Verdi - Don Carlo - Currentzis / Vick - ONP - 2008

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adecambrai
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Verdi - Don Carlo - Currentzis / Vick - ONP - 2008

Message par adecambrai » 08 juin 2008, 11:33


Verdi - Don Carlo
Direction musicale Teodor Currentzis, Pyotr Belyakin (11 juil.)
Mise en scène Graham Vick
Décors et costumes Tobias Hoheisel
Lumières Matthew Richardson
Chef des Choeurs Winfried Maczewski

Filippo II James Morris / Ferruccio Furlanetto (22 juin, 1, 4, 6, 11 juil.)
Don Carlo Stefano Secco
Rodrigo, Marchese di Posa Dmitri Hvorostovsky, Dimitris Tiliakos (10, 22 juin)
Il Grande Inquisitore Mikhail Petrenko
Un Frate Paul Gay
Elisabetta di Valois Tamar Iveri
La Principessa Eboli Yvonne Naef
Tebaldo Elisa Cenni
Il Conte di Lerma Jason Bridges
Voce dal Cielo Elena Tsallagova



Première de Don Carlo hier soir, 7 juin 2008, à Bastille.

Plusieurs personnalités du monde du spectacle et de la politique étaient présentes pour cette première de Don Carlo. La salle n'était cependant pas remplie et plusieurs sièges vides au parterre n'ont été occupés qu'après replacement par les ouvreurs. Gérard Mortier avait lui-même pris place dans la salle.

L'orchestre nous a offert de nombreux couacs et ne m'a pas semblé très en place. La direction du chef, sur laquelle je reviendrai, n'étant probablement pas étrangère à cela.
La mise en scène de Graham Vick n'est pas infâmante. On peut reprocher un côté statique parfois en termes de direction d'acteurs. Lorsque plusieurs personnages évoluent en même temps, la scène paraît animée mais devient un peu vide et terne lors des solos ou duos, surtout si le chant ne rachète pas le minimalisme du décor, monumental sur les côtés mais vide au centre.
Mon principal reproche tiendrai plutôt à l'évacuation du côté politique. S'il reste présent, notamment à travers les dialogues, c'est clairement la religion qui est le grand gagnant thématique de cette production. C'est un point de vue, qui n'est pas complètement faux et, comme le dit Philippe II lui-même, même le trône courbe la tête devant l'autel.

Paul Gay, très applaudi lors des saluts, a très bien chanté le frère qui ouvre ce spectacle. Je n'ai pas de reproche à lui faire.

La surprise vient encore une fois de Stefano Secco. Entendu dans Simon Boccanegra l'an dernier, il m'avait fait une forte impression. Je me demandais cependant s'il assumerai un personnage comme Don Carlo, d'autant qu'il s'agit pour lui d'une prise de rôle.
Il a été excellent d'un bout à l'autre de l'opéra. L'air par lequel il débute la représentation était très engagé et on sentait toute la torture du personnage. La voix est nette, puissante même si le volume n'est pas phénoménal, les aigus bien amenés et clairs. Il a parfaitement tenu sa place dans les duos, trios... dans lesquels il intervient. Si j'ai senti une certaine tension parfois, notamment dans certains aigus, il m'a impressionné par sa tenue tout au long du spectacle. Scéniquement il est plutôt investi et son interprétation est encore à affiner, à travailler, mais en l'état elle est plus que respectable. Il ne m'a pas déçu.

Yvonne Naëf a été applaudie mais aussi copieusement huée lors des saluts. Son Eboli ne méritait pas un tel déchaînement, mais c'est vrai que son incarnation n'est pas exceptionnelle. Elle a visiblement tenté d'éviter certaines des vocalises de "Nel Giardin del bello..." en les chantant piano, les aigus étaient blancs, voire détimbrés, un peu criés à l'arrachée... J'ai espéré un rétablissement de la situation pour le "O don fatale" mais l'air n'a pas été non plus exécuté avec brio. Scéniquement elle est crédible mais vocalement c'est plus que perfectible. Je suivrai l'évolution lors des prochaines représentations, en espérant que cela s'améliore.

Le Philippe II de James morris souffre d'un vibrato particulièrement envahissant par moment. Il chante en outre un peu "dans le nez", ce qui n'est pas du plus bel effet. Hué, quoique moins que Naëf, lors des saluts, le très attendu "Ella giammai m'amo" n'a récolté que quelques applaudissements polis, un ou deux "bravo" timides et une huée copieuse, par une personne qui a même continué lorsque les applaudissements se sont calmés. Morris a essayé de faire de bonnes choses et je ne lui en veux pas. Mais c'est vrai que la voix ne suit plus et que cela ne lui donne pas l'autorité et le charisme attendus pour Philippe. L'incarnation ne rattrape pas ces failles. Il m'a semblé parfois plus appliqué, mais l'ensemble ne dégage pas l'émotion attendue.

L'inquisiteur de Mikhail Petrenko est plutôt bon, pas toujours audible (mais là encore nous reparlerons de la direction du chef). Le "sire" grave de son air est par contre clair, net. Un bel inquisiteur.

Inutile je pense de préciser que j'attendais Dmitri Hvorostovsky. A entendre le tonnerre d'applaudissements qui l'a accueilli lors des saluts, je n'étais pas le seul. Il a été je pense un peu plus applaudi même que Secco. Je m'attendais à un Posa plus musclé et j'étais content de voir qu'il ne le chantait pas trop en force. La première partie n'était cependant pas exempte de scories. La voix n'était pas très belle, elle me semblait au contraire un peu grasse, pas très nette. Cela restait musical mais c'est comme s'il y avait un bouchon qui ne voulait pas sauter. Le duo avec Philippe II était assez terne. Ce grand moment est tombé un peu à plat. Dommage.
Scéniquement, Hvorostovsky campe un Posa rigide et altier. Certes c'est un grand d'Espagne, mais sans lui demander de faire le pitre, il aurait pu être plus mobile sur scène.
La suite à très largement racheté ces quelques faiblesses. La voix a commencé à retrouver ses couleurs dans la scène de l'autodafé et nous avons été gratifiés d'un "Per me giunto" puis d'un "O Carlo ascolta" excellents. La voix en place, de nouveau puissante, lâchée...Le souffle peu commun, la musicalité soyeuse, tout y était. C'était une première et c'était déjà fantastique. Certes il connaît bien le rôle, mais il a encore une fois remarquablement interprété ces airs, qui m'ont paru si courts...

Reste enfin Tamar Iveri. Son Elisabeth ne m'a pas séduit d'emblée, en raison d'un vibrato serré peut-être du au stress. La voix semblait tendue jusqu'au "Justicia, justicia sire" où je l'ai trouvé plus libérée. Si certains m'ont signalé qu'elle atteignait difficilement les balcons, je l'ai trouvée depuis le parterre parfaitement audible. Elle s'est plutôt bien tirée de ce rôle, même si cela ne reste pas une interprétation marquante. Si l'ensemble de ses airs était exécuté avec précision, sans rien d'exceptionnel, le "Tu che le Vanita" était plus investi et plus agréable.

Le chef, Teodor Currentzis, est un moulin "agité", à défaut et c'est dommage d'être "habité". Sa direction est nerveuse, il tente des effets différents de ce que l'on entend habituellement et propose une direction effectivement peu courante. Pourtant il me semble peut-être un peu trop excité et je ne suis pas sûr que les choeurs, l'orchestre et les solistes puissent bien suivre. Beaucoup de couacs, dont un "pouet" aigu retentissant dans la fosse, un orchestre bruyant, qui tape, couvre les voix et des choeurs pas en place et décalés parfois de façon très nette.
Currentzis a été très bruyamment hué lors des saluts, par une bonne partie de la salle. Il est vrai que s'il essaie de proposer quelque chose de différent, cela restait hier soir très brouillon.

J'ai beaucoup apprécié la soirée, notamment le fait d'entendre cette oeuvre magnifique en salle, mais l'impression qui me reste est celle d'un spectacle qui demande encore pas mal d'ajustements avant d'être rôdé. J'aurai l'occasion de voir cela au fil des représentations.
Pour moi les deux gagnants sont clairement Secco et Hvorostovsky.

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Message par Snobinart » 08 juin 2008, 11:59

+ 1 avec toi.

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Re: DON CARLO Currentzis/Vick ONP 2008

Message par JdeB » 08 juin 2008, 12:11

adecambrai a écrit :
Currentzis a été très bruyamment hué lors des saluts, par une bonne partie de la salle. Il est vrai que s'il essaie de proposer quelque chose de différent, cela restait hier soir très brouillon.


Tu fais allusion à sa technique inédite de grande envolées de mèches de cheveux ? :wink:
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Re: DON CARLO Currentzis/Vick ONP 2008

Message par adecambrai » 08 juin 2008, 12:12

JdeB a écrit :
adecambrai a écrit :
Currentzis a été très bruyamment hué lors des saluts, par une bonne partie de la salle. Il est vrai que s'il essaie de proposer quelque chose de différent, cela restait hier soir très brouillon.


Tu fais allusion à sa technique inédite de grande envolées de mèches de cheveux ? :wink:


Reconnaissons que si on s'ennuie parfois de ce qui se passe sur scène, on peut aisément se rattraper en regardant le chef diriger.

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Message par Snobinart » 08 juin 2008, 12:14

Oui ! Et aussi de "balançage" de bras au dessus de la tête !
Spinosi danse déjà beaucoup mais alors là c'est Britney Spears (ça y est son nom est sur ce site ah ah ah... le côté obscur triomphe toujours)

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Message par abaris » 08 juin 2008, 12:17

La gestique de ce chef est aussi ridicule que sa direction est innommable.

Quelle soirée attristante par ailleurs. Merci à Secco et Iveri d'avoir fait leur job. Ils étaient bien les seuls hier. :cry:

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Message par JdeB » 08 juin 2008, 12:23

Snobinart a écrit :Oui ! Et aussi de "balançage" de bras au dessus de la tête !
de l'influence de la Tektonic :lol:
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Message par Snobinart » 08 juin 2008, 12:26

Ou de l'usage abusif de la cocaïne comme anti-stress (ceci est une plaisanterie ce va de soi)

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Message par Rameau » 08 juin 2008, 12:31

C'est sympathique, cette critique, ça m'évite de m'étendre... J'aurais bien une ou deux nuances à faire par ci par là, mais dans l'ensemble je suis d'accord sur tout!

Concernant le chef, c'est d'autant plus navrant que son interview dans Ligne 8 est d'une prétention sans limites. Il ne faut surtout pas regarder le chef pendant la représentation: c'est très joli à voir, très gracieux, assez fascinant; ça n'a aucun impact sur les musiciens; on sent qu'il se regarde diriger... L'orchestre (et moi...) a enchaîné le concert à Pleyel avec Boulez vendredi soir avec la première de Don Carlo avec Currentzis... Deux mondes...
Mais je voudrais souligner qu'en dehors des incohérences de la direction l'orchestre a bien, voir très bien, joué, contrairement à sa réputation, déjà soulignée par Rolf Liebermann il y a vingt-cinq ans, de tout gâcher quand le chef n'est pas à leur gré (ce qui était encore le cas de la Frosch avec Kuhn!).

abaris
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Message par abaris » 08 juin 2008, 12:37

Rameau a écrit : Mais je voudrais souligner qu'en dehors des incohérences de la direction l'orchestre a bien, voir très bien, joué, contrairement à sa réputation, déjà soulignée par Rolf Liebermann il y a vingt-cinq ans, de tout gâcher quand le chef n'est pas à leur gré (ce qui était encore le cas de la Frosch avec Kuhn!).
C'est peut être tout simplement qu'ils ont aimé le chef ?

J'ai quand même vu certains instrumentistes (cuivres) se boucher les oreilles quand leurs collègues jouaient tellement Currentzis leur a demandé "d'y aller".

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