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Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 28 nov. 2014, 10:30
par altini
Enfin!!! Les fans du dictionnaire commençaient à s'impatienter. :Jumpy:
Toujours excellent.
Vivement la suite...

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 28 janv. 2015, 13:53
par PlacidoCarrerotti
Automobile / ɔ.tɔ.mɔ.bil / féminin

1. (Langage commun, dit "des ploucs") : Véhicule terrestre à quatre roues, de une à sept places, muni d’un moteur et d’une réserve d’énergie pour celui-ci, ce qui rend ce véhicule autonome sur plusieurs dizaines à centaines de kilomètres

2. (Lyrique). sens figuré. N'importe quel véhicule quel que soit le nombre de roues ou l’autonomie (voir plus loin) employé comme accessoire de théâtre à des fins comiques, la vue d’une automobile sur une scène d’opéra déclenchant une hilarité aussi incompréhensible que générale.

Le niveau sonore des rires répond à la « Courbe de Lafer inversée », le point bas étant atteint avec une voiture (rires simples), encadré par deux maximums.
- 2 roues (patinettes, scooters …) : franche rigolade
- Camions : fous-rires inextinguibles

La Courbe de Lafer inversée est toutefois contestée par certains experts qui pointent de nombreux facteurs de divergence par rapport au modèle.
- L’ancienneté du véhicule contribue significativement à l'hilarité (Morelle et Ardi, 1994)
- ainsi que le nombre de roues effectivement présentes par rapport au nombre théorique (Hélie et Dieudonay, 2007)
- ou encore une trop faible autonomie (volontaire) par rapport aux dimensions du plateau (Panhard et Levassor, 1922).

L’origine (très ancienne) de l’utilisation des véhicules à des fins lyrico-comiques est encore à étudier mais reste attestée dans la littérature.

« Tout le pays de Caux s’était rendu au théâtre municipal où l’on annonçait le grand Duprez dans la Lucie. Accompagné de son sigisbée qui remplaçait son mari, lequel était retenu pour ses affaires de marchand de boeufs à Ris (1), Emma faillit s’étouffer à l’arrivée du ténor dans une diligence. Quand les ressorts de celle-ci explosèrent sous le poids de l’énorme Duprez, Emma se mit à vomir copieusement dans sa baignoire d’orchestre, fort heureusement munie d’un siphon »
(Gustave Faubourg, in œuvres complètes, collection La Pétasse)

(1) Faubourg aurait dû écrire « au Ris » puisque il s’agit du lieu-dit « Le Ris » (76550 Offranville).

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 04 mars 2015, 11:01
par PlacidoCarrerotti
Parisianisme /pa.ʁi.zja.nism/ masculin

1. (Péjoratif) Ensemble d’habitudes sociales propres aux Parisiens ; snobisme parisien.

2. (Sociologie lyrique) Attitude de dénigrement systématique des productions musicales de province (vieilli ; pour plus d'informations on recommandera "Esquisse d'une histoire naturelle du plouc" de Claude Javeau, éditions Talus d'approche, Soignies, 2000, préface de Nicolas Joel)

3. (Sociologie lyrique) Attitude de dénigrement systématique des productions musicales parisiennes (pour plus d'informations on recommandera "Oser : Thérapie de la confiance en soi" de Frédéric Fanget, éditions Odile Jacob, 2006, préface de Nicolas Joel, postface de Stéphane Lissner ; la version en ligne propose un blind-test)

4. (Patois lyonnais) Insulte libératoire traduisant un complexe d’infériorité vis-à-vis de la capitale (voir article détaillé "Raymond Poulidor’s eternal second complex" par J & E de Bay in "International Psychologic Castration Review", 29 février 1994 avec une très intéressante introduction de N. Joel)

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 04 mars 2015, 13:57
par dge
PlacidoCarrerotti a écrit :Parisianisme /pa.ʁi.zja.nism/ masculin

1. (Péjoratif) Ensemble d’habitudes sociales propres aux Parisiens ; snobisme parisien.

2. (Sociologie lyrique) Attitude de dénigrement systématique des productions musicales de province (vieilli ; pour plus d'informations on recommandera "Esquisse d'une histoire naturelle du plouc" de Claude Javeau, éditions Talus d'approche, Soignies, 2000, préface de Nicolas Joel)

3. (Sociologie lyrique) Attitude de dénigrement systématique des productions musicales parisiennes (pour plus d'informations on recommandera "Oser : Thérapie de la confiance en soi" de Frédéric Fanget, éditions Odile Jacob, 2006, préface de Nicolas Joel, postface de Stéphane Lissner ; la version en ligne propose un blind-test)

4. (Patois lyonnais) Insulte libératoire traduisant un complexe d’infériorité vis-à-vis de la capitale (voir article détaillé "Raymond Poulidor’s eternal second complex" par J & E de Bay in "International Psychologic Castration Review", 29 février 1994 avec une très intéressante introduction de N. Joel)
:lol: :lol: :lol:

J'attends un article sur " mise en abyme" en différenciant bien celle qui a du sens et celle qui n'en a pas :lol:

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 22 mars 2016, 15:16
par PlacidoCarrerotti
Wagnérite / vag.ne. ʁlit / féminin

La wagnérite est une altération banale des sens et de l’esprit, qui touche 99% de la population wagnérienne française. Elle n’est heureusement pas transmissible aux non-wagnériens.

Pour identifier un sujet atteint de wagnérite, il suffit de regarder les symptômes : absence de réaction devant un ténor qui chante atrocement faux, acouphènes rendant audible par persuasion mentale des sons non mesurables à l’audiomètre nucléaire pourtant capable de repérer un pet d'acarien (il peut s'agir de chanteurs aphones ou absents, ou remplacés par un metteur en scène figurant, ou encore ne finissant pas la soirée sans qu’apparemment aucun spectateur ne le note), imperméabilité au vibrato (le sujet entend un son droit), incapacité à reconnaître une voix déglinguée (graillons et raucités seront immédiatement associés à un talent dramatique, etc.).
Autre symptôme : applaudissements hystériques envers le chef, quelles que soient ses qualités (on a vu plus haut que couvrir les chanteurs n’étaient pas nécessairement un défaut) : l’essentiel, c’est d’avoir été présent jusqu’au bout.

La wagnérite n’est pas considérée comme une maladie outre-Rhin. Alors qu’on avait pensé spontanément qu’elle y était endémique, des chercheurs indépendants ont mis en évidence que la population allemande chimiquement pure était totalement dépourvue des organes lui permettant d’apprécier quoique ce soit en termes de subtilités vocales. Exposés seize heures durant aux Hojotoho de Birgit Nilsson, les personnes testées n’ont ressenti aucune gêne. Au contraire, leur taux d’adrénaline a spontanément augmenté. Dans le même temps, des chats ont été jusqu’à se mutiler les oreilles.

Pour les amateurs français, le cas est différent car ils n’ont pas cette tare génétique : il s’agit donc bien d’une pathologie. Les chercheurs restent divisés : soit les organes s’atrophient spontanément à l’écoute de Wagner chez le sujet prédisposé, soit il s’agit d’un désordre mental : pour améliorer ses chances d’être admis au sein de la meute germanique, le sujet en vient à occulter ses capacités naturelles, la non-fonction créant le non-organe (voir aussi psittacisme).
La standing ovation serait quant à elle une réaction spontanée du muscle fessier.

« J’évoquais un jour devant Monique Barichella (la muse de Tino Rossi, qui lui inspira un de ses succès les plus célèbres) mes réserves au sujet de Peter Hoffmann. Celle-ci me répondit « Ah ! Mais vous l’auriez vu arriver en Siegmund tout dépoitraillé avec ses beaux cheveux blonds, vous n’auriez plus fait attention au reste !!! ». Elle croyait dur comme fer à la présence réelle du ténor dans la Walkyrie ». (P.Carrerotti, Œuvres anthumes, pages 12 322 et suivantes).

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 23 mars 2016, 10:40
par Schwannhilde
PlacidoCarrerotti a écrit :Wagnérite / vag.ne. ʁlit / féminin

Pour identifier un sujet atteint de wagnérite, il suffit de regarder les symptômes : absence de réaction devant un ténor qui chante atrocement faux, acouphènes rendant audible par persuasion mentale des sons non mesurables à l’audiomètre nucléaire pourtant capable de repérer un pet d'acarien (il peut s'agir de chanteurs aphones ou absents, ou remplacés par un metteur en scène figurant, ou encore ne finissant pas la soirée sans qu’apparemment aucun spectateur ne le note), imperméabilité au vibrato (le sujet entend un son droit), incapacité à reconnaître une voix déglinguée (graillons et raucités seront immédiatement associés à un talent dramatique, etc.).

George Bernard Shaw va encore plus loin dans The perfect wagnerite (accessible en pdf)

" Those who go to Bayreuth never repent it, although the performances there are often far from delectable. The singing is sometimes tolerable, and sometimes abominable. Some of the singers are mere animated beer casks, too lazy and conceited to practise the self-control and physical training that is expected as a matter of course from an acrobat, a jockey or a pugilist. The women's dresses are prudish and absurd. It is true that Kundry no longer wears an early Victorian ball dress with "ruchings," and that Fresh has been provided with a quaintly modish copy of the flowered gown of Spring in Botticelli's famous picture; but the mailclad Brynhild still climbs the mountains with her legs carefully hidden in a long white skirt, and looks so exactly like Mrs. Leo Hunter as Minerva that it is quite impossible to feel a ray of illusion whilst looking at her. The ideal of womanly beauty aimed at reminds Englishmen of the barmaids of the seventies, when the craze for golden hair was at its worst. Further, whilst Wagner's stage directions are sometimes disregarded as unintelligently as at Covent Garden, an intolerably old-fashioned tradition of half rhetorical, half historical-pictorial attitude and gesture prevails. The most striking moments of the drama are conceived as tableaux vivants with posed models, instead of as passages of action, motion and life. "

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 24 mars 2016, 09:42
par altini
PlacidoCarrerotti a écrit :Wagnérite / vag.ne. ʁlit / féminin
La standing ovation serait quant à elle une réaction spontanée du muscle fessier.
Excellent, comme toujours.
Petite question: dans quelle mesure la longueur extravagante des opéras de Wagner n'est-elle pas faite pour épuiser les muscles fessiers et donc provoquer une "debout ovation"? Celle-ci ne serait alors qu'un réflexe non déterminé par l'appréciation de l'œuvre.
(Où peut-on se procurer les œuvres anthumes de Placido?).

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 22 janv. 2017, 00:33
par Franz Muzzano
altini a écrit :
PlacidoCarrerotti a écrit :Wagnérite / vag.ne. ʁlit / féminin
La standing ovation serait quant à elle une réaction spontanée du muscle fessier.
Excellent, comme toujours.
Petite question: dans quelle mesure la longueur extravagante des opéras de Wagner n'est-elle pas faite pour épuiser les muscles fessiers et donc provoquer une "debout ovation"? Celle-ci ne serait alors qu'un réflexe non déterminé par l'appréciation de l'œuvre.
(Où peut-on se procurer les œuvres anthumes de Placido?).
Longueur extravagante des opéras de Wagner (Altinisme).

1 - Remplacer le terme "extravagante" par "justifiée" est une correction à la fois légitime et nécessaire. D'ailleurs, Parsifal est une oeuvre que l'auditeur éclairé trouvera TOUJOURS trop brève.
2 - Expression employée par les intervenants de peu de foi, qui en revanche sortiraient leur arbalète si l'on osait couper deux mesures dans Guillaume Tell.

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 26 janv. 2017, 16:10
par EdeB
PlacidoCarrerotti a écrit :
22 mars 2016, 15:16
Wagnérite / vag.ne. ʁlit / féminin

La wagnérite est une altération banale des sens et de l’esprit, qui touche 99% de la population wagnérienne française. Elle n’est heureusement pas transmissible aux non-wagnériens.
OUF. Et la Mozartite (bien plus rare, j'en conviens) ?

Re: Le dictionnaire ODB de l'opéra

Posté : 26 janv. 2017, 16:15
par EdeB
PlacidoCarrerotti a écrit :
04 mars 2015, 11:01
Parisianisme /pa.ʁi.zja.nism/ masculin

[...]

4. (Patois lyonnais) Insulte libératoire traduisant un complexe d’infériorité vis-à-vis de la capitale (voir article détaillé "Raymond Poulidor’s eternal second complex" par J & E de Bay in "International Psychologic Castration Review", 29 février 1994 avec une très intéressante introduction de N. Joel)
Eléonor de Bay est née "au" XVIe (l'arrondissement, pas le siècle).
Voir surtout les critiques de certains opéras de Wagner interprétés par Régine Crespin dans les années 50 publiées dans Le Progrès (de Lyon)...
(Joachim de Bay les a dans ses archives, puisque je les ai recopiées à la BNF...)