement dans le rôle était total et sincère, rôle lui convenant certes mieux qu'à une aînée.
Finalement, là est toute la difficulté de distribuer Manon ou Butterfly : rôle d'une presque enfant devant avoir une épaisseur de voix d'une soprano confirmée ...

Ismael Jordi est un très bon Des Grieux. Sa voix chaude et aux aigus très faciles convient tout à fait au rôle … petit bémol pour moi : son chant très 'méditerranéen' parfois plus proche de l'opérette que de l'opéra. Cependant, très belle présence en scène et beaucoup de sensibilité quant au rendu de son personnage. Son chant 'en retenue' est une pure merveille !

Pour le reste de la distribution, grande joie de retrouver Marcel Vanaud (le comte Des Grieux) sur la scène liégeoise où il m'a fait passé de si beaux moments ! Toujours cette voix très engorgée bien sûr et avec aujourd'hui beaucoup moins de couleurs mais aussi quelle noblesse en scène !
Je ne suis pas d'accord avec S Foucart quant à Roger Joakim : ce soliste liégeois nous a offert, comme souvent une prestation très honnête avec une belle présence en scène et non, comme le dit le critique 'De Bretigny anonyme de R Joakim'. Par contre, je trouve que le terme de 'quelconque' qualifiant la prestation de Massimiliano Gagliardo (Lescaut) est insuffisant : j'aurais plutôt dit médiocre en raison de son incapacité d'investir le rôle et de chanter juste sans compter une voix sans beaucoup de couleurs.
Guy de Mey est un bon Guillot vocal mais je n'ai apprécié que moyennement son personnage exagérément 'play boy' – à moins qu'il faille mettre cela sur les touches de mauvais goût du metteur en scène.
Le reste de la distribution et les chœurs sont à l'unisson du plateau et l'ensemble est très agréable à regarder et entendre.
Je suis souvent incapable de juger un orchestre et son chef … ici, je trouve que Patrick Davin a réussi à garder un bel équilibre entre la scène et la fosse (qui n'en n'est pas une …) avec un orchestre d'une grande ampleur.

http://www.dailymotion.com/video/xrhech ... acts_music
En route donc vers le vieil opéra rénové … personnellement, je n'aurai aucune peine à quitter le 'Palais Opéra' qui nous a accueillis pendant 3 ans ![/code]

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Message par Bernard C » 23 juin 2012, 17:06

Après une arrivée dans une gare pharaonique virée dans une ville morne qui semble sombrer dans la crise .

Même le caissier de l'épicerie de la Féronstrée m'a dit que j'avais amené le soleil de Bretagne :idea: , car ici "il fait sombre et gris tous les jours sauf ce soir avec ce beau soleil qui perce les nuages" .


Seules les gauffres caramélisées à la vanille de chez Massin place du Marché nous ont sortis de la déprime ambiante .

Au fond de la place apparaît la façade blanche immaculée de l'Opéra ravalé .

Bernard

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Message par Bernard C » 24 juin 2012, 01:15

Opéra Royal de Wallonie , représentation du 23 juin 2012

Un spectacle hélas minable , c'est le mot qui me vient . Je vais tacher d'expliquer cette sévérité .

La mise en scène est en cause première .

Les choses ont été racontées déjà plus ou moins .
Le livre qui déroule une histoire , un roman personnel , le roman de Manon et ses pages qu'on tourne au rythme des scènes était supposé donner la ligne du temps .
Temps de la narration , temps du sujet fantasmant ses désirs , entre réminiscence et remémoration .
Temps remonté , pris par la fin pour se dérouler dans un cycle renvoyant au fatum , là l'échec .

"Cendrillon" tu étais révant moins d'un prince que de la cassette aux bijoux ( "C'est la première étoile ! - "Ah le beau diamant !" ou plus évidemment encore " Pour Manon encor ! De l'or! De l'or !" ), "Cendrillon" tu restes ; l'image de la nappe est grossière : mettre la nappe, la retirer , pour finir par cet éternel retour :
la mort comme répétition , je remets la nappe et je suis morte .

Fil rouge de la petite table bien sûr , désormais l'air célèbre étant voué à une rengaine thématique .

Alors pourquoi ces pages qui se tournent ne fonctionnent-elles pas ?

Parce qu'un livre est une écriture , seule condition de la circulation de l'imaginaire qui fait exister les personnages . Quand le livre n'est qu'illustrations successives la flèche du temps n'opère pas car aucune projection n'est possible.

La flèche du temps c'est ce que l'art propose : toujours dans l'écriture une part de blanc , des scansions et donc un capiton .
Ici le metteur en scène propose des tableaux ( au demeurant fort moches ) qui sont figés , qui contraignent bien plus fortement que ne le ferait le seul statut de décor . L'écriture étant close dans l'illustration , ce qui devait advenir advint : rien ne se passe .

La situation est aggravée par une sérieuse carence du jeu dramatique .
Il n'y a aucune conduite des acteurs , aucune construction du jeu , ce qui abandonne les chanteurs à des postures ,à une gesturelle stéréotypée et archaique .
Le mouvement ne construit plus la moindre signification ; le pire est encore la statique , la paralysie des groupes .
La scène du cours la Reine est caricaturale à cet égard : les figurants ne savent pas où se mettre , quoi faire avec leurs fleurs en plastique et leurs ballons gonflables , ils vont à la table , reviennent , vaquent à gauche , à droite , sans même qu'on leur ait appris à simplement se promener comme on le fait aux bords du jardin du Luxembourg un dimanche après midi .

Idem pour ces pauvres joueurs de l'hotel de Transylvanie .

Cette pauvreté du jeu , de la scènographie proprement dite aggrave ce collapse du temps de l'action dramatique et rend plus saisissante la lourdeur insistante du réalisateur à nous signifier :
"regardez l'histoire de Manon comme objet cyclique , je vous trace une lecture alphabétique et pour bien vous faire comprendre , j'ajoute quelques anachronismes" : les crissements des pneus et le moteur d'une voiture pour l'enlèvement de Des Grieux , un diable de chez Castorama pour la bouteille à air comprimé ...

Je pourrais ainsi décortiquer mille choses croquignolesques : par exemple la toile qui représente un port , le Havre (?) , port de départ de Manon pour les déportations outremarines du XIX ème siècle .
Que voit -on ? Un paquebot transatlantique qui impose sa masse imaginaire non comme figure de la relégation mais comme espoirs des migrants vers le Nouveau Monde !
Tout ceci par un ouvrage baclé montre que le metteur en scène ne maitrise nullement le sujet prétentieux qu'il affirme conduire :
la temporalité du roman subjectif doublant la temporalité narrative du livret .

Pour clore le sujet , l'affaire n'est pas sauvée par les costumes , souvent hideux ( passons sur les uniformes hospitaliers de certains figurants , tout de blanc vétus) mais plus graves : les robes de Manon .
Ici Manon est une gueuse dès le début et le reste . Dans la scène de cours la Reine au bras de Bretigny , Manon est affublée d'un horrible manteau de pute . Or c'est un contre sens , cette vulgarité ne permet pas de montrer qu'à ce moment là Manon a goûté , a expérimenté luxe et richesse . Et c'est bien cette fréquentation de l'or ,des bijoux et de l'opulence qui plus tard conduira Des Grieux ( et elle même ) à leur perte :" Et moi ... comme je t'aimerais ... si tu voulais ...(...) consens , consens ...et tu verras qu'après nous serons riches " IV-2) .

Comme chez un fauve , "c'est le goût du sang qui donne l'appétit du sang " .

Ce que Pelly à New York représente fort intelligemment .A cours la Reine , Manon est entrée dans le luxe , elle est sortie du vulgaire , c'est ce qui va déterminer le renforcement de son désir au delà de toutes les limites ...jusqu'au sacrilège .

C'est un peu le même problème avec Guillot qui est représenté en une sorte de pétasse maniérée dans un ensemble rose . Or Guillot est par définition le pouvoir ; qu'on le représente pervers n'est pas le problème , mais qu'on le réprésente comme un Ridicule rend incohérente son autorité sur l'exempt de police " Ouvrez au nom du Roi !"

Enfin dernier point : l'outrage au Grand Opéra français par la disparition du ballet du III !
Pour figurer l'"Opéra" , on a un défilé de grotesques qui probablement renvoient à des personnages d'Opéra ...Boris ...Turandot...(?) marionnetes rigides d'un mauvais goût consternant .
De danse point .

Que faire de tout ça ? Une épreuve pour les chanteurs qui doivent se débrouiller pour faire exister quelque peu leur chant et leur personnage .

Encore faut-il en avoir les moyens .

La distribution sans être indigne fut bien faible à Des Grieux près .

Sylvia Vazquez n'a pas les moyens de Manon : outre un timbre ingrat , vert , acide sans aucun velouté , elle semble entièrement absorbée par le prochain aigu forte crié à émettre .
De graves , elle n'en a point , tant est si bien que tous les "demains" descendants du merveilleux air du IV ( " chanter, aimer" ) disparaissent . Même à quelques rangs de l'orchestre on ne les entend pas . La ligne de chant est ainsi très altérée par cette grande faiblesse du registre grave et médian . Ce qui est strictement incompatible avec l'incarnation de Manon , de sa suavité, de son jeu des séductions , de cette partition si subtile .
Absence de couleurs , absence de ligne : la messe est dite .

Ismael Jordi dans Des Grieux est un jeune ténor espagnol que je ne connaissais pas et ce fut un vrai bonheur pour nous de le découvrir : il y a du travail stylistique , et une voix aiguisée , bien projetée avec une prononciation bonne malgrè quelques accents hispaniques ( les "on" ,les "re" sont parfois compliqués ) . Mais une voix prometteuse qui a manifestement une idole dans la vie : Krauss , tant certains mimétismes stylistiques dans l'émission , mais aussi dans le timbre m'ont rappelé le grand Alfredo .

Un aigu , ici ou là pas absolument impeccable , mais c'est vraiment pas grave . Un ténor pour lequel je me déplacerai certainement à l'avenir ; meilleur à mon goût que l'excellent Beczala entendu à NY en mars cette année ( modules.php?name=Forums&file=viewtopic&p=177613#177613 )

Massimiliano Gagliardo Lescaut avec une jolie voix , peu de puissance , mais un chant sérieux et un timbre agréable

Epatant Roger Joakim dans De Bretigny .

Le reste de la distribution étant inférieure au minimum attendu sur une telle scène .

Quant aux choeurs , il y a bien longtemps que je n'ai entendu des choeurs aussi peu en place . Pas une seule attaque propre , pas un seul tempo respecté , les mesures souvent en vrac ; désolant .

L'orchestre était bien dirigé et d'excellents pupitres ( ceci dit l'accoustique de ce chapiteau est épouvantable , sans parler du vent qui souffle dans les voiles , des avertisseurs de police et des klaxons des supporters de l'équipe d’Espagne victorieuse à l'Euro ).
Le chef Patrick Davin m'avait enchanté dans la Muette de Portici à l'O.C. .
Il dirige un Massenet lyrique , dynamique , sensible , même si cette salle ne permet pas de jouir des couleurs et de toutes les nuances . Il fit de gros efforts pour essayer de domestiquer ses choeurs en chantant avec eux . En vain .

Puis je dire ""un seul être vous manque et tout est dépeuplé" avec l'absence de June Anderson ?

Probablement n'aurait elle pas pu trouver ce moment d'histoire qu'elle recherchait avec sa première Manon dans une telle production : aucun regret à avoir , donc.

Bernard

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