Reprise d'Ariadne auf Naxos à Bastille

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Gualtiero
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Reprise d'Ariadne auf Naxos à Bastille

Message par Gualtiero » 18 oct. 2004, 22:38

:clapping:

Séduit par l'évolution du site je vous propose de déposer ce soir ma petite opinion sur la reprise d'Ariadne que je viens de découvrir à Bastille.

La production gagne vraiment au changement de lieu : le gigantisme du plateau de Bastille correspond parfaitement au décor de Chantal Thomas qui y est mis en valeur. De même les éclairages sont dévoilés à la perfection et on a vraiment l'impression que toute idée copiée de la Belle Hélène (maillots de bain, chantiers) est maintenant gommée au profit d'une mise en scène mature,unique et bien rodée.

Le son aussi : l'orchestre sonne à merveille même si Philippe Jordan a tendance à couvrir les voix.

Quant à la distribution, elle garde les atouts majeurs de Villars et Koch, Degout et ses acolytes masculins et feminins.

Les seconds rôles (notamment le maitre danser notamment récemment changé ou le majordome pourtant si important au prologue) pêchent par leur manque de qualités.

Enfin du côté des dames je suis autant sceptique, content que déçu.
Malheureusement Dessay semble aborder un nouvelle passe difficile et c'est vrai qu'il est dur de la remplacer dans ce rôle taillé sur mesure pour elle par Pelly son complice. Petrova possède une voix assez acide et qui passe mal la fosse (mais bon la salle est grande) et a le physique voulu pour le bikini; les vocalises sont un peu difficiles mais l'engagement scénique certain. Mais peut on lui en vouloir? on pense à Marisol Montalvo à qui l'on pouvait faire les mêmes reproches l'année dernière dans Lulu mais remplacer au pied levée et avec tant de professionalisme : chapeau bas !! malgré tout à l'époque où l'on a des Rancatore (quoique en Bikini...), Damrau mais surtout Aïkin pour ce rôle on a quelques regrets.

Avec Kringelborn on craint le pire au prologue (les rares répliques de la prima donna sont affublées d'un vibrato aussi gros que le cul d'un cacahalot), on est déçu par le manque d'engagement du "Es gibt ein Reich" et ce qui l'entoure, mais séduit au duo final où la cantatrice retrouve sa voix et son aise. Mais bon on regrette Polaski, l'extraordinaire Dalayman, Debbie (MMMmmm sur l'échelle..) ou pourquoi pas Baird, Anthony ou Charbonnet ??

Pour les curieux il y a encore assez de représentations, une diffusion restante sur Mezzo de la production de Hranier.

Sinon rappellons la sortie chez Orfeo de la version Sawallisch 1981 avec Tomowa-Sintow/Grubi AU ZENITH
quant au dvd je vous recommande l'extraordianaire production de Dresde chez arthaus ans une mise en scène inventive, Koch à ses débuts et le trio anthony/martinez/villars inoubliable

Bonne soirée

JB

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Message par Alain_B » 18 oct. 2004, 22:42

Interessant le postage presque simultané :D

A part l'Ariane que j'ai trouvé pour ma part beaucoup plus émouvante que Dalayman, nous sommes d'accord 8)

Edit : du coup je supprime mon message et je fais ici un copier/coller :

Je ne ferai pas de long développements pour cette reprise de la production de Pelly donnée à Garnier la saison dernière.

En effet très peu de changements dans la mise en scène, à part des éclairages retravaillés avec succès et Bacchus débarrassé de sa couche de peinture argentée dans la scène finale.

Le passage à Bastille n'est pas trop douloureux, les décors beton/chantier s'adaptant plutot pas mal à cette salle.

Quelques changements du côté de la distribution, comme souvent dans ces cas là on se dit qu'en prenant le meilleur de chaque on aurait eu un plateau quasi idéal.

Commençons par ceux qui sont des 2 distributions : Koch toujours aussi excellente, Villars qui donne toujours l'impression de chanter à l'opéra de Versailles tellement son timbre est éclatant. Par contre pour lui le passage à Bastille se traduit par une fatigue notable sur les 2 derniers aigus (idem entre générale et première)

La bonne surprise vient de l' Ariane de Solveig Kringelborn . Désopilante en glou... euh... diva prétentieuse au prologue, et formidablement émouvante dans l'opéra. Elle captive l'attention dans les passages piano beaucoup plus que sa devancière (Dalayman) même si elle ne dispose pas de sa puissance dans les forte.

Pour terminer, Zerbinette. Bien sûr, certain vont me faire un procès d'intention à ce niveau, sachant combien j'apprécie Dessay qui était prévue lors de cette reprise. Petrova à un grand mérite, c'est d'endosser le costume (si l'on peut dire) et de coller à la mise en scène sans aucune difficulté. Par contre question voix, c'est variable. Parfaite dans les passages chambristes comme le début de son monologue ou les ensembles avec le quatuor masculin, cela se gâte quand il faut mettre de la puissance pour couvrir l'orchestre : le vibrato devient trop prononcé à mon goût, et les aigus s'ils sont justes (sauf le dernier de l'air qu'elle termine à la tierce en dessous, cela fait un drôle d'effet) sont assez stridents. C'est certainement elle qui souffre le plus de la délocalisation à Bastille.

A noter très peu de différence de niveau entre la générale et la première, au contraire lors de la répétition Koch a par exemple tenté et réussi des attaques pianissimi dans l'aigu magnifiques, qui ont été moins spectaculaires à la 1ere où elle a quelque peu "assuré".

Le chef (Philippe Jordan) étant bien meilleur que celui de l'année dernière, le bilan est tout de même très positif : une reprise réussie.

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Message par tuano » 19 oct. 2004, 08:20

Je vous trouve tous les deux très fair play d'avoir passé une aussi bonne soirée sans être pleinement convaincu par Lyubov Petrova.

A-t-elle été applaudie après son monologue ?

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Message par David-Opera » 19 oct. 2004, 08:40

J'ai été plutôt agréablement surpris par Petrova.
Sa présence scènique et son physique n'a rien à envier à Dessay.
Sa voix est agile,mais effectivement dans les aigus cela devient un peu dur.
C'est d'abord sa prestance théâtrale que j'ai applaudi et elle a été bien accueuillie à la générale.

Kringelborn était bien plus émouvante que l'Ariane de la saison dernière.

Personne n'a parlé des 3 dames qui étaient en parfaite harmonie.

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Xavier
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Message par Xavier » 19 oct. 2004, 08:46

tuano a écrit :Je vous trouve tous les deux très fair play d'avoir passé une aussi bonne soirée sans être pleinement convaincu par Lyubov Petrova.

A-t-elle été applaudie après son monologue ?
Que veux-tu Tuano, tout le monde ne va pas à l'opéra que pour entendre des sopranos coloratures.

Je ne suis pas un spécialiste de Strauss mais il me semble que le Compositeur et Ariane (sans compter l'orchestre) ont un rôle au moins aussi important que Zerbinette. Qu'en pensent les straussophiles patentés ?

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Message par David-Opera » 19 oct. 2004, 08:56

Xavier a écrit :
tuano a écrit :Je vous trouve tous les deux très fair play d'avoir passé une aussi bonne soirée sans être pleinement convaincu par Lyubov Petrova.

A-t-elle été applaudie après son monologue ?
Que veux-tu Tuano, tout le monde ne va pas à l'opéra que pour entendre des sopranos coloratures.

Je ne suis pas un spécialiste de Strauss mais il me semble que le Compositeur et Ariane (sans compter l'orchestre) ont un rôle au moins aussi important que Zerbinette. Qu'en pensent les straussophiles patentés ?

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Disons que le compositeur et Ariane (son reflet) représentent 2 personnalités torturées, desespérées car elles s'accrochent à leur idéal en refusant le contact avec la réalité.

Le personnage de Zerbinette est donc très intéressant. Il y a de la profondeur derrière l'apparente légèreté ( scène émouvante quand elle confie sa tristesse au compositeur). Elle va ensuite inciter Ariane à prendre les choses de manière moins tragique. Il ya bien d'autres hommes et d'ailleurs Bacchus va bien vite lui faire oublier Thésée.

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Message par tuano » 19 oct. 2004, 09:56

Je n'ai jamais aimé ni compris cet opéra. L'intrigue ne fait que reprendre de manière délayée le sujet des nombreux airs de Metastasio au XVIIIème : après la pluie brille à nouveau le soleil etc. Si le Chevalier à la Rose correspond aux Nozze de Mozart, et la Femme sans ombre à la Flûte enchantée, Ariane à Naxos correspond tout simplement à Lucio Silla. Le monologue de Zerbinetta renvoie à l'air de Celia Quando sugl' arsi campi où elle dit à Giunia qu'il est inutile de se lamenter sur son amour perdu et qu'elle aura de nouvelles occasions de connaître le bonheur.
Je trouve ça franchement sommaire comme sujet d'opéra. Mozart n'y a consacré qu'une scène lorsqu'il était adolescent.

Malgré tout ce que je viens d'écrire, je ne pense pas être un straussien moins patenté que d'autres. J'ai juste un problème avec Ariadne, surtout que le personnage sonne faux à cause du prologue, où ce n'est qu'une prima donna capricieuse et vaniteuse. Il n'y a que Julia Varady, lors d'un concert parisien, qui m'a ouvert de nouvelles perspectives sur le rôle. Malheureusement, elle n'aura jamais chanté le rôle dans son intégralité.

Pour moi, le Compositeur est une créature hybride, mal définie, sortie d'un chapeau pour essayer de sauver l'oeuvre du naufrage de la représentation avec le Bourgeois gentilhomme. D'ailleurs, le librettiste était furieux que Strauss confie le rôle à un soprano. Que voulait Hoffmanstahl ? Que voulait Strauss ? Visiblement pas la même chose, et cela s'en ressent.

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Message par Alain_B » 19 oct. 2004, 10:02

Petrova a été très applaudie à la générale, un peu moins à la première car le ratage de la dernière note a fait un peu désordre.

J'apprécie beaucoup Ariane car c'est une oeuvre où je trouve beaucoup de passages superbes. Bien sûr il y a le monologue de Zerbinette, mais aussi le duo du prologue, tout le rôle du compositeur en fait surtout quand c'est chanté comme par Koch, la scène finale, les trios de l'opéra (très bons hier d'ailleurs), les ensembles de la troupe de Zerbinette.

C'est plus dense que le Chevalier à mon avis où quelquefois je trouve le temps un peu long entre les passages sublimes de la fin du 1er acte, du duo du 2 et du trio du 3.

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Message par tuano » 19 oct. 2004, 10:12

J'ai adoré le Chevalier pendant longtemps, à cause d'un livret plein de rebondissements et un personnage tellement touchant (la Maréchale) mais maintenant, je trouve l'oeuvre un peu trop artificielle.

J'ai toujours eu énormément de mal avec le mélange tragique/comique, qui caractérise particulièrement Ariadne au Naxos. C'est pour ça aussi que j'ai encore du mal aujourd'hui avec Don Giovanni.

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Message par David-Opera » 19 oct. 2004, 10:26

tuano a écrit : Je trouve ça franchement sommaire comme sujet d'opéra. Mozart n'y a consacré qu'une scène lorsqu'il était adolescent.
Ce n'est qu'un élément.
Comme je le disais, il s'agit surtout de confrontation entre les ideaux de l'artiste et la réalité.

Ici cela est décliné sur le registre amoureux.
Zerbinette arrive au moment ou Ariane est en proie avec ses pensées les plus sombres. Elle va tenter de lui faire oublier l'idéalisation de Thésée pour lui montrer les hommes tels qu'ils sont et les apprécier tels quels.

J'ai l'impression que l'approche est à contre sens de Mozart, dont la sensibilité aux idéaux Franc Macon va plutôt amener l'homme à tendre vers un idéal.

Quant aux caprices de l'actrice jouant Ariane, nul doute que c'est un hommage anticipé à la belle Angela Georghiu :wink:

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