Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

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Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par HELENE ADAM » 06 sept. 2019, 18:24

Benvenuto Cellini

Hector Berlioz

Opéra-comique en deux actes et quatre tableaux sur un livret de Léon de Wailly et Auguste Barbier, créé en 1838 à Paris.

Opéra de Versailles, dimanche 8 septembre
Version concert mise en espace.
A noter : Concert donné dans le "Palais de marbre rehaussé d'or", décor conçu par Ciceri dans lequel Berlioz lui-même dirigea un concert à l'Opéra Royal le dimanche 29 octobre 1848.


Michael Spyres Benvenuto Cellini
Sophia Burgos Teresa
Maurizio Muraro Giacomo Balducci
Lionel Lhote Fieramosca
Tareq Nazmi Pope Clement
Adèle Charvet Ascanio
Vincent Delhoume Francesco
Ashley Riches Bernardino
Duncan Meadows Perseus

Monteverdi Choir
Orchestre Révolutionnaire et Romantique
Sir John Eliot Gardiner Direction musicale

La même représentation a déjà été donnée à La Côte-Saint-André au festival Berlioz, à la Philharmonie de Berlin, au PROMS de Londres.
Voir "mon festival Berlioz"
http://www.odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=22074

Voir aussi le fil PROMS 2019
http://www.odb-opera.com/viewtopic.php? ... 53#p374373

Le concert des PROMS est toujours disponible à la réécoute par ce lien
https://www.bbc.co.uk/sounds/play/m00084cr
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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par HELENE ADAM » 08 sept. 2019, 21:07

Quand John Eliot Gardiner dirige Berlioz, il fait redécouvrir l'oeuvre tant son imagination musicale au service d'un compositeur qu'il vénère, est sans limite. Son orchestre révolutionnaire et romantique étincèle de mille couleurs chatoyantes, les cordes répondent aux cuivres, il parvient à littéralement éteindre les instruments avant de les faire vibrer en fanfare, c'est tout simplement du jamais entendu à ce point dans cette oeuvre rendu alors passionnante à chaque mesure, à chaque détour, à chaque minute durant ces presque trois heures dans l'écrin fort joli de l'opéra royal de Versailles.
Son Monteverdi Chor mériterait à lui seul également le détour, les choristes sont tout autant acteurs que chanteurs (et quels chanteurs !) sans cesse en mouvement, interprétant l’air des ciseleurs triomphant comme le chœur des matelots mélancolique avec autant de bonheur et de subtilité, alors accompagnés de deux guitares sèches, appuyées doucement par les cordes caressées des violons.
L'ouverture est jouée debout puis les musiciens et le maestro s'assoient ménageant au sein même de l'orchestre une sorte de corridor par où entreront et sortiront les solistes et parfois mêmes quelques éléments échappés des choeurs dont le terrain de jeu sera essentiellement l'arrière de l'orchestre devant le superbe décor d'époque en trompe l'oeil.
Chaque introduction orchestrale des quatre tableaux verra à nouveau briller l’orchestre seul dans toute sa magnificience avec ses beaux contrastes.
Et Berlioz révèle alors tous ses aspects, ses pièges, son incroyable modernité, sa grandeur orchestrale.
Impossible d'énumérer toutes les idées contenues et magnifiquement exécutées par orchestre, choeurs et solistes dans ce qui est une véritable mise en scène au milieu des instrumentistes, qui fait vivre l'opéra sans doute bien mieux que de nombreuses réalisations en principe plus sophistiquées. Avec quelques accessoires, des déguisements sommaires et beaucoup de mouvements réglés comme pour un ballet, l'histoire vit devant nos yeux, teintée d'énormément d'humour et d'une dose de dérision sympathique qui nous a permis de passer une après-midi d'exception et, en ce qui me concerne, une rentrée lyrique bien agréable.
Chœur et orchestre dominent donc par leurs qualités et leur complicité perceptibles en permanence dans une œuvre qui ne peut briller sans ces deux conditions réunies.
Image

Restent les solistes, sans doute un petit cran en dessous mais qui assurent leurs parties avec talent et précision.
Michael Spyres est un beau Cellini, d'une grande intelligence musicale au chant subtil et agréable à la diction impeccable, mais qui a eu un peu de mal sur la fin du rôle. Le timbre est beau, la voix, ferme et assurée et l’engagement scénique parfait, mais son problème avec les aigus se confirme malheureusement, ceux-ci se rétrécissant systématiquement et mettant finalement le ténor en difficulté dans son grand air « sur les monts les plus sauvages ». Spyres nous a donné une très belle prestation générale mais un peu gâchée par ce final peu maitrisé qui a semblé le désoler lui-même aux saluts, malgré les gestes de réconfort de ses collègues (je reste davantage convaincue par le Cellini d'Osborn, plus impressionnant sur l'ensemble du rôle AMHA).
Grosse suprise par contre de la qualité de chanteur et d’acteur du baryton Lionel Lhote que je n’avais jamais entendu : une faconde, une aisance, un culot et un humour dépassant tous ceux que j’avais déjà vu dans ce rôle de Fieramosca, fortement applaudi d’ailleurs lors de son numéro d’escrime, (Ah qui pourrait me résister) littéralement époustouflant. Très belle voix d’une projection insolente qui dominait souvent les ensembles.
J’ai beaucoup aimé également l’Ascanio coquin et délicieux d’Adèle Charvet, une jeune mezzo au talent insolent, qui s’est promenée dans son rôle avec un « mais qu’ai-je donc » magnifiquement chanté et interprété et un très beau duo avec la Teresa un peu moins brillante mais globalement joliment chantante de la belle Sophia Burgos. Cette dernière était à son aise dans l’acoustique flatteuse de l’opéra royal mais la voix est un peu petite et probablement un peu « juste » pour un espace plus grand. Son investissement, son jeu et de très beaux moments, en font une Teresa tout à fait agréable cependant.
Tareq Nazmi campe un Pape étonnant, drôle et franchement décalé et a été l’une des grandes figures de ce Benvenuto Cellini avec Lhote et Charvet. Voix grave et magnifique qui ne perd jamais son petit grain de folie, Nazmi joue en permanence de son personnage avec humour et fait mouche à chacune de ses interventions, provoquant un tonnerre d’applaudissements, rare pour le rôle, lors des saluts. Nous l’avions déjà vu et remarqué à Munich dans Fidelio en Don Fernando. Il confirme un très grand talent à suivre de près.
J’ai déjà vu plusieurs fois le Giacomo Balducci de Maurizio Muraro. Il possède bien le rôle mais la voix accuse un vibrato parfois un peu envahissant. Bel investissement scénique pour lui aussi.
Très bons rôles secondaires avec Vincent Delhoume en Francesco, Ashley Riches en Bernardino et Duncan Meadows en Perseus.
La représentation était filmée et enregistrée et devrait être diffusée sur Mezzo TV. A suivre et … à voir !
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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par enrico75 » 09 sept. 2019, 07:39

Pas grand chose à rajouter à cet excellent compte rendu.
Confirmation de la fragilté de Spyres dans les aigus surtout dans la durée: dans l'air" sur les monts"il a carrément zappé les aigus à la fin,aigus qui "se rapetissaient " depuis le début des deux derniers tableaux.
Le grands triomphateurs de cette mise en espace sont bien sur Sir J.E.Gardiner,son orchestre Révolutionnaire et romantique et le Monteverdi Chor indissociables.
Une direction inspirée ,motorique,mettant sans arrêt en avant les trouvailles de la partition et sa modernité,c'est ainsi que j'ai redécouvert entre autre, l'incroyable duo Térésa-Ascanio accompagné en sourdine par les bois et les cuivres avec en fond sonore le choeur religieux,une pure merveille!
Seule petite réserve:la balance cuivres cordes un peu trop en faveur des cuivres qui étouffaient parfois les cordes surtout dans cette petite salle mais il parait que Berlioz y a dirigé un concert avec 400 musiciens ,alors....

Image
PS: les décors qui viennent d’être restaurés sont ceux d'origine de la réouverture de Versailles en 1830 en tant que musée;ce seraient les seuls décors originaux du 19éme siècle subsistant en France.

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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par HELENE ADAM » 09 sept. 2019, 08:28

Les "auteurs" de la mise en espace, des lumières et des costumes sont montés sur scène pour les saluts
Les voilà
Mise en espace : Noa Naamat
Lumières (impressionnantes elles aussi ) : Rick Fischer
Costumes : Sarah Denise Cordery
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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par Markossipovitch » 09 sept. 2019, 11:05

Merci beaucoup Hélène pour cet excellent compte-rendu.
Dommage que Spyres n'ait pas été au faite de ses moyens, comme il l'était à La Côte Saint-André, à Berlin et à Londres...Mais c'est un être humain, face à un rôle écrasant.

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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par Remigio2 » 09 sept. 2019, 11:08

Superbe spectacle en effet (probablement un des meilleurs de l'histoire récente de l'Opéra Royal), qui tranche avec la Damnation un peu tristounette qui nous avait été proposée l'année dernière avec une Antonacci qui semblait s'ennuyer poliment ! :roll: Je vous trouve un peu durs avec Spyres, qui nous gratifie d'un superbe contre-ut dièse (ou était-ce un ré ?) dans le premier duo avec Teresa. :D

Espérons que Laurent Brunner et Catherine Pegard (dont le mandat vient visiblement d'être renouvelé), nous proposeront au cours des saisons prochaines Les Troyens, histoire de boucler le cycle Berlioz ! :Jumpy:

R.
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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par HELENE ADAM » 09 sept. 2019, 11:33

Markossipovitch a écrit :
09 sept. 2019, 11:05
Merci beaucoup Hélène pour cet excellent compte-rendu.
Dommage que Spyres n'ait pas été au faite de ses moyens, comme il l'était à La Côte Saint-André, à Berlin et à Londres...Mais c'est un être humain, face à un rôle écrasant.
Il a eu le même problème sur son dernier air à Londres si on en juge par la retransmission de BBC3 mais la salle des Proms est vraiment casse-voix... C'est toujours difficile pour un artiste de "rater" son final, c'est hélas ce qui reste en mémoire au moment des saluts mais le reste de la prestation, notamment toute la première partie, était très brillante et le rôle est difficile...
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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par HELENE ADAM » 09 sept. 2019, 13:05

Deux très belle photos du Monteverdi Chor qui donnent une toute petite idée de l'ambiance sur scène :Jumpy:

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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par Oylandoy » 09 sept. 2019, 21:43

HELENE ADAM a écrit :
08 sept. 2019, 21:07
Grosse suprise par contre de la qualité de chanteur et d’acteur du baryton Lionel Lhote que je n’avais jamais entendu : une faconde, une aisance, un culot et un humour dépassant tous ceux que j’avais déjà vu dans ce rôle de Fieramosca, fortement applaudi d’ailleurs lors de son numéro d’escrime, (Ah qui pourrait me résister) littéralement époustouflant. Très belle voix d’une projection insolente qui dominait souvent les ensembles.
Excellent en Amonasro à Liège en mars 2019 et en Escamillo en février 2018, à Liège toujours
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Re: Berlioz -Benvenuto Cellini - Gardiner/VC - Opéra de Versailles - 8/09/2019

Message par Bernard C » 09 sept. 2019, 22:08

Oylandoy a écrit :
09 sept. 2019, 21:43
HELENE ADAM a écrit :
08 sept. 2019, 21:07
Grosse suprise par contre de la qualité de chanteur et d’acteur du baryton Lionel Lhote que je n’avais jamais entendu : une faconde, une aisance, un culot et un humour dépassant tous ceux que j’avais déjà vu dans ce rôle de Fieramosca, fortement applaudi d’ailleurs lors de son numéro d’escrime, (Ah qui pourrait me résister) littéralement époustouflant. Très belle voix d’une projection insolente qui dominait souvent les ensembles.
Excellent en Amonasro à Liège en mars 2019 et en Escamillo en février 2018, à Liège toujours
Un Falstaff qui m'avait époustouflé en 2014 ( cf ODB)

Bernard
"nul être ne va au néant considérant la certitude de sa mort et l'incertitude de son heure" . Léonard au Clos-Lucé

juste pour vous :
https://youtu.be/BWBFzDENf08

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